#Rugby – Fed1 / D.Rouanet (Mazamet) : «Même si on n’a pas un public de 2 000 personnes, les gens sont heureux d’être là!»

Nous sommes aller faire un tour en poule 3 de Fédérale 1 avec le Sporting Club Mazamétain et son président Daniel Rouanet qui entame sa 3eme saison dans l’antichambre de la nationale. Les Sud-Tarnais qui sont montées à l’aube de l’ère Covid-19 espèrent vivement finir enfin une saison complète, sans confinement interruption ou huis clos. Versés dans une poule regroupant les frères ennemis tarnais (Graulhet, Lavaur) ainsi que les clubs du midi toulousain, le SC Mazamet tente de tirer son épingle du jeu. Le président Rouanet nous a donc livré une vue d’ensemble sur ce club historique au passé riche mais résolument tourné vers le futur et son bassin de vie. Une chose est sure, Mazamet a l’instar de l’ensemble du rugby fédéral se réjouit de pouvoir retrouver la convivialité et la ferveur de son public et des passionnés qui soutiennent invariablement les couleurs du SCM.

 

 

Pour Mazamet commence une 3e saison en Fédérale 1 et tout le mal que l’on puisse vous souhaiter, c’est de la finir en entier car depuis que vous êtes remontés en Fédérale 1, vous n’avez jamais vu le bout du championnat ? 

 

Et non mais je pense que ça prend le bon sens. Je ne suis ni devin ni prédicateur et on verra bien où on en sera mais ce ne sera pas nous qui déciderons d’arrêter ou pas. Si la situation sanitaire évolue, on s’arrêtera sinon non mais je ne l’espère pas du tout. J’espère qu’on pourra finir. 

 

On va dire que c’est un peu un mal pour un bien que ces deux saisons se soient arrêtées. Ça vous a permis de vous structurer, de vous donner trois ans pour vous apprendre à franchir le pas entre la Fédérale 2 et la Fédérale 1. Vous avez pu assimiler cette dernière tranquillement ? 

 

Je pense qu’il y a aussi le fait que l’on soit dans une poule un peu plus régionale avec des clubs qui nous ressemblent donc, c’est vrai que c’est peut-être un peu plus facile. Ceux qui avaient de l’expérience l’ont malheureusement un peu perdue parce qu’ils n’ont pas joué comme nous et ceux qui en avaient un peu moins n’ont pas joué non plus donc c’est tout un ensemble. Qu’est-ce qu’on aurait pu faire ? Je pense qu’il est sûr qu’on n’y serait pas resté la première année. Concernant la seconde, je ne peux pas dire, je n’en sais rien, je ne sais pas ce qu’on aurait fait, si on aurait pu se maintenir ou pas. Personne ne le saura, il est trop compliqué ou difficile de savoir ce qu’une équipe aurait pu faire ou pas. 

 

Quels ont été les gros chantiers pour une équipe comme Mazamet qui passe de Fédérale 2 à Fédérale 1 pour tenir le cap ? 

 

C’est surtout le recrutement qui est important, avoir une équipe qui tienne la route avec des exigences qui sont plus compliquées. En termes de jeu, il faut avoir des joueurs qui sont peut-être plus expérimentés et plus costauds. C’est un peu la différence par rapport à la Fédérale 2. 

Vous nous parliez de cette poule régionale, la poule 3. On a vu que beaucoup de clubs étaient montés au créneau cet été car vous teniez à cette poule régionale ? 

 

Oui, je pense bien évidemment que c’est une bonne chose d’avoir fait des poules régionales, on y était tout à fait favorable. Faire des déplacements qui durent des heures, qui coûtent du pognon et le reste, où il n’y a pas tellement de derbys, ça ne sert à rien. Nous sommes très contents d’avoir les adversaires que l’on a cette année. 

 

Jeudi, on a vu la Fédération Française annoncer la nouvelle pyramide des compétitions, cela faisait maintenant 4 mois qu’elle était dans les cartons et qu’elle avait été votée. On sait qu’à Mazamet, vous étiez plutôt dans une position attentiste, vous regardiez tout cela un peu de loin. Qu’est-ce que vous en pensez maintenant qu’elle est mise en place ? 

 

Je pense qu’on ne le saura qu’après, on verra si c’était une bonne chose ou pas. Autant j’étais très favorable à une Nationale 1, autant je l’étais moins à une Nationale 2, les gens l’ont voulue et c’est comme ça. Je ne râle pas mais je ne subis pas non plus, j’admets. C’est difficile de dire si je dirai dans un an qu’ils ont super bien fait ou que non, c’était mieux comme s’était, je n’en sais rien. Moi, ce qui m’interroge, c’est comment va être restituée la Fédérale 1 à savoir est-ce qu’on va avoir une équipe espoir ou une réserve ? Est-ce que ce seront les règles de Fédérale 2 qui seront appliquées ou celles de Fédérale 1 qui ne sont pas les mêmes ? Quelle va être la transition : est-ce qu’on garde toutes les règles de la Fédérale 1 ou bien celles de la Fédérale 2 ? Et ça, pour l’instant, je ne le sais pas, peut-être que les gens y ont répondu mais moi, je ne l’ai pas vu. 

 

Si d’aventure à la fin de la saison, une épopée sportive vous amenait en Nationale 2, vous lui tendriez les bras ou vous la refuseriez ? 

 

On en discuterait. Il faudrait voir comment on y arrive, dans quel contexte, comment on sera financièrement à la fin de la saison. Il y a trop de choses pour dire maintenant  » j’accepte ou je n’accepte pas « , je crois qu’il faut le voir, voir ce que les joueurs ont envie de faire, s’ils ont envie d’y aller ou pas, se réunir. Je pense qu’une montée ou une compétition différente sont toujours compliquées à aborder, il faut se voir et y réfléchir tous ensemble, des bénévoles au président en passant par les managers, les entraîneurs et les joueurs. Un club, ce n’est pas que la décision d’une personne et ensuite, il y a aussi des décisions financières à savoir est-ce qu’on est capable de se maintenir à un bon niveau de Nationale 2 ou est-ce qu’on y monte pour ramasser tous les dimanches et repartir en bas avec une grosse désillusion ? C’est compliqué à voir car ça concerne tout un ensemble. Pour l’instant, nous sommes 8es donc plus dans une Fédérale 1 que dans une Nationale 2, on verra après comment se situe l’équipe. Si on arrive péniblement à être 8es ou 7es, je crois qu’il ne faut pas y aller, si parce qu’on joue bien et qu’on gagne beaucoup de matchs, on est dans les 3 / 4 de la poule, là, on peut se dire qu’on a une équipe qui peut être compétitive à l’échelon du haut. Mais y aller avec un coup de chance, non. 

On va parler aussi de l’un des moments fondateurs de l’été, ce que les footeux appellent le mercato. A Mazamet, vous n’avez pas dérogé à la règle avec quelques bonnes pioches ? Je pense à Julien Dumoulin, qui était l’année dernière l’un des cadres de Narbonne, et qui arrive pour renforcer le pack mazamétain ? 

 

Je trouve qu’on a un bon effectif cette année, assez complet partout. Que ce soit Julien ou d’autres qui sont arrivés, on a bien renforcé notre équipe mais maintenant, il faut voir un peu comment ça se passe. Pour l’instant, on n’a fait que 4 matchs, il faudra voir comment on sera à la fin de la saison mais pour le moment, je suis satisfait de l’effectif que l’on a recruté.

 

On a l’impression que la dynamique de l’année dernière de la Nationale, qui s’était un peu armée, a un peu coulé sur la Fédérale 1 où tous les clubs ont aussi fait une course à l’armement ? 

 

Je pense que chaque année, quoi qu’on en dise, le niveau monte. Cette année de Fédérale 1 n’est pas la première où l’on y est et ce n’est pas celle d’il y a 5 ans et si la Fédérale 2 augmente aussi, je pense que le niveau rugbystique monte dans tous les étages, même en Top 14. Une équipe de Top 14 maintenant, qui est dans les premiers, est meilleure que celle d’il y a 5 ans. 

 

Au niveau du staff, on fait dans la continuité du côté de Mazamet ? 

 

Oui, pour l’instant, on ne bouge pas. On ne pouvait pas se séparer de personnes qu’on n’a pas vu sur une année et, pour l’instant, ça ne se passe pas trop mal, ça se passe même bien donc on continue dans ce sens. Changer pour changer n’a jamais été l’option de Mazamet, si c’est arrivé, c’est parce-que les entraîneurs avaient une certaine lassitude. On est maintenant sur un cycle, combien de temps il durera, ce n’est pas possible de le dire mais, pour l’instant, on continue comme ça. 

On va parler du début de saison de Mazamet. Il n’a pas été simple mais il y a déjà eu une première apogée : cette victoire dans le derby face à Lavaur ? 

 

Oui, il y a eu une belle victoire face à Lavaur mais aussi une mauvaise défaite face au FCTT. Ça a compensé, je pense que les joueurs se sont ressaisis mais cette année est compliquée. Les équipes arrivent assez fortes à l’extérieur, on l’a vu lors de la dernière journée avec 4 victoires à l’extérieur sur 6 rencontres pour deux à domicile alors qu’il y a 5 ans, il y avait une victoire à l’extérieur tous les 3 mois dans une division. Regardez maintenant le nombre de victoires à l’extérieur ! Cette année, nous sommes allés gagner Lavaur, Marmande est allé gagner Castanet, Pamiers est allé gagner Graulhet et Castelsarrasin, Céret contre deux victoires à la maison, FCTT et Valence d’Agen. Ça ne fait pas beaucoup et quand on regarde toutes les journées de championnat, il y a beaucoup de victoires à l’extérieur donc, c’est aussi comment ne pas perdre à la maison. Mais c’est vrai que nous sommes dans une poule assez homogène et on sait que si on a une défaite à domicile, on peut aller se rattraper à l’extérieur. Lavaur a perdu contre nous mais aurait pu gagner deux fois à l’extérieur où ils ont échoué d’un point et tout le monde est un peu comme ça mais c’est bien. C’est resserré, il y a de l’enjeu et on peut se rattraper tous les dimanches donc il ne faut pas s’affoler et continuer à travailler pour être bons. 

 

Quel est l’objectif que vous vous êtes fixé en interne pour la fin de ce bloc ? 

 

Sincèrement, l’objectif pour moi est de bien jouer, de se faire plaisir et de remonter. Bien évidemment qu’on a envie de tout gagner, ce qu’on fera, je ne le sais pas mais ce qu’il faut surtout se dire, c’est que même si on a une défaite que l’on ne pensait pas, on peut se rattraper et l’important est là. Pour moi, c’est trop compliqué de dire, et je ne sais pas le faire,  » on vous donne un objectif de faire tant de points sur tel bloc « . Ce n’est pas mon principe, les managers le font un peu mais ce n’est pas le mien. D’abord, qu’on se régale, qu’on ait envie de jouer, qu’on y mette l’enthousiasme qu’on a mis à Lavaur, quand on a des joueurs qui mettent de l’enthousiasme, on gagne. L’objectif sera  » combien de fois pourra-t-on mettre cet enthousiasme pour remporter le match  » car dès qu’on ne mettra pas cet enthousiasme, que ce soit à domicile ou à l’extérieur, on perdra. La Fédérale 1, c’est de l’intensité, un match, c’est 80 minutes où ça va s’engager comme à Lavaur où s’était super engagé et où on ne gagne que d’un point, pas de 40. Ils auraient pu le gagner, si ça avait été le cas, on aurait été vraiment déçu mais ça s’est joué à la 78e minute et on n’a pas mis 40 grains. Tous les matchs vont être comme ça mais on y a mis de l’intensité et quand on ne le fera pas, on perdra. Si on n’est pas à 120% dans chaque match, vu comment sont la poule et les effectifs, on les perdra donc combien de fois pourra-t-on mettre 120% ? C’est ça la question. 

 

Il y a un autre sujet qui incombe au président, garant de l’unité sportive et de l’identité du club mais aussi de la santé financière. Tous les présidents de Fédérale 1 et même de Nationale, Pro D2 et Top 14, étaient inquiets au début du Covid. Où en est-on financièrement maintenant qu’il est passé ? 

 

On s’en est sorti difficilement mais on s’en est sorti et maintenant, on reprend. Les saisons s’enchaînent, les budgets sont importants, si on veut avoir une équipe compétitive, il faut finir chaque année et ce ne sera pas simple mais ça n’est pas simple tous les ans. J’y suis depuis 8 / 10 ans, ça n’est jamais simple, un budget est compliqué. 

De quel ordre est le budget à Mazamet ? 

 

Cette année, il va être entre 550 et 600 000€. 

 

Il y aussi l’identité de ce club de Mazamet, un club séculaire dans le Tarn qui a connu de grandes épopées. Si vous nous résumiez en quelques mots l’identité de ce SCM, quels seraient-ils ? 

 

C’est d’abord un club de bassin mazamétain où on a encore une existence et une grande histoire. On sait qu’on ne remettra jamais cette histoire-là mais on veut être garant de continuer à avoir un club qui soit phare dans notre bassin et qu’on puisse continuer à avoir une équipe dans ce niveau-là amateur mais qui soit dans les premiers rôles amateurs en France, que ce soit en Fédérale 1 ou en Nationale 2. On veut continuer ça car on n’aura pas les budgets pour aller plus loin mais qu’on reste à ce niveau-là, soit en Fédérale 1 soit en Nationale 2 ce qui est notre niveau. Qu’on soit chaque année performant, qu’on puisse faire monter du monde, qu’on puisse avoir quelques juniors et cadets, on est en train de mettre tout cela en place pour que cela s’améliore mais qu’on puisse aussi avoir un suivi sur la relève des joueurs qui continue. Un club où les gens ont envie de venir voir des derbys à la maison, des matchs intéressants car la Fédérale 1, c’est une bonne qualité de jeu, et que les gens se régalent. Après, ce sera de trouver notre place à nous à côté d’un gros professionnel qu’est le CO et qui est notre partenaire et notre ami, comment aussi amener des spectateurs chez nous, dans un autre esprit, dans une autre envie et que tout le monde puisse vivre ensemble. 

 

J’imagine qu’il y a quelque chose qui a dû vous réjouir ainsi que les joueurs, les trésoriers et ceux qui s’occupent des buvettes : c’est le retour du public à la Chevalière ? 

 

Bien évidemment, on attendait ça. Moi, je ne me serai pas vu jouer à huis-clos, je ne vois pas à quoi ça sert, on n’est pas des clubs pros et j’aurai dit non pour jouer à huis-clos, ça ne me servait à rien. Nous, ce qu’on veut, c’est de l’enthousiasme, un public qui vienne, des gens qui ont envie de voir leur équipe et même si on n’a pas un public de 2 000 personnes, les gens qui sont là sont heureux d’être là. Pour Castanet, on avait énormément de monde, il faisait beau, pour le FCTT également malgré la pluie. On est encore bien suivi et on essaie de continuer à amener tout ça.

 

On va vous poser une question qui ne parlera pas aux moins de 20 ans mais à ceux qui suivent l’histoire du SC Mazamétain. On sait que vous avez des légendes du rugby dont une en particulier qui gravite autour du club de Mazamet, Lucien Mias, l’un des héros de la tournée 58 en Afrique-du-Sud. On peut encore avoir la chance de le croiser le long des talanquères à la Chevalière ? 

 

Je n’ai jamais rencontré Lucien Mias donc je ne peux pas vous en parler mais ce n’est pas pour autant que je n’ai pas un très, très grand respect pour cet homme-là. Je sais qu’il est très fatigué, qu’il sort peu de chez lui mais qu’il a encore toute sa tête. Ce n’est pas quelqu’un que l’on peut voir ou qu’on verra à la Chevalière car, pour des raisons de santé, je ne pense pas qu’il bouge beaucoup. Je sais que des anciens comme le président du Club des Anciens vont le voir et se tiennent informés mais nous, on ne voit jamais Mr Mias. Je pense que depuis que je suis au Sporting, et ça fait 20 ans, je ne l’ai jamais vu sauf une fois peut-être, pour les 50 ans de 58, où toute l’équipe était venue et où je crois qu’il avait assisté à une soirée. 

Dans tous les cas, s’il a vu le résultat du derby la semaine dernière, ça a dû lui donner le sourire

 

Oui, je pense qu’il nous suit et qu’il continue à suivre toute l’actualité du rugby mais c’est vrai qu’on ne peut pas le voir, à mon avis plus pour des raisons de santé. 

 

On vous remercie de nous avoir fait un tour d’horizon du Sporting Club Mazamétain

 

Merci à vous

Propos recueillis par Loïc

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