#Rugby – Nationale / B.Trey (Blagnac) : «Cette division doit rester semi-pro et non pas pro à 100%!»

Nous sommes allés à la rencontre d’un habitué du #MagSport, Benoit Trey, le président des Caouecs du Blagnac, pour évoquer tant l’actualité sportive de son équipe , que les discussions des clubs de Nationale avec la FFR concernant cette division en pleine genèse. Fervent défenseur de la diversité sociologique de ce championnat, le dirigeant haut garonnais, nous a exposé ses visions pour l’avenir. Entretien avec un président qui est fier de voir ses gars exister sportivement au milieu des Narbonne , Bourg, Bourgoin , Massy , Albi et Consorts.

 

Crédit photo : Le #MagSport / Studios H2G

 

Comme chaque année, on promettait la misère à Blagnac, que ce soit en Fédérale 1 ou en Nationale et comme à chaque fois, vous sortez votre épingle du jeu puisque vous avez désormais réussi à sortir de la zone de relégation ? 

 

Oui, on va dire que l’on prouve que nous ne sommes pas là par hasard et que c’est le travail de plusieurs années qui porte ses fruits et qui paye. Nous étions convaincus que notre groupe, notre équipe et notre club pouvaient réagir après un début de saison difficile et compliqué avec un seul match gagné sur cinq, ce qui nous positionnait à la dernière place, en lanterne rouge. En plus, l’arrêt du championnat a fait que nous sommes restés derniers pendant deux mois et du coup, quand tout le monde regardait le classement, ils voyaient à chaque fois Blagnac en bas sauf qu’il n’y avait que 5 matchs. On n’est jamais sûr dans le rugby mais nous étions convaincus que nous n’avions pas montré tout ce que l’on savait faire et qu’on en avait encore dans le ventre. Le mois de Janvier que nous avons fait a prouvé que nous avions des ressources et qu’il fallait compter sur Blagnac. 

 

Avec une victoire contre Massy lors du redémarrage de la Nationale qui a été fondatrice ? 

 

Disons que l’on prend les matchs les uns après les autres et le premier gros défi était en effet la réception de Massy où nous avions potentiellement tout contre nous à savoir que nous pouvions peut-être affronter la reprise de ce championnat avec une spirale de défaites. Ça a été tout le contraire avec, je dirai, une remise en question à la fois des joueurs et du staff qui a permis de faire deux bons mois en Novembre et en Décembre afin de rattraper le retard et le rythme. En début de saison, nous avons été surpris par l’intensité de cette Nationale, bien que l’on savait qu’en resserrant le niveau, ça allait être relevé, mais on ne s’attendait pas un niveau aussi haut. On a été surpris par le rythme imposé par Dax et Suresnes notamment à domicile qui fait qu’en ayant démarré les entraînements début Août, nous étions en rodage quand les autres étaient  » en pleine bourre « . Je dirai que, pour le coup, ce mois de pause en Novembre a été salvateur pour nous et un bon mois d’entraînement en Décembre ont fait que nous avons pu rattraper le retard que nous pouvions avoir, notamment sur le rythme et sur l’intensité. Donc, avec ce bon mois de Janvier et bien que Février soit mitigé, nous sommes à notre place. 

 

Ce début de saison un peu cahin-caha est peut-être aussi dû au fait d’apprendre à emmagasiner ces longs déplacements qu’il y a en Nationale. En Fédérale 1, vous vous déplaciez dans des poules semi-régionales ou extra-régionales mais là, c’est à travers toute la France. Pour les pluriactifs que vous êtes, ce rythme de travail doit quand même être difficile à assimiler ? 

 

Ça l’est toujours. On va dire que nous avons un statut pluriactif / semi-professionnel c’est à dire qu’on ne s’entraîne que le soir. Nous avons rajouté un entraînement entre midi et deux, de la musculation, mais c’est toujours complexe d’appréhender la pluriactivité. Nous sommes l’un des seuls clubs à avoir 95% des joueurs qui ont une activité extra-sportive à côté donc, ça veut dire qu’il faut s’adapter et nous sommes toujours dans l’adaptation. Sur les déplacements, on calcule tout, on regarde le temps de récup, le nombre de kilomètres donc on est toujours, et on sera toujours, dans cette démarche où il faut s’adapter, trouver des compromis et être agile dans la récup, dans l’accompagnement, dans l’écoute de nos joueurs pour qu’ils réussissent le double projet car ce n’est pas anodin que d’allier vie de famille, vie professionnelle et vie de joueur de Nationale. 

 

Nous sommes revenus sur le début de saison de Blagnac et sur le redémarrage de la Nationale. Comme tu le dis, vous êtes revenus dans les 6 / 7 premières places, ce qui est un peu votre place naturelle depuis trois ou quatre saisons en Fédérale 1 où vous avez toujours terminé entre la 8e et la 4e place Nationale. Là, il y a eu un petit trou d’air en recevant Narbonne mais j’imagine que la marche était un peu trop haute quand on voit comment le RCN marche sur l’eau actuellement. Il y a ensuite eu ce match contre Aubenas qui a été haletant, un vrai match de Nationale où, à chaque seconde, une équipe pouvait prendre le pas sur l’autre ? 

 

C’est clair qu’on marque un peu le pas sur ces deux derniers matchs à domicile. On a reconnu la supériorité de l’équipe de Narbonne par rapport à la nôtre mais Aubenas, pour le coup, est une équipe qui est à notre niveau et qui nous ressemble. En prenant de la hauteur et du recul, c’est un superbe match de printemps comme on les aime : il y avait le beau temps, du soleil, du beau jeu et de belles envolées. Et puis, comme tout match de rugby, il y a parfois un match qui se renverse à la dernière seconde et malheureusement, ça n’a pas été en notre faveur. On aurait pu faire un bon coup comme on dit sur le classement mais ce n’est malheureusement pas le cas. Il n’y a pas péril en la demeure, tout va bien. 

 

Vu comment sont faits le calendrier et le championnat, il y a une petite chose incongrue. Vous avez joué ce match aller en retard le week-end dernier et vous jouez le match retour à Dugradu, sans public, ce dimanche. Il y a une revanche en perspective ? 

 

Hasard du calendrier (rires). Oui, revanche et puis, nos joueurs et notre staff ont à cœur de  » se racheter  » ou en tous cas de montrer que c’était peut-être un accident et que nous avons les ressources pour aller gagner à l’extérieur, comme nous l’avons d’ailleurs prouvé sur d’autres matchs. Nous sommes un groupe qui est capable de s’imposer presque partout en tous cas et donc, gros, gros match en perspective puisque c’est la revanche, revanche sur un double match ! Nous avons à cœurde nous rattraper mais il ne faut pas non plus se mettre sur les épaules une pression qui serait paralysante. L’idée, puisque nous avons maintenant la sérénité, est évidemment de continuer à travailler, continuer à s’adapter et à apprendre dans cette nouvelle division qui est fraîche en création mais qui tient toutes ses promesses. Nous avons aussi à cœur de déjà préparer la saison prochaine, de faire jouer des jeunes puisque nous sommes dans un véritable process de formation à Blagnac et on le prouve avec nos compositions d’équipe et le nombre de jeunes espoirs qui rejoignent le groupe régulièrement. Donc, nous allons profiter de ces bons matchs à venir pour préparer l’année prochaine. 

 

https://www.aristow.com/fr/

Ça, c’est le prisme sportif mais un président englobe tous les prismes y compris structurels et financiers. Et dans ce cadre-là, avec les autres présidents de Nationale, tu échanges beaucoup avec la Fédération Française de Rugby pour trouver un avenir à cette division mais aussi pour trouver des solutions aux problématiques du Coronavirus qui impacte toute la société. Où en est-on de toutes ces discussions entre la Fédé et les clubs de Nationale ? 

 

On mesure déjà la chance que l’on a de pouvoir jouer. A Blagnac, nous avons trois équipes : les espoirs nationaux, l’équipe une en Nationale et les filles en Elite. On mesure cette chance tous les jours et les joueurs et les joueuses le disent régulièrement par rapport aux autres licenciés du rugby français. Oui, on fait remonter un certain nombre de choses à la Fédération mais nous sommes quand même des privilégiés et nous avons une grosse pensée pour les joueurs et les joueuses du rugby français et notamment amateurs qui, malheureusement, sont enfermés à la maison et ne peuvent pas pratiquer leur passion. Les échanges sont constructifs parce-que nous sommes dans le fleuron, la vitrine, de la Fédération Française de Rugby. Cette division Nationale n’a pas encore de statut à proprement parler puisqu’on l’a lancée en deux mois cet été et donc, le statut est celui de la Fédérale 1. On sait maintenant que oui, nous sommes pluriactifs et semi-professionnels donc on réfléchit sur différents sujets avec la Fédération comme, en effet, créer un vrai cahier des charges et un vrai statut pour cette Nationale. 

 

Un vrai statut semi-pro ? 

 

Selon moi, elle doit rester semi-professionnelle et non pas pro à 100%. Pourquoi ? Parce-que la 3e division du rugby français masculin n’est pas à ce jour, et à mon sens, calibrée car nous n’avons pas de modèle économique stable, pas de droits TV ou très peu et autres. Nous ne sommes pas en mesure d’avoir 14 clubs avec 35 joueurs professionnels donc il faudra, et d’autres sports comme le handball le font très bien, faire allier des joueurs amateurs avec des joueurs professionnels parce-que c’est l’essence même du rugby que l’on aime aussi, des surprises avec des garçons qui ont des histoires à raconter avec des métiers à côté. C’est ce que l’on aime également et c’est l’esprit de cette Nationale où se côtoient des joueurs dont ce n’est pas le métier avec des joueurs par contre de haut niveau. Donc, on travaille, il est clair que nous avons des urgences à court terme puisque nous jouons à huis-clos. 

 

On a entre autres entendu parler d’un PGE à 0% pour aider les clubs dans leurs trésoreries suite aux pertes d’exploitation ? 

 

La Fédération nous propose en effet un prêt à taux 0. Nous avons par exemple un sujet qui de monter un dossier auprès du Ministère des Sports et de l’Etat pour faire comme l’ont fait les clubs de Top 14 et de Pro D2 et trouver des fonds liés à la perte de nos produits en lien avec le huis-clos, entre autres la billetterie et l’hospitalité. Puisqu’on prend quand même des risques financiers importants en choisissant de continuer notre championnat mais à huis-clos, on se passe de nombreux produits et la Fédération veille à ce qu’on ne se mette pas non plus dans le rouge écarlate en nous proposant des solutions comme celle-ci. A mon sens, il faut aller un petit peu plus loin, il faut que la Fédération puisse porter plus haut nos voix et notamment auprès de l’Etat puisque nous sommes maintenant considérés comme division ayant dérogation. Donc, pour ces raisons-là, nous sommes en capacité d’aller chercher des fonds comme les autres clubs et disciplines qui jouent à huis-clos. Ce sont des sujets à court terme importants et en même temps, lors de nos réunions avec la Fédé, nous, les 14 présidents, réfléchissons à des sujets plus lointains et sur du plus long terme comme un véritable statut du joueur semi-professionnel ainsi qu’un véritable cahier des charges et un véritable statut de cette Nationale avec, et j’insiste, l’idée quand même que nous ne sommes pas sur une poule d’accession comme il y a 5 ans mais sur une poule préparatoire. C’est une poule intermédiaire, une véritable division mais qui, encore une fois, doit garder cet état d’esprit à savoir le sportif d’abord, soit les meilleures équipes sportivement, suivi du financier et du structurel en second plan. A partir du moment où les 4 demi-finalistes et prétendants à la montée sont connus, il faut que l’on puisse  » passer au scanner  » pour voir la viabilité d’une montée en Pro D2. Mais l’état d’esprit d’abord et on va veiller à garder le sportif au premier plan ce qui veut dire que les deux meilleures équipes de Fédérale 1 qui se seront gagné le droit de monter pourront y participer. Il faudra bien sûr un cadre, comme toute participation à une division et à un championnat, il faudra rendre des comptes, comme on le fait d’ailleurs en Fédérale 1 et dans les autres divisions, mais sans se mettre un cahier des charges trop lourd qui ferait qu’on reviendrait à cette poule d’accession qui, finalement, n’a pas porté ses fruits et n’a clairement pas été réussie. Alors que là, l’esprit de la Nationale est d’en faire une division pérenne tout en gardant l’état d’esprit qui, pour l’instant, prouve que c’est une belle division et qu’on a bien fait de la créer. 

 

https://esalbi.com

Pour aller au fond du sujet, on connaît la sociologie de la Nationale avec des clubs pluriactifs comme Blagnac, des clubs semi-pros comme Cognac ou Suresnes où il y a encore un peu de pluriactifs et des clubs 100% pros comme Bourg, Albi et les autres. Comment arrive-t-on à faire transiger des tenants, des aboutissants et des attentes qui sont bien variés entre tous ces clubs pour en faire un socle commun à tous ? Ça doit quand même être compliqué dans ces réunions ? 

 

C’est justement tout l’intérêt d’échanger régulièrement entre nous. On l’a créée ensemble, avec la Fédération et c’est là qu’il faut quand même saluer l’esprit d’ouverture de cette dernière en disant «  on a créé cette division avec les clubs, entre dirigeants et présidents concernés « . Tout l’art de la pérennité de cette Nationale, et on le prouve encore régulièrement, réside dans le fait de pouvoir s’entendre entre nous sur un format et un fonctionnement. On l’a fait pour la suspension du championnat lors du 2e confinement, ça passe par des échanges avec des votes à la majorité car l’idée est de se plier à la majorité. Nous, par exemple, nous avions fait des propositions de modifications des règles du championnat, nous n’avons pas été suivis sur ce fait et, puisque nous nous sommes pliés à la majorité, nous avons accepté de suivre la poule unique et de repartir sur le championnat. C’est dans cet esprit constructif que l’on arrivera à garder et cet état d’esprit et cette division Nationale qui plaît quand même beaucoup, qui séduit un certain nombre de téléspectateurs à travers les lives des clubs. Donc, cela se fera en restant ouverts, constructifs et en échangeant régulièrement avec la Fédération. Même si c’était chouette de faire un séminaire annuel, il faudra garder des réunions mensuelles régulières en visio, puisqu’on sait maintenant tous le faire, avec les dirigeants de la Fédé et des autres clubs pour avancer sur des sujets de ce type. Et je trouve qu’il y a un vrai, bon état d’esprit entre les présidents et entre dirigeants de la Fédé, on avance, nous ne sommes pas toujours d’accord mais on avance bien pour l’intérêt de cette division et celui de nos clubs. 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://youtu.be/YykukaIi0OU

Le replay du « Le #MagSport by H2G » du 5 mars 2021

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