#SportStory – Cyclisme / Christian Fauré : La tête et les jambes.

Les championnats de France vont se dérouler ce week-end à Cholet. L’an passé notre rédaction était revenue sur le double titre amateur de Daniel Amardeilh en 1984 et 1985 (1). Cette année, nous mettons en valeur la victoire en 1980 du gersois Christian Fauré, sur un circuit qui ressemblait comme deux gouttes d’eau au circuit des JO de Moscou. Ce jour-là, Christian Fauré sera le plus fort, celui qui fait partie intégrante du « club France sous la direction du colonel Richard Marillier, déjoue tous les pronostics… et empoche sa sélection pour Moscou.

Christian Fauré lors de la nocturne de Périgueux en août 1980. (crédit vélodordogne)

Une course pour hommes forts.

Ce championnat 1980 se déroule au cœur de la Bourgogne, à Villers-Morgon. Les équipes présentes sont des sélections régionales composées des meilleurs coureurs de chaque comité. Le circuit n’est fait que de montées et de descentes, pas un centimètre de plat. A peine le départ donné 6 hommes se détachent. Il y a là, le nordiste Jean-Michel Condette, le poitevin Charles Turlet, le provençal Régis Roqueta, le bourguignon Régis Gallet, le parisien Philippe Badouard et Michel Babin.

Les favoris, comme les bretons Marc Gomez (champion de France professionnel 1983 et Milan San Remo 1982) , Jean-François Rault (Bordeaux Paris 1988) et Pierre Le Bigault, le francilien Jean Paul Le Bris , le lyonnais Dominique Celle (Trophée des Grimpeurs 1981) , l’orléanais Pascal Bodier, l’artésien Michel Cornelise, le bourguignon Gérard Dessertenne (titré en 1978) , les aquitains Bernard Pineau, Patrick Audeguil, Michel Fédrigo, Eric Valade ou encore le grand spécialiste des championnats de France le limousin Francis Duteil tenant du titre, déjà consacré en 1976 et deuxième en 1973 derrière le pyrénéen Hervé Florio, sont aux aguets.

Avant la mi-course, Le champenois Régis Clère (3 victoires d’étapes sur le Tour, 2 sur la Vuelta, Champion de France course aux points 1981 et route 1982) fait exploser la course, il place une attaque qui le projette à l’avant avec Dominique Celle. Christian Fauré décide alors de ne pas subir, et au prix d’un effort long et violent, il réussit à faire la jonction, l’entente des 3 hommes est parfaite.

A l’entame du dernier tour de circuit, les fuyards possèdent 50 sec d’avance. A l’arrière le graulhétois Patrick Mauriès, joue la course d’équipe, il endigue les attaques des poursuivants, mais ne peut retenir Pierre Le Bigault et Francis Duteil qui finiront respectivement 4éme et 5éme. Au sprint, Christian Fauré ne laisse aucune chance à ses compagnons, devançant Dominique Celle et Régis Clère vaincu par sa débauche d’énergie et sûrement le plus fort ce jour-là.

Les battus du jour sont les pré-sélectionnés olympique du colonel Marillier qui avait pour noms Marc Madiot, Michel Larpe, ou encore le marmandais Francis Castaing relégués à plus de 10 min du vainqueur; L’aquitain Bernard Pineau et le normand Philippe Senez autres favoris sont contraints à l’abandon. Mais les deux grands battus du jour sont le DTN Richard Marillier et le regretté Francis Duteil. Le sélectionneur tricolore, le colonel Marillier, est contraint de revoir ses plans pour Moscou. Il avait déclaré avant le départ que « le vainqueur serait le meilleur des sélectionnés ».

Initialement, Christian Fauré n’était pas sélectionné. Le 29 juillet 1980, soit 24 jours après son succès Christian Fauré termine 8ème de l’épreuve en ligne des JO de Moscou remportée par le grandissime favori le russe Sergueï Soukhourenchkov au terme de 189 km. Il devance le polonais Czeslaw Lang et autre russe Youri Barinov. Marc Madiot termine dans la roue du pyrénéen (9ème).

Le limousin Francis Duteil champion de France amateur en 1976 et 1979.

Quant à Francis Duteil, le magsports vous livre ses confidences sur ce championnat de France 1980, voilà ce qu’il déclarait au terme de sa carrière sur cette course au site velodordogne.canalblog.com :

– « Cette année-là je participe pour la 2° fois au Giro Dilettanti (2) soit deux semaines avant le championnat de France. Dans la nuit précédant la 7° étape, avec Christian Fauré nous sommes victimes d’une intoxication alimentaire. Le départ de cette 7°étape est au pied d’une montée de 22 km. Il fait une chaleur torride. Christian abandonne au bout de 3 km. Je suis le dernier du dernier gruppetto et j’ai très soif. Nous sommes suivis par le camion balai et l’ambulance. Je vais voir les infirmières de l’ambulance. Je leur demande de l’eau et leur dis que ma copine est infirmière. Elles vont me ravitailler en eau à volonté et me sauver ainsi de l’abandon. Je termine le Giro en mauvaise condition mais le rythme d’une course internationale est toujours bénéfique.
– Au championnat de France il fait chaud. Je porte le dossard n° 1. Au bout de 10 km je perds mon bidon : mon porte-bidon en dural s’est cassé. J’ai bien emporté un deuxième bidon dans mon maillot mais le premier ravitaillement a lieu après 80 km de course. Je bois beaucoup tant en compétition qu’à l’entraînement et la soif va perturber ma course. Après la mi-course trois coureurs se sont échappés. Je comprends que c’est une échappée dangereuse. Je sors du peloton mais je suis pris en chasse. Marc Madiot en tête d’un peloton très étiré me rejoint alors que je suis à moins de quinze mètres des échappées. Je ne finis pas de combler le trou et Marc fait la même erreur. Nous ne reverrons pas les trois échappés. J’ai bu deux bidons par tour et dans le dernier tour je suis mieux. Un coureur s’est échappé et chasse derrière les trois premiers. Je sors seul dans le dernier tour. Lorsque j’arrive dans la ligne droite de l’arrivée, je suis surpris d ‘être revenu si près : j’ai le quatrième à 100 m et je vois les trois premiers passer la ligne à moins de 300 m, Christian Fauré du VC Isle Jourdain, mon équipier du Giro passe en tête et gagne ».

Christian Fauré, Docteur ès sciences, devenu assureur.

Lionel Faure (à gauche) et Christian Fauré ( à droite). crédit photo DDM.

La carrière cycliste amateur de Christian Fauré est à mettre en perspective avec son cursus universitaire. L’exemple parfait d’une réussite sportive doublée d’une réussite universitaire. Il a 29 ans lorsqu’il décroche le Graal sur le championnat national. Il est coureur international, et à son actif plusieurs expériences soit avec la sélection régionale, soit avec l’équipe de France. Il a couru des épreuves renommées comme le Tour du Roussillon (vainqueur d’étapes en 1977 et 1978), le Tour du Loir et Cher, le Ruban Granitier Breton, le Tour d’Autriche, le Tour de l’Avenir, le Tour du Limousin Open. Il termine 2ème du Grand Prix de l’Équipe derrière le coquin Gérard Aviegne qui ne lui prendra aucun relais pendant 60 km, afin de le battre. Cette victoire pour Aviègne aura un goût amer. Il devait passer pro, mais son comportement ce jour là n’a pas convenu le milieu, et aucune équipe professionnelle ne lui fera confiance.

Poursuivant des études scientifiques, Christian Fauré devient Docteur ès Sciences et concomitamment à sa carrière, il dispense des cours de physique et mathématiques dans une école d’ingénieurs. Il est triplement vice-champion de France universitaire en 1973 sur le kilomètre, la vitesse et la poursuite. Il sera titré en universitaire sur route et en poursuite en 1977. Il remporte 3 fois le Trophée des Pyrénées en 1976, 1978, et 1979. En 1978, il est encore vice-champion de France Universitaire sur route.

Au terme de sa carrière, il embrasse une carrière d’agent d’assurance. Le 1er mars 1983, Il est installé agent d’assurance AXA à L’Isle en Jourdain (32) . Dans le même moment, l’ancien coureur professionnel Dante Coccolo connaîtra le même destin à Ondes (31). Les affaires de Christian Fauré prospèrent aussi en Haute-Garonne puisqu’il ouvre un cabinet quelques années après à Fonsorbes. En 2013, l’ancien pilier international Lionel Faure, champion de France avec Clermont et d’Angleterre avec Sale s’associe à Christian Fauré, dans la perspective d’une succession choisie et toute en douceur.

Joint par téléphone, Christian Fauré a aimablement répondu à nos questions lors de la Route d’Occitanie 2022.

Le#magsports : Bonjour Christian Fauré, et merci d’avoir répondu à notre invitation pour évoquer votre titre, et accessoirement votre carrière. Quels souvenirs conservez-vous de ce titre de Champion de France 1980 sur route ?

C’est le meilleur, le plus grand souvenir de ma carrière. Quand on passe la ligne, on veut la bouffer. Le podium, la Marseillaise, ce sont des émotions, d’une intensité rare. Sur le podium, je décide d’arrêter le vélo. (rires) J’avais dit la même chose 20 jours avant, lorsque je suis éliminé avec l’équipe de France pour avoir été hors délais sur le Giro Dilettanti.
J’avais la confiance du DTN Richard Marillier. J’avais décliné ma sélection pour la Course de la Paix (3) car j’étais hors de forme suite à pépin de santé. Je lui envoie une lettre. Il me remercie pour ma transparence sportive , et me fait savoir que lorsque je reviendrai « en cannes », je serai sélectionné sur la course de mon choix… Je souhaite faire le Giro Dilettanti, et je me retrouve pour la première fois de ma carrière hors délais. Mes équipiers de l’équipe de France notamment Frédéric Vichot, surtout Francis Duteil avec Pierre Le Bigault , alors maillot rose de leader et l’entraineur national Michel Nédelec me persuadent de revenir sur ma décision d’arrêter le vélo. La fédération déroge à la règle, elle me garde dans l’équipe, et me propose de m’entrainer sur chaque étape, une heure avant le peloton. Quelques jours après Pierre Le Bigault leader de l’épreuve, est malade, il abandonne, et me retrouve dans cette galère. La dernière étape, on part avec une heure d’avance, et on arrive avec une heure d’avance. Le peloton ne nous avait rien repris. J’ai fait 160 km avec Le Bigault dans ma roue, il n’a jamais pu me relayer. Pierre, me dit « on finira 1 et 2 aux championnats de France » !

Quels étaient vos équipiers dans la sélection régionale pour ce championnat ?

Pour l’épreuve en ligne, il y avait deux tarbais Alain Dithurbide (4) et Frédéric Bonomelli (5), un tarnais Patrick Mauriès, et deux gersois Michel Duffour et moi même. Moi, j’étais sélectionné d’office par le DTN en personne.
Dans le contre la montre par équipe le jeudi, on avait reçu une fessée ! Mais à titre personnel je tenais des relais au-delà des 50 km/heure selon le CTR Jean-Claude Decoopman, et qui était notre Directeur Sportif. On a rejoint et dépassé l’équipe de France qui devait aller aux JO…Je vous laisse imaginer la tête de Marillier ! (rires)
Philippe Bodier, mon équipier en équipe de France avait pris la 2éme place avec son comité de l’Orléanais. Il me chambre un peu. Et je lui dit « le CLM c’était mon entraînement pour samedi » !Le lendemain, on reconnaît le circuit du championnat , et on se fait doubler par les coureurs de l’orléanais. Je prends les roues et dans la côte de l’arrivée, je sprinte. Ce sprint à l’entraînement c’est peut être ma victoire du dimanche.Les cuisses me brûlent, je suis oxydé. Je comprends qu’il me faut revoir les braquets. De retour à l’hôtel , je décide d’utiliser un plateau de 51 dents. J’en cherche un partout. Michel Duffour m’en trouve un, et me dit : « Tu comptes gagner avec un braquet de cadet ? »Je lui réponds « si je gagne, tu auras les dents peintes en bleue, blanc, rouge ».

Une anecdote avant la course ?

J’en ai plusieurs. Lorsque je prends possession de ma chambre à l’hôtel, je fais chambre avec Michel Duffour. On nous donne la clé de la chambre 1. Le jour de la course je descends pour le petit déjeuner, Michel est déjà attablé, juste à côté de lui, il y a une cage avec un mainate. Je m’assois pour prendre ma collation, et l’oiseau se met à chanter la Marseillaise. Toujours dans cet hôtel, nous prenons notre repas 3 heures avant le départ de la course. Un homme était au bar de l’hôtel, et était bien alcoolisé… lorsqu’il quitta les lieux, il titube, nous étions environ 25 personnes dans la salle à nous restaurer. Il passe devant notre table, il se met à crier que « le champion de France c’ est lui. ».. Son index me désigne. Vénancio Téran(5) mon équipier du comité des Pyrénées, ibérique d’origine me dit : » tu vois dans mon pays, on dit que des gens comme ça (ivrent ), ils ont souvent des visions prémonitoires ». Après le repas je pars me reposer dans la chambre, je ferme les yeux, et je m’invente un tableau noir imaginaire, je me mets à écrire « je vais gagner » à trois reprises. Juste avant le départ de la course, je croise Richard Marillier le DTN, je lui dit : « mon Colonel, j’ai une dette envers vous, ce soir je serai sur le podium ».

Cette course pour hommes forts comment elle s’est déroulée ?

Il y avait à l’avant Dominique Celle et Régis Clère était très fort ce jour-là. Au prix d’un effort violent et solitaire, et sur plusieurs kilomètres, je reviens sur eux à la mi-course. Juste après mon retour, sur les deux fuyards, Régis Clère place une mine en haut d’une bosse. J’arrive à sa hauteur. Je l’engueule, en lui disant qu’il restait 5 tours soit environ 60 km et que si on s’entendait… On repartait tous avec une médaille au cou. Dominique Celle avait tout intérêt à collaborer, car les arrivées en bosse convenaient à ses qualités, et Régis Clère avait une réputation de bon routier sprinter. Je n’étais pas le favori. Habituellement en échappée, je n’étais pas feignant pour relayer, cela m’a même souvent joué des tours comme dans le Grand Prix de l’Équipe, là je fais le job mais pas plus . Avant l’arrivée, je me souviens d’un conseil de l’agenais Bernard Pineau. Son père lui répétait qu’un sprint devait se préparer un kilomètre avant, par le choix du braquet, et ne plus en changer.Je choisi 51X17 compte tenu de mon expérience de l’avant veille, lors de la reconnaissance du circuit. Dans la descente avant l’arrivée j’avais les jambes autour du cou tellement, je moulinais. Je me place entre Clère et Celle, dans le dernier virage je lance le sprint, et je gagne aisément.

Et le professionnalisme vous y avez songé ?

Jamais. J’ai un parcours atypique. J’ai commencé le vélo en cadet, avec un vélo payé sur mes économies gagnées le dimanche en servant la messe. Mon parcours était tout tracé. Fils de paysan, j’étais programmé pour la reprise de l’exploitation. J’achète un vélo… et je me fais engueuler par mes parents. Ils décident que jamais je ne ferai de vélo. En bon gersois, j’en fais qu’à ma tête. Je suis pensionnaire au collège professionnel de Samatan en CAP de menuisier. Le mercredi je m’entraine. Et le dimanche, je cours. Le directeur du collège a convoqué mes parents pour leur dire qu’après mon CAP je dois poursuivre mes études, car j’ai des prédispositions. J’intègre à 18 ans une seconde de rattrapage, et je me retrouve à passer un BAC F4 au Lycée Le Garros à Auch. Je prends des cours de maths le soir pour rattraper mon niveau, et j’obtiens mon bac avec 19/20 en maths, j’étais premier dans toutes les disciplines … sauf en sport. Je me suis rattrapé depuis ! J’ avais d’ autres objectifs de vie. Et puis le professionnalisme c’ était difficile à mon époque, le cyclisme était moins structuré que de nos jours…et surtout très mal payé.

Puis vous entamez un brillant cursus universitaire ?

J’intègre l’IUT Génie Civil de Toulouse, puis l’Université Paul Sabatier, pour obtenir un doctorat en sciences. A l’Université c’était plus cool, j’avais plus de temps pour faire du vélo. Je détestais l’entraînement, seules les courses avaient un intérêt pour moi. Je suis né en 1951 et je fais mon armée en 1977 à 27 ans. J’ai déjà gagné 3 fois le Trophée des Pyrénées, qui consacre le coureur le plus régulier de la saison sur des épreuves dites tests. En 1976, je gagne ce Trophée sans remporter un seul succès . A l’armée, je suis intégré à la base Francazal. Le major Rigaud, passionné de vélo, me libère du temps. Il m’engage pour les championnats interrégionaux militaires à Mont de Marsan, que je gagne, et il affrète un avion pour aller aux championnats de France militaires. Ce jour là je m’échappe en compagnie de 13 coureurs. 11 appartiennent au Bataillon de Joinville parmi eux Laurent Fignon, Marc Madiot, Pascal Jules et l’ariégeois Daniel Amardheil… J’ étais fort, je termine 5éme . A la fin de la course le DTN, vient me voir, et me dit, « je t’avais repéré au Ruban Granitier Breton » (6ème du général) , effectivement, j’avais fait mordre la poussière aux polonais et allemands de la RDA et aujourd’hui  » tu es le vainqueur moral de cette course, dorénavant tu es membre à part entière de l’équipe de France amateur ». C’ était ma première rencontre avec le Colonel Marillier. Quelques jours après Michel Nédellec, l’entraîneur national me sélectionne pour le Tour d’Autriche. Je dois gagner la première étape mais le polonais Lang me balance dans les barrières. Je suis victime d’un anthrax à la selle, je me fais opérer, je continue sous antibiotique, puis je pars aux Mondiaux pour le 100 km contre la montre et je suis sélectionné en compagnie de Gérard Desportes, Marc Gomez et Philippe Bodier.



Quelques semaines après votre titre national , vous avez connu les JO de Moscou 1980 ?

Oui effectivement et un peu contre mon gré. En 1979, je cumule les courses régionale,nationale et internationale, et je suis enseignant vacataire en maths et physique. Difficile de cumuler les deux, d’autant que je venais d’être papa. Le DTN Marillier m’appelle pour connaître mes ambitions pour l’année suivante. Je lui dis que je vais arrêter le vélo, car je ne peux pas cumuler les activités. Il me demande de me tenir prêt pour les JO de Moscou de 1980,et pour le dissuader d’aller plus loin dans la conversation, je lui dit « vous n’avez pas plus jeune que moi pour les Jeux Olympiques ? Sa réponse de militaire fut cinglante : « il n’y a pas d’âge pour être olympien ».Il m’ offre une bourse olympique de 2000 francs par mois pour continuer. Je propose un deal à Marillier. Je lui demande de m’obtenir un poste d’enseignant titulaire et de donner ma bourse olympique à un autre coureur. En 1980, ma saison est un peu contrariée, je chute à Albi. Je termine 2éme des Boucles du Tarn entre Pineau et Duteil, le champion de France en titre , je suis malade avant la course de la Paix (3), et puis ce championnat de France arrive. Juste avant, je remporte à Blagnac une épreuve test de 160 km comptant pour le Trophée des Pyrénées, organisée par Georges Gay avec une tactique de course redoutable : qui m’aime me suive…ce jour là, la course ne faisait pas 160 mais en réalité 180 km. Georges Gay était malicieux, il en rajoutait toujours un peu au programme (rires). Et puis le championnat de France arrive et me consacre.
Je retrouve Marillier au pied du podium, qui me félicite froidement, et me dit « Tu me mets dans une sacrée m….. ». En effet, tous les coureurs de sa présélection pour les JO finissent à 10 minutes, et la pré-sélection pour les JO explose le soir des championnats de France. Je me retrouve aux JO de Moscou au milieu d’une armada de coureurs de l’Est tous surmotivés. Je fais une course très honorable en prenant la 8ème place et en terminant premier français dans la roue d’Adri Van der Poel(7ème).

Votre carrière prend fin en 1983, pour devenir assureur.

Oui Bailly prend la succession de Nedelec, je reste en équipe de France en 1981, 1982 et 1983. En 1983, je participe aux championnats du monde à Prague, et je reste en tête pendant un tour… mais je sens que ce championnat marque un tournant dans ma carrière. Je n’étais toujours pas titulaire de mon poste d’enseignant, Marillier m’avait oublié (rires). J’ai vécu sur un nuage, je signais des autographes partout, sur des photos me représentant en maillot tricolore. J’avais dédicacé une photo à mon président de club qui l’avait sur son bureau à la Caisse d’Epargne de l’agence de l’Isle en Jourdain. Jean-Jacques Castanet (7) passe le voir, et lui dit qu’il me connait car nous étions ensemble au lycée Garros d’Auch en Bac F4, et qu’il veut me rencontrer. Il cherchait des candidats pour installer la marque AXA à l’Isle en Jourdain. J’ai fait un stage et 6 mois de probation, je donnais toujours des cours, et le 1er mars 1983, je me suis retrouvé agent d’assurance sans client, ni portefeuille à l’Isle-en-Jourdain (32). Une belle aventure commence alors. Je termine ma carrière de cycliste dans une course à Blagnac, avec le dossard 26 épinglé sur le maillot de mon club de l’Isle-en-Jourdain, avec au micro, le speaker Jean Clavier qui m’avait connu en cadets, et qui a suivi toute ma carrière avec gentillesse et bienveillance. J’étais à la fois soulagé et heureux de finir ainsi, et je n’ai plus touché un vélo pendant 10 ans.

Et aujourd’hui ?

J’ ai un agenda de retraité bien garni, de l’occupation à revendre. La famille, du sport, des compétitions de golf, la Route d’ Occitanie…

Enfin une dernière question. Le Gers terre de rugby, de grands clubs, de grands entraîneurs et de grands joueurs. C’ est aussi une terre de cyclisme avec les Briscadieu, Perrin, Rolleau, Duffour, Pelizzari, Sarniguet, Ambrosini, Devilliers, Portal et vous mêmes. Avez-vous une explication ?

Il faut souligner que tous les villages avaient leur course cycliste, voire plusieurs. On ne sortait jamais du département pour aller courir quand on était cadet. Et puis nous étions tous des enfants de la terre. Dans les champs, on avait froid l’hiver, et chaud l’été, comme sur un vélo. Il y avait des courses de renoms comme les Grands Prix de Valence sur Baïse, Castera-Verduzan, Mirande, Eauze, Lectoure, Fleurance, Condom, Gimont , Vic-Fezensa, et j’en passe . Ces courses étaient fortement dotées et attiraient les meilleurs coureurs du Sud-Ouest. Il y avait un sacré niveau. Il y avait des épreuves à inscrire à son palmarès , comme les Boucles ou la Ronde de l’Armagnac. Les garçons les plus costauds et qui aimaient le contact allaient au rugby, et les autres vers le vélo. Et puis dans le Gers, il y a une piste à L’Isle-en- Jourdain. La piste c’est formateur, cela vous apprend à frotter. Sur cette piste, juste après le Tour de France, j’ai vu enfant Anquetil, Anglade, Darrigade, Gay et bien d’autres mais aussi les meilleurs régionaux comme Yves Rouquette. Ceci explique sûrement celà.

Le Borgne


(1) https://le-mag-sport.com/2020/04/02/cyclisme-sportstory-legendaire-daniel-amardeilh/(2) Tour d’Italie amateur, qui a porté plusieurs noms comme Giro di Giovanni, Baby Giro, Giro Bio, ou Tour d’Italie U23. Aucun succès français à son actif.. Seul Pavel Sivakov (franco-russe) a remporté l’épreuve en 2017.
(3) La course de la Paix, course par étapes emblématique organisée dans les pays de l’Est entre 1948 et 1991. Un seul vainqueur français, Jean-Pierre Danguillaume en 1969.
(4) Alain Dithurbide, professionnel de 1982 à 1984, vainqueur des Boucles des Flandres et d’une étape du Tour du Limousin.(5) Frédéric Bonomelli, professionnel de 1984 à 1986 chez Orbéa, industriel, président des Salaisons Pyrénéennes, a réhabilité le porc noir de Bigorre pour en faire un des meilleurs jambon au Monde.(6) Vénancio Téran professionnel en 1984 et 185 chez Teka.(7) Ancien président du Sporting Club Albigeois ,actuellement CEO de CTA Events et de SOP.

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