#Rugby / Henry Broncan le maitre Jedi de l’ovalie (Épisode II) : «Peut-être que le salut du rugby viendra par les femmes.»

Dans ce second volet de notre triptyque du mois de novembre consacré à Henry Broncan, « le maître Yoda » de l’ovalie nous livre une ode au rugby féminin et aux « filles » de Blagnac, véritable réveil de « l’esprit du rugby d’antan ». Conscient des bienfaits de la féminisation de toutes les strates du rugby hexagonal, le « Sorcier Gersois » espère vivement que le salut de son sport, vienne du vent de fraîcheur et de solidarité qu’amène la gente féminine au ballon ovale. Mais l’homme à la casquette, jette un regard sur l’intégralité de « l’empire Ovalie », en donnant un point de vue éclairé sur l’évolution du rugby et de ses règles, les élections fédérales de 2020, ou encore son admiration pour le parcours d’un de ses anciens « Padawan » : Clement Maynadier. Focus sur un des derniers grands sages du rugby, qui nous expose son amour pour un sport, dont il tente invariablement d’exalter la cohésion, l’entraide et la camaraderie.

Crédit photo DDM Laurent Dard

Henry lors de la première partie de notre entretien vous exprimiez votre âge pour justifier que vous ne vous retrouviez pas totalement dans le rugby moderne. Pourtant , vous restez toujours bon pied bon œil quand même, on vous sent alerte sur le rugby actuel ?

 

Ça dépend (rires). Je porte des lunettes, j’ai le pied de plus en plus lent mais, ce que je veux dire, c’est que le ressens. Et ça, ça me chagrine alors que cet esprit-là, celui du rugby d’antan et de l’entraide, je continue à le trouver. Il y a deux ans, j’ai eu la chance d’avoir les filles de Blagnac qui sont venues en stage à Mirande et qui m’ont demandé de les accompagner dans ce stage. Je les ai trouvées extraordinaires. Je retrouvais chez elles l’esprit du rugby d’il y a quelques années, d’il y a pas longtemps mais, qui est en train d’évoluer chez les garçons. Je les trouve beaucoup plus collectives, je leur trouve beaucoup plus de cohésion, beaucoup plus d’esprit d’équipe que nous. Nous, l’esprit d’équipe, on est obligé de l’entretenir, d’y être extrêmement vigilants. 

 

C’est quand même un vent de fraîcheur ce rugby féminin ? 

 

Oui, bien sûr. J’avoue que, dans le passé, je n’ai pas toujours été favorable au rugby féminin parce-que je pensais qu’il valait mieux qu’elles jouent au basket, au hand-ball ou autres, que c’était des sports plus adaptés. J’ai tout à fait changé d’avis parce-que ce sont elles qui m’ont fait changer d’avis. Elles sont très agréables, on retrouve cette fraîcheur qu’on avait un petit peu dans notre rugby. 

 

Pour vous, pour revenir à un cercle un peu plus vertueux dans ce rugby français qui se cherche, qui est en pleine  » crise d’adolescence « , quelles sont les solutions pour avancer et trouver de nouvelles perspectives ? 

 

Il me semble qu’il faut essayer de simplifier, que la Fédé doit aider davantage nos dirigeants, davantage nos éducateurs, leur donner des informations beaucoup plus simples, beaucoup plus à portée de nos dirigeants, simplifier cette machine. Les règlements, c’est terrible les règlements dans le rugby actuel. Vous avez pratiquement un règlement par catégorie d’âge qui est en train d’évoluer, de changer. Je ne sais pas comment ils font pour s’y retrouver, moi, je trouve que c’est compliqué. Vous voyez un match de moins de 8 ans, vous passez sur un match de moins de 12 ans, moins de 14 ans, ça change encore. On passe aux Gauderman, on passe aux juniors nationaux ou les Crabos. Tout ça bouge, tout ça change. Il y a quand même des choses pas mal au milieu. La double licence, par exemple, je trouve que c’est quelque chose de très, très, bien. Mais, ce dont je suis sûr, c’est que dans un pays comme le Gers où le rugby est toujours le sport N°1, il est quand même en difficulté. Je le vois avec le club de Montesquiou qui n’a pas pu repartir, dans les Pyrénées à côté, le club de Bazet. Et beaucoup de clubs qui se cherchent, qui ont beaucoup de difficultés à aligner 15 joueurs le dimanche après-midi. Et, ça c’est nouveau c’est à dire que, dans un département comme le nôtre, il est certain qu’on doit aider les ententes, on ne doit pas chercher à les empêcher. De plus en plus, on va avoir des clubs qui vont regrouper plusieurs communes qui devront bien entendu s’entendre et s’associer si on veut le sauver. Moi, j’ai été heureux, même si j’ai beaucoup souffert les dernières minutes de France-Argentine. 

 

Comme nous tous je pense

 

Comme tous, oui. Mais j’ai beaucoup souffert parce-que je savais que, si nous perdions contre l’Argentine, nous allions avoir une Coupe du Monde extrêmement compliquée avec de grosses affections. Là, par contre la victoire de l’équipe de France maintien l’espérance. Et, on ne sait jamais avec nos français, peut-être qu’on aura des grosses satisfactions. Mais, heureusement ! On perdait contre l’Argentine, et c’est passé de très peu avec la pénalité de Boselli, ça allait être long la Coupe du Monde, vous savez, ça allait être long. (Entretien réalisé avant le terme de la compétition du XV de France)

 

Pour parler un vulgaire, on connaît la théorie du coq. On dit que le coq, l’emblème de la France, c’est  » les pieds dans la merde  » qu’il est le mieux. Peut-être qu’on l’a été pas mal de temps les pieds dans la merde et que c’est là qu’il va y avoir ce sursaut, que l’équipe de France va nous surprendre, un peu comme souvent ? C’est dos au mur que cette équipe de France a toujours surpris son monde ? 

 

Je ne demande pas mieux que d’être surpris, je ne demanderai pas mieux que la surprise bien sûr. 

 

Par contre, en 2020 va arriver une année électorale où on voit à la Fédé deux blocs s’opposer. Est-ce que vous, de votre Gers natal, vous allez participer à cette élection, donner votre avis, votre point de vue, porter votre vision ou alors, vous êtes à un âge où vous comptez un peu les points ? 

 

Non, non, absolument pas. Je ne me sens pas capable de dire que Laporte, c’est mieux que Grill et réciproquement Grill/Laporte. Moi, ce qui m’intéresse, c’est le rugby, le reste, ce n’est pas mon problème. Je resterai fidèle à ce sport jusqu’au bout, même s’il s’enfonce dans les plus grandes des turpitudes. C’est un sport qui m’a donné beaucoup, à qui je dois beaucoup et je lui resterai fidèle. Le reste, vous savez, c’est anecdotique. 

 

Vous auriez pu être force de proposition pour l’une ou l’autre des listes, sans vous engager totalement ? 

 

Force de proposition, là-dessus, on s’aperçoit qu’on a dans les deux listes des gens qui cherchent à se servir du rugby plutôt que des gens qui cherchent à servir le rugby et ces gens-là ne m’intéressent pas du tout. Après, je ne parle pas Laporte et de Grill que je ne connais pas. Laporte, je le connais bien, j’ai toujours eu des relations très correctes avec lui. Mais ça, c’est le problème de Laporte, c’est le problème de Grill, moi, je veux être fidèle au rugby, c’est tout. Je le servirai jusqu’au bout que ce soit Laporte, Grill, n’importe qui à la tête, je ne lâcherai pas. On ne me fera pas lâcher le rugby. Personne ne m’empêchera de rentrer dans un stade, d’assister à une rencontre, qu’elle soit de 4e série ou de Top 14. J’apprécie trop ce sport, il m’a trop donné pour que je puisse dire  » moi, j’arrête tout parce-que c’est untel qui est élu « . Celui qui sera élu ne mérite pas mon abandon. 

 

Et puis, on le sait, vous faîtes partie de ces passionnés, que ce soit un match de série ou de Top 14, vous vous régalez autant ? 

 

Ah oui, je me régale toujours autant. Je vois des matches de 4e série, parce-que je suis le parrain d’un petit club,  le VVA, juste à côté de chez moi, que j’ai aidé à constituer et dès que j’ai un dimanche de libre, je vais les voir. Parfois, je vais les voir aussi à l’entraînement. Ils ne sont pas très nombreux, ils doivent avoir un effectif de 22, 23 joueurs. Ils s’accrochent tant qu’ils peuvent, ils ont battu Vielmur-sur-Agout, ils ont battu des tarnais, ils étaient contents. Ils ont fait la fête et c’est très bien parce-que c’est un tout petit village, enfin, un groupement de petits villages qui se sont mis ensemble et qui se battent. Tant que je peux les aider, je les aiderai et j’adore aller les voir jouer. En plus, ils jouent dans un cadre somptueux, le parc du château de l’Isle de Noé, qui est un château classé. Et même si, quelques fois, le match n’est pas très brillant, vous regardez le château et, le château, il est toujours très beau. 

 

Comme nous l’aurait dit Pierre Serena récemment en interview, ce sont des vrais amateurs qui se battent pour un maillot, un short et l’amour d’un ou de plusieurs clochers ? 

 

Oui, bien entendu et j’espère que ça va continuer. Tout à l’heure, je vous parlais de ceux qui vont là et qui vont là. Ce que je voulais dire quand même; et je reviens sur les féminines mais là, je parle des femmes et des copines des joueurs. Les femmes sont quand même beaucoup plus importantes qu’elles ne l’étaient à notre époque, c’est elles qui décident. C’est pour ça que moi, j’essaie de rapprocher les femmes et les copines des joueurs du club. C’est quelque chose de nouveau dans ma démarche mais je l’ai peut-être enfin compris. Peut-être que le salut du rugby viendra par les femmes mais également par les femmes des joueurs. Tout simplement, les intéresser à la marche de notre équipe, en faire une sorte d’amicale, qu’elles soient très proches du club et c’est une démarche très, très importante. Ca m’est venu l’an dernier : un de mes joueurs me dit un soir au téléphone  » je ne peux pas venir à l’entraînement ce soir « . Je lui réponds  » ah bon, qu’est-ce qu’il y a ?  »  » C’est la Saint-Valentin « . Ce joueur là et la copine de ce joueur-là m’ont marqué parce-que, quand même, pour qu’un joueur ose te dire à toi  » c’est la Saint-Valentin qui m’a empêché de venir m’entraîner « , c’est que l’amour est toujours plus fort. 

 

A ses raisons qu’on ne peut pas comprendre

 

Exactement

 

Et cette implication plus accrue du monde féminin, comment l’analysez-vous ? C’est grâce aux bons résultats du rugby féminin ou plutôt dans une démarche de découverte d’un sport à l’image conviviale

 

Je le répète et j’en reviens aux filles de Blagnac qui m’ont impressionné. On nettoyait les vestiaires, on fait tout ensemble, je retrouvais le communautarisme qu’on avait dans le rugby il y a quelques années. Elles pouvaient presque se passer de l’entraîneur ou plutôt, l’entraîneur n’avait qu’une chose à faire, c’était de leur donner des conseils sur le terrain. Pour le reste, elles arrangeaient tout alors que les filles de Blagnac sont amateurs. Elles m’ont raconté un petit peu qu’elles sont parmi les quatre meilleures équipes de France mais elles sont obligées quand même de se trouver du travail. Il y a bien sûr une petite aide du club mais, financièrement, ce n’est pas facile. Entre elles, il y a une solidarité qui fait que, quand l’une sait qu’il y a un travail là, elle le dit à l’équipe. Toute cette entraide que nous, nous avons un peu perdu parce-que nous avons beaucoup d’assistés. Les pros, bien sûr, sont assistés et les amateurs chez nous se prennent quelques fois pour des pros et ont besoin d’être assistés. 

 

Cette vision qu’ont les filles dans le rugby féminin, ça a un côté un peu sacerdoçale ? Parce qu’elles font des sacrifices pour pratiquer leur passion, leur loisir, leur sport ? 

 

Ça, nous l’avons perdu chez les garçons. Les garçons, vous le savez bien, vous en avez entendu parler, même au niveau le plus bas, le rugby, c’est quelque chose qui doit rapporter 100€, 200€ par mois, plus ou moins discrètement. Chez beaucoup de garçons, on essaie de gratter quatre sous avec le rugby. Chez les filles, ça n’existe pas et j’espère que ça n’existera pas chez elles, au moins au niveau, je le répète,  des amateurs. 

 

En parlant de pluriactivité, quand vous voyez un garçon que vous avez eu sous vos ordres comme Clément Maynadier qui joue dans une top team française et qui a besoin d’être pluriactif pour s’ouvrir l’esprit et s’aérer du rugby, vous pensez que c’est une voie à suivre ?

 

Vous savez, des Clément, il n’y en a pas chaque matin (rires) ! Dans le monde du rugby, il n’y a pas beaucoup de Clément, c’est extraordinaire. J’ai des nouvelles assez souvent car nous avons un ami commun. Clément, c’est exceptionnel, tout le monde n’est pas Clément. Après, il y en a d’autres quand même à qui le rugby a mis le pied à l’étrier et qui ont très, très bien réussi par la suite dans la vie professionnelle, ils sont très nombreux. Donc, le rugby est quand même un tremplin. Clément sortait de l’école des Mines d’Albi, c’est d’un très haut niveau intellectuel. Mais, vous avez des garçons qui n’avaient pas le niveau de Clément et qui quand même, grâce au rugby, ont réussi, ont préparé leur reconversion et l’ont très bien réussie. J’en vois beaucoup dans le rugby qui est un tremplin et qui continue à être un tremplin pour ceux qui ont envie de progresser, c’est toujours pareil. C’est comme sur le terrain, il y en a qui ont envie de progresser et d’autres moins et, dans la vie, il y en a quelques-uns qui ont envie d’avancer et d’autres moins. Clément, c’est une réussite extraordinaire. Je ne sais pas comment finira son aventure, sa vie, mais c’est quelqu’un qui pourra être, je ne sais pas moi, s’il se lance dans la politique, il réussira. Si c’est dans les affaires, il réussira. 

 

On l’a vu en débat à Saint-Juéry quand Bernard Laporte est venu il y a deux ans, dans le club de Saint-Juéry Arthès. Clément Maynadier était invité et, dans les débats, il tenait tête à Bernard Laporte mais on voyait qu’il y avait un échange entre machines intellectuelles. 

 

Bien sûr. Vous savez, je suis très content d’avoir connu Clément dans ma carrière d’entraîneur. Mais, je suis content d’en avoir connu d’autres aussi qui n’avaient pas son niveau intellectuel mais qui étaient quand même capables de débattre et qui ont très bien réussi dans la vie. 

 

Une association comme  » Rebond  » qui fait de la reconversion, de la formation, de l’insertion par et après le rugby, pour vous, c’est salutaire dans votre sport ? 

 

Oui, bien sûr. Il y a eux, il y en a d’autres. Il y a aussi des clubs qui sont capables de préparer la reconversion de leurs joueurs, pas beaucoup, mais il y en a quand même qui s’intéressent à ça, qui les soutiennent, qui les aident. Et, il y a cette bonne image du joueur de rugby dans les entreprises. Nous sommes très fiers, les gens du rugby, d’avoir des gens qui reconnaissent que l’éducation par le rugby est quelque chose de très formateur. Il y en a qui le reconnaissent et ils sont de plus en plus nombreux. 

 

Ca incarne une certaine cohésion ? 

 

Oui, le rugbyman est quand même formé à la vie de groupe. C’est pour ça qu’il est très important pour nous que cette cohésion, que cette vie de groupe, que les qualités du rugby, cela continue, c’est très, très important. Il faut absolument les défendre, c’est notre force et il faut la garder. Et je crois bien sûr qu’on va la garder. Il y a toujours des aller/retour dans l’histoire. On s’aperçoit qu’il y a des époques où les gens sont plus individualistes qu’à d’autres. Actuellement, c’est une époque qui met beaucoup en avant l’individualisme. Attention, vous avez quand même beaucoup de gens qui s’associent et qui font des choses très, très bien pour les collectivités. Mais, disons qu’on est une époque avec beaucoup d’égo, d’égoïsme, etc. Je crois que ce sont des aller/retour de l’histoire et je pense qu’on ira vers une société un peu plus collective dans les années à venir. 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

Pour relire l’Épisode 1 : cliquez ici

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