#Hommage – Rugby / Thomas Lacelle : Itinéraire d’une comète.

Ce samedi 20 mars 2021, une comète s’est éteinte sur les bords de la Vienne, laissant un vide immense dans la Voie lactée de l’ovalie. Thomas Lacelle, le feu follet du Stadium Municipal d’Albi, lui, le dévoreur d’espaces qui croquait la vit à pleines dents s’en est allé à l’image de son jeu si atypique : en un éclair, en un instant. Retour sur l’itinéraire si fulgurant mais tellement prompt d’un homme au grand cœur.

Crédit photo Pierre Bras

Pour le « Flash Gordon » jaune et noir, qui voguait dorénavant sous les couleurs de Provence Rugby (Pro D2), tout avait commencé là où s’est arrêté le récit de sa vie trépidante, à Saint Junien. C’est dans la Haute Vienne, cette terre coincée entre le Massif Central et les vallons du Limousin que Thomas Lacelle a commencé le sport via l’athlétisme, ce qui lui permettra de développer une technique de course hors du commun, qui en faisait un des joueurs les plus véloces du rugby français.

Crédit photo Pierre Bras

Mais Saint Junien, ce chef lieu de canton, restera à jamais le point de départ d’une des passions de ce jeune homme attachant au sourire irrémédiablement vissé sur son visage : Le Rugby. Comme souvent avec Thomas Lacelle, chaque aventure commençait par de la franche camaraderie. Car après ses premiers pas dans le milieu du sport sur les pistes d’athlétisme, l’homme au casque arnaché sur son crâne débute le ballon ovale dans le club local, après avoir répondu à l’appel des copains. Saint Junien, c’était l’ADN de l’ex joueur de Brive, Vannes, Albi ou encore Aix en Provence.

Crédit photo Pierre Bras

Thomas Lacelle ne loupait jamais une occasion de rappeler son ancrage et sa filiation avec ce club qui avait le paradoxe d’être connu pour son Rugby rugueux à l’ancienne, mais qui avait su générer en « Toto », un des joueurs les plus racé de sa génération. Celui qui finira sa formation au CA Brive était un mirage dans cette ovalie moderne musculeuse, lui qui avait fait de sa morphologie longiligne et de ses capacités physiques hors normes une ode au rugby d’évitement. Doté d’un pied gauche aussi empli de puissance que de maestria, « Toto » était de ces artistes qui font virevolter les défenses et remplissent d’étoiles les yeux de ceux qui ont eu la chance de le voir évoluer .

Crédit photo Pierre Bras

Arnaud Méla son coach à Albi, était de ceux là, lui qui avait découvert en Corrèze ce joueur aux capacités différentes des autres. C’est lors du passage de ses diplômes d’entraîneur, que l’ex international s’était retrouvé à coacher cette génération Espoirs Reichel briviste , dans laquelle Thomas Lacelle était un des fers de lance. Grandement touché par le décès accidentel « de ce gosse » qu’il avait pris sous son aile, l’ex seconde ligne n’avait pas de mots assez forts pour imager son chagrin. Pour celui qui était allé récupérer la « fusée de Saint Junien » à Vannes, dès sa prise de fonction en tant que manager d’Albi (juin 2017), Thomas Lacelle était devenu plus qu’un joueur, mais bel et bien un petit frère et un ami.

Crédit photo Pierre Bras

Après son escapade bretonne, Thomas avait en toute logique rejoint son mentor corrézien pour relever le défi Tarnais : remonter en ProD2. Ces 2 saisons en jaune et noir seront une parenthèse enchantée pour l’homme de la haute Vienne, entrecoupée d’amères désillusions : les deux éliminations successives en demi finale d’accession face à Rouen. Sur les bords du Tarn, dans cette cité épiscopale qui l’adopta de façon aussi subite que ses fulgurances sur le terrain, le haut viennois passa un cap et marqua l’histoire récente du club Tarnais. Après un temps d’adaptation dans une équipe en reconstruction (suite à sa relégation de Pro D2), Thomas Lacelle fut une des étincelles qui fit naître l’aventure de la génération Méla.

Crédit photo Pierre Bras

Titulaire indiscutable du XV Albigeois à partir de janvier 2018, celui qui outre son sens du zigzag dans le trafic des défenses adverses, disposait d’un coup de tatane stratosphérique , enflamma le Stadium de ses chevauchées et de sa connexion intuitive avec son capitaine Romain Barthélémy, toujours prompt à décocher une transversale pour propulser « le dragster Lacelle » vers la terre promise. Mais c’est lors de sa seconde saison en terre albigeoise, que l’étalage de son talent fut à son firmament. Capable lors de relances endiablées d’enchaîner successivement des coups de pieds à suivre, Thomas a, à l’image de sa science de la prise d’espaces , dynamité les défenses de fédérale 1, lors d’une année 2018-2019 où il inscrivit la bagatelle de 16 essais.

Crédit photo Pierre Bras

Venu avec ses copains jaunes et noirs, Gaëtan Bertrand, Benjamin Caminati, Gianni Gaillard, Raph Poo Njike, Swan Cormenier ou encore Benoit Sevestre s’échouer en terre normande à Rouen, dans leur rêve collectif de Pro D2, lors d’une rencontre que Gilles Belzon, le Co-Pdt du RC Narbonne qualifiera, comme « la plus grosse escroquerie des 20 dernières années que j’ai vu à la télé « . Thomas Lacelle décida d’à nouveau relever le challenge de la Pro D2, mais ce coup-ci en terre provençale.

Crédit photo Pierre Bras

Cet exercice 2018-2019, dont l’épilogue renvoie à la polémique sur « l’arbitrage de Laurent Cardona », fut avant tout un chef d’œuvre Lacellien, tant le gamin de la Haute Vienne est devenu durant cette ultime saison albigeoise : un nom du rugby français. Alternant les plaisirs et les coups de génie menés tambours battants, on retiendra indéniablement deux essais évocateurs de sa grande classe.

Tout d’abord, au cœur de l’hiver 2019 dans une rencontre face à Bagnères de Bigorre, marquée par le sceau d’un contexte pesant (joueurs d’Albi vilipendés dans la presse par les propos diffamatoires d’un tenancier de mastroquet peu scrupuleux et ceux de Bagnères meurtris par la perte d’un des leurs lors … d’un accident de voiture.), Thomas Lacelle avait, avec panache, fait montre de l’entièreté de ses capacités de vitesse pure au Stade Cazeneuve, sous le regard d’un Pic du Midi sûrement médusé. Parti en chasse patates de son camp, sur un coup de pied d’occupation d’un de ses coéquipiers, la fusée Lacelle avait remonté l’ensemble de ses adversaires à la course, pour venir coiffer et chiper le cuir à un talon bigourdan bénéficiant au début de l’action de 30 mètres d’avance. Tout bonnement exceptionnel.

Crédit photo Pierre Bras

Rolland Bertranne, co-pdt des Stadistes, présent dans les tribunes, avait su apprécier cette action d’éclat, qui avait sûrement réveillé certains souvenir enfouis de la grande époque du « French Flair ». Mais le chef d’œuvre du Lacelle made in Black and Yellow, restera de façon immortelle son doublé face à d’autres stadistes, ceux de Dijon, lors du 1/4 de finale retour du trophée Jean Prat. Auteur tout d’abord d’un essai d’ailier d’école, Thomas Lacelle avait fait passer un frisson dans les tribunes Jo Mir du Stadium, quand à quelques secondes du terme du match, « Le Cheslin Kolbe Albigeois » avait littéralement déhanché la défense bourguignonne, et parachevé la qualification des siens.

Crédit photo Pierre Bras

Scruté par des clubs anglais, et un club de Top 14, « Toto » avait choisi sur les conseils d’Arnaud Méla, Provence Rugby et son manager Fabien Cibray, pour enfin s’imposer en Pro D2. Mais cet homme dont la fidélité était sans faille, n’oubliait jamais ses ex coéquipiers Tarnais. Écoutant à la radio , suivant à la tv la moindre de leurs aventures, Thomas Lacelle n’hésitait jamais à venir sur son temps libre les soutenir, comme en septembre 2020 à Nice, pour le match inaugural de la naissante Nationale. Comme à son habitude, ce chic type, tant en dehors que sur un terrain, avait salué l’ensemble des supporters et des médias locaux présents , les gratifiant pour la dernière fois en chair et en os, de son sourire rayonnant. Thomas Lacelle avant d’être un joueur de rugby au jeu si atypique voire marginal dans un sport qui fait une course effrénée à la puissance, était tout d’abord l’élégance d’un gentleman.

Crédit photo Pierre Bras

Arnaud Méla, qui communiquait fréquemment avec lui, se souvient surtout d’un homme droit et exemplaire, mais aussi d’un bon vivant qui aimait vivre sa vie à 100 mille à l’heure. Pour le manager du SCA, c’est sûrement la perte d’un joueur d’exception qui le chagrine le moins, car au delà de l’athlète, Thomas Lacelle était devenu un vrai ami. Le destin de ce printemps naissant où l’on revoit ressurgir les envolées des ailiers après avoir passé l’hiver au chaud derrière le pack, a voulu briser la courbe ascendante de cette comète. Comme souvent les étoiles brillent de milles éclats avant de s’éteindre, Thomas n’y a pas dérogé en gratifiant la Pro D2 d’une ultime apparition le 11 mars 2021.

Crédit photo Pierre Bras

Thomas Lacelle, l’homme des soirées de 3eme mi-temps enfiévrées et pleines de franche camaraderie , s’en est allé à 25 ans à l’aube d’une journée que sa disparition a glacé à jamais. Il laisse au détour d’une embardée fatale dans sa haute Vienne natale, une famille qui suivait avec passion toutes ses pérégrinations, dans une peine inconsolable. Nous ne verrons plus ses démarrages vif comme l’éclair, ni ne sentiront plus ses tapes affectueuses et bienveillantes sur l’épaule, mais une chose est sûre Thomas Lacelle a conquis éternellement durant ses deux années albigeoises, le cœur d’une ville qui en avait fait son idole. Artiste du rugby, funambule d’un sport qu’il aimait par dessus tout, Toto est parti sans prévenir au détour d’un ponton, tel un éclair.

Crédit photo Pierre Bras

Comme nous le stipulait Arnaud Méla, quelques minutes après cette terrible nouvelle qui est venu poser un voile noir sur le SCA: « Il aimait croquer dans la vie, faire la bringue avec les copains et partager avec les autres. . J’espère qu’il en a profité jusqu’à la dernière seconde. ». Hier soir, en amont d’un match de l’équipe de France, ton visage angélique est apparu sur les écrans du stade de France. Outre la peine de voir ton sourire éclairé l’enceinte dyonissienne, on fut beaucoup à penser que ton destin se trouvait sur la pelouse, et non dans ce ciel qui a vu passer une comète nommée Toto.

Adiou Champion, adieu l’ami.

Loïc Colombié

Un commentaire sur “#Hommage – Rugby / Thomas Lacelle : Itinéraire d’une comète.

  1. Merci Loîc pour ce magnifique article que tu n’aurais jamais voulu écrire. Des larmes ont dû te monter aux yeux en le rédigeant. La beauté de l’hommage que tu rends est en harmonie avec le talent de ce joueur qui était devenu au fil de ses performances mon « chouchou ». Même si on soutient toujours une équipe, on rêve secrètement lorsque l’on se rend au stade de voir briller du talent, une étoile. Pour reprendre tes mots, j’ai souvent quitté le stade les yeux remplis d’étoiles. Que l’étoile de Thomas scintille toujours au dessus de la pelouse d’Albi et inspire les Arrières du SCA .
    On est toujours reconnaissant aux personnes qui sont pour nous une source de Bonheur.
    Merci Thomas

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