#Cyclisme – SportStory / Légendaire Daniel Amardeilh !

Avec Achille Souchard (1922 et 1923), André Leducq (1924 et 1925), Francis Duteil (1976 et 1979), l’ariégeois Daniel Amardeilh sacré champion de France sur Route en 1984 et 1985, est entré dans l’ histoire du cyclisme amateur.

Voilà 35 ans que Daniel Amardheilh attend un successeur.
De la race des grands champions !
 
Le  6 juillet 1985, en toute fin d’après-midi,  Daniel Amardeilh avait-il conscience en montant sur la première marche du podium du Championnat de France de cyclisme sur route, qu’il entrait dans l’histoire ?
Assurément !  mais 35 ans après,l’exploit de ce doublé 1984 -1985, aucun coureur ne réussira à rééditer cette performance, ce qui remet en  perspective cette double performance.
Lorsque le départ de la course est donné, à Plouarnet, dans les Côtes d’Armor, c’est un peloton qui connait l’homme à abattre…. Daniel Amardeilh. L’ariégeois du CV Montastruc, remet son titre en jeu.  Il n’a pas pu franchir le Rubicon grâce à son titre obtenu en 1984, et ce, malgré une participation aux Jeux Olympiques avec son compère de club le gersois  Denis Pelizzari.
Le championnat national est une course en circuit, il y a 11 tours d’une boucle  de 16.8 km à parcourir. Les bretons sont à domicile. Ils  viennent de remporter le contre la montre par équipes le mercredi.  Ils ont écrasé les débats, et sur la terre  du cyclisme hexagonal, ils sont surs de leur force.
Mais, il était écrit que ce championnat échapperait aux ressortissants  et porteurs du Gwenn Ha Du…. La faute aux coureurs venus de l’ancienne région Midi-Pyrénées. 
Dans un premier temps, les prometteurs occitans de l’ACBB Gilles Sanders, puis Jean-Marc Manfrin, en bons soldats,  porteurs pour l’occasion du maillot du comité de l’Ile de France font éclater la course. Ils travaillent pour les deux leaders ambitieux et talentueux de l’écurie francilienne, à savoir, Jean-Jacques Philipp et Thierry Cazas.
Dans le dernier tour de la course, le pyrénéen Daniel Amardeilh tenant du titre, l’orléannais Félix Urbain et l’auvergnat Yves Bonnamour font sauter le verrou parisien… Les bretons qui avaient calqué leur course sur les franciliens  sont piégés. La victoire se jouera dans la dernière ascension entre ces trois protagonistes.
Daniel Amardeilh est au sommet  de son art. Le « money time », il connait depuis qu’il bourlingue dans les pelotons. Les courses en circuit, aux reliefs accidentés sont  nombreuses en Occitanie et forment au métier de coursier. Et puis, il n’ a aucune pression, il est champion de France pour quelques minutes encore !
Sa réputation n’est plus à faire ! En cette année 1985. Il a déjà gagné le Tour International du Roussillon avec son club, le CV Montastruc,  et sous le maillot de  l’équipe de France, il vient de terminer 5 ème du Tour de Yougoslavie, après  remporté le maillot vert de meilleur sprinter de cette même épreuve.
Son attaque dans la dernière ascension laisse l’auvergnat Yves Bonnamour et l’orléannais Félix Urbain sur place. 
Il arrivera avec 11 sec d’avance sur Yves Bonnamour et 13 sec  sur Félix Urbain. Le premier breton, le regretté Loîc Le Flohic est au pied du podium, les franciliens Jean-Jacques Philipp, Claude Carlin  et Eric Masson (futur co-fondateur de l’équipe très controversée du Groupement) sont 6ème, 7 ème. et 10 ème. 
Le castrais Christian Chaubet, vainqueur sortant du Paris-Roubaix amateur termine 8 ème.

Le podium du championnat de France 1985. Daniel Amardeilh au centre avec Yves Bonnamour (à gauche) et Félix Urbain à droite 
(crédit photo Le Télégramme.fr)



Un an avant : la consécration !
1984 est une année olympique. Les meilleurs coureurs français seront sélectionnés par s’envoler vers les Etats-Unis affronter ce qui se fait de mieux sur la planète vélo, en dehors des coureurs issus des pays  du  bloc soviétique qui bouderont le rendez-vous de Los Angeles.
Aussi, lorsque les coureurs du championnat de France sur route se présentent  sur la ligne de départ à Berck, dans le Pas de Calais,  ils s’attendent à vivre un peu l’enfer. 
Berck est  située au sud de la Côte d’Opale. En ce jour de début  juillet, la station balnéaire comme souvent, accueille de violentes rafales de vent, et croule sous un  un soleil de plomb. Les coursiers devront parcourir 10 tours d’un circuit de 17 km. 
Tout le gratin du cyclisme amateur est présent.
Les normands Thierry Marie, François Lemarchand, Stéphane Henriet et le grandissime favori Philippe Bouvatier, tenant du titre. Les aquitains Bernard Pineau, Laurent Mazeaud, Jean Claude Ronc,  et Marino Verardo. Les franciliens Eric Boyer, Claude Carlin (futur champion de France 1986); Les orléannais Pascal  Dubois  et Félix Urbain sans oublier les nordistes Patrice Esnault et Jacques Dutailly.
L’équipe du comité des Pyrénées connait la mécanique du championnat de France. C’est une course qui réussit  aux pyrénéens. En 1973, Hervé Florio l’emportait à Dax (40), et en 1980, c’est le gersois Christian Faure qui avait été le meilleur sur le circuit de Villé-Morgon (69) devant Dominique Celle et Régis Clère.
Daniel Amardeilh n’est pas le favori de ce championnat…. mais ses résultats antérieurs dans l’épreuve au maillot tricolore plaident en sa faveur . 6 ème  à Bressuires dans les Deux-Sèvres en 1982, il a terminé 9 ème en 1983 à Wintzenheim en Alsace. Son début de saison 1984 est auréolé d’une victoire au Tour de Gironde devant Dominique Landreau et Jacky Bobin. Il termine comme en 1983, 2 ème des Boucles du Tarn derrière le tarbais Henri Abadie et il devance le castrais Joel Versolato futur vainqueur de la Ronde de l’Izard 1984.
Le CV Montastruc avec de gauche à droite Roland Mercadié, Dante Coccolo, Denis Pelizzari, 
Claude Gourmanel, le président au centre en civil, Philippe Bocquier,Daniel Amardeilh et Gérard Mercadié.
Depuis 1982, Daniel Amardeilh porte les couleurs du CV Montastruc. Le club de la banlieue toulousaine est au firmament du cyclisme amateur  français en compagnie de l’AC Boulogne-Billancourt, ASPTT Paris, VC Wasquehal, VC Vaulx en Velin, VC Roubaix… Depuis les années 1970, ce club a vu passer une colonie de champions : Jacques Esclassan, Roland Smet, Dante Coccolo, Michel Lescure,  Bernard Lalanne, Alain Motard…
Au début des années 1980, Claude Gourmanel son président construit une véritable écurie de course a faire pâlir des équipes de N1 actuelles. Patrick Mauriès, Gérard et Roland Mercadié, Daniel Pons-Bergeaud, Philippe Brossais, Claude Jehanno, Marc Barbera, Claude Riche, Luc Cabiran, Denis Pelizzari, Philippe Piquemal…. 
Le CV Montastruc participe à toutes les grandes épreuves nationales. 
Ses coureurs sont régulièrement sélectionnés en équipe de France, aussi bien sur route que sur piste.

Gérard Mercadié (CV Montactruc) équipier de Daniel Amardeilh et Francis Duteil (maillot rouge) double champion de France amateur en 1976 et 1979.
(crédit photo velodordognecanal.blog).
A Berck (59), Daniel Amardeilh est bien entouré de ses équipiers, et notamment du jeune et fougueux  Sylvain Bolay, auteur d’une course pleine de dévouement pour son leader. Aussi, lorsque Thierry Marie, Philippe Bouvatier et Félix Urbain prennent les choses en mains autour du  140 ème km, les pyrénéens laissent faire les autres équipes. Un regroupement s’opère, et c’est le normand Stéphane Henriet qui prend seul les devants, les bourrasques de vent  n’aident pas un homme seul  à creuser l’écart, et dans ces conditions, le normand, ne peut s’opposer au retour de son équipier, François Lemarchand, du nordiste Jacques Dutailly, de l’orléannais Pascal Dubois et… bien sur Daniel Amardeilh !
C’est alors que l’ancien champion des Pyrénées de vitesse sur piste cadets en 1974, et de poursuite juniors  en 1977 ne laisse aucune chance à ses adversaires dans un sprint à quatre. 
Il obtient son premier  titre national  qui doit lui ouvrir d’autres portes, celle des Jeux Olympiques, en prenant la 28 ème place de l’épreuve en ligne (1er français,) puis …à l’étage supérieur, celle du professionnalisme.

Si près, si loin du professionnalisme…. mais si populaire !
Daniel Amardeilh (à gauche) sous maillot du CM Aubervilliers  avec Michel Larpe (Equipe La Redoute), Jean Paul Nion et Gerard Aviègne sous le maillot de l’Anthony Berny Cycliste.
Lorsqu’en 1982, Daniel Amardeilh décide de revenir courir en région Midi-Pyrénées, il s’engage au CV Montastruc, un des meilleurs clubs de France, sous la direction du regretté Claude Gourmanel. L’ariégeois vient de passer plusieurs années en Île de France. Appelé en 1978  sous les drapeaux au sein du Bataillon de Joinville, il s’engage alors à l’AS Varennes. Il obtient des résultats qui classe le coureur. Il remporte la classique Paris-Montargis devant Pascal Poisson et Philippe Badouard. Il termine 3 ème de Paris-Roubaix amateur ( Marc Madiot vainqueur). 
Il est vice champion de France Militaire. 
En 1979, il remporte 9 victoires, termine 4 ème de Paris Troyes derrière Michel Larpe.
En 1981, il s’engage au CM Aubervilliers, club majeur de la région parisienne, avec l’Anthony Berny Cycliste, l’ASPTT Paris et l’ACBB. Il obtient 9 succès. 
Ce club, est aujourd’hui le support de l ‘équipe professionnelle Saint Michel -Auber 93 qui évolue en continental Pro.
Sous le maillot du CV Montastruc dès la saison 1982, il domine la début de saison en remportant le circuit du Rouergue, une étape du Tour de Vendée, une étape de la Route Peugeot, une étape et le classement général  du Tour de Bigorre ainsi qu’une étape, alors lorsqu’il se présente au championnat de France à Bressuires, il a quelques certitudes sur son état de forme.
1 km voilà ce qu’il aura manqué à Daniel Amardeilh pour devenir Champion de France en 1982.  
1 km qui peut faire basculer une carrière. 
En effet à 5 km de l’arrivée, Daniel Amardeilh attaque, seul son avance ne dépasse pas quelques dizaines de secondes, il est rattrapé sous la flamme rouge. Le grenoblois Laurent Biondi l’emporte devant l’aquitain René Bajan et l’auvergnat Denis Roux. Il termine 6 ème.  Il est sélectionné avec Denis Pelizzari pour participer aux championnats du Monde de Goodwood, en fin de saison et il remporte le classement général du Trophée des Pyrénnées. 
On se dit alors que Daniel Amardeilh qui vient d’avoir 23 ans est mûr pour passer à l’étage au dessus. Quelques équipes lui font les yeux doux, mais aucune concrétisation.  
Dans le même, c’est un ticket pour l’étage supérieur qui  est offert au  tarbais Alain Dithurbide qui entrera chez La Redoute.
Alain Dithurbide sous le maillot du VC Tarbais
(crédit photo Willen Dingemanse)
En 1983, il éclabousse de toute sa classe la saison. Il sort vainqueur  du Grand Prix des Gorges de l’Aveyron,, une étape du Tour de Normandie, une étape du Tour du Cantal, Vainqueur du Tour Toulouse-Pyrénées avec deux  étapes, du Grand Prix Euromarché,  il termine 6 ème du contre la montre du Tour des Régions Italiennes (mini Giro) derrière Olaf Ludwig champion d’Allemagne de l’Est en titre et futur champion olympique…Il remporte les grands prix d’Albi, Vidaillac, Cahors, Leyme, Montauban, Blagnac Lissac, et encore une fois le classement général du  Trophée des Pyrénées…. Le monde professionnel se refuse encore à lui !
En 1984, au terme de l’épreuve victorieuse de Berck,qui le consacre champion de France,  l’équipe Système U semble être, enfin, conquise par son talent. La fin de saison 1984 marquée encore par de nombreux succès va finir par convaincre définitivement ! Mais … toujours rien, il faut remarquer que son début de saison a été marqué par une suspension de 3 mois… qui laisse planer le doute. 
La confiance du monde professionnel est alors accordée au saint-albanais Robert Forest (Peugeot), au castrais Vénancio Téran (Téka) et au tarbais Frédéric Bonomelli (Orbea).
Vennacio Téran sous le maillot de la Téka.
Le titre de 1985 doit être accompagné d’un contrat professionnel, car Daniel Amardeilh est dans la fleur de l’âge.. mais ce sont d’autres occitans qui sont choisis. Le saint-albanais Jean-Marc Manfrin (chez Système U), le perpignanais Philippe Casado (Peugeot-Shell) . 
Le tarbais  Henri Abadie, les deux castrais Christian Chaubet et Pascal Andorra  sont promus tous les trois promus chez Fagor.
Pascal Andorra sous le maillot du VSLL Castres 
(crédit photo Philippe Huguenin)
Certains crient à l’injustice d’autres pensent que sa chance est passée, mais ce qui est certain, c’est que la popularité de Daniel Amardeilh est à son comble.
Le journal la « France Cycliste », organe de presse officiel de la FFC organise un sondage auprès de ses lecteurs, c’est à dire, les licenciés de la FFC, pour savoir, quel est le coureur qui a le plus marqué la saison 1985 ?
Le résultat est sans appel :
Daniel Amardeilh récolte 29 % des voix, devant le limousin Jean-Claude Laskowski 13 % des voix, lequel avait fait tomber le record de France de l’heure avec 44.721 Km sur la piste de Commentry. Le troisième de ce sondage est  le néo-pro Robert Forest (Peugeot) qui obtient  12 % des voix pour  sa 16 ème place au Tour de France, premier français derrière Bernard Hinault, vainqueur.
Résigné, Daniel Amardeilh profitera de sa notoriété et de sa popularité dans les courses amateurs régionales pour mettre a bon profit son maillot tricolore. Les organisateurs de courses, kermesses, et autres nocturnes qui fleurissent dans le grand Sud s’arracheront les services de ce coureur qui faisait le spectacle, et en donnait pour son argent au public et aux sponsors d’épreuves… 
Max Carcy et l’US Montauban enrôle le double champion de France, il terminera sa carrière auprès de ses compagnons de route comme Philippe Bocquier, Serge Poloni, Philippe Brossais. 
Il remporte course sur course, aux quatre coins du Sud Ouest…. domine avec aisance et sans forcer son talent, les coursiers amateurs aguerris, comme les Patrick Sarniguet,, Fernand et Edouard Lajo, Michel Duffour, Patrick Audeguil, René Batan, Hervé Doueil ou les ex-professionnels, Pierre-Raymond Villemiane, Claude Aigueparse, Marcel Kaikinger; qui eux mêmes courent le cachet, sont souvent mis à la raison par le double champion de France.
En 1988, Daniel Amardeilh, ne demandait plus rien à personne, et puis a-t-il vraiment demandé un jour quelque chose à quelqu’un ?… un mystérieux Mr Paris de nationalité belge se présente à lui, comme recruteur pour l’équipe belge SEFB. Le sponsor est solide, c’est une banque liégeoise. Parmi les coureurs on retrouve des coursiers wallons et flamands principalement, comme le néo-pro Johan Bruyneel, les cyclocrossman Eddy et Dany De Bie et les auvergnats Yves Bonnamour et Gérard Guazzini, sacré champion de France en 1987.
Elle est dirigée par Ferdinand Bracke, double champion du monde de poursuite, quadruple champion de Belgique de poursuite,  vainqueur du Tour d’Espagne 1971 et ancien recordman du monde de l’heure.
Johan Bruyneel sous le maillot SEFB que devait retrouver Daniel Amardeilh fin 1988.

La fin de saison 1988 approche, et Daniel Amardeilh se languit à franchir enfin le Rubicon. Mais,  plus aucune nouvelle du fameux Mr Paris. Prenant son courage à deux mains, il appelle directement Ferdinand Bracke, lequel lui indique que Mr Paris est bien un collaborateur de l’équipe certes, qu’il encadre par ci, par là, les coureurs de l’équipe dans les déplacements, mais il n’a aucun pouvoir pour recruter. 
Daniel Amardeilh n’entrait pas dans les plans de l’équipe belge… Il a été abusé !
Et puis, le temps passe vite, et  une nouvelle génération de coureurs occitans se met en place avec Laurent Jalabert, Frédéric Moncassin, Thierry Dupuy, Patrick Pregno, David Escudé, Jean-Luc Murcia, Christophe Dupouey, Didier Rous…
David Escudé ancien directeur sportif du GSC Blagnac (crédit photo DDM)
Au terme de sa carrière cycliste amateur,  Daniel Amardeilh, retournera à Saint Victor Rouzaud dans son Ariège natale, reprendre l’entreprise familiale de maçonnerie fondée par son père Georges Amardeilh. Sa silhouette longiligne, son visage émacié, son sens inné de la course, son regard à la Fausto Coppi  resteront gravés dans toutes les mémoires. Son double titre de champion de France amateur, restera gravé dans le marbre de l’histoire du cyclisme, pour longtemps encore.
Le Borgne.

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