#Rugby – Fed1 / E.Bonachera (SJLO) : «Marcq en Baroeul n’a pas fait un match en Féd1, ils montent de Féd2 et ils visent la Pro D2 dans deux ans … bon OK …!»

Le co Pdt du Saint Jean de Luz Olympique, Éric Bonachera, est revenu avec la passion qui le caractérise sur le sujet qui émaille les débats du rugby fédéral hexagonal : la réforme de la fédérale 1. Pour celui qui avait refusé la montée en nationale la saison passée (malgré un ranking le lui permettant), la création d’une nouvelle division ou l’élargissement de la nationale, ne peut se faire qu’au mérite sportif et non via une bulle financière ou sociologique. Pour ce président d’un club 100% amateur qui a pendant 2 saisons fait tourner en bourrique les mastodontes professionnels, les revendications des clubs semi-pros de fédérale 1 ne sont pas légitimes. Ce basque au phrasé et à la gouaille légendaire, ne mâche pas ses mots concernant cette scission organisée par une douzaine de club regardant le modèle de la nationale avec appétit. Durant cette interview extraite de notre grand debat « Le #MagSport by H2G » sur la fédérale 1, le co-Pdt luzien, tance vertement le club de Marcq en Baroeul, qui selon ses propos ne respecte pas l’essence même du sport, en souhaitant grimper d’échelon sans avoir fait une saison complète. Entretien avec un dirigeant du SJLO, qui défend une certaine vision du sport, et dont les propos résonnent dans le microcosme du rugby amateur.

Éric Bonachera Co – Pdt SJLO PB / Crédit photo Le #MagSport / Studios H2G.

Éric, en Septembre, on te voyait lancé comme un frelon vers les play-off, tu étais débarrassé des gros poissons de Fédérale 1 qui empêchaient souvent Saint-Jean de Luz d’aller au bout de ses rêves. On se rappelle des deux saisons magnifiques que vous aviez faites en Fédérale 1 malgré leur présence et cette année, tout le monde disait  » c’est peut-être l’année pour Saint-Jean de Luz « . Mais tout s’est écroulé et cette première année de Fédérale 1 sans gros poisson n’a pas eu lieu ?


EB (SJLO) : Elle n’a pas eu lieu et en plus, on a fait un très mauvais démarrage, on n’a pas été très bon plus que ça. Nous, nous sommes un peu comme tout le monde, on est resté dans les starting-blocks. Nous avons plus un souci global ici, au niveau du rugby, surtout avec la jeunesse espoirs et U18 qui sont les premiers à décrocher par rapport au fait qu’on ne leur propose qu’un entraînement par semaine, le samedi en ce moment. C’est vrai qu’il n’y a plus d’objectif, il n’y a plus de match alors que le but du jeu est quand même d’essayer de combattre. Notre problématique est donc plutôt là aujourd’hui, nous n’avons pas de mec chassé par la Nationale mais on a plus de mal à recruter car certains joueurs sur lesquels nous avons de petits espoirs préfèrent chasser un contrat en Nationale, là où ils peuvent jouer. Je trouve que le fossé se creuse réellement entre les gens comme Mâcon ou Rennes qui ont des contrats tandis que nous, nous n’en avons aucun. Donc, le fossé se creuse mais j’aimais quand même bien le fait de pouvoir batailler parmi vous, contre Albi ou autres, tout ça nous plaît aussi. On ne se plaint pas de ce niveau-là, il y a des différences, c’est acquis et voilà. Mais, ce qui m’ennuie un peu dans tout ce qu’il se passe aujourd’hui, c’est qu’on oublie quand même tout le côté sportif. A la limite, ceux qui doivent monter sont ceux qui ont des structures professionnelles, c’est tout, on ne regarde pas la valeur sportive et ça, ça me gêne un peu. On le voit malheureusement avec Albi, ils ont loupé le coche de justesse, et on sait pourquoi, la Nationale a été créée en partie pour eux et ils sont peut-être en train de re-louper le coche donc, quelque part, la vérité du terrain …


Rien n’est écrit dans le marbre


EB (SJLO) : Voilà mais sans médire sur qui que ce soit car nous avons tous notre place. Je rappelle quand même qu’il y a deux ans, les 40 présidents ont voté pour autre chose que cette Nationale et un an après, on nous a tout changé. Ça a été un peu vite et c’est peut-être ça le problème. Refuser la montée est peut-être la meilleure décision que l’on ait prise mais ça fait suer parce-que nous avons tous de l’ambition. Refuser une montée, je peux vous dire que ça fout les boules mais c’est peut-être la meilleure décision que nous ayons prise.


Ça a fait parler à l’époque. Certains n’ont toujours pas compris le fait que Saint-Jean de Luz, qui était largement dans les clous sportivement , ait refusé la Nationale


EB (SJLO) : Quand ils viendront tenir le club de l’école de rugby à la première avec 600 000€, ils comprendront peut-être, on ne peut pas voyager, on ne peut pas. Nous aussi, on se pose des questions, on se remet en cause et on essaye de penser à l’avenir. Je n’aimerai pas que nous ou d’autres, d’ici deux, trois ou cinq ans, aient à refuser une 2e fois. Ce n’est pas bien de refuser quand tu le mérites mais aujourd’hui, nous ne sommes pas structurés pareil. Si je vous dis qu’il y a 15 jours, nous avons fait du frisbee pour changer du rugby où nous n’avons plus de toucher (rires).


C’est bien pour les appuis !


EB (SJLO) : Ce n’est pas mal, l’équipe d’Angleterre le fait. Nous sommes dans un autre monde mais moi, je trouve dommage que l’on ne puisse plus cohabiter ou qu’on veuille ne plus nous faire cohabiter avec les gens qui étaient prêts à monter en Pro D2 à l’époque.

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En parlant d’un autre monde, tu ne te cachais pas de dire que tu vivais dans un microcosme assez particulier au Pays Basque. Il y a trois clubs basques en Fédérale 1, Mauléon, Saint-Jean de Luz et Anglet et en plus, tu es engoncé entre le BO en Pro D2 et Bayonne en Top 14. Tu avais déjà du mal à exister et à tirer économiquement ton épingle du jeu au milieu de ces monstres avant Covid. Maintenant que nous sommes dans le pendant / après Covid, comment fais-tu pour exister dans ce microcosme ?


EB (SJLO) : On continue à se battre sans jouer. On sait que nous avons le BO, ou le Lille Olympique je ne sais pas, et l’Aviron qui sont devant nous et la chance que l’on a, c’est d’être 22 clubs sur 20 km. Il y a un gros vivier donc, à nous de travailler avec les jeunes et de les attirer via le côté sportif et sympa du club. Il y a quand même un beau vivier de joueurs, à nous de continuer à semer quelques graines qui iront peut-être jusqu’à la Fédérale 1 ou plus haut et d’essayer de se maintenir comme ça. C’est le but du club et on continuera.

J’imagine que l’année prochaine, tu vas nous concocter une équipe quasiment 100% basque, une équipe avec un gros ADN du pays. Tu dois aussi avoir un autre rêve pour la saison qui arrive, celui de rouvrir les tribunes de Kechiloa ?


EB (SJLO) : Il est sûr que la première chose, c’est de rouvrir le rugby à tout le monde, notamment aux spectateurs et aux supporters. Ce serait l’idéal. Ça ne va pas durer non plus, les gens ont besoin de ça. Là où le Covid nous a fait mal, c’est que ça a fait réfléchir les gens et nous avons 2 / 3 joueurs qui vont arrêter, c’est certain. Ils ont passé un hiver au chaud avec madame et les enfants, donc ils se posent des questions normales en fin de carrière et nous avons au moins deux joueurs qui arrêtent car c’est la fin de leur carrière. Il y a aussi un truc surprenant, sans parler que du sportif, c’est que nous avons des bénévoles qui ne viendront plus et qui ont trouvé leur bonheur ailleurs aujourd’hui. J’espère bien sûr que l’on va faire une prépa normale l’année prochaine, qu’on va redémarrer et qu’on fasse une saison entière. Il y a autre chose, imagine un U14 qui est monté et qui a fait deux années de cadets, il arrive de l’école de rugby, il a deux années U16 qui tombent à l’eau et il se retrouve directement en U18 quasiment sans rugby et sans le changement du rugby. Le truc, c’est de reprendre et d’avoir une formule qui ne soit pas non plus re-bouleversée, on a envie de rester comme ça, de prendre du plaisir, de rejouer le dimanche, de faire des déplacements. La grosse problématique pour nous, c’est de remettre tout le monde au boulot, nous n’avons pas d’autre ambition que de prendre du plaisir, de jouer et de travailler. Aujourd’hui, on en est là et on travaille à ça.


Soyons clairs, si pour la saison prochaine, on vous dit en Septembre que vous pouvez reprendre la Fédérale 1 mais à huis-clos, pour toi, c’est niet ? A Saint-Jean-de-Luz, c’est plus que du rugby, on l’a vu quand nous étions venus commenter le match entre le SJLO et Albi. Tous les bars, tous les restaurants respirent rugby, ce sport est un véritable vecteur de lien social chez vous ?


EB (SJLO) : Je pense que c’est comme partout, même s’il y a des clubs avec un peu moins de gens qui les suivent mais c’est comme partout, on a besoin de ça. On n’a même pas les caméras pour faire plaisir aux gens.

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Je peux te régler ce problème


EB (SJLO) : Je sais (rires). Mais cette pandémie a aussi montré des choses à deux ou trois vitesses. Quand tu vois que Mazamet n’a pas joué parce-que le préfet n’y pige rien … Il faut se dire que même dans les entraînements que l’on a, il n’y a toujours pas de douche ouverte ! C’est compliqué donc, que l’on reparte sur des choses normales, si bien sûr la pandémie le permet, et qu’on ouvre les stades. Ça aidera tout le monde, même les gens de la Nationale ont besoin de ça. Il faut de la visibilité pour les partenaires et ce n’est certes pas simple.


Tu peux m’expliquer pour les douches ? Je ne suis pas le Dr Raoult mais pour moi, il y a de l’eau, du savon, c’est sûrement l’un des endroits les plus propres du stade et c’est celui qui est interdit


EB (SJLO) : Et en plus, il fait chaud. C’est toujours comme ça aujourd’hui, il est certain qu’on n’use pas les vestiaires.


C’est le maire qui doit être content !


SB (SJLO) : C’est vrai, c’est à peu près ça (rires).

Comment vois-tu cette nouvelle scission qui est en train de se faire entre professionnels et amateurs ? Est-ce que c’est vexant pour toi et arrives-tu à comprendre les clubs pros ?


EB (SJLO) : Ca n’est pas vexant, chacun défend sa paroisse. Mais il ne faut pas croire, nous les Bretons, on les bade et moi, je suis content ! On est d’ailleurs monté chez eux, il n’y a pas de problème. Ce qui nous paraît étonnant, c’est que chacun a ses contraintes quel que soit le niveau et elles sont aussi fortes quel que soit le niveau. C’est vrai que, quand Mr Murie est arrivé à la Fédé, il a tout redressé et nous a mis des contraintes, notamment au niveau de la fin des IK les clubs qui veulent jouer ont des soucis derrière. Mais nous avons également des contraintes, on passe aussi devant la DNACG, on a aussi des cahiers des charges et nous sommes aussi contrôlés par l’URSSAF. Ce sont les mêmes contraintes, avec moins de chiffres, c’est certain. Nous sommes riches de joueurs parce-que c’est une région de rugby mais nous sommes beaucoup moins riches au niveau sponsoring et mécénat puisque nous sommes plutôt désertifié à ce niveau-là. Nous n’avons pas de grosses industries, nous n’avons que le soleil et la plage, ce qui nous permet aussi d’attirer des gens. Maintenant, je suis content s’il y a des clubs qui émergent et je n’ai aucun souci à ce niveau-là et à un moment donné, chacun doit aller vers là où il veut aller. Nous, aujourd’hui, nous ne sommes pas prêts, on ne peut pas et si on arrive à faire quelque chose en Fédérale 1, on se satisfera de ça et si on a un jour la possibilité de travailler à un autre niveau, je ne vois pas comment actuellement, tant mieux. Nous, ce qui nous surprend, c’est qu’un club qui émerge en Fédérale 1 parce-que certains sont montés comme ça, qui n’a pas joué un seul match en Fédérale 1 annonce  » on vise la Pro D2 « . Ça, ça me surprend toujours.

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Tu ne viserais pas un peu plus au Nord ? 

EB (SJLO) : Si. Ça me surprend toujours parce qu’il y a quand même une vérité du terrain au départ, si tu ne gagnes pas ta montée … Après, chacun fait comme il veut, nous, on est tranquille à ce niveau-là. Par contre, franchement, on ne pleure pas non plus, on essaie d’être propre, on ne promet pas la lune aux joueurs. Le mec qui vient à Saint-Jean, il sait qu’il ne gagnera pas sa vie avec le rugby, il a un projet de vie, il l’accepte et ça roule. Mais on n’a pas de 2e ligne de 2 mètres, on a un pack hyper compact et quand tu viens à l’entraînement, tu ne sais pas qui est le 2e ligne parce qu’il n’y pas ça (rires). Mais ça nous va, on ne pleure pas et quand on arrive à accrocher un club qui a des ambitions, ça fait plaisir aussi. Et oui, vivement que l’on rejoue, que l’on remplisse les stades et pas seulement pour le schéma économique mais aussi pour le lien social et pour que tout le monde soit content. 

 

L’année dernière, la Fédérale 1 était encore la 3e division. Statutairement, c’est toujours le cas mais dans les faits, ça ne l’est plus puisque la Nationale est la 3e division et la Fédérale 1, la 4e. S’il y a une nouvelle réforme, tu n’as pas peur que d’ici deux ans, vous deveniez in fine la 5e division ? 

 

EB (SJLO) : Je ne vois pas comment ils vont faire passer une nouvelle réforme. Quand il y a eu la Nationale, il y a eu un effet pervers pour nous à savoir que trois joueurs qui devaient venir jouer chez nous sont partis, et des gens du Pays Basque. Ils sont partis car attirés par  » un petit professionnalisme « , un contrat et ne faire que du rugby donc, ça nous dessert aussi. Si on est 4e niveau, on sera 4e niveau, si on est 5e niveau, on sera 5e niveau, le plus embêtant est quand tu as la possibilité d’y aller sportivement et que tu ne peux pas, ça c’est embêtant. Après, je ne vois pas pourquoi Marcq-en-Barœul, parce qu’ils arrivent en Fédérale 1, décident d’aller jouer plus haut, ça, je ne pige pas. Oui, vous allez y arriver les gars mais travaillez, faites le boulot, faites tout ce qu’on vous demande à la Fédé, travaillez, formez les jeunes, montez sportivement, recrutez bien, il n’y a aucun souci. 

 

Si en play-off et en quart de finale l’année prochaine, il y a Marcq-en-Barœul / Saint-Jean de Luz, je te promets que je viens le voir

 

EB (SJLO) : Je n’ai rien contre eux, je m’en fous, en plus, peut-être que ça s’appellera le BO (rires). Je donne cet exemple parce-que ça m’avait choqué, ils n’ont pas fait un match en Fédérale 1, ils montent de Fédérale 2 et ils visent la Pro D2 dans deux ans … bon OK …

https://youtu.be/z4PclYvQ07c

Pour finir sur une question décalée, n’oublie pas que Daniel Rouanet, le président de Mazamet t’a fixé un objectif et veut te voir dans trois ans en Nationale

 

EB (SJLO) : Là, je crois qu’il nous aime beaucoup. On met nos deux budgets en commun et on fait une fusion (rires). 

 

Au Pays Basque, les fusions ne marchent jamais très bien, on l’a déjà vu avec l’Aviron Bayonnais et le BO, ça finit souvent en eau de boudin

 

EB (SJLO) : C’est vrai (rires)

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://youtu.be/z4PclYvQ07c

Retrouvez le replay du grand débat fédérale 1, lors de l’émission « Le #MagSport by H2G » du 9 avril 2021.

Un commentaire sur “#Rugby – Fed1 / E.Bonachera (SJLO) : «Marcq en Baroeul n’a pas fait un match en Féd1, ils montent de Féd2 et ils visent la Pro D2 dans deux ans … bon OK …!»

  1. Je pense que on se trompe car nos présidents de fédération sont trop avides de l argent le sport est un tremplin à suivre de près après coupe du monde on ramassera les miettes bravo pour détruire sportivement

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