#SportStory – Athlétisme / C.Perron (ECLA) : «Je me dis qu’il n’y a plus de limite pour la suite!»

Nous avons eu la chance d’accueillir une athlète qui casse la baraque actuellement et qui défraie la chronique par ses résultats : Célia Perron. Licencié dans le club Albigeois de l’ECLA, cette jeune étudiante à l’école d’ingénieurs L’INP – ENSACIET Toulouse fait rayonner l’athlétisme Tarnais au delà des frontières du département. Pour cette spécialiste de l’heptathlon, sa première sélection en équipe de France vient de faire tomber un plafond de verre, et permet à celle qui a commencé à pratiquer l’athlétisme à Graulhet, de repousser encore ces limites. Rencontre avec une athlète qui entre deux entraînements et une alternance a l’oncopole de Toulouse au sein du réputé laboratoire Pierre Fabre, porte haut les couleurs de l’Ecla et de l’athlétisme occitan.

 

Celia Perron athlète ECLA Albi / Crédit photo Le #Magsport / Studios H2G

 

Avant de parler de tes performances, qui sont à très haut niveau actuellement, on va commencer par parler de ta passion et de ton amour pour l’athlétisme. Comment t’es venue cette quasi-vocation pour cette discipline ? 

 

C’est une passion qui m’est arrivée plutôt sur le tard par rapport aux autres athlètes, j’avais 12 ans et j’étais en 4e au collège de Graulhet. J’ai commencé l’athlétisme dans la section de Graulhet car l’ECLA Albi est en fait l’association de plusieurs clubs. Donc, ça m’a permis de commencer directement à Albi et je me suis passionnée pour ce sport au fil des années. Je ne sais plus si c’est ma 11e ou ma 12e licence cette année mais c’est de longue date (rires). 

 

Avant de faire de l’athlétisme, tu avais le béguin pour un autre sport ? 

 

Non, avant l’athlétisme, j’étais au Conservatoire de Musique, je faisais du piano. 

 

Un tout autre registre

 

Voilà (rires). C’est vrai que j’avais quand même des aptitudes à l’école et mes parents ne voulaient pas pousser trop tôt dans le sport, ils voulaient que ça vienne de moi et c’est ce qui s’est passé. Donc, je pense que c’était le bon compromis. 

 

Souvent, dans l’athlétisme, à la différence de certains sports où l’on est souvent figé sur un poste, il y a plusieurs disciplines. Tu peux nous parler de toutes celles que tu as embrassées ? 

 

A Graulhet, j’ai commencé avec Yves Gouyen qui entraîne aujourd’hui à Albi. Chez les jeunes, on touche un petit peu à tout dans l’athlétisme et j’avais des qualités un petit peu dans toutes les disciplines. J’ai vite fait du triathlon puis de l’heptathlon un an après et au bout de deux ans, je faisais déjà les championnats de France, même si je finissais dernière (rires). C’est parti comme ça jusqu’à mes 18 ans, l’année de mon baccalauréat, où j’ai décroché ma première sélection en équipe de France à laquelle on ne s’attendait pas du tout. Je suis ensuite partie m’entraîner sur Toulouse pour mes études et l’ECLA m’a suivie dans ce projet, j’ai du coup rencontré mon entraîneur actuel, Rémi Magro, qui a monté une structure qui permet aux athlètes, et il y a d’ailleurs d’autres Albigeois, de venir s’entraîner sur Toulouse sans changer de club parce qu’on n’a pas forcément envie de partir mais on y est souvent obligé pour les études. 

 

Comme l’a fait aussi Marie Zavala ? 

 

Exactement, Marie s’est même entraînée avec mon groupe à un certain moment. Je crois qu’elle arrive bien à jongler et même à revenir s’entraîner sur Albi mais moi, je n’ai pas ce luxe avec mon emploi du temps. 

 

On va parler de cette première sélection en équipe de France. Qu’est-ce que ça fait de porter ce maillot avec le coq sur le cœur ? 

 

J’en avais déjà fait 4 ou 5 chez les jeunes mais c’est vrai que celle-ci, c’est la première chez  » les grands « . Ça récompense beaucoup de travail donc, je ne peux pas m’empêcher de ressentir de la fierté, pour mes proches, pour toutes les personnes qui m’ont accompagnée sur ce chemin jusque-là mais aussi pour moi-même parce-que j’ai parfois fait des choix qui n’étaient pas forcément en accord avec le sport. Je me suis posé beaucoup de questions, je me suis beaucoup entraînée donc, ça fait vraiment plaisir. C’est quand même quelque chose de prendre l’avion avec toutes ces personnalités que je regardais à la télé (rires). C’est beaucoup de plaisir. 

 

On parle souvent du poids que représente ce maillot, de la pression qu’il met et du fait qu’il demande un curseur d’exigence un peu plus haut. Tu l’as ressenti ? 

 

Oui, je l’ai ressenti. Me concernant, ce n’était pas vraiment le maillot mais plutôt l’ambiance de la compétition. C’est vraiment différent de chez les jeunes, on voit déjà que l’ambiance dans l’équipe est beaucoup plus sérieuse, il y en a beaucoup pour qui c’est leur métier. Il y a beaucoup de caméras, beaucoup de photographes, on entend des cliquetis partout. Et en plus du maillot, c’est l’ambiance qui fait que l’on se met beaucoup plus de pression. Moi, j’étais moins stressée qu’à un championnat de France mais c’est vrai que je me suis mise beaucoup plus de pression parce-que je me disais  » il y a des gens qui me regardent, c’est quand même un gros événement et c’est l’image de la France « . Donc forcément, beaucoup de pression par rapport à ça. 

 

Avant d’en arriver là, il y a eu tout un travail de formation auprès de ton club de l’ECLA, à qui tu dois beaucoup, mais aussi grâce au soutien du Conseil Départemental qui t’a parrainée pendant deux ans pour t’aider à continuer à poursuivre cette évolution ? 

 

Oui, le Conseil Départemental m’a parrainée pendant, je crois, trois ans. Ils avaient exceptionnellement renouvelé pour moi car c’est vrai qu’ils ne peuvent pas tout le temps rester sur les mêmes athlètes car ça tourne, c’est leur philosophie. Il est certain que ça m’a beaucoup aidé à un moment, cela faisait partie de mes premiers partenariats et ça aide à acheter du matériel, à partir en stage ou autres. En athlétisme, nous n’avons pas beaucoup d’aide comme ça donc, c’est très important pour les athlètes. 

 

Tu peux nous parler un peu de ton club de l’ECLA car c’est une vraie pépinière de talents ?

 

C’est vrai que, quand on a mon niveau, ça peut surprendre de rester aussi longtemps dans le même club. Mais c’est un club dans lequel je me sens bien, je connais tout le monde, c’est familial, je sais que je peux compter sur les gens. Il n’y a pas d’intérêt particulier à me suivre, ils m’ont connue quand j’avais 12 ans donc, je me sens vraiment chez moi, je peux m’exprimer comme je le souhaite. Je sais que si j’ai besoin de soutien, je peux les contacter. Mon cœur est à l’ECLA , j’ai toujours dit que je ne changerai jamais de club et j’espère que ça sera le cas. 

 

Avec un directeur sportif, Brice Maurel, qui est au four et au moulin ? 

 

Comme je l’ai dit, je me suis entraîné à Graulhet pendant 6 ans mais pour toutes les séances de relais, c’est Brice qui s’en chargeait. Il m’a coaché aussi, c’est lui qui nous accompagnait sur tous les Championnats de France, c’est quelqu’un que je connais très bien et que j’apprécie énormément. Aujourd’hui, les gérants de l’ECLA sont même mes amis donc, ça dépasse un petit peu le statut du club d’athlétisme dont je porte le maillot. 

 

Tu nous as dit que tu faisais des études en parallèle de ta carrière de sportive, quelles sont-elles ? 

 

J’ai d’abord fait trois ans de DUT Mesures Physiques à l’Université Paul Sabatier de Toulouse que j’ai aménagé sur trois ans au lieu de deux. Je n’avais pas encore fait de sélection mais je voulais déjà me consacrer au sport, je sentais qu’il y allait avoir un petit truc (rires). Ensuite, je suis rentrée à l’école d’ingénieurs IPSA Toulouse et là, en fait, j’ai fait un choix très compliqué sportivement puisque je suis rentrée en alternance. Donc, je suis apprentie au sein d’un service qui travaille sur les formes pharmaceutiques chez Pierre Fabre, à l’Oncopole de Toulouse et du coup, ça a été très compliqué niveau horaires mais c’est vraiment ce que je voulais faire, je voulais devenir ingénieur et valider mon Bac +5. Pierre Fabre m’a permis de valider ce diplôme sur 4 ans au lieu de 3 donc je serai diplômée en Septembre 2022. Ça a été très compliqué de prendre le rythme mais une fois que ça a été parti, ça a été et au final, quand je parle de mes journées, les gens n’en reviennent pas mais moi, c’est le rythme dans lequel je m’inscris et du coup, je m’en sers comme d’une force quand j’arrive en compétition. 

 

Tu dois quand même bien dormir le soir ? 

 

Aucun problème de sommeil, ça c’est sûr ! Il y a même petite sieste le week-end (rires). 

 

Malgré ces horaires de ministre, tu arrives à avoir de hauts niveaux de performance, surtout récemment. Peux-tu revenir sur tes dernières performances, qui ont quand même été assez relayées dans les médias ? 

 

C’est vrai que ça a été assez surprenant pour pas mal de personnes mais au final, je n’ai pas fait de saison en salle en hiver 2020. J’ai deux records, celui de l’heptathlon en extérieur et celui du pentathlon en salle qui datait de deux ans. Donc, c’est vrai que j’ai battu ce dernier de 200 points mais en réalité, je n’avais pas trop de repère et ça a été un vrai bonheur de le battre de suite en Janvier, surtout que je sentais très bien que je n’étais pas encore au top de ma forme. Je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à faire du coup, avec mon entraîneur, on s’est tout de suite re-focalisé sur l’entraînement, pas besoin de faire des compétitions par-ci, par-là, en plus, il n’y a pas de salle dans la région et c’est à chaque fois de gros déplacements. On s’est donc mis en focus sur ça et sur les France où je re-bats encore mon record pour finir 9e au classement européen. Du coup, ça été beaucoup d’espoirs pour aller à ces championnats d’Europe où je n’ai tout d’abord pas été prise, ce que les gens n’ont pas trop compris, mais il y avait des sélectionnées sur la saison d’heptathlon en extérieur 2020 et c’est pour cela qu’il y avait des filles privilégiées par rapport à moi. J’ai finalement été prise car, malheureusement, une fille qui était devant moi a été cas contact. J’étais donc 12e sélectionnée, je termine finaliste 8e sans battre à nouveau mon record mais c’est quand même une performance de niveau international. C’est un niveau que je voulais atteindre au plus haut niveau de ma carrière donc je suis très contente et maintenant, je me dis qu’il n’y a plus de limite pour la suite. 

 

On va parler de tes disciplines de prédilection, l’heptathlon et le pentathlon, qui ne sont pas les disciplines les plus médiatisées. On parle souvent en France de sprint, de saut à la perche donc, peux-tu nous faire la promotion de l’heptathlon et du pentathlon afin que, peut-être, il y ait de futures Célia Perron qui, en te regardant, aient envie d’en faire ? 

 

Bien sûr, ça me satisferait (rires) ! L’heptathlon est la discipline olympique donc je vais plus approfondir celle-ci. Elle regroupe 7 disciplines de l’athlétisme et sur deux jours, il y a le 100 mètres haies, le saut en hauteur, le lancer de poids, le 200 mètres le premier jour et le javelot, le saut en longueur et le 800 mètres, pour finir avec une bonne épreuve, le second. Toutes ces épreuves rapportent un total de points et le bilan total donne notre classement. En fait, c’est la discipline féminine du décathlon dont le recordman du monde actuel est français, Kevin Mayer, et on en parle beaucoup. Je ne pense pas qu’on parle moins de l’heptathlon parce-que nous sommes des filles, c’est juste qu’il n’y a pas encore une très grande tête d’affiche dans cette discipline et je pense qu’en fait, c’est ça que les gens attendent. On n’en parle pas beaucoup mais ça commence à se faire connaître donc, j’en parle dès que j’ai l’occasion de le faire car ça me passionne vraiment. Ce sont des athlètes vraiment complètes et passionnantes, je parle aussi de mes concurrentes, et c’est vraiment une discipline dont je suis tombée amoureuse. Il y a des amoureux des épreuves combinées donc, je pense que c’est une belle épreuve que les gens aiment regarder aux Jeux Olympiques, en tous cas, c’est ce qu’on me dit. 

 

Est-ce que tu as eu la chance d’échanger un peu avec Kevin Mayer pour voir quel regard il avait sur la forme féminine du décathlon ? Et peut-être s’il avait aussi des conseils à t’apporter ? 

 

Je n’ai pas pu échanger avec lui par rapport à l’heptathlon mais on a pu se parler un petit peu aux Europes. En fait, les épreuves combinées ont failli sortir des Championnats de France Elite, qui ont été organisés plusieurs fois à Albi. Cet été, j’ai dû me qualifier sur le saut en hauteur car il n’y avait pas l’heptathlon, au départ, on nous a dit que c’était à cause du Covid avant de nous annoncer en Décembre que ça sortait complètement. Mais pour nous, c’est LA compétition qui nous permet de performer, on nous demande des minimas qui sont très hauts, des performances importantes pour se qualifier aux Jeux mais aussi aux Championnats du Monde et d’Europe. Pour ça, nous avons quand même besoin d’une ambiance, de quelque chose qui nous transcende ou qui nous permet de nous transcender. Donc, c’est vrai que Kevin a été un grand acteur pour conserver ces épreuves-là, nous avions fait un vote sur une conversation et c’est lui qui est allé défendre ce projet ou en tous cas ce maintien au niveau de la Fédération. J’ai donc échangé par rapport à ça et il a défendu aussi bien l’heptathlon que le décathlon et je pense que l’on peut être très content de lui. 

 

Tu as l’impression qu’il y a une différence de traitement entre l’heptathlon et le décathlon plus le fait que ce soit un sport féminin ? L’autre jour, nous avions les filles de l’ASPTT qui râlaient un peu face à la différence de traitement qu’il y a entre le foot féminin et le foot masculin dans la gestion de la crise Covid. Est-ce que c’est la même chose en athlétisme ? 

 

Là, je reviens d’un week-end pour promouvoir le sport féminin à Font-Romeu avec le collectif des sportifs qui se montent sur Toulouse. C’est vrai que concernant la notion de ce problème de médiatisation du sport féminin, je la connais depuis peu, je la remarque depuis peu et m’y intéresse depuis peu. Je ne trouve pas que l’on soit moins médiatisé que le décathlon car, comme je l’ai dit, ça vient des performances. Si je parle dans la globalité du sport féminin, je le vois mais si je parle de ma discipline, je pense que si on est performante, on va la montrer. Donc, ce que j’ai à répondre à cela, c’est d’être perfomantes, d’être de belles athlètes à l’image en termes d’état d’esprit et de ce qu’on dégage. 

 

2021, Jeux Olympiques de Tokyo, 2024, Jeux Olympiques à Paris. C’est un rêve dont on peut parler ? 

 

Je n’en aurai pas parlé avant cet hiver. Pour les Jeux Olympiques 2021, ce sera un petit peu juste au niveau du niveau de performance qui est requis parce-que j’ai fait un très peu pentathlon mais l’heptathlon, c’est autre chose et j’ai aussi un cap à passer sur cette épreuve. Le niveau de performance est très grand et, comme j’ai performé cet hiver, je n’étais pas sur les gros meetings les années précédentes et je ne suis pas  » ranké « . Il y a un niveau à atteindre pour les Jeux Olympiques et il y a aussi une autre façon de se sélectionner qui est au  » ranking  » et je ne suis pas  » ranké « . Par contre, pour les Jeux de 2024, pourquoi pas ? Je suis diplômée en 2022, il y aura des choix à faire en fonction de cela. Je ne me projette pas au-delà mais aujourd’hui, c’est vrai que c’est un rêve et j’ai vraiment beaucoup de plaisir à pratiquer ce sport donc, je pense qu’on peut encore faire un bout de chemin ensemble sans problème (rires). 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://youtu.be/0kU2gPyFzRA

Retrouvez en replay l’émission « Le #MagSport – Studios H2G » du 23 mars 2021

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