#Rugby – Nationale / Philippe Verney (Dijon) : «Je prends pour moi une partie de la responsabilité de la descente!»

Attablé dans le hall d’accueil d’un hôtel albigeois, le président du Stade Dijonnais nous a reçu à la veille de voir son équipe reprendre les joutes de Nationale 2 à Graulhet (défaite 19-11). Celui qui est au service du club bourguignon depuis plus de 20 ans (dirigeant, puis président de l’Association pour enfin prendre la tête de la SASP en 2017) a tenu à faire un inventaire personnel d’une descente la saison passée ayant laissé des traces psychologiques, tout en dressant le bilan du début de saison Côte D’orien. A l’aube du centenaire stadiste à l’automne 2023, le club de la capitale des ducs et son président, Philippe Verney, qui ont réussi à maintenir une haut niveau de compétitivité budgétaire (2,1 millions) souhaiteraient vivement voir les résultats sportifs coller aux ambitions de début de saison (Top 6). L’homme fort du rugby dijonnais s’est aussi livré sur son sentiment concernant l’actualité des instances fédérales, ainsi que sur le sujet sensible du « Grand Club de Côte d’Or ». Rencontre avec un dirigeant, qui dans une ville où prolifère le sport de haut niveau (Foot, Handball, Basket), veut donner sa juste place à l’ovalie.

 

 

On va commencer par le commencement et cette fin de cycle en Nationale, la 3e division du rugby français. Après avoir quasiment tutoyé la Pro D2 avec un play-off d’accession en Pro D2 en 2019, deux années en Nationale, il y a eu cette relégation qui a un peu laissé des traces morales du côté du Stade Dijonnais?

 

Avec les années Covid plus une descente, c’est très, très compliqué derrière. C’est très compliqué car le Covid a changé un certain nombre d’habitudes et je pense que, pour en avoir discuté avec un certain nombre de présidents, ils ont tous cette problématique. Il est sûr que l’on va regagner nos partenaires et nos supporters mais il va falloir un travail d’un an / un an et demi, on va voir, mais avec en plus la descente pour nous, il y a certains partenaires que l’on était en train de mettre  » à l’attelage  » qui sont partis et ça va être très difficile d’aller les re-récupérer. Il faut donc que l’on retravaille sur un fond de nouveaux partenaires pour se reconstituer un matelas confortable pour contribuer à notre projet sportif qui reste toujours le même. Il ne va pas falloir brûler les étapes, les actionnaires ont bien joué le jeu jusqu’à maintenant, il faut les laisser souffler un petit peu. Ça, c’est plus la partie finances et je dirais que je ne suis pas inquiet par contre, sur la partie sportive, je suis content car avec 19 nouveaux joueurs, il faut qu’il y ait une mayonnaise qui prenne, il y a un staff que je trouve plutôt assez performant. On est 5e ou 6e, c’est bien à l’intermédiaire, je pense qu’on devrait finir un petit peu mieux, c’est mon souhait et c’est ce que je leur ai demandé, on verra après les phases finales, le sport reste le sport et heureusement. Derrière, on a des espoirs qui fonctionnent bien c’est à dire qu’on arrive maintenant à avoir quelque chose de propre, les jeunes n’hésitent plus à venir au Stade Dijonnais et c’est une bonne chose. On a pu récupérer un peu de la qualité donc ça, c’est bien aussi car ça va contribuer à un ensemble, ce sont 15 ans de travail qui vont aboutir mais maintenant, il faut continuer et garder cela. Pour moi, je suis plutôt content de ce qui se passe sur cette saison 22 / 23 et aujourd’hui, le plus compliqué pour nous est plutôt la partie des partenaires car je le redis, il faut aller à la reconquête, on était en Nationale, on est descendu en Nationale 2, il y a eu des changements d’habitude et il faut expliquer ce qui prend un peu de temps, surtout qu’il y a eu un changement commercial important chez nous. La nouvelle cellule commerciale est très bonne mais on ne peut pas brûler les étapes, il faut du temps au temps donc je ne suis pas inquiet pour l’avenir. Notre volonté est toujours de remonter un grade au-dessus, on mettra peut-être une année de plus, on verra, on va déjà voir ce que le sportif va nous faire cette année car c’est quand même le sportif qui décide avec les moyens qu’on leur met. On souhaite aussi que la Mairie, non pas  » tienne ses promesses « , mais elle nous a validé un certain nombre de choses donc qu’elle les réalise. Elle a déjà réalisé notre terrain d’honneur, elle va très certainement aussi nous refaire le terrain synthétique, c’est un investissement important de 850 000€ qui n’était pas prévu donc on ne peut pas dire qu’ils ne nous soutiennent pas et je les en remercie encore. Mais c’est vrai que les jeunes, les dirigeants et les entraineurs, qui ne sont pas toujours au fait des relations que l’on peut avoir avec eux, sont parfois un peu en attente et se disent  » ils ne se bougent pas beaucoup « . Non, ce n’est pas vrai, je crois que tout le monde essaye de faire au mieux avec les budgets qu’ils ont et ensuite, il faut trouver des ententes, des accords qui correspondent et qui satisfassent à peu près tout le monde. C’est la vie, c’est le sport. 

On a vu l’année dernière, dans les derniers mois avant la descente, qu’il y avait une ambiance assez sulfureuse entre autres avec la presse qui n’a ménagé ni les joueurs, ni le staff, ni les dirigeants ni ta personne. J’imagine que, depuis que tu es président, c’est la première fois que tu te fais un peu vilipender comme ça. Ça doit faire mal quand on s’investit, quand on donne de l’argent et de son temps personnel d’être un peu vilipendé sur la place publique ?

 

C’est peut-être l’une des raisons de notre descente, je n’en sais rien. Je ne sais pas où il faut que je positionne ma personne dans l’importance du groupe ni où mettre le curseur mais ce qui est clair, c’est que j’ai fait une transat aller / retour parce-que j’ai aussi une passion qui est la voile, les grands espaces comme la montagne et la mer. J’ai fait cette transat car on l’avait repoussée à cause du Covid, je n’ai pas été là, comment ça a pesé ? Je n’en sais rien mais je prends pour moi une partie de la responsabilité de la descente. On a un problème sur Dijon, c’est qu’on n’a pas des journalistes qui aiment le sport, quel que soit le sport d’ailleurs, donc, à partir de là, ils n’aident pas en mettant des titres. Ils cherchent toujours un peu les gros titres, un peu comme dans Ici Paris et je pense que ce n’est plus ça, je pense qu’il faut aider ces clubs, ces bénévoles, ces joueurs. Ça ne veut pas dire qu’on ne dit pas la vérité mais il y a manière et manière de dire les choses. Je n’ai pas vu les articles et je n’ai pas voulu les lire car je peux être très sanguin et je ne veux même pas m’exprimer dessus car si je dis vraiment le fond de ma pensée, je vais être méchant. Le passé est le passé, on m’a toujours appris à regarder devant donc on verra ce qu’il restera par la suite.

Parlons du présent maintenant et de cette Nationale 2. Malgré la descente, vous avez quand même réussi à garder un budget assez conséquent autour de 2M. C’est quelque chose qui vous permet d’être quand même l’un des clubs qui compte dans cette Nationale 2 ? 

 

Oui, on compte. On a gardé ce budget, je n’étais pas là et j’ai validé les choses assez rapidement, on avait une vista de l’ensemble de nos partenaires qui, théoriquement, suivaient. Ce n’est pas tout à fait le cas mais on va compenser autrement, ce n’est pas le souci donc on va essayer de garder ce budget, peut-être aussi pour la saison prochaine, peut-être un petit peu moins, on ne sait pas encore, on a regardé ça et fait des réunions pour être un peu plus précis mais aussi pour honorer notre parole vis à vis de la Fédération comme on l’avait dit. A la rigueur, si je regarde le budget, on n’est pas à notre place sportivement mais heureusement, et c’est le sport, ça n’est pas que le budget. Je pense que c’est un club, le fonctionnement d’un club et je pense qu’après, c’est l’intelligence qui doit prendre le dessus. On le voit en Nationale, il y a des clubs qui ont des budgets d’1M9 et d’autres de 5M6 et le premier a un budget intermédiaire à 3M donc, ce que je veux dire par là, c’est que oui, il faut une certaine somme d’argent, on est d’accord mais il faut surtout avoir de l’intelligence et qu’il y ait un groupe qui ait envie de mouiller le maillot comme on l’a au Stade Dijonnais pour aller plus haut. Je crois que c’est ça, il faut qu’il y ait cette mayonnaise, que cette symbiose puisse prendre et regénérer cet engouement à 200% pour le rugby et je pense qu’à terme, on y arrivera. Peu importe la hauteur du budget, je crois que ce qui compte, c’est qu’on ait un minimum de choses, une formation derrière qui puisse aider aussi à calquer certaines choses et, à mon avis, l’essentiel est qu’on ne s’affole pas par rapport au sportif. Il faut quand même mettre en adéquation le sportif et notre budget, on verra quand on pourra l’upgrader, on va attendre, on est dans une période un petit peu compliquée peut-être économiquement même si les résultats ont été très, très bons sur l’année 2022 pour un grand nombre d’entreprises. Ce qui se passe là, le contexte extérieur peut peut-être rendre frileuses certaines choses, on ne sait pas trop ou, en tous cas, on ne sait pas trop comment tout ça va se traduire. La Nationale 2 est aussi une belle division, on voit quand même de beaux matchs, il y a des équipes qui ont envie de mouiller le maillot tous les dimanches et j’invite les supporters et les partenaires à venir soutenir l’ensemble des clubs car c’est un rugby, car il y a une belle ambiance, car c’est le rugby. On est quand même dans la Coupe du Monde 2023 donc il est intéressant de se remémorer les règles pour ceux qui ont quelques lacunes sur ce sujet pour pouvoir, je l’espère, voir une équipe de France qui va peut-être atteindre le Graal.

Pour finir sur cette Nationale 2, heureusement qu’elle était là pour des clubs comme Aubenas et Dijon qui descendaient. Ça vous a évité de retomber dans l’anonymat de la Fédérale 1 et cette division intermédiaire vous permet de continuer à exister à l’échelle nationale sportivement et économiquement ? 

 

Il y a toutes ces polémiques sur Bernard Laporte que je trouve un peu dommage car si on occulte la problématique juridique, il n’y a d’ailleurs pas eu d’enrichissement personnel, il y a quand même un bilan qui est très, très positif. Il y a une formation française qu’il a su continuer et améliorer, il y a ces créations de Nationale et Nationale 2 et qui va pouvoir contester les bienfaits de ces créations de divisions ? Personne car on se rend compte que le trou est encore présent, même aujourd’hui entre la Nationale et la Pro D2. Il y aura aussi une marche importante entre la Nationale et la Nationale 2, je ne suis pas un grand tacticien mais on arrive de Nationale, et je regarde quand même ce qu’il se passe en Nationale car on aimerait bien y retourner, et je vois que le niveau est encore en train de monter. Donc, je me dis que forcément, le niveau de la Nationale 2 va lui aussi encore monter et ça crée des exigences en termes de structures dans les clubs. Heureusement donc que ces divisions ont vraiment été mises en place, je pense que c’est une très, très bonne chose pour le rugby français et je remercie l’équipe de Bernard Laporte, Serge Simon et surtout Patrick Buisson qui s’est occupé du rugby amateur car c’est quand même grâce à eux que ça a été mis en place puisque ça a été dit, ça été fait et le résultat est plutôt très, très positif. 

On entend Florian Grill et Ovale Enselble dire  » stop ou encore  » mais vu tes propos, pour Philippe Verney et le Stade Dijonnais, c’est encore. Ça veut dire qu’a Dijon vous vous porterez sur la candidature de Patrick Buisson pour devenir président délégué ?

 

Moi, aujourd’hui, et je ne l’ai pas caché, il y a eu un projet et on a voté pour. Ce projet a été mis en place et je fais un compte comme une personne qui a généré du business dans une autre vie, je fais un bilan factuel, je ne suis pas sur les réseaux dont je me fous un peu, ce n’est pas ça qui doit diriger la France et malheureusement, ça le fait un petit peu en ce moment, et le bilan est positif. Si le bilan est positif, je ne vois pas pourquoi je changerai mon fusil d’épaule. 

Quels sont les axes de développement du Stade Dijonnais pour 2023 ? 

 

 C’est la continuité de la formation, installer vraiment cette formation et faire que cette équipe première arrive au Graal, peut-être à la limite de la montée, on verra. Si on monte, on le prendra en espérant que nos partenaires, avec lesquels on a un gros travail à faire, nous aide à accéder au-dessus et, globalement, nous aide à y rester. On voit que c’est dur, Rennes est monté et redescend, je pense que Hyères-Carqueiranne La Crau va peut-être se maintenir et, malheureusement pour Cognac-Saint Jean d’Angély, je ne vois pas comment ils peuvent se maintenir en Nationale cette année, il y a peut-être encore des possibilités pour Rennes mais ça me paraît un peu plus compliqué pour Cognac-Saint Jean d’Angély mais c’est une vue extérieure et ce n’est pas un jugement mais une observation. 

Autre sujet : on a croisé il y a quelques mois de cela le président Goichot en marge du match Beaune / Graulhet et il nous disait qu’il rêvait de voir un jour émerger un grand club de Côte d’Or qui réunirait Nuits-Saint-Georges, Dijon et Beaune. Est-ce une chimère ou bien quelque chose qui pourrait sortir de terre un jour voire même la solution qui permettrait à Dijon de passer un cap ?

 

Si je comprends bien ta question, c’est est-ce qu’il pourrait y avoir un regroupement ? 

Oui en définitive: Un grand club de Côte d’Or

 

Ca a été évoqué. Je n’ai pas d’idée réelle dessus, peut-être qu’il faut qu’on y réfléchisse. Je n’ai pas de tabou mais à ce jour, ce n’était pas dans les volontés des présidents des clubs mais peut-être que ce sera la solution dans l’avenir. C’est possible, je ne sais pas, c’est à creuser et je pense qu’il ne faut surtout pas s’interdire de tout regarder, qu’il faut explorer toutes les possibilités et voir comment on pourrait organiser cela. On l’a vu avec le Stade Métropolitain et ça marche bien, je pense qu’à priori, c’est plutôt une belle réussite et peut-être qu’il faut s’en inspirer dans certains cas. 

2023, année du centenaire pour Dijon ? 

 

Oui, c’est l’année du centenaire. On a plusieurs pistes pour fêter cela sachant qu’on ne sera centenaire que début Juillet donc début de saison prochaine. On pense qu’on va plutôt lancer ça sur la reprise du championnat de l’année prochaine car 100 ans, c’est important. 

On peut dire  » le Stade Dijonnais, 100 ans et toutes ses dents  » ? 

 

Oui, 100 ans et toutes ses dents (rires). 

Merci président Verney

 

Un grand merci.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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