#Foot – N2 / D.Santini (Béziers) « C’est pour moi un scandale »

Clap de fin pour l’aventure Biterroise de Didier Santini. L’ancien professionnel passé par le LOSC quitte l’AS Béziers après deux saisons à sa tête. Maintenant sur le marché après deux saisons très particulières, le coach n’en garde pas moins quelques ressentis vis-à-vis de la gestion de la crise par les instances.

Crédit ML

C’est donc fini pour vous avec Béziers. Comment en êtes-vous venu à clore cette aventure ?

Ecoutez, je pense que l’on a eu la même idée au même moment avec mon président dans le sens où depuis six-sept mois pour moi c’était où je monte ou je pars. C’est compliqué pour moi après autant de temps sans match d’avoir fait un boulot monstrueux. J’ai vu des joueurs évoluer et je n’aurais pas cru arriver à un tel niveau avec certain. Au final il n’y a pas de montée, repartir pour une nouvelle année et imaginer que ça se passe mal, dans ma tête, c’était déjà commencer à gueuler avec des mecs avec lesquels on a fait un travail monstrueux qu’on n’aura jamais vu de notre vie. Pareil pour le président, les objectifs étaient peut-être différents, il faudra lui poser la question. C’était une belle aventure, nous avons eu de bons moments qui ont malheureusement étés arrêtés. Je pense qu’il faut retenir le positif de cette année. Comme j’ai dis aux joueurs, ce ne sont même pas les neufs matchs joués et le début de saison. C’est comment ils ont évolué pendant ces longs mois sans match en se disant qu’ils allaient rejouer, comment ils ont tenu, aucun n’a lâché. Donc repartir était vraiment compliqué.

Quels sont vos objectifs désormais ? Partir sur un nouveau projet ou attendre de voir la crise s’estomper pour éviter de nouvelles désillusions ?

On va voir les propositions et les discussions. J’ai eu des discussions en janvier auxquelles j’ai coupé court car j’avais trop de respect pour le président et par rapport aux joueurs par rapport à tout ce qu’ils faisaient sur le terrain et à l’entraînement sans match. Je voulais rester jusqu’au bout et attendre du coup jusqu’à vendredi dernier en me disant qu’il y avait peut-être toujours une chance. Même si je n’y ai pas souvent cru. Je continue à les entraîner car ils le méritent. Je leur ai annoncé jeudi. Il y avait beaucoup de déception, mais il faut comprendre qu’à un moment les histoires doivent s’arrêter. Avec le covid, ces deux années ont été compliquées. Vous ne finissez jamais les saisons, vous travaillez comme des malades, je pense n’avoir jamais autant travaillé de ma vie. Mais quand on vous empêche de jouer. Cette année, c’est pour moi un scandale d’avoir fait jouer des clubs au-dessus, et la Coupe de France mais pas nous.

Selon vous les décisions prises par les instances du foot demeurent illogiques ?

Oui, on parle de la Super League, mais ce n’est qu’une histoire de pognon. On a fait jouer la Coupe de France pour une histoire de pognon. Des clubs de R1, et R2 ont joué en janvier et nous, c’est notre métier, mais on ne joue pas. Il n’y a pas que nous. On parle beaucoup de parité homme-femme. Mais je trouve scandaleux que la D2 féminine n’ai pas joué non plus. Saint-Etienne avait fait un projet de deux ans. L’année dernière, ils ne montent pas à cause du goal-average, et cette année non plus alors qu’ils sont invaincus. A l’inverse d’autres équipes n’ont pas gagné un match, mais ils vont être sauvés. Ça baisse le niveau, mais ils sont là.

Selon vous la situation actuelle est révélatrice d’un manque d’équité dans le foot d’aujourd’hui ?

Je pense. Pourquoi les restaurants trois étoiles n’ont pas ouvert et on fermait tous les autres dans ce cas. C’est la même chose. Nous avons fait 17 tests covid toute la saison. Pourquoi ? Car je voulais qu’à chaque fois que les joueurs se retrouvaient après quelques jours d’arrêt, qu’ils aient une sécurité. On ne savait pas où ils étaient allé. Nous voulions avoir l’esprit tranquille en s’entraînant. Ils arrivaient le matin. Il y avait un protocole hyper sérieux. Je crois que les clubs de Ligue 1, Ligue 2 et National ont eu des cas de covid… Eux ils peuvent jouer mais nous, on ne peut pas. Si on arrive à m’expliquer qu’il y a une logique là-dedans, que la N2 avec tous les contrats fédéraux, les métiers, moi c’est mon métier ne puissent pas jouer alors qu’au-dessus oui… Ou c’est tout le monde, ou ceux dont c’est le métier peuvent continuer à jouer. La N1 fait parti de la Fédé, pas de la LFP. Après on a une super ministre des sports qui nous a dit que les clubs de R1 qui jouaient en Coupe de France étaient considérés comme sportifs de haut niveau. Quand on entend ça… La Coupe de France ce n’est que pour du pognon. Nous en National 2, on ne rapporte sûrement pas beaucoup d’argent, par contre mon président, et sûrement beaucoup d’autres, qui met son argent personnel depuis des années. Le jour où les clubs de N2 perdront des gens comme lui, ça sera la catastrophe pour le football. Moi qui ai joué en DH, N2, N1, c’est dans les clubs d’en dessous que l’on va chercher pour avoir des joueurs au-dessus.

Malgré ce goût amer au sortir de cette saison qui commençait vraiment bien pour vous, que retiendrez-vous de cette aventure Béziers ?

Déjà la rencontre d’un président et d’une famille, la famille Rocquet, des gens extraordinaires et passionnants. C’était vraiment la première chose. Je retiendrais également d’avoir travaillé avec Alessandro Furtado. C’est quelqu’un qui se lève le cul du matin au soir pour le club et avec qui on a bossé en harmonie et nous avons réussi à ne pas se tromper sur le recrutement des joueurs. Nous avons cherché sur chaque joueur qu’est-ce qu’il pouvait apporter individuellement, apporter au club, apporter à nous. Je crois que c’est la première fois où je ne vais pas dire à un mec « putain on s’est trompé. » Chacun a apporté sa pierre à l’édifice au groupe pendant ces longs mois d’entraînement sans jouer. Après c’est toujours pareil, le goût amer c’est de finir des saisons où l’on vous donne aucune chance. Il n’y a pas beaucoup de clubs qui auront eu cette malchance là.

C’est vrai que chaque interruption aura faut beaucoup de mal à l’ASB…

Pour l’année dernière, il vous reste dix journées pour vous sauver, durant lesquelles vous rencontrez les sept derniers. Ce n’était pas l’équivalence car personne n’avait joué les mêmes équipes. Et cette année, on n’était pas sûr de monter car il restait des belles équipes. Il y avait trois-quatre belles équipes derrières qui méritaient. Nous voulions aller sur le terrain pour gagner. L’année dernière nous avons eu beaucoup de discussions avec les coachs de N1 : il faut jouer, ou pas, pourtant nous étions mal placés. Moi je n’étais pas dans l’optique de jouer. Il y a eu assez de morts, et ça continue et le covid est plus important que le foot au départ. Après quand on le connaît, qu’on sait un peu mieux le gérer avec les gestes barrière. Moi qui ai connu la Chine, je peux vous dire que si on avait fait comme eux on se serait arrêter avant. Eux en trois-cinq mois, tolérance zéro, tout a été arrêté et maintenant ils vivent normalement. Vous vous dites merde. Ils sont plus nombreux que nous donc si le covid avait vraiment tourné beaucoup là-bas, ils auraient des centaines de millions de morts. J’en étais sûr qu’on allait s’arrêter à un moment, mais je pensais que nous allions repartir. Je n’ai pas compris. L’année prochaine, si je retrouve un club, comment vais-je dire à mes joueurs de jouer la Coupe de France et pas le championnat parce qu’au moins la Coupe, on est sûr de la jouer. C’est une aberration pour moi cette Coupe de France. Qu’on fasse jouer les clubs pros je comprends. Qu’on fasse jouer les clubs amateurs, c’est hyper important mais de là à dire que 80% des clubs de N2 sont pros fédéraux ne peuvent pas jouer, pour moi c’est une aberration.

De votre côté vous étiez donc clairement pour la reprise du championnat …

Moi je voulais juste reprendre à jouer pour que les quelques quatre-cinq meilleurs puissent se disputer la montée. C’est sûr que ceux qui sont dans les derniers, ou premiers non-relégables, ils ne veulent pas reprendre. Mais vous leur demander s’ils étaient dans notre situation ce qu’ils feraient. C’est ce que j’ai fais l’année dernière en N1. Je comprenais qu’il y ait des montées, mais pas qu’il y ait quatre descentes. Peut-être une deux, alors que cette année, il y aura zéro descente. Ça me fait marrer. L’année dernière, on disait forcément qu’il y ait des descentes. Avec cette pandémie, il va falloir que la FFF se mette à anticiper ce qui peut se passer dans l’avenir, et non pas inventer des règlements au fur et à mesure. L’année dernière, je suis devenu fou. Des équipes sont montées pour une journée ! Ce n’est plus du poker, c’est la roulette, il faut jouer le rouge ou le noir. Ce n’est plus du football pour moi. Il faut mériter. On parle de la SuperLeague, pour jouer la Ligue des Champions, il faut mériter ce n’est pas une question de pognon. Des équipes ont moins d’argent mais plus d’idées et d’intelligence et s’en sortent mieux.

Propos recueillis par Nicolas Portillo

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