#Rugby – FFR / Florian Grill : «Je ne suis pas du tout radicalisé!»

Depuis 2016 et la défaite de Pierre Camou aux élections fédérales, il est le principal opposant à Bernard Laporte, se démenant avec ardeur pour faire entendre sa voix. Florian Grill, le président de la ligue Île de France, autour de son collectif Ovale Ensemble, bat la campagne depuis de nombreuses années pour tenter de ramener clubs et licenciés à sa cause. Avec les mésaventures judiciaires de Bernard Laporte et sa mise en retrait de la présidence de la FFR, Florian Grill et son équipe voient en ces péripéties enflammant le rugby hexagonal, une opportunité voire une ouverture, pour déclencher un nouveau temps électoral. Celui qui fut le candidat malheureux des dernières échéances en 2020, estime que le rugby Français doit changer de gouvernance et appelle à voter non, lors de la consultation du 24 janvier devant adouber (ou non) le nouveau président délégué (Patrick Buisson). Malgré des détracteurs qui lui trouvent un côté Robespierre de l’Ovalie ou qui lui reprochent une opposition trop formalisée sur de l’anti-laportisme primaire, l’originaire du midi ne se laisse point déstabiliser et continue à tracer son sillon de chevalier blanc du rugby hexagonal, tout en prenant garde de ne pas tomber dans l’inquisitoire. C’est donc un homme résolu à faire échouer la nomination de Patrick Buisson, via un slogan/Punchline « Stop ou encore » qui a répondu à nos questions. En outre le patron du rugby Francilien nous a décliné quelques unes de ses propositions, en cas d’accession à la Présidence de la FFR comme le redécoupage électoral et géographique des Ligues Occitanie, Nouvelle Aquitaine et AURA. Concernant la Nationale, la Nationale 2 et la Fédérale1, les grandes annonces d’Ovale Ensemble et Florian Grill interviendront le 19 janvier lors d’une grande Visio-conférence sous forme de débat avec les présidents des divisions sus nommées. En clair, il est peu de dire que l’ancien Président de l’AC Boulogne-Billancourt voit ce mois de janvier comme un moment charnière du rugby Français, tout comme pour son combat face à la majorité actuelle et un rendez vous avec son destin personnel. Florian Grill commence 2023 comme il a terminé 2022, offensif, même si cela doit lui coûter de l’énergie, voire potentiellement écorner sa stature de candidat pour 2024. L’homme ne ménage pas sa peine pour faire entendre ses idées et convaincre le plus grand nombre à ses vues, avec en finalité un verdict implacable : Florian Grill restera-t-il dans les annales comme le Don Quichote de l’ovalie, ou comme le Che Guevara déclencheur d’une révolution au sein du rugby Français ? Rencontre avec un dirigeant fédéral , qui à quelques mois de la coupe du monde 2023 en France, souhaite rebattre les cartes pour fixer une nouvelle donne.

 

Crédit photo Ovale Ensemble

 

Depuis maintenant deux mandats, vous êtes le leader d’une opposition à la majorité de Bernard Laporte, dont l’on peut dire que vous arrivez un peu à un carrefour ?

 

Oui, on arrive à un moment charnière qui a été déclenché par la condamnation de Bernard Laporte et avant ça, par le licenciement de Claude Atcher, le directeur général que Bernard Laporte avait nommé pour France 2023 plus maintenant les quelques affaires qui ont pu sortir. Pour la Ministre et World Rugby, qui a des règles extrêmement strictes en termes d’éthique, la condamnation en première instance vous disqualifie, la Ministre avait également dit que les conditions n’étaient pas réunis pour que Bernard Laporte reste président. Ministère et Comité Éthique ont décidé de mettre en place un référendum auquel on se plie bien volontiers par respect pour le rugby. On appelle à voter contre le candidat qu’on nous impose pour permettre des élections générales qui nous apparaissent être ensuite la bonne solution s’il y avait un refus du candidat proposé.

Des élections anticipées à quelques mois de la Coupe du Monde, le timing est périlleux ?

Ce qui est périlleux à quelques mois de la Coupe du Monde, c’est la multiplication des problèmes constatés à savoir d’une part la condamnation de Bernard Laporte et de l’autre, le licenciement de Claude Atcher et les affaires qui sortent aujourd’hui. Il ne faudrait pas qu’un scandale français devienne un scandale mondial en se rapprochant de la Coupe du Monde donc c’est pour ça qu’il y a urgence à tourner la page. Il faudra être raisonnable, soit la candidature de Patrick Buisson est validée et nous, on respectera le choix des clubs et on préservera la Coupe du Monde, soit la candidature de Patrick Buisson n’est pas validée et dans ce cas-là, il faudra que ce soit le Comité Directeur qui soit raisonnable et organise des élections générales qui peuvent se faire en six semaines ce qui la aussi préservera la Coupe du Monde.

Quoi qu’il se passe, on est sur un chemin de crêtes ?

 

On est sur un moment important pour le rugby. On est un peu la risée du rugby mondial aujourd’hui, tout le monde voit que ces problèmes sont majeurs alors qu’il y a une Coupe du Monde qui arrive et une équipe de France qui brille. Il faut donc la préserver et que tout ça aille vite, tout peut aller très vite, encore une fois, il y a deux hypothèses : soit Patrick Buisson est validé et j’ose espérer que les choses s’apaisent soit il n’est pas validé et on aura réglé le problème dans six semaines donc on pourra gérer le rugby sereinement et revenir au rugby du quotidien car c’est quand même ça qui compte.  

Patrick Buisson est présenté par les médias et par nombre d’acteurs du rugby comme quelqu’un de consensus et d’apaisant. Pourquoi ne pas attendre les élections qui sont prévues en 2024 et vouloir des élections anticipées au vu de la personnalité de Patrick Buisson ?

 

Le sujet n’est pas de savoir si Patrick Buisson est quelqu’un de sympathique ou non, moi, je ne juge pas les personnes et je m’interdis de porter des propos sur les gens, je porte des propos sur les idées qui sont portées. Il y a des choses qui ont été positives, d’autres qui ne le sont pas et dans les choses qui ne sont pas positives, le fait d’avoir validé les frais d’avocats et que la Fédération Française de Rugby paye les frais d’avocats alors qu’elle est partie civile, est quelque chose qui, fondamentalement, me choque d’un point de vue éthique et déontologique. Patrick Buisson a cautionné ça, le fait de signer une lettre de soutien alors que l’institution Fédération est partie civile est choquant au plus haut point, ce n’est pas entendable ni compris par les instances de World Rugby donc ça met un peu en danger notre image à l’aube de la Coupe du Monde. Il y a aussi un certain nombre de réformes que Patrick Buisson a pu valider ou porter, dont celle de la Fédérale 3 qui a été remballée, qui se sont avérées être de mauvaises décisions, la preuve en est que ça a été remballé à la dernière minute. Il y a encore la suppression des titres de champion de France dans le rugby territorial qui, à mon sens, est une grosse erreur car notre première mission est d’offrir des aventures humaines collectives. Ça, c’étaient des erreurs mais par contre, je reconnais aussi des choses positives comme la création de la Nationale donc je sais faire la part des choses entre ce qui est positif et ce qui est négatif. Mais, il y a des choses qui sont très négatives et moi, je pense que c’est mon devoir d’élu de dire ce qui est bien et ce qui n’est pas bien et quand il y a des choses qui ne sont pas acceptables déontologiquement, celles-là, on ne peut pas les tolérer. 

Nous sommes, au Le #MagSport, un média spécialisé sur la Nationale, la Nationale 2 et la Fédérale 1. Quel message allez-vous envoyer à ces clubs-là ?

 

Sur la Nationale, ce n’est pas là qu’il y a le cœur du problème du rugby aujourd’hui. Le seul point de correction important pour moi serait de valoriser les clubs formateurs et donc, je pense qu’il faut que l’on ait un message très clair là-dessus, que la Fédération ait un message très clair sur la valorisation des clubs formateurs versus ce que j’appelle  » le club champignon  » qui pourrait tout mettre sur la première et négligerait les cadets, les juniors, la formation et tout ce qui va avec. Ça, ça serait un élément de correction mais le cœur du problème pour moi aujourd’hui est plus sur le rugby territorial, les cadets, les juniors. C’est là qu’est le cœur du problème et là qu’on a le cœur des divergences avec la Fédération Française de Rugby et avec Patrick Buisson, non pas l’homme mais les idées qu’il porte.

Faisons un peu de fiction. Vous devenez dans quelques mois président de la Fédération Française de Rugby, quelles sont les 2 / 3 / 4 premières actions que vous mettez en place ? 

 

Déjà, on fera bien évidemment un audit complet de la Fédération Française de Rugby et probablement que l’on demandera à l’Inspection Générale des Finances de le réaliser, ça me paraît extrêmement important. Après, je pense qu’il faut retrouver de la proximité dans les grandes ligues, on a créé des ligues qui sont des entités énormes où on a perdu de la proximité. Dans le rugby français, on a besoin de se voir, de se toucher, de se parler, de dire les choses de manière simple et claire et donc redécouper la Nouvelle-Aquitaine en trois ou quatre territoires pour retrouver cette proximité car c’est aujourd’hui un territoire qui est grand comme le Portugal, il faudra découper l’Occitanie en trois, AURA Rhône-Alpes en deux pour retrouver cette proximité. Il faudra relancer les boucliers régionaux, moi je suis originaire de Montpellier et quand j’étais gamin, on ne parlait que du championnat du Languedoc dans Midi-Libre et la suppression par Patrick Buisson de ce genre de championnats qui sont des carottes, des outils pour fidéliser les gens sachant que notre mission première est de vendre des aventures humaines collectives a été une grave erreur. Il ne faut donc pas s’étonner que l’on ait des difficultés sur le rugby territorial en enlevant ce qui faisait le sel du rugby et ce qui faisait la fidélisation des pratiquants.

Deux questions qui reprennent les arguments de vos détracteurs. On entend ces derniers dire que vous vous êtes un peu trop radicalisés et avez un peu trop personnifié votre opposition sur Bernard Laporte ou de l’anti-Laportisme primaire, qu’avez-vous à leur répondre ?

 

Je vote 80% des décisions en Comité Directeur donc je ne suis pas du tout radicalisé (rires). Par contre, j’ai des principes et quand il y a des choses qui débordent du point de vue de l’éthique et de la déontologie, je pense que c’est mon devoir tout comme c’est le devoir de tout élu au Comité Directeur de les dénoncer. Je suis fidèle à un certain nombre de principes et à l’image que je me fais du rugby, je ne suis pas radical sinon je voterai systématiquement contre tout ce qui n’est pas le cas. Je sais dire quand il y a de bonnes réformes, les cadres techniques de clubs sont une bonne réforme, je vous ai dit que les évolutions sur la Nationale me convenaient et, à l’inverse, je pense qu’avoir une épine dorsale est un principe de base au rugby et que de savoir dire à l’inverse ce qui ne va pas et le dénoncer quand c’est un problème de déontologie et d’éthique, c’est normal. C’est comme ça qu’il faut être.

 

Autre question dans la même veine, il y a un sparadrap qu’on vous colle souvent, celui d’avoir voté pour le Grand Stade. Qu’avez-vous à répondre à ça ? 

 

Je n’ai pas voté pour le Grand Stade puisque je n’étais pas élu donc petite nuance (rires). Moi, je ne suis élu à la Fédération Française de Rugby que depuis l’élection de Bernard Laporte. 

Vous aviez tout de même soutenu le projet de grand stade ?

 

J’ai été soutien de Pierre Camou et j’aimerai savoir ce que la Fédération Française de Rugby fait avec le petit stade qu’est le stade Raoul Montbrand sur lequel elle a investi 60M d’euros dont on ne sait pas qu’il y a un stade à Pantin et dont on ne sait d’ailleurs pas ce à quoi il va servir puisque la Fédération Française de Rugby vient de proposer récemment au Stade Français Paris potentiellement de s’y installer. Il y a le Grand Stade et le Petit Stade et on se demande donc quel est le projet de la Fédération Française de Rugby sur le stade Raoul Montbrand à Paris. Moi, je pense que le sujet du Grand Stade est passé et que maintenant, le sujet est de savoir ce qu’on va faire de la concession du Stade de France, de toute façon, la Fédération Française de Rugby a accumulé six années et un grand chelem de déficit d’exploitation couvert uniquement sur la dernière année par la vente du Tournoi des 6 Nations à CVC, au fond d’investissements CVC. De toute façon, on n’est pas en capacité de faire un stade et ce n’est pas le sujet, moi, je pense que le sujet pour demain est de savoir si on renouvelle, et dans quelles conditions, la concession pour le Stade de France ou si on se positionne éventuellement dans un tour de table pour le reprendre, puisque l’Etat n’a pas vocation à rester propriétaire du Stade de France. Ce n’est pas absurde de se dire qu’une Fédération doit avoir son outil de production et maître de son outil de production donc on regardera le sujet du Stade de France mais le sujet Grand Stade est un sujet d’hier et ce n’était pas mon sujet. 

On a vu que, comme on dit, vous étiez en train de battre campagne. Vous êtes allés à la rencontre des clubs des Landes, du Gers et du Pays Basque quel est le son de cloche qui remonte de la base et comment est-ce que vous organisez cette campagne ?

 

On est effectivement allé à Grenade-sur-Adour ainsi qu’à Gan à côté de Pau, Bayonne et Mont-de-Marsan et le retour des clubs est excellent. Mais opposant dise que j’ai été opportuniste mais je ne crois pas qu’on puisse parler d’opportunisme pour quelqu’un qui est dans le rugby amateur depuis 40 ans. Le retour des clubs est excellent, ce que nous, on demande, c’est très simple, ce sont des élections générales, un vote contre maintenant, pour que les clubs aient le choix et d’ailleurs, le choix n’est pas forcément nous. Des elle tuons générales permettrait d’ouvrir complètement toutes les candidatures, on peut imaginer qu’il y ait entre 5 et 8 candidats ou candidates mais ce qu’on réclame, ce sont des élections générales. Et si on m’estime opportuniste, c’est peut-être qu’on se dit qu’on va l’emporter s’il y avait des élections donc merci de cette perspective (rires). Mais pour l’instant, on demande des élections générales et que les clubs puissent choisir projet contre projet et si Patrick Buisson veut se présenter, qu’il le fasse ! C’est très bien, qu’il le fasse et qu’on ait son projet contre notre projet. Ce qui est certain, c’est qu’il y a un nouveau président ou présidente de fait de la Fédération Française de Rugby qui va arriver et il serait bien que les clubs aient un vrai choix donc ça passe par un non au référendum pour permettre ensuite de vraies élections générales;

La punchline du moment, et même le slogan, d’Ovale Ensemble est  » stop ou encore « . Si d’aventure les clubs votaient « encore », est-ce que ça mettrait un coup d’arrêt à votre dynamique et à votre projet de vous présenter en 2024. Vous serez candidat quoi qu’il arrive en 2024 ? Un adoubement de Patrick Buisson par les clubs le 24 janvier, pourrait aussi être apparenté à un échec voire un rejet d’Ovale Ensemble et Florian Grill?

 

On a de vraies convictions, on plaide pour un rugby avec une dimension sportive, éducative et citoyenne donc non. On le respecterait car je pense qu’on est responsable et qu’à la veille de la Coupe du Monde, si les clubs validaient la candidature de Patrick Buisson, notre responsabilité au regard du rugby serait de respecter ce choix et de faire que la Coupe du Monde se déroule dans les meilleures conditions possibles. En sens inverse, s’il y a un non, j’attends aussi du Comité Directeur qu’il respecte la Coupe du Monde et qu’il organise les élections générales que les clubs auraient dans ce cas-là demandé, qu’on ne soit pas dans le côté absurde de multiplier les candidatures et de les faire durer alors qu’il y a une Coupe du Monde qui arrive. Est-ce que je serai, dans la première hypothèse, candidat en 2024, oui, il n’y a pas de raison car nos convictions sur une dimension éducative, sportive et citoyenne sont entières et ne s’arrêtent pas à une échéance court terme. Ça fait 40 ans qu’on travaille sur ce genre de sujet, qu’on réfléchit au rugby et plus de 20 ans en tant que dirigeant bénévole donc on n’est pas là pour faire n’importe quoi mais on est là pour essayer de penser le rugby sur le long terme.

On est début 2023, période des vœux et des bonnes résolutions : que peut-on souhaiter pour le rugby français en 2023 ? 

 

Qu’on soit champion du monde ! 

Merci pour cette interview et pour nous avoir donné votre point de vue sur ce moment charnière dans les instances du rugby français

 

Merci à vous.

Propos recueillis par Loïc Colombié

Article en partenariat avec Loïc Colombié

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