#Rugby – Nationale / Jean Jacques Veyrac (Albi) : «On a vraiment besoin d’un gros partenaire pour structurer le club… mais on a des pistes!»

Le directeur général du SC Albi nous a accordé un entretien pour faire un bilan de mi-saison et nous parler du secteur financier et partenarial des jaunes et noirs. Jean-Jacques Veyrac, nous a aussi évoqué les axes de développement du club tarnais comme l’accueil du public, la billetterie où encore la recherche d’un investisseur majeur.

 

 

Si au mois de Septembre, avec 25 départs et quasiment autant d’arrivées, on t’avait dit que le Sporting Club Albigeois serait 3e, j’imagine que toi, Mathieu Bonello et le président Roumégoux auriez signé des deux mains ? 

 

Oui, on aurait vraiment signé des deux mains et ce pour deux raisons. D’abord car, comme tu l’as dit, il y a 25 départs pour presque autant d’arrivées entre le groupe pro et le centre de formation ce qui, je crois, n’était jamais arrivé, en tous cas, ça n’était jamais arrivé depuis 10 ans que je suis là. C’est important de le dire car les gens ne savent pas forcément comment ça se passe et, quand on finit au mois de Mai, on ne sait pas dans quelle division on va jouer, on a plein, plein de fin de contrats, une vingtaine, donc il faut recruter des joueurs ne sachant pas à cette période de l’année si on allait jouer en Pro D2 ou en Nationale. De un, c’est donc très difficile et de deux, presque tous les joueurs ont aujourd’hui un agent lequel agent fait monter les enchères pour ne faire de chantage entre différents clubs. C’est vrai qu’avec Mathieu, on a passé des mois de Juin et Juillet où, je peux le dire, on a pratiquement bossé jour et nuit, ça a été très, très, très difficile. 

Et puis, le marché des joueurs de Nationale est un marché très complexe qui est à fleur entre la Pro D2 et les divisions semi-amateures ? 

 

Exactement. Aujourd’hui, sur tous les clubs de Nationale, il en reste peut-être deux qui sont pluriactifs soit quasiment aucun et c’est donc vraiment une division professionnelle. Qu’est-ce qu’ils veulent ? Ils veulent tous jouer en Pro D2, il ne faut pas se le cacher, tous les gens qu’on a fait signer ont un double contrat, un pour la Nationale car quand on les a fait signer, on savait qu’on jouerait pour la Nationale mais l’objectif pour les faire venir est celui de la Pro D2. On n’a donc pas voulu renouveler ce qui avait été fait et se retrouver avec 20 fins de contrats à la fin de la saison donc on a fait signer deux ans la plupart des joueurs, un petit peu plus pour certains quand ils étaient jeunes pour être sûr qu’on ne vienne pas nous les chercher rapidement. C’est très difficile car ils ont tous l’objectif de jouer en Pro D2 et si on veut les garder, il faut aussi avoir cette ambition donc, juridiquement, il faut faire des montages difficiles. C’est vrai qu’ils viennent aussi pour un challenge, Mathieu est pour beaucoup dans la balance, il les a au téléphone, il a leurs agents au téléphone, il essaye de positiver, de voir avec eux, on va vendre Albi. Il y a une chose qui joue pour nous, c’est qu’on a une belle ville, on est dans une belle région et quand ils hésitent entre deux régions à salaire égal, on ne va pas se cacher non plus que c’est le plus important pour eux et c’est vrai que la ville d’Albi nous aide sur ce côté-là aussi. 

Ton poste n’est simple non plus quand tu dois  » éteindre la lumière  » avec des joueurs qui ont été là pendant 4, 5 ou 6. Ça doit faire un pincement au cœur de se séparer, c’est certes la loi du rugby mais il faut parfois y passer aussi ? 

 

Tu sais, c’est bien structuré chez nous. Effectivement, quand tu gardes des joueurs pendant 4, 5 ou 6 ans, il y a obligatoirement de l’affect qui se met entre nous, l’administratif, et les joueurs. Pour cette responsabilité-là, je donne le ballon à Mathieu puisque c’est lui qui va dire  » non, je ne le veux plus  » ou  » oui, je veux le garder « . Pour nous, bien sûr que c’est un crève-cœur de se séparer de joueurs qu’on adore mais c’est comme ça, c’est la loi du sport dans tous les clubs mais c’est le sportif qui prime. 

On va aussi parler du financier dans ce marché des transferts. On constate que ce dernier est monté à la hausse en Nationale et ce n’est pas simple pour Albi d’exister financièrement face à des offres parfois colossales des clubs concurrents ? 

 

Oui, c’est incroyable. En deux ans, juste pour donner un chiffre à quelque chose près, le salaire d’un joueur que l’on veut aujourd’hui, sans être péjoratif en disant qu’il n’est pas exceptionnel car on est très content et qu’on a de très bons joueurs, a monté à peu près de 20% sur le marché, on peut le dire. Pourquoi ça monte ? Pour une raison très simple, il y a des clubs en Nationale qui ont du budget, de gros budgets donc qu’est-ce qu’ils font ? Comme il y a de gros budgets, ils montent la masse salariale de leurs joueurs et donc des joueurs qu’ils vont chercher et, quelque part, ça fait monter tout le monde car si on ne peut pas se mettre à leur niveau, ils les prennent et ça fait donc monter le marché global. C’est la loi de l’offre et de la demande. 

Pour parler des finances, l’un des credo du Sporting Club Albigeois est d’être très stable en termes budgétaires. Depuis maintenant 4 ans, vous êtes toujours aux alentours de 3M8 (SASP + Asso)

 

La SASP est plutôt aux alentours de 3M4 / 3M5. Après, attention, un budget est fait tous les ans entre le mois de Mai et le mois de Juillet car on doit déjà commencer au mois de Mai à donner un budget à la DNACG qu’on affine car ce n’est pas fini au mois de Mai mais il faut déjà donner le budget de l’an prochain. Il s’affine et on doit le redonner au mois de Juillet mais il y a quelque chose que l’on sait, c’est que l’on connaît nos dépenses. C’est vrai que c’est linéaire, on gère plutôt bien, on fait attention à toutes nos dépenses, on essaye de négocier partout, c’est mon boulot mais vraiment, j’essaye de négocier tout ce que je peux pour le club donc on connaît les dépenses. La seule chose que l’on ne connaît pas, ce sont les recettes, on ne sait pas combien de monde on aura au stade, on ne sait pas si les partenaires vont renouveler, à quel niveau, est-ce qu’il y en aura des nouveaux, est-ce qu’il y en a qui vont partir, est-ce qu’il y en a qui vont déposer le bilan, est-ce qu’il va faire froid et qu’il n’y aura personne au stade. La grande inconnue, à Albi comme ailleurs, attention, je ne me plains pas, c’est qu’on connaît le budget des dépenses mais qu’on ne connaît pas celui des recettes. 

Une partie de ton travail consiste aussi à fédérer le réseau de partenaires via le club affaires et également via tous les supports que propose le Sporting Club Albigeois. Ça ne doit pas être simple avec le contexte actuel ? 

 

Ça a même été difficile. C’est vrai qu’on a commencé à revoir tous nos partenaires, et on en a vraiment beaucoup, le chiffre que je vais vous donner est vraiment réel puisqu’on a dépassé l’an dernier la barre des 300 entreprises partenaires. Effectivement, on n’a pas de gros ou de très gros à Albi mais on a beaucoup, beaucoup de petites entreprises et c’est donc un travail de fourmi que d’aller les chercher un par un. Le motif de satisfaction est le club affaires car aujourd’hui, les gens viennent évidemment pour le rugby mais pas que et quand je dis souvent en plaisantant qu’il y a 50 entreprises sur les 300 qui ne savent même pas que le ballon est ovale, je ne suis pas loin. Ils le savent tous mais ils ne viennent pas pour le rugby, ils viennent parce qu’on a monté ce réseau du club affaires qui, aujourd’hui, est le plus gros réseau pas que d’Albi mais aussi de beaucoup plus loin. Il y a des rencontres, de vraies opportunités de business et celui qui n’est pas dans le réseau du club affaires du SCA, je crois qu’il n’est pas forcément dans le bon réseau aujourd’hui. Donc, effectivement, ça nous sert et ça nous permet d’avoir des entreprises qui ne seraient peut-être jamais venues s’il n’y avait que le rugby et j’ai essayé d’ouvrir les portes à d’autres entreprises qui pourraient venir pas que pour le rugby mais aussi pour faire des rencontres business. Tout tourne autour du plaisir car le business ne vient qu’après des échanges cordiaux, il faut que l’on passe de belles soirées mais oui, le club affaires marche très bien. Aujourd’hui, pour te donner un chiffre, on a fait signer 37 nouvelles entreprises qu’on n’avait jamais eu au SCA. Pour moi, une nouvelle entreprise n’est pas quelqu’un qui était venu il y 4 ans avant le Covid, qui a arrêté et qui revient, une nouvelle entreprise est quelqu’un qu’on n’a jamais eu. La chose nouvelle au niveau des entreprises est qu’on a rajeuni le club affaires, on a beaucoup de jeunes chefs d’entreprises qui viennent au SCA dès leurs créations en se disant  » il faut que je sois là, je vais gagner deux ans si je connais tout le monde au bout d’un an, je vais me faire plein de réseau « . Donc, ils anticipent et c’est bien pour le SCA même si ce ne sont pas de grosses sommes. 

En parlant du club affaires, et tu l’as stipulé dans ta réponse, il n’y a pas de gros investisseurs ou de gros mécènes au Sporting Club Albigeois. Pour reprendre un jargon rugbystique, j’imagine que tu es quand même sur les appuis sur ce sujet-là et en recherche ? 

 

Tout à fait. Aujourd’hui, on fait plutôt bien ce qu’on fait sur Albi, on peut toujours faire mieux, on n’est pas là pour se jeter des fleurs mais sur Albi, ce qu’on sait faire avec les partenaires est plutôt pas mal même si ça ne suffit pas. Par contre, il faut aller au-delà, on a vraiment besoin d’un gros partenaire pour structurer le club, pour l’avenir, pour tout. Le gros, il peut être à Paris, à Lyon, il n’est peut-être pas loin d’Albi, on ne le sait pas, il peut aussi être à l’étranger car aujourd’hui, on voit qu’il y a plein de clubs qui ont des partenaires qui ne sont pas forcément en France mais qui veulent découvrir la France. Je ne peux pas en parler mais on a des pistes à droite et à gauche, on étudie, rien n’est fait aujourd’hui mais ça fait partie de notre travail de tous les jours.

Autre axe de développement pour le Sporting Club Albigeois, c’est tout ce qu’il y a autour du match, quand vous recevez du public pour que ce soit un peu comme à Bourgoin et que le spectateur vienne consommer un match mais aussi bien au-delà et même bien en avant. C’est là qu’est l’axe de développement pour refédérer tout le peuple albigeois et que le Stadium redevienne un lieu d’échange social au-delà d’un lieu sportif ?

 

Ça, c’est le plus dur et le difficile à savoir comment faire revenir des gens pas que pour le rugby. On a effectivement essayé cette année, et tu es venu, de gérer différemment les après-matchs, d’avoir un après-match où tout le monde peut venir trouver les joueurs, les partenaires, avec de la musique et toute une ambiance. On essaye de fédérer tout le peuple albigeois autour de son équipe et, comme tu l’as dit, qu’ils ne viennent pas que pour le rugby mais pour se dire  » on va passer une super soirée, on va voir les matchs et ensuite, on pourra rester et s’amuser « . On a besoin de ça et après, tout vient plus vite quand les résultats sont bons, on le voit, dès qu’on a 2 / 3 / 4 victoires, le Stadium se reremplit petit à petit. Ce qu’il y a aussi dans cette Nationale, comme tous les clubs, tous, sont très loin, quand le DG de n’importe quel club m’appelle en me disant  » est-ce que je peux avoir 30 ou 40 places pour nos supporters ? « , oui, on va pouvoir se les échanger pendant le week-end mais quand il y avait Albi / Montauban ou Albi / Colomiers, Albi / Carcassonne ou Albi / Béziers, les mecs me disaient  » tu peux m’envoyer 1 000 places à la vente ? « . Donc, aujourd’hui, il nous manque beaucoup de monde des clubs extérieurs qui ne se déplacent pas, bon, ils peuvent aussi le regarder gratuitement avec SportAll donc ils se déplacent encore moins. Il nous manque l’engouement de certains Albigeois plus tout le côté extérieur qui ne vient pas à Albi. 

Parlons justement de SportAll et de Rugby Zone TV. Cela fait maintenant 5 mois que c’est mis en place, quel est le retour que tu en as ? 

 

Nous, on y était plutôt favorable car il faut quand même que cette Nationale soit vue et que nos partenaires soient vus. Tous les DG étaient inquiets, il n’y a pas que Jean-Jacques Veyrac, tout le monde était pareil, de se dire quand il va faire froid, comme samedi où il va faire -3 ou -4, que les gens préfèrent regarder le match sur SportAll en se disant  » on va acheter trois bières et on n’ira pas se peler au Stadium « . Évidemment qu’on craint, on est déjà tout le temps en train de rechercher à faire venir du monde au Stadium donc est-ce qu’on ne nous coupe pas l’herbe sous les pieds dans nos démarches de faire venir du monde sans qu’on ait vraiment une contrepartie financière. Quand on est en Pro D2, tous les matchs sont télévisés et pourtant, il y a plein de monde au stade mais en plus, on touche de l’argent donc tout le monde est content. Aujourd’hui, il nous manque un peu la contrepartie financière qui sera importante, je sais qu’ils y travaillent mais ça serait bien si on pouvait aller plus loin là-dessus. 

On va maintenant parler de l’actualité car, ce samedi, il va y avoir un référendum pour savoir si les clubs souhaitent que Patrick Buisson devienne président délégué de la Fédération Française de Rugby. Au Sporting, il y a une SASP avec un président, Alain Roumégoux et une Association avec un président, Jéröme Assié et on sait que c’est Jérôme Assié qui a le bouton pour appuyer sur oui ou non puisque c’est le président de l’Association qui vote. Est-ce qu’il y a eu une méthodologie pour choisir votre candidat et votre décision, est-ce que les deux présidents se sont rencontrés pour échanger sur ce sujet qui est quand même important pour le rugby français ?

 

Je ne sais pas si tu as vu mais il y a une nouvelle règle qui s’appelle le 50 / 22 donc je vais l’utiliser sur ce coup-là. Je sais que les deux présidents se sont rencontrés sur ce sujet, de quel côté a tourné le drapeau, sincèrement, je ne le sais pas. 

On va aussi parler du fonctionnement interne entre toi-même, directeur général, Mathieu Bonello, manager sportif et Alain Roumégoux, président de la SASP. Comment fonctionne ce triumvirat ? 

 

Il fonctionne très, très bien. On échange beaucoup, on se dit tout, chacun peut avoir des idées, chacun essaye de rester à sa place et surtout, quand il y a des choses à se dire où on n’est pas forcément d’accord sur un choix, même si, à 98%, on est toujours d’accord tous les 3, on se réunit et on en parle. Il y a un président qui décide toujours en dernier donc il y a une règle qui est bien établie entre nous et ça fonctionne très bien. 

Question de saison : qu’est-ce qu’on peut souhaiter au Sporting Club Albigeois pour 2023 ? 

 

Vous le savez tous, c’est que fin Mai, on ait e bonheur de se retrouver tous place du Vigan ou ailleurs pour faire une grande fête. 

Merci pour ce point d’étape au Sporting Club Albigeois en souhaitant une belle année 2023 pour les jaune et noir

 

Merci beaucoup.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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