#Rugby – Nationale / HG.Gueydan (Bourgoin) : «Il n’y a pas de crise, on fera les comptes à la fin!»

Nous sommes allés à la rencontre du président de la SASP du CS Bourgoin-Jallieu, Henri-Guillaume Gueydan, pour faire un tour d’horizon de l’actualité en Berjallie. Du côté du stade Rajon, alors que cette enceinte mythique fait sa mue via un projet de nouvelle tribune Sud portée par « HGG » et sa holding, l’inquiétude des supporters commencent à se faire entendre concernant les résultats sportifs (3 matches/ 3 défaites). Mais le boss de Bourgoin voit plus loin que ce début de saison compliqué en Nationale et garde le cap sur son projet global de club à moyen terme, avec l’ambition suprême d’accéder à la Pro D2 d’ici 2023. Entretien grand format avec un président bâtisseur ne s’arrêtant pas aux aléas d’une poignée de semaines et qui compte développer le CSBJ comme un club du 21eme siècle.

 

Tu vas commencer ta 4e année à la tête du CSBJ, une année qui était pleine d’espérances cette année avec un nouveau staff, un nouveau directeur sportif, un recrutement assez cohérent pour la Nationale. Mais patatras, le début de saison n’est pas à la hauteur des ambitions affichées ? 

 

Oui mais on n’en est qu’à 3 journées, la 4e arrivant, et on ne va pas s’affoler. En tous cas, il n’y a pas de crise et, comme on se le dit entre nous, on fera les comptes à la fin.

 

Narbonne, l’année dernière, est un bon exemple pour prouver qu’on peut très, très mal commencer et finir en apothéose ? 

 

Il est sûr que personne ne les voyait là où ils sont aujourd’hui et même eux ne s’y voyaient pas un instant (rires). 

 

On va reprendre les choses par le bon bout en commençant par l’intersaison et la nomination d’un nouveau staff avec à sa tête Sébastien Tillous-Bordes et Grégoire Pintiaux comme coach des avants ainsi que Pascal Papé comme directeur sportif. Cette année a vu un gros lifting du staff berjallien ? 

 

Grégoire était prévu depuis le mois de Janvier ou Février, il devait rejoindre le duo en place. Et puis, les événements des 4 premiers mois de l’année ont fait qu’on a procédé à des changements début Avril et donc, il a fallu trouver un autre entraîneur des arrières. C’est Sébastien qui est arrivé et on est plutôt content du duo qui s’est mis en place car, en ce qui concerne Pascal, je ne le considère pas dans ce groupe-là. Pascal Papé a un rôle qui va des U6 jusqu’à l’équipe première donc sur un rôle très, très transversal. 

Tu peux nous expliquer la coordination qu’il y a entre un directeur sportif et un manager ? Pour des suiveurs comme nous, c’est clair et limpide mais peut-être que pour des supporters ou des gens qui suivent le rugby de loin, ça peut être un peu plus abscons

 

Je ne sais pas si c’est clair même pour les gens du milieu car d’un club à un autre, le terme de directeur sportif n’est pas toujours le même. A Toulon, par exemple, Patrice Collazo est directeur sportif et il est sur le terrain ce qui n’est pas le cas chez nous car c’est le manager ou l’entraîneur principal, peu importe comment on l’appelle, à savoir Sébastien Tillous-Bordes qui y est. On a donc un duo d’entraîneurs sur l’équipe première et ensuite, on a un directeur qui s’occupe, chapeaute et dirige tout le sportif du club, des tout petits aux pros. Il est là pour mettre en place une harmonie dans le système de jeu, pour recruter des encadrants d’équipes, c’est vraiment un rôle de direction global. 

 

Le fait de faire revenir Pascal Papé, une des légendes des grandes époques d’antan du CSBJ, était l’une des tes volontés fortes, celle de redonner un peu d’identité et d’ADN à ce club ? 

 

Oui et ça a été une opportunité. Avec Pascal, on s’est contacté presque par hasard et ça a bien accroché de suite entre nous, dès la première discussion. Je crois aux opportunités et au destin donc, j’ai rapidement sauté sur l’occasion et je me suis dit  » ne le ratons pas, il n’y en aura peut-être pas d’autres qui se présenteront « . J’ai compris que lui avait très envie de revenir donc c’est bien tombé. 

 

On sait que la vie d’un président n’est pas un long fleuve tranquille et souvent, l’un des moments compliqués est celui où on se sépare d’un coach. J’imagine que lorsque tu as dû te séparer de Jean-Henri Tubert, dont tu étais proche, ce fut l’un des moments douloureux dans ta vie de président d’un club de rugby pro ? 

 

Oui mais je suis un petit peu habitué à ça de par mon métier et je suis aussi habitué à travailler avec des gens que j’apprécie. C’est comme ça que j’aime fonctionner, je suis très proche des gens avec qui je travaille et Jean-Henri faisait partie, et fait toujours partie, des gens que j’apprécie, on reste en relation. Simplement, il fallait prendre une décision parce-que ça ne fonctionnait plus du tout et que j’avais un groupe qui m’a dit très clairement qu’il ne voulait plus jouer pour les deux entraîneurs en place. Donc, il fallait se décider et la décision a été prise dans la journée, dès l’instant où tous les joueurs m’ont annoncé ça, il a fallu aller vite. 

 

Tu es donc arrivé il y a trois ans au CSBJ, un CSBJ moribond et au bord du dépôt de bilan. Petit à petit, tu l’as remonté et remis à flot et on a vu cet été un nouveau projet structurant pour le club, la création d’une tribune sud, une nouvelle tribune-buvette. Tu peux nous en parler ? 

 

Notre volonté est d’aller chercher des revenus au-delà des jours de match. Dans un premier temps, on essaye de faire ça à Rajon, ça se met en place tranquillement avec les travaux qui ont commencé début Août. On est sur les fondations, ça avance et le but est d’aller chercher des revenus 7 jours sur 7 en-dehors du sport. 

C’est bien sûr à l’échelle de Bourgoin et du rugby mais c’est un peu comme ce qui se fait à quelques kilomètres de là, à Decime, avec le parc OL, toute proportion gardée évidemment ?

 

C’est vrai qu’on peut faire un comparatif. C’est une très grosse machine à côté de chez nous, je crois que le LOU fait aussi des choses dans le même esprit, à une échelle plus grande que la nôtre. En tous cas, ce sont de bons exemples, des gens que j’ai personnellement beaucoup regardés, surtout l’Olympique Lyonnais car ça fait longtemps que je regarde ce qu’a fait Jean-Michel Aulas. 

 

Dans le sport comme dans la vie active, on ne fait jamais d’omelette sans casser des œufs. On a vu que, par rapport à cette tribune sud, il y avait parfois une petite grogne soit en interne soit via des gens qui gravitent autour du club. Comment est-ce que tu gères cette problématique  » diplomatique  » ? 

 

Aujourd’hui, c’est dans les mains de la Mairie. Ce n’est pas en interne au club mais ce sont des gens qui sont juste à côté qui exploitent la brasserie actuelle que l’on veut transformer en boutique. C’est malheureusement un peu compliqué, on aurait aimé que ça se déroule autrement mais c’est ainsi et il faut faire avec. J’espère que ça ne va pas trop traîner parce-que c’est un petit peu usant pour tout le monde. 

 

Quels vont être les prochains projets du CSBJ pour continuer à grandir et atteindre l’objectif que tu as fixé pour 2023 au plus tard, retrouver la Pro D2 ? 

 

On travaille depuis plus d’un an sur un projet de centre de formation. Il faut que l’on change tout car, pour le moment, on loue un immeuble depuis 17 ans, ce qui nous coûte très cher, et on souhaite devenir propriétaire de nos logements et avoir des infrastructures plus adaptées au rugby moderne qui bénéficieront à l’ensemble du club. En fait, on souhaite créer un centre de formation qui servira à toutes les équipes. 

 

Sachant que la formation berjallienne a été le ciment des réussites passées ? 

 

Oui, le mot formation a vraiment du sens chez nous parce-que c’est sans doute ce que l’on a su faire le mieux pendant 15 ou 20 ans. Ça a un peu baissé, voire beaucoup, donc on a remis des choses en route et on a pour projet de faire mieux. 

On va maintenant jeter un regard sur le championnat de Nationale. Deux choses interpellent les suiveurs de ce championnat : Bourgoin, 3 matchs, 3 défaites, Soyaux-Angoulême, ancien pensionnaire de Pro D2, 3 matchs, 3 défaites alors que vous étiez des clubs prédits pour le haut de tableau. Ce championnat est très homogène mais surtout, il réserve une voire deux surprises par week-end ? 

 

Comme on le disait tout à l’heure, ce n’est que le début du championnat, il ne faut pas s’emballer. Il y a peu de chance que Soyaux soit dernier à Noël et j’espère que nous, nous ne serons plus avant-derniers, c’est une évidence. Il ne manque pas grand-chose, il y a de détails à régler, on perd d’un et trois points, ça ne se joue à presque rien mais il faut aller chercher ce presque rien (rires). Donc, il faut donner un peu plus, être un peu plus précis, un peu plus confiant, un peu plus ambitieux et gagner un match, ce qui sera l’effet déclencheur. 

 

Le match où il doit y avoir le plus de frustration est celui joué à Rajon. 5 000 ciels et grenat qui avaient fait le déplacement pour le retour du public à Rajon et un match que vous perdez en 1ère mi-temps car vous faîtes une remontada du feu de Dieu en 2e période mais trop tard ? 

 

Oui, il est très frustrant bien sûr parce qu’il est à la maison, devant un stade bien garni. Mais on était aussi très frustré du match à Aubenas car on a beaucoup d’occasions alors qu’on était à 14 contre 15 pendant une mi-temps. On a beaucoup d’occasions, des 2 contre 1 et on ne conclut pas donc ça, ça fait mal à la tête, on voit qu’il y avait moyen de faire mieux. Mais c’est comme ça, il y a des équipes en face qui ne nous laissent pas faire (rires). 

 

J’imagine que tu as dû débriefer avec les cadres du vestiaire et Sébastien Tillous-Bordes voire même Pascal Papé de ce début de saison. Quels ont été les éléments de langage qui en sont ressortis ? 

 

Ce qui ressort, même de la bouche des joueurs car on leur a aussi demandé leur vision, c’est de la frustration et de la déception parce qu’ils sentent qu’ils ont un potentiel, que le groupe a vraiment un potentiel. Le groupe vit bien mais il y a ce petit manque donc, il y a une grosse frustration. 

Quelle est la feuille de route que tu as fixée pour le prochain bloc à ton staff et à tes joueurs ? J’imagine qu’il a déjà ramené la première victoire mais au-delà de ça ? 

 

On s’est vu en début de semaine avec tout le groupe et la feuille de route est très simple : il va falloir gagner des matchs. Déjà, gagner les 2 matchs à la maison car après, on a deux déplacements compliqués à Nice et à Dax donc on verra bien. On fera le mieux possible mais il faut absolument gagner à la maison, ça en passera par là. 

 

L’objectif reste bien entendu les 6 premières places et d’aller voir ces play-offs pour commencer à toucher du doigt la Pro D2 ? 

 

Sans parler de Pro D2, les phases finales sont une telle fête chez nous. On a le souvenir du match retour il y a trois ans contre Blagnac, c’était de la folie alors qu’il faisait pourtant un temps apocalyptique mais il y avait une ambiance de feu et un stade blindé. En fait, c’est juste ça que l’on a envie de vivre et bien sûr que les 6 premières places restent pour nous un objectif. Il reste 23 matchs donc la route est longue.

 

Et puis, c’est pendant les phases finales que tu as appris que c’est celui qui gérait le mieux les projecteurs qui passait ? 

 

C’est ça donc, on a embauché des électriciens (rires). 

 

Petite dédicace à notre ami Benoit Trey avant de te poser une question plus personnelle. On sait qu’il y a deux styles de présidents de clubs : les présidents interventionnistes qui sont très présents dans les petits moments de crises ou de flottements et les présidents observateurs. Tu te ranges dans quelle catégorie ?

 

J’observe et j’écoute beaucoup et, de temps en temps, je vais remettre les pendules à l’heure. 

 

Un petit coup de réglette comme on dit ? 

 

Voilà (rires). 

Petite question décalée : tu ne te sens pas orphelin du derby Bourgoin / Bourg-en-Bresse ? Même si vous n’avez pas eu la chance d’avoir les supporters l’année dernière, on sait que c’est un magnifique derby et ce sel particulier doit quand même te manquer ? 

 

Pour nous, ça n’est pas un derby historique. Je ne veux pas faire offense à nos amis bressans mais, dans l’histoire, il n’y a pas eu beaucoup, beaucoup de Bourgoin / Bourg. Plus récemment, on s’est croisé deux saisons depuis que je suis président, c’étaient des matchs intenses et c’est vrai que c’est chouette mais on a aussi les matchs contre Chambéry. Je crois qu’on les reçoit en Novembre et ça va aussi être un match avec du monde et une belle ambiance ainsi que le match contre Valence-Romans. C’est à une heure d’ici, on sait que les gens se déplacent beaucoup sur ces matchs-là en Rhône-Alpes. 

 

En fait, le plus grand mal que l’on puisse te souhaiter, c’est qu’un jour, dans ta carrière de président du CSBJ, tu connaisses un derby Bourgoin / Lyon. Cela voudrait dire que Bourgoin est remonté au firmament du rugby français ? 

 

Ou que le LOU a baissé le pied (rires). 

 

On va essayer de voir le verre à moitié plein et de souhaiter du positif et au LOU et au CSBJ. Que vous vous retrouviez en Top 14 un jour serait quelque chose de magnifique ? 

 

Avant ça, j’espère qu’on aura la chance de jouer un derby contre Grenoble et contre Oyonnax dans pas trop longtemps, ce serait chouette. Ce serait de très, très grosses affiches que l’on a connues il n’y a pas si longtemps en Pro D2. Il y a 5 ans en arrière, on jouait Grenoble et Oyo. 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

 

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