#Rugby – Nationale 2 / Guillaume Aguilar (Mâcon) : «Profiter des derniers instants pour ensuite se préparer petit à petit à cette aventure nîmoise!»

Le futur ex-manager de l’AS Mâcon, a rencontré en 1/8 de finale sa future équipe de Nîmes dans une double confrontation qui mêlait passé, présent et avenir. Pour Guillaume Aguilar, après 12 ans de bon et loyaux services qui l’ont vu devenir au gré des saisons passer du rang de joueur à celui de capitaine pour terminer avec le grade de manager, l’aventure mâconnaise restera une période ancrée dans sa mémoire et son histoire rugbystique. « Coach Aguilar » nous a donc livré un entretien grand format pour nous dresser le bilan de son passage dans le charolais et nous fixer les perspectives de sa nouvelle aventure gardois. Malgré l’élimination subie ce week-end, ce bourguignon pur sucre a qualifié son club en Nationale 2, et par à la conquête des arènes du Rugby Club Nîmois avec l’esprit tranquille et un beau projet à développer. Renconte avec un homme qui goûte ses derniers instant en Saône et Loire auprès des ses hommes, avant de sortir de sa zone de confort en s’expatriant au delà des frontières de sa bourgogne natale.

Guillaume Aguilar quitte l’ASM pour Nîmes/ Crédit photo AS Macon Rugby

 

Pour toi, une grande histoire avec l’AS Mâcon vient de prendre fin samedi dernier et, ironie du sort, face à ton ancien club ? 

 

Oui (rires). J’aurai préféré que ce soit contre quelqu’un d’autre ou alors qu’on passe car c’est vrai que, quand on arrive quelque part, on a envie que ce soit avec une image de vainqueur et de gagnant. Ça n’a pas été le cas, je félicite encore une fois cette équipe de Nîmes qui a montré que, sur les bases et les fondamentaux du rugby, ils étaient bien présents, ce qu’on n’a pas su faire nous sur ce match-là et je leur souhaite bonne chance et bon courage pour la suite des phases finales. Comme tu l’as dit, c’est la fin d’une aventure avec Mâcon après 12 années de bons et loyaux services en tant que joueur puis manager / entraîneur donc oui, c’est la fin d’une grande période de ma vie de rugbyman. C’est comme ça, ça fait partie du métier, il faut vite passer à autre chose, on a encore quelques semaines à passer ensemble avec ce groupe donc on va profiter des derniers instants pour ensuite se préparer petit à petit à cette aventure nîmoise.

Que retiendras-tu de ces 12 années à Mâcon en tant que joueur, capitaine et manager ? J’imagine qu’il y a pas mal d’images qui se bousculent ? 

 

Oui, bien sûr. Il y a d’abord de belles rencontres, des gens qui sont devenus de vrais amis aujourd’hui, avec qui j’ai pu travailler cette année, que ce soit Pierre Birembaut qui joue encore ou Nicolas Pommerel, avec qui on a tissé des liens petit à petit quand on était joueurs et là dans le même staff puisqu’il s’occupait de la défense. Donc effectivement, de belles rencontres, des amis qui resteront et même des joueurs qui, quand j’ai pris le poste d’entraîneur, pourraient aujourd’hui être des amis, des mecs qui s’y sont toujours filés, qui ont toujours travaillé pour donner le meilleur. C’est tout à leur honneur et je pense que certains d’entre eux auraient pu être de vrais amis ou de très bons coéquipiers. Il y a forcément plein d’images qui reviennent, des victoires en tant que joueur, de belles victoires, des défaites assez dures, des moments compliqués mais aussi des moments de joie et de pur plaisir avec tout ce qui va avec. J’ai beaucoup, beaucoup appris durant ces 12 années en tant que joueur mais aussi en tant qu’entraîneur, en très peu de temps et même si les saisons ont été tronquées par le virus, j’ai énormément appris tous les jours, aux côtés des joueurs et des personnes à côté de moi qui ont fait partie du staff, Bouly, Dédé et l’ensemble des joueurs qui ont travaillé avec moi. Il y a beaucoup de bonnes choses à retenir mais évidemment, aussi beaucoup à corriger parce-que j’en suis encore à mes débuts dans cette carrière-là. Mais, effectivement, je suis d’accord avec toi, il y a beaucoup, beaucoup de choses qui se bousculent dans ma tête mais, comme je te l’ai dit, ça fait partie du job, il faut l’accepter; prendre tout ce qui a été bon mais surtout apprendre et tirer des leçons de tout ce qu’on a pu faire de bien ou de pas bien. On va aussi essayer de voir ça avec tous les joueurs qu’on a eu cette année pour, encore une fois, tirer des leçons des échecs, voir ce qu’on a fait de bien ou pas car, pour moi, c’est l’objectif aujourd’hui de toujours se remettre en question et d’être meilleur chaque semaine et être chaque saison meilleur que celle d’avant. C’est aussi pour faire en sorte que j’arrive à Nîmes avec des certitudes mais aussi avec des choses que je pourrais corriger, des choses qui auraient pu faire que ça se soit passé comme ça cette saison. 

L’apogée de ta page mâconnaise est sûrement ce titre en Du Manoir ? 

 

Sincèrement, même pas. Je relativise beaucoup par rapport à ce titre-là malgré tout le respect pour le travail qui a été fait et notre équipe d’il y a 4 ans, je ne crache pas dans la soupe, loin de là car ce titre nous a fait du bien et qu’on avait un très bon groupe. Je relativise beaucoup car, pour moi, ça reste quand même une médaille en chocolat, tu jouais pour rien. Oui, c’est un titre mais ce n’était pas un titre des meilleures équipes de Fédérale 1 donc, c’est à relativiser, j’avais déjà vécu de belles saisons et pour moi, ça n’est pas la plus belle saison que je retiendrais le plus, encore une fois avec tout le respect que j’ai pour le groupe et le staff qui ont été chercher ce titre mais à titre personnel, ce n’est pas forcément la meilleure saison. 

On va parler de ta dernière saison à Mâcon. Quelles ont été tes plus belles réussites et qu’a t’il manqué pour, peut-être, partir comme un seigneur c’est à dire sur un titre ? 

 

Il y a forcément eu des réussites. J’ai en tête le match contre le Stade Métropolitain à la maison, on avait pris 30 points chez eux et on avait à cœur de prendre notre revanche ce qui a été plutôt bien fait puisqu’on arrive à faire un match plein après une trêve d’hiver. Il y a aussi le match de Bédarrides à la maison, on craignait cette équipe et on avait peur d’elle parce qu’on avait perdu dans les derniers instants là-bas dans des situations très particulières où ils avaient été très agressifs et autres et sur ce match-là, on a su remettre les pendules à l’heure au niveau rugbystique. Je pense que quand on a réussi à produire le jeu qu’on a eu sur certains matchs, ça a été une grande réussite car on n’a jamais lâché par rapport à notre jeu et on a toujours fait en sorte que les joueurs prennent du plaisir avec le jeu que l’on voulait faire et ça, pour moi, c’est une vraie réussite. Parmi les échecs, il y a toujours eu ces petits moments, ces matchs où on n’arrivait pas à prendre le dessus sur l’équipe et où on a parfois lâché. C’est peut-être ça le plus grand échec comme, peut-être, le match de Nîmes à Nîmes où on n’arrive pas à mettre notre jeu en place ni à faire preuve d’engagement et d’agressivité nécessaire. Forcément, je me dis que certes, il y avait des absents, certes il y avait de la fatigue car on a tiré sur les mecs qui ont beaucoup joué justement dû à ces nombreuses blessures et, évidemment, tout ça rentre en jeu mais ça n’excuse pas tout. Ça n’excuse pas le manque d’agressivité et d’engagement et certainement qu’on a du louper quelque chose cette saison et c’est pour cela que je te disais qu’on allait en tirer les leçons et discuter avec les joueurs pour faire en sorte qu’on grandisse tous. On en parlait encore avec Dédé il y a quelques jours, on est là pour apprendre et sur les choses qui n’ont pas fonctionné cette saison, on va essayer de corriger ça, que ce soit lui la saison prochaine avec Mâcon ou moi avec Nîmes. Il faut qu’on arrive à gommer ces petites erreurs-là et essayer de grandir dans mon management et dans ma manière d’appréhender l’entraînement et le rugby. Encore une fois, je suis là pour être meilleur de jour en jour mais il y a quand même du positif dans cette saison et on monte en Nationale 2, ce qui était l’objectif fixé depuis le début de saison. Même si j’ai entendu d’autres choses, c’était l’objectif et il est atteint donc on n’est pas si déçu que ça même si je pense qu’on aurait pu faire mieux. 

On retiendra quand même qu’il y a eu beaucoup, beaucoup de casse à  Mâcon cette saison. Quand on voit qu’en fin de saison, il y a tes deux coéquipiers de banc qui sont sur la feuille de match, Dédé Hough et Sunia Vuli, c’est que ça a dû être assez difficile en termes de gestion d’effectif physique ? 

 

Effectivement. Au mois de Janvier, on a Thibault Alvarez qui doit arrêter sa carrière pour cause de multiples commotions et pour lui, c’était mieux d’arrêter avant qu’il ne lui arrive quelque chose de plus grave. Contre Bédarrides, on a Esteban Court et Guillaume Moroldo qui se blessent, des titulaires de l’équipe. Avant de jouer Nîmes, Billy Ropiha jouait sur une jambe et, au final, on ne l’a pas pour le match retour et ça a été ça toute la saison. Encore une fois, il faut qu’on en tire les leçons, les mecs doivent apprendre aussi et se remettre en question, est-ce qu’ils ont tout mis en œuvre à côté de l’entraînement visible à savoir leur hygiène de vie et tout ce qui pouvait se passer à côté ? Est-ce qu’ils ont été aussi bons à l’entraînement qu’ils l’ont été en-dehors ? Je ne sais pas, c’est à eux de se remettre en question sur ça. Aux prépas physiques de voir ce qui n’a pas été, est-ce que la charge d’entraînement était trop élevée ou pas assez ? Encore une fois, tout ça sont des choses qui vont devoir être réglées mais oui, on a dû composer toute la saison et on a dû tirer sur des mecs toute une saison donc, forcément, ça se paye à la fin. On n’a pas notre effectif complet et on n’a pas de joueurs à 100% prêts. 

Tu nous parlais des leçons et de l’expérience que tu as acquise à Mâcon. J’imagine qu’au cœur de l’hiver, quand le président Piguet est venu te dire qu’il ne te gardait pas, il a quand même fallu conserver le groupe sous cocotte ainsi que le leadership du groupe. Cette situation a dû te faire évoluer dans ta façon d’appréhender le rugby et le management ? 

 

Oui, forcément mais après, j’ai envie de te dire que c’était un mal pour un bien car, au final, je n’avais plus rien à perdre. Je savais que l’avenir du club s’inscrirait sans moi donc je n’avais plus vraiment de pression par rapport à la suite des événements, et peut-être qu’avant, je me la mettais à tort. Ça te fait évidemment grandir, tu te poses beaucoup de questions et j’en suis même venu à me demander si j’étais fait pour ça mais après, il y a eu quelques messages de joueurs et des échanges avec d’autres personnes qui sont rassurants et qui te disent  » ne doute pas de toi ni de tes capacités. Certes, aujourd’hui, le club de Mâcon a décidé de faire sans toi mais ça ne veut pas dire que tu n’es pas bon ou que tu n’es pas fait pour ça « . Il y a plein de choses qui arrivent en tête, plein de questions que tu te poses mais après, il faut faire face. J’avais quand même un job à terminer, un objectif en tête et, comme tu l’as dit, un groupe à tenir, je pense que les joueurs m’ont suivi jusqu’au bout même si la fin n’a pas été aussi heureuse qu’on l’aurait aimé. Je pense que la plupart des joueurs ont bien travaillé et ont tout donné jusqu’à la fin donc, quelque part, c’est plutôt positif. 

Et quelques mois après, tu as eu une perspective et un horizon avec ce nouveau projet l’année prochaine au Rugby Club Nîmois, un club qui a aussi de l’ambition ? 

 

C’est vrai que je ne m’attendais pas à avoir cette proposition aussi rapidement mais le club de Nîmes est très vite rentré en contact avec moi et notamment le président Steeve Calligaro. Après de multiples échanges et une visite à Nîmes courant Février / Mars, on a décidé qu’on allait travailler ensemble les années d’après parce qu’on a une certaine vision du rugby, du management et des hommes qui peuvent se rapprocher. Et pour moi, personnellement, je pense que ça va me faire du bien de voir autre chose aussi et de travailler avec d’autres personnes, de nouvelles personnes avec une autre vision. Le club de Nîmes cherchait quelqu’un qui pouvait prendre le poste à temps plein, avec du temps à consacrer au rugby ce que n’avait pas forcément les coaches actuels puisqu’ils travaillent à côté. Maintenant, j’ai la lourde tâche de faire aussi bien qu’eux et d’amener ce club de Nîmes là où il doit être. 

En clair, tu passes du pays du Charolais à celui de la tauromachie ? 

 

C’est un peu ça, on reste dans les taureaux mais pas tout à fait les mêmes (rires). Il faudrait que je me renseigne quand même car, entre le crocodile de Nîmes et le taureau de Nîmes Rugby, je n’ai pas encore saisi quelle était la signification de tout ça. Le taureau, ça vient de la corrida, je me suis un peu renseigné sur le crocodile mais c’est vrai qu’il est toujours sur le stade et les tribunes alors que le taureau est sur le logo. Je vais m’instruire petit à petit pour connaître un peu cette histoire du club et cette histoire de Nîmes. 

Le fait de te dépayser et d’aller sur d’autres terres va te faire du bien et pour ta culture et, comme tu le dis, pour te faire grandir ? 

 

Je le pense, oui. Comme je te le disais, c’est une autre vision du rugby et un autre état d’esprit. Nous, les Bourguignons, on connaît cet état d’esprit du rugby du sud, on sait qu’ils ont des valeurs fortes de combat et d’agressivité et c’est quelque chose qui, je t’avoue, me correspond bien. Donc, on va essayer de coller au mieux à cette image-là tout en faisant en sorte que les joueurs grandissent et en essayant de leur apporter peut-être d’autres choses aussi sur le rugby et de les faire grandir et performer comme on a pu le faire pour certains à Mâcon. 

Quel est le projet de Guillaume Aguilar à Nîmes car il peut y avoir un projet à double volet : un en Nationale 2 et un autre au cas où Nîmes monterait en Nationale ? 

 

Pour l’instant, j’ai envie de te dire que ce n’est pas le projet de Guillaume Aguilar mais celui d’une équipe et d’un club. Tout ça va se construire petit à petit avec les joueurs car je n’ai pas envie d’arriver, et je ne le ferai pas, en me positionnant en savant du rugby en disant  » les mecs, on va travailler comme ça, comme ça parce-que je l’ai décidé « . Je vais le construire petit à petit avec les joueurs et mon staff, notamment JB Poulon et pour moi, que ce soit Nationale 1 ou Nationale 2, ça ne va pas changer grand-chose à ma vision des choses. Je vais essayer de manager les hommes comme je sais le faire, je vais essayer d’apporter des choses rugbystiques aux joueurs, essayer de mettre en place un jeu qui gagne mais qui plaît aussi aux joueurs et aux supporters car c’est aussi ça l’objectif. Donc, j’ai envie de te dire que ce qui va changer entre Nationale ou Nationale 2, c’est peut-être l’âpreté des matchs chaque week-end avec de grosses équipes en Nationale. Je ne veux pas que mes propos soient mal interprétés et si Nîmes arrive en Nationale dès cette saison, ce serait une bonne nouvelle pour le club mais ce serait peut-être aller trop vite pour ce club. Je pense que l’étape Nationale 2 est une bonne chose pour le club de Nîmes mais, encore une fois, ce n’est pas le projet de Guillaume Aguilar mais celui de toute une équipe et de tout un club. 

Si vous montez en Nationale, ça te permettra de recroiser Romain Maurice sous les couleurs d’Albi, à moins qu’Albi monte en Pro D2 ? 

 

Ça fait beaucoup de conditions mais je ne doute pas que j’aurai des nouvelles de Romain, j’ai son numéro. En trois ans, on a créé une bonne relation tous les deux, c’est quelqu’un que j’apprécie, autant le joueur que l’homme, comme d’autres bien sûr mais puisque tu parles de Romain, c’est quelqu’un que j’apprécie et avec qui j’ai aimé travailler. Ce sera un plaisir de le revoir si jamais on doit se croiser, que ce soit l’année prochaine ou dans deux ans. 

En quelques mots, comment arriverais-tu à synthétiser ces années mâconnaises ? 

 

Dure question ! Comme je te l’ai dit tout à l’heure, par de belles rencontres, beaucoup de choses apprises sur moi, quand j’étais joueur mais aussi que je suis passé entraîneur. J’ai appris à poser les choses, à être moins  » colérique  » on va dire, à prendre un peu plus de recul sur les choses. Franchement, synthétiser 12 ans comme ça en cinq minutes, je ne sais pas si c’est possible tellement de choses se sont passées que c’est très dur. Je résumerai ça à de belles rencontres et beaucoup de choses que j’ai pu apprendre sur moi et sur les hommes. 

 

On te remercie et on te souhaite tout le meilleur pour tes nouvelles aventures en terres gardoises

 

C’est moi qui te remercie, à bientôt.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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