#Rugby – Pro D2 / Swan Cormenier (Bayonne) : «On aurait mérité de remonter en Pro D2 avec le SCA.»

Pour continuer notre série des anciens joueurs ayant porté la tunique jaune et noir qui évoluent en Top 14 et/ou en Pro D2, on va faire un tour au Pays Basque avec Swan Cormenier. L’ex pilier du SC Albi a eu la chance de connaître les deux divisions de l’élite du rugby hexagonal et est revenu avec nous sur son parcours auréolé de réussite sur les bords de l’Adour. Swan Cormenier nous parle aussi dans cet entretien grand format, de la culture basque et de l’ADN si particulier qui entoure l’Aviron Bayonnais. Mais celui qui a vécu les homériques parties de manivelle face au Rouen Normandie avec les jaunes et noirs du SCA, revient sur ses 2 saisons qui ont vu la bande à Méla buter sur la dernière marche avant la Pro D2. Entre un hommage à son ami Thomas Lacelle subitement décédé il y a un an et de sincères remerciements sur l’apport du Sporting Club Albigeois dans la construction du rugby qu’il est actuellement, l’enfant de Cognac n’en oublie pas aussi son club formateur : l’UCS. Focus sur un joueur qui a vécu des émotions allant de l’euphorie de jouer en Top 14 sous les couleurs Bayonnaises à la désillusion de l’homérique match de la descente face au rivaux Biarrots (défaite aux tirs au but), mais qui garde une reconnaissance voire une sympathie éternelle pour le club de la cité épiscopale.

Épisode 7 : Clément Maynadier (UBB)

Crédit photo / Tomjems 64 – Aviron Bayonnais

 

 

Tu lances ta 3e saison à l’Aviron Bayonnais. Lorsque tu es parti d’Albi, au cœur du printemps 2019, c’était pour signer en Pro D2 à Bayonne et le destin t’a fait un gros clin d’œil et un gros sourire puisque, tout compte fait, tu as évolué pendant deux saisons en Top 14 ? 

 

C’est tout à fait ça. Je me suis engagé durant ma dernière saison au SCA à partir de Janvier et, je m’en rappellerai toujours de ce vendredi soir où on joue la demi-finale d’accession en Pro D2 contre Rouen dont, malheureusement, on connait tous l’issue et qu’on a perdue. Ce soir-là, je passe d’un état de grande tristesse avec tous mes coéquipiers du moment sur ce match-là, c’étaient des efforts que l’on faisait depuis 3 saisons que le SCA était descendu en Fédérale pour remonter. Deux jours après, le dimanche, j’assiste à la finale d’accession de Top 14 entre Brive et Bayonne et avec le résultat que Bayonne monte en Top 14 et, du coup, je me retrouve avec beaucoup de questions qui me viennent en tête sur une nouvelle aventure en Top 14 plutôt qu’en Pro D2, ce qui était normalement prévu. 

 

Est-ce qu’il n’y a pas eu un moment d’affolement dans ta tête ? Tu t’étais conditionné pour aller jouer en Pro D2 et quand tu as réalisé que finalement, ce serait un cap au-dessus, tu n’as pas eu un peu de stress ? 

 

Si, il y a eu du stress déjà de par avoir la chance d’aller à Bayonne qui est quand même un très gros club du rugby français et qui a évolué sur ces deux catégories, que ce soit Top 14 ou Pro D2, pendant de longues durées. C’était énorme de me dire que j’allais jouer le haut de tableau Pro D2, que ça allait être différent en termes d’entraînement, d’intensité et autres. Et du coup, du fait de savoir qu’on allait se préparer pour le Top 14, c’est vrai qu’il y a eu d’énormes questions sur la préparation, sur comment ça allait se passer et à ne pas être ridicule. Il y a donc eu beaucoup de questions mais après, j’ai relativisé et je me suis dit que c’était une chance énorme à saisir, que ça n’était que du plus et qu’on verrait comment ça se passerait. Il fallait que je fasse tout à 100% et on ferait les comptes à la fin. 

https://tradastra.com/religionrugby-albi

En plus, quand tu as dû prendre ta décision pour aller à Bayonne, il y avait ton ancien capitaine Romain Barthélémy qui y était depuis une saison qui a dû t’aider dans ton choix ? J’imagine que tu l’as consulté un petit peu

 

Oui, le fait que Romain, avec qui j’avais évolué pendant une saison à Albi même si c’est rapide, soit là-bas a fait que je connaissais déjà quelqu’un et que je pouvais poser 2 / 3 questions, savoir comment ça se passait. Je pouvais me renseigner un peu et, du fait qu’il soit à Bayonne, je savais que je n’étais pas tout seul et que je pouvais m’appuyer sur lui et qu’il me ferait avancer en même temps que lui au sein du club. 

 

On a posé la même question à Romain Barthélémy quand on a réalisé son interview : lorsque tu as vécu ta première Pena Baiona à Jean Dauger, ça doit quand même être quelque chose qui reste gravé à vie dans la mémoire d’un rugbyman ? 

 

Honnêtement, c’est énorme. Dans la même année, en Top 14, j’ai vécu la Pena Baoina avec un stade rempli pour un retour de Bayonne en Top 14, un stade vraiment comblé et des supporters hyper passionnés. C’est vrai que ça te fout des frissons et que ça te met un coup de boost avant de rentrer sur le terrain, tu n’as envie que d’une seule chose, c’est d’être à la hauteur. J’ai aussi eu la chance d’aller évoluer avec l’Aviron Bayonnais au stade Mayol, j’ai vu que Romain en parlait aussi sur son interview précédente, et j’ai aussi eu la chance de débuter contre le RC Toulon à Mayol et d’avoir bénéficié du pilou-pilou la même année que la Pena Baiona au stade Jean Dauger donc ça a été extraordinaire pour moi. 

http://roux-carrosserie.fr

Tu as également découvert quelque chose d’autre. On parle souvent d’une identité et d’une culture du rugby basque et j’imagine que tu peux maintenant nous parler en long, en large et en travers de cette culture qui est prégnante dans tous les pores de la société au Pays Basque ? 

 

Il est sûr qu’il y a une culture et une identité très, très forte au sein du Pays Basque. J’en découvre encore chaque semaine car la culture est quand même assez vaste et quand on rentre dans les terres, on découvre aussi d’autres facettes du Pays Basque. C’est vrai qu’il y a une culture là-bas qui, pour le moment, n’est pas comparable avec un autre endroit. 

 

Est-ce que d’avoir signé à l’Aviron Bayonnais t’a fait rugbystiquement évoluer dans ta vision du rugby et du jeu ? 

 

J’avais déjà énormément évolué en venant au Sporting avec Arnaud Méla, ça m’avait apporté beaucoup, beaucoup de choses en tant que joueur de rugby mais aussi en tant qu’homme. Le fait de venir à l’Aviron m’a fait me rendre compte que le potentiel était tout le temps en travail continu, qu’il y avait toujours des choses à apprendre et même encore et que l’évolution du joueur se fait de saison en saison. C’est la même chose concernant l’homme, il y a tout le temps, tout le temps une marge de progression mais il est sûr que ça m’a beaucoup changé dans ma vision de joueur de rugby. 

https://www.eurinvest.fr/wave-park

Ces deux ans de Top 14 ont été une parenthèse enchantée pour Bayonne qui s’est fini par un épisode certes cruel mais c’était sûrement l’access match du siècle, déjà, parce-que c’était un Bayonne / Biarritz et puis avec le scénario qu’il y a eu autour. J’imagine que là-aussi, ce match fait partie des grands souvenirs de ta carrière ? 

 

Il est certain que cet access-match contre le voisin biarrot a été quelque chose d’extraordinaire dans le contexte mais la finalité est moins bonne pour nous. Ça a été une fin de saison un peu compliquée car il y a eu de petites défaites sur des matchs hyper importants et sur des matchs où on savait qu’on aurait pu sauver notre saison s’il n’y avait pas eu ces petites erreurs. Ça a aussi été une semaine très spéciale à préparer ce derby et cette finale d’accession donc oui, c’est quelque chose qui restera quand même dans les têtes mais c’est en même temps un épisode un peu douloureux pour l’Aviron Bayonnais. 

 

Pour faire une petite boutade, on va dire que dans les access matchs à fort contexte autour et dans le match comme Rouen / Albi ou Bayonne / Biarritz, c’est quelque chose auquel tu es abonné maintenant ?

 

Oui, j’y suis abonné car on sait tous que pendant les deux saisons de Fédérale avec Albi et Rouen, ça a toujours fait des étincelles. Lorsque les deux clubs s’affrontaient, c’était assez tendu et on peut dire que c’était les deux équipes qui n’étaient pas vraiment amies / amies sur le terrain pendant 80 minutes. Et là, même si on n’était pas en Top 14, de retrouver le fameux derby et de pouvoir le faire pour une accession en Top 14, c’est toujours plaisant de pouvoir y assister car, me concernant, je n’ai pas pu participer au match, de voir le contexte et de se rendre compte que la rivalité Bayonne / Biarritz est très, très présente au Pays Basque. Donc oui, c’est quelque chose que j’ai déjà connu avec Albi et Rouen et de le revivre ici, à cette échelle, avec l’Aviron Bayonnais, c’était sympathique. 

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On va également parler de cette saison en Pro D2 avec l’Aviron Bayonnais. Vous aviez la pancarte de favori et, comme chaque année, on voit qu’il y a des trouble-fête qui viennent se mêler à la bataille pour remonter en Top 14 ? 

 

C’est ça. Pour ma part, du fait de redescendre de Top 14 en Pro D2 avec l’Aviron Bayonnais, c’est la première saison où je découvre la Pro D2 car je n’avais jamais participé à ce championnat. On s’aperçoit que c’est un championnat qui est très rude, que le niveau y est aussi très élevé et que, sur certains matchs, ça peut même s’apparenter à des matchs de Top 14. Même si on est descendu avec une étiquette de favori et d’équipe qui évoluait en Top 14, rien n’est acquis. Nous, dès le début, on n’a pas voulu tomber dans le panneau de ce que les gens nous racontaient par rapport à notre étiquette, on savait que ça allait être très dur et qu’il y allait avoir du travail sachant que la plupart de l’équipe soit 80% de l’effectif actuel de l’Aviron étaient ceux qui avaient fait la montée en Top 14 il y a trois saisons donc ils savent de quoi ils parlent. Ils connaissent la Pro D2 ainsi que le staff qui est monté en Top 14 donc on sait que c’est très, très compliqué et que, comme tu l’as dit, il peut y avoir des surprises tous les week-end et qu’il faut se tenir sur ses gardes tout au long de la saison. 

 

Tu as re-signé pour deux saisons à Bayonne, c’est signe que tu te sens vraiment bien dans ce club et que tu as peut-être trouvé ton second club de cœur ? 

 

C’est ça, je me rengage pour deux saisons donc, en finalité, j’aurai fait 5 saisons et le club où j’ai évolué le plus longtemps est Brive où j’ai fait 6 ans en catégories jeunes. Je me sens hyper bien, j’ai découvert le Top 14 avec l’Aviron et maintenant la Pro D2, j’espère pouvoir terminer mes deux ans de contrats pour lesquels je viens de re-signer en Top 14, je le souhaite pour tout le monde et pour le club. Je me sens bien mais c’est aussi un gage de confiance que le club me fournit et moi, j’ai également confiance en eux que de vouloir continuer l’aventure. Les projets sont hyper intéressants et en évolution chaque jour, on a déjà changé le terrain pour passer en hybride, une nouvelle tribune a été construite, il y a aussi un projet autour du stade et un autre d’AB Campus pour tout ce qui est bureaux, salle de muscu et autres. Le club prend de l’envergure donc je veux vraiment m’inscrire dans la continuité avec l’Aviron Bayonnais. 

http://umanis.com

Il y a 15 jours, on t’a vu passer sur les réseaux sociaux avec une magnifique percée qui a amené l’essai de Yann David. C’était un petit clin d’œil à Toto Lacelle parti trop tôt dans les cieux ? 

 

https://fb.watch/bwyvCwrDh3/

Je reviens déjà sur la percée. Comme je l’ai dit et répété à beaucoup de personnes qui m’ont félicité, j’en suis très content mais j’en ai été très surpris, autant que les supporters ou des amis proches. On sait que les piliers n’ont pas forcément la chance de briller tous les week-end par des actions comme ça et c’était un match assez fermé avec une première mi-temps compliquée face à Narbonne. Donc je suis content d’avoir pu débloquer la situation et que mon effort personnel ait été abouti avec l’essai de Yann David pour concrétiser les efforts du collectif en 1ère période et de lancer un peu le match. Et comme tu le disais, un petit clin d’œil à mon ami Toto Lacelle qui lui avait l’habitude de casser pas mal de reins tous les week-end, du moins pendant deux ans avec moi au sein du Sporting, et qui nous a beaucoup, beaucoup de fois débloqué et fini de matchs en beauté grâce à sa vitesse et ses appuis de feu. C’était un petit clin d’œil pour lui montrer que même moi, avec mon physique et mon poste, j’étais capable de faire 10% de ce que lui était capable de faire tous les week-end. J’aurai bien aimé aller jusqu’à l’en-but pour lui faire un petit signe dans le maximum de mon effort mais c’est déjà ça et je suis très content de l’aboutissement. 

Parlons de ces deux saisons avec Thomas Lacelle, Arnaud Méla, Mathieu André et toute cette équipe. Qu’est-ce que tu garderas de ces deux années à Albi ? 

 

Dans le côté de l’être humain, je dirais que j’ai énormément évolué car j’arrivais du contexte espoirs de Brive. Arnaud Méla m’a donné l’opportunité et une confiance que je lui ai moi aussi donné, et qui perdurera avec le temps, de pouvoir venir évoluer au sein du Sporting. J’ai pu évoluer avec un groupe vraiment mixte au niveau de l’âge mais aussi de la carrière comme Mathieu André avec qui j’ai passé deux supers saisons, qui était mon capitaine et de qui j’ai beaucoup appris comme de Bastien Dedieu qui était à mon poste avec qui j’échangeais. Il y a avait vraiment une super ambiance d’équipe avec des personnes qui savent de quoi elles parlent de par leur niveau et de leur statut de joueurs avec déjà beaucoup d’expérience. Donc ça, ça a déjà été énorme, ça m’a permis de beaucoup me remettre en question et d’apprendre beaucoup sur moi. Ensuite, au niveau sportif, ça a été deux supers saisons, les matchs s’enchaînaient, on avait de bons résultats et, quand c’était un peu dur, on savait se resserrer, travailler et se dire les choses, idem quand ça n’allait pas. On a eu des moments un peu compliqués mais on n’a jamais lâché et on ne s’est jamais désolidarisé donc ça a été top. Le seul regret que j’ai sur ces deux saisons est que les finalités n’ont pas abouti à une remontée en Pro D2 car je pense qu’au vu des week-end et des efforts fournis, que ce soit joueurs, staff, public, bénévoles, tous ceux qui travaillaient, tout le monde qui nous accompagnait, on aurait mérité de remonter en Pro D2 avec le club. Je suis encore persuadé qu’ils le méritent toujours, qu’ils continuent à y croire et qu’ils puissent remonter en Pro D2 un jour.

http://les-freres-lecointre.fr

On a vu que tu avais gardé un lien avec ce club car dès que le Sporting jouait à Saint-Jean de Luz, Oloron, Mauléon, Dax, en tous cas pas très loin de Bayonne, on t’a souvent vu dans les travées des stades qui les accueillaient ? 

 

Comme je le disais, deux saisons au Sporting, ça passe super vite mais ça n’empêche que l’on crée des liens avec tout le monde. Moi, je continue à suivre le SCA dans les résultats mais aussi à avoir de très bons amis qui y jouent toujours et dès que le Sporting a l’occasion de venir jouer pas très loin de Bayonne, je viens les voir. Je suis venu les voir jouer à Dax cette saison et franchement, je prends toujours plaisir à les voir et j’ai aussi pu croiser quelques supporters. C’est un club qui restera dans mon cœur, on peut dire que c’est là que j’ai repris goût et que j’ai fait le maximum pour en arriver là où j’en suis actuellement. 

 

On a compris que tu suivais les aventures du Sporting en Nationale mais dans ce championnat, il y a un autre club de cœur pour toi qui est Cognac. Ce sont les origines,  » le sang  » comme on dit ? 

 

C’est vrai, il y a l’entente Cognac-Saint Jean d’Angély qui évolue dans la même poule. J’ai encore beaucoup de liens car c’est ma ville natale donc j’ai encore quelques collègues qui jouent là-bas. 

 

Ton père en a aussi porté les couleurs ? 

 

Mon père en a porté les couleurs quand ils s’appelaient USC, Union Sportive Cognaçaise avant qu’il y ait l’entente. Il y a fait une grande partie de sa carrière donc on connaît bien le stade du Parc des Sports, j’y ai fait mes premiers pas en tant que supporter pour supporter mon père quand j’étais tout petit et ensuite en tant que joueur de rugby puisque j’y ai été licencié. J’ai un lien affectif qui est aussi important avec ce club et je continue à suivre leur évolution en Nationale cette saison. 

 

J’imagine que ce qu’on peut te souhaiter de mieux pour la fin de saison, c’est de re-goûter aux play-off avec la timbale au bout à savoir la remontée en Top 14 ? 

 

C’est notre objectif, on ne s’en cache pas, on a l’objectif de remonter en Top 14 la saison prochaine et d’essayer d’y rester le plus longtemps possible. Je suis persuadé que les efforts que le club fait en termes d’infrastructures et dans les moyens pour y accéder font qu’on peut le faire et qu’on le mériterait donc on va tout faire pour pouvoir y aboutir. Le chemin est encore long, il reste quand même quelques journées en Pro D2 et le plus important sera ces phases finales où on sait tous que c’est du 50 / 50 et des matchs avec tellement d’enjeu qu’il peut tout se passer.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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