#Rugby – Fed1 / G.Aguilar (Mâcon) : «Je pense qu’à l’image de Rennes ou d’autres clubs, nous avons notre place chez les pros!»

Sur les bords de Saône, l’AS Macon Rugby vit une période particulière avec l’arrêt des compétitions en octobre 2020. Structuré en entité professionnelle, avec environs 25 joueurs sous contrat, les mâconnais s’entraînent depuis de long mois sans pouvoir en découdre en compétition officielle. Pensionnaire d’une fédérale1 carrefour du professionnalisme et du monde amateur, le club Saône et Loirien, voit à la lueur des conséquences économico-sportive de cette pandémie, poindre une problématique sociologique dans cette division. Pour Macon, comme Rennes ou encore Niort, l’exigence du professionnalisme vient de percuter avec les attentes divergentes des clubs amateurs. Guillaume Aguillar est donc venu participer à notre débat sur l’avenir de la Fed1, pour porter médiatiquement la vision et les souhait de son club, dans ce moment charnière pour le rugby fédéral.

Guillaume Aguillar, manager AS Mâcon Rugby / Crédit photo : Le #MagSport / Studios H2G.

Guillaume, à Mâcon, tu n’as quasiment que des professionnels dans ton effectif mais le fait qu’il n’y ait pas de match revient au même. Qu’on soit pro ou qu’on soit amateur, même combat ?


GA (ASM) : Oui, c’est compliqué. Nous avons été arrêté tout le mois de Novembre mais nous avons pu reprendre les entraînements au cours du mois de Décembre et depuis, nous nous sommes très peu arrêtés, à part pour les congés. On a pu s’entraîner mais là, j’avoue que ça commence à être très long d’arriver à continuer à motiver les joueurs pour s’entraîner pour rien, j’ai envie de dire. Ils comprennent quand on leur dit qu’ils s’entraînent pour la suite de leurs carrières ,pour certains, parce qu’ils sont jeunes ou pour la saison prochaine mais ça reste toutefois compliqué. On est tous compétiteur, on s’entraîne pour jouer, pour aller batailler contre nos adversaires le dimanche et pas pour aller faire la chasse aux œufs. C’est donc très compliqué de garder les joueurs motivés mais aussi de les garder chez nous quand on voit comment ça se passe aujourd’hui. Effectivement, nous n’avons que des pros et les pros, ils ont envie de jouer donc d’aller en Nationale et, s’il n’y a pas de changement, les joueurs que nous avons nous vont avoir envie d’aller jouer en Nationale. Le problème est là aussi, il faut arriver à garder nos joueurs qui, aujourd’hui, veulent aller jouer et qui ont peut-être plus de certitudes d’aller jouer l’année prochaine en Nationale alors que nous sommes toujours confinés au mois d’Avril. Ca, je t’avoue que ça leur fait peur car on disait la même chose l’année dernière au mois de Mars, on leur disait qu’on allait reprendre sereinement au mois de Septembre et que ça roulerait mais aujourd’hui, ils ont de gros doutes sur la reprise. On ne sait pas où on va et c’est ça le danger, nous avons peur de perdre des joueurs par rapport à ça.


On voit quand même une certaine dichotomie dans cette Fédérale 1 entre des clubs qui ne peuvent s’entraîner que le samedi et le dimanche matin et d’autres qui peuvent s’entraîner quasiment tous les jours. Tu n’as pas peur qu’un jour, cette différence de traitement soit problématique ?


GA (ASM) : Ça fait un petit moment que ça dure et, on ne va pas se mentir, jusqu’à aujourd’hui, ça ne posait de problème à personne. On voyait des équipes amateurs, avec beaucoup de joueurs amateurs, qui arrivaient à batailler avec les pros donc, jusqu’à maintenant, ça ne posait pas de problème. Mais le souci qui se pose aujourd’hui, c’est que certains clubs comme nous ne sont pas considérés comme professionnels alors que nous avons 25 contrats pros et qu’on ne peut pas jouer. Cette pandémie a peut-être soulevé un gros problème qui, jusqu’à maintenant, ne posait de souci à personne parce-que ça fonctionnait très bien. Est-ce qu’on doit tout changer ? Certains pensent que oui, d’autres pensent que non mais de toute façon, il y a plus de 40 clubs donc, on ne sera jamais tous d’accord.


Autre problématique pour le club de Mâcon, c’est qu’on a vu que pas mal de clubs de Nationale ou de Pro D2 étaient venus piocher dans la réserve mâconnaise ?


GA (ASM) : Oui (rires). Il y aurait pu en avoir plus parce-que je t’avoue que, pendant un moment, on recevait pas mal d’appels.

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Ça doit quand même être assez frustrant de ne pas jouer et de voir en plus ses meilleurs gars partir sous d’autres cieux ?


GA (ASM) : Oui, c’est toujours frustrant mais on comprend aussi. Les joueurs ont envie de jouer, on leur offre cette opportunité que ce soit en Nationale ou en Pro D2 et à un moment donné, on ne peut pas retenir les mecs. Il faut se mettre à leur place, ils ont envie de jouer et ont l’opportunité de le faire donc il faut être intelligent et ne pas braquer les joueurs parce qu’on risque qu’ils ne reviennent plus alors que là, tout est normalement fait pour qu’ils reviennent.

Si on a bien compris tes propos, tu as essayé d’endiguer la vague de départs cet hiver pour ne pas te faire piller tes joueurs. Aujourd’hui, tu as dû activer la seconde phase à savoir aller recruter pour étoffer et compléter ton effectif qui n’était déjà pas dégueulasse ?


GA (ASM) : Oui, effectivement mais c’est toujours la période où on essaie de faire au mieux pour combler les manques mais aussi pour combler les départs. Nous avons essayé de garder un maximum de garçons mais cette pandémie a aussi remis les choses dans l’ordre. Aujourd’hui, peut-être que le rugby n’a plus forcément la place qu’il avait pour certains, nous avons des joueurs du Sud-Ouest qui ont envie de se rapprocher de leurs familles parce qu’ils se sont rendus compte que, dans ce genre de moments, c’est compliqué. On en perd aussi qui vont aller plus haut car je pense que pour les clubs de Pro D2, c’est aussi une opportunité d’aller chercher des mecs qui ont envie de jouer au rugby. On s’attelle aujourd’hui à recruter des joueurs qui peuvent nous amener un plus par rapport à ce que nous avions déjà, on va essayer de bien figurer dans cette Fédérale 1 l’année prochaine, peu importe le format ai-je envie de dire (rires).


Il y a quand même une problématique pour toi : tu supervises des joueurs sans avoir aucun repère car ils n’ont quasiment pas joué pendant un an pour certains. Ça doit quand même être compliqué pour savoir où ils en sont ?


GA (ASM) : En effet, on va chercher des mecs qu’on a vu jouer ou des garçons qui ont déjà quelques années en Fédérale 1. On s’appuie sur ça, sur les années, sur leur expérience en Fédérale 1 car on a envie d’avoir des garçons qui connaissent le niveau. Je vous avoue que le plus gros travail a aussi été sur les jeunes et que là-dessus, nous avions un gros boulot donc, il faut aussi que l’on aille chercher de jeunes joueurs pour arriver à les former et à les faire progresser pour qu’ils puissent jouer avec nous dans quelques années. C’est aussi ça le travail que nous avons fourni ces dernières semaines.

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Le président Piguet nous disait récemment que vous étiez en train de développer le centre de formation à Mâcon ?


GA (ASM) : En parallèle de l’association, le club a monté un Centre de Formation des Apprentis ce qui nous permet aujourd’hui de faire venir des jeunes en leur proposant un double projet avec une formation à la clé afin qu’ils ne soient pas à poil quand ils sortent de là. On sait très bien que sur 10 mecs que nous allons recruter, il y en aura peut-être 3 ou 4 qui vont signer des contrats pros donc, il faut aussi que les jeunes comprennent qu’ils doivent se former pour le futur et qu’ils arrivent à avoir des bagages pour la suite, c’est aussi important, le rugby ne dure pas 30 ans. Déjà que c’est compliqué et que certains ont perdu deux ans de leur vie de rugbyman, il faut que l’on arrive à faire en sorte que les jeunes joueurs puissent avoir des bagages avant d’éventuellement se lancer pour certains dans le professionnalisme.

On sait que Mâcon, à court ou moyen terme, a peut-être l’ambition de monter en Nationale. Est-ce que le chemin le plus court pour y arriver ne serait pas dans le format actuel de Fédérale 1 où il y a une adversité un peu moindre que dans une pseudo Nationale 2, une poule dite d’accession où ce serait très ramassé avec un côté très homogène de niveau ?


GA (ASM) : C’est ce que je disais en préambule tout à l’heure, ce n’est ni tout noir ni tout blanc. Je pense qu’il en faut pour tout le monde mais on a besoin de jouer et il faut qu’on joue. La décision ne nous revient pas mais il faut qu’on joue. Pour les joueurs, pour les jeunes, pour les pros, quand je dis les pros, je parle des seniors, il faut qu’on joue. Après, est-ce que notre place est sportivement en Fédérale 1 parce qu’on y est ? Voilà (rires). Aujourd’hui, effectivement, on nous demande des tas de choses, des contrats pour certains, de déclarer certaines choses et autres. Moi, j’ai connu la Fédérale 1 il y a quelques temps et il n’y avait pas que des contrats, les indemnités kilométriques pouvaient être très élevées, aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Je pense qu’on a dépassé ça et que maintenant, on demande clairement aux clubs d’être des entreprises sauf qu’aujourd’hui, on ne travaille pas. Il n’y a pas de travail pour les joueurs du coup, il n’y a pas de plaisir puisque malgré tout, ça reste un métier passion et il n’y a pas tout ça. Peut-être que pour nous, à l’image de Rennes ou d’autres clubs, nous ne sommes pas les seuls, notre place n’est pas avec d’autres clubs qui sont totalement amateurs. On pourrait aussi très bien juste augmenter le nombre de clubs en Nationale, ce qui permettrait à la Fédérale de faire un peu baisser le nombre de clubs et on arriverait à une vraie pyramide du rugby. Aujourd’hui, nous sommes plus de 40 alors qu’ils sont 14 en Nationale.


D’après les échos que j’ai des présidents de Nationale, je ne suis pas sûr qu’ils soient très enclins à partager le gâteau

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GA (ASM) : Comme les présidents de Pro D2 et comme les présidents de Top 14 et c’est ça le problème. On prône aujourd’hui dans la société les valeurs du rugby, la solidarité et la famille rugby mais on se rend compte que cette dernière, il ne faut pas trop la bousculer.

En clair, si on synthétise ton propos, tu voudrais qu’il y ait deux divisions exclusivement pros, Top 14 et Pro D2, une grosse division semi-pro, la Nationale et après, une Fédérale 1 totalement amateure ? Ça voudrait dire que le rugby serait complètement compartimenté et qu’il n’y aurait plus ce brassage des sociologies ? Est-ce qu’on y perdrait pas un peu ?


GA (ASM) : A partir du moment où il y a des vrais amateurs et des vrais pros, pourquoi pas ? Chacun est libre d’aller là où il veut et où il peut. Nous aussi, géographiquement, on n’a pas les mêmes problèmes qu’à Saint-Jean de Luz où il y a un bloc de rugby tous les 3 kilomètres. Nous, ce n’est pas le cas, eux sont très, très riches de ça, c’est une terre de rugby. Cela fait des années que je suis dans la région et il y a toujours eu des professionnels en Bourgogne parce qu’on a moins de clubs. On a moins de clubs donc forcément, il y a plus d’argent parce-que plus de partenaires potentiels, etc, etc. Aujourd’hui, effectivement, je pense qu’à l’image de Rennes ou d’autres clubs, nous avons notre place chez les professionnels ou les semi-professionnels.

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://youtu.be/z4PclYvQ07c
https://youtu.be/z4PclYvQ07c

Retrouvez le replay du grand débat fédérale 1, lors de l’émission Web TV « Le #MagSport by H2G » du 9 avril 2020.

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