#Edito – Rugby / Fédérale 1: L’éternel casse-tête.

Il est peu de dire que les clubs de Fédérale 1 évoluent aujourd’hui dans un marasme total. Privés de compétition depuis le 19 Octobre, tributaires d’un couvre-feu à 18h qui obligent à repenser totalement les entraînements et, en plus du reste, contraints de reprendre en phase 3 à savoir sans contact, un comble pour un sport tel que le rugby, les joueurs comme les dirigeants sont loin d’être à la fête. 

Une grande majorité de ces clubs attendait beaucoup de la décision que devait rendre la Fédération Française de Rugby vendredi 12 Février. Il serait mentir que de dire qu’ils n’espéraient enfin une déclaration d’arrêt total de la saison. Pourtant, le patron du rugby amateur a opté pour un nouveau sursis au 26 Février avant de trancher dans le vif du sujet. On ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit de reculer pour mieux sauter car plus la reprise est retardée, plus elle sera difficile à mettre en place. Mais quoi qu’il en soit, la Fédérale 1 devra vivre dans l’incertitude encore quelques jours et ça commence à faire beaucoup. 

De plus, cette situation vraiment anxiogène voit naître des conflits au sein même de la division. Là où les clubs de Nationale ont la chance de pouvoir s’entendre à 14, ce n’est pas le cas dans une Fed 1 à 56 clubs, trop disparate pour entendre un son de cloche à l’unisson. 

Tentative de décryptage d’un problème dans le problème

Un climat perturbé

Il y a quelques mois de cela, suite à l’arrêt des championnats pour cause de pandémie et lors d’un vote collectif organisé par la FFR, la création de la Nationale a été décidée quasiment à l’unanimité. Le but était d’envoyer les clubs dit professionnels, ou en tous cas les plus gros budgets, dans une division à part afin de permettre plus d’homogénéité en Fédérale 1 où ¾ des clubs ne pouvaient plus rivaliser, que ce soient en termes de budgets, d’infrastructures, de conditions d’entraînement et de temps de récupération. Car oui, on a tendance à l’oublier ou à ne pas vouloir le voir mais, dans la première division fédérale, il reste encore énormément de joueurs pluriactifs. 

Vint donc le temps de Nationale, tout le monde était content et voici une saison 2020 / 2021 prête à commencer pour le plus grand bonheur de tous, de ceux qui souhaitaient accéder à l’antichambre de la Pro D2 à court ou moyen terme comme de ceux qui souhaitaient simplement bien figurer dans le nouveau championnat de Fédérale 1 avec des rêves de play-off dans un coin de la tête. 

Mais le Coronavirus et un nouveau coup confinement sont venus doucher les espoirs de tout ce petit monde. Et aujourd’hui, force est de constater que la tendance est plus à la dissension qu’à l’unisson. Si, accablés par les problèmes économiques et l’incessant casse-tête de savoir comment survivre sans recette et sans partenaires qui, victimes de la crise, retirent leurs billes un peu plus chaque jour, la grande majorité des présidents se prononcent pour la saison blanche, il reste dans cette Fédérale 1 remaniée des clubs qui ont fait de gros efforts pour acquérir un statut professionnel. Et pour ces derniers, la perspective d’une nouvelle saison morte est tout sauf une solution. 

Reprendre, ne pas reprendre, telle est la question

Parmi ces clubs, on trouve le Niort RC. Son président Gilbert Nasarre ainsi que l’entraîneur des ¾ Sébastien Morel, se sont exprimés dans les colonnes de Ouest France et, ça pique un peu comme on dit. 

« On espère vivre une fin de championnat digne de ce nom où l’équité sera préservée, déclare Gilbert Nasarre. En tout cas, on ne veut pas d’une saison blanche. ». Même analyse chez son entraîneur : « La situation est complexe mais à un moment donné il faut être honnête avec soi-même et avec les autres. On veut tous rejouer mais à quelles conditions ? Si certains ne veulent pas assumer le huis clos à la reprise et qu’ils le font savoir sur le tard, on fait comment ? Avant de retrouver les terrains, il faut clarifier un certain nombre de points. ».

Doit-on y voir une forme de reproche des gros à l’égard des petits, notamment à l’égard du huis-clos ? Pas impossible … Mais comment reprocher à un club de ne pas vouloir jouer à huis-clos ? En Fédérale 1, outre ce qu’on appelle « les petits partenaires », les clubs vivent grâce à la billetterie et aux buvettes générées par les rencontres, aux boutiques qui tournent le dimanche quand on veut tous être paré aux couleurs du club de son cœur. Il est là le principal modèle économique d’un club de F1 alors on n’imagine pas que des présidents puissent s’en passer. Pour ceux qui ont des joueurs sous contrats, ils peuvent bénéficier aujourd’hui du chômage partiel ce qui leur évite de tomber dans des comptes négatifs. Mais ceci n’aura qu’un temps et surtout, les pertes occasionnées ne se rattraperont pas. 

Oui, reprendre serait une nécessité et une bouffée d’oxygène sur les plans sportifs et sociaux. Mais financièrement, ce serait très certainement la mort de bon nombre de clubs. Si les propos des Niortais sont plein de bon sens dans leur logique de club, on ne peut cependant pas tuer 50 clubs pour 5 ou 6. On se rend alors compte de toute la complexité de la situation à laquelle doivent faire face les instances dirigeantes … 

 

La Nationale a-t-elle ouverte la boîte de Pandore ? 

Mais les responsables niortais vont plus loin : « Indépendamment de la décision de la FFR, ce que je regrette c’est que nous ne puissions pas faire valoir notre qualité de club professionnel. » enchaîne Gilbert Nasarre, le président du RC Niort. 

Professionnel, le « gros mot » est lancé. S’il y a une homogénéité sportive retrouvée en Fédérale 1, il est utopiste de croire qu’elle existe financièrement parlant. Des clubs ont des budgets conséquents, des centres de formation, un bassin qui permet un véritable vivier de joueurs tandis que d’autres ont « juste » l’amour du rugby et l’envie d’en découdre tous les dimanches, argent ou pas argent. Du coup, en ces temps de crise sans précédent mais surtout sans solution apparente, les disparités se font encore plus fortes et forcément, on s’interroge. 

Une des solutions envisagées par Sébastien Morel est encore plus cash. S’il aimerait voir, à l’instar de la Nationale, les tests PCR se démocratiser en Fédérale 1 pour permettre une reprise rapide, il se rend compte également de la difficulté de la chose : « Mais on sait bien que tout le monde ne pourra pas mettre ça en place, c’est compliqué. Après si on doit finir la saison entre clubs qui en ont les moyens, pourquoi pas… Qu’on nous le dise vite mais ça n’est pas la meilleure solution. ».

On a créé la Nationale pour rétablir l’équité mais cette dernière a soit décupler des ambitions déjà affirmées soit fait naître des vocations. Faut-il maintenant voter une sous-nationale pour les clubs comme Niort ? Et qu’est-ce que ce sera après ? Une sous sous-Nationale déclinable à l’infini ? Lors de chaque saison, des clubs pourront faire valoir qu’ils sont mieux organisés et plus riches que d’autres, c’est le monde du sport qui veut ça et non, ça n’est pas un scandale. Par contre, c’est un véritable casse-tête. 

Ne nous leurrons pas, il n’y aura jamais d’équilibre à moins de trancher dans le vif et d’édicter une règle simple : plus du tout de joueurs professionnels en Fédérale 1. 

Pluriactivité, la solution ? Oui, mais … 

Plusieurs coachs se sont exprimés dans le #MagSport pour prôner un retour à la pluriactivité en Fédérale 1 mais la vraie, celle où les mecs bossent la journée et viennent s’entraîner à la fois pour le plaisir mais aussi pour décrocher des victoires sur le terrain. Cela permettrait non seulement que tout le monde parte sur un pied d’égalité en termes de préparation physique mais cela soulagerait également les clubs au niveau de la gestion de la masse salariale. 

Est-ce que ça appauvrirait le niveau ? Certes non car aucune étude n’a encore prouvé qu’un joueur dit « professionnel » était meilleur qu’un joueur purement amateur. Seulement, ce dernier peut moins s’entraîner, bosse le lundi à 7h du matin au lieu de récupérer en cryothérapie ou à la piscine et ne peut s’entraîner que le soir, trois fois par semaine quand tout va bien et que le couvre-feu n’est pas décrété. Mais ôtons-nous ce préjugé de la tête, non, il n’est pas moins bon ! 

Donc, la pluriactivité totale est possible. Mais quid des étrangers qui sont légion dans les championnats amateurs depuis quelques années ? Il paraît difficile de les insérer dans la vie active avec, très souvent, la barrière de la langue et les difficultés d’intégration à un nouveau pays et à un nouveau mode de vie. Cela demanderait du temps pour arriver à les former, pour trouver les bons emplois correspondants à chaque personne et aujourd’hui, du temps, les entreprises n’en ont pas. 

Faut-il alors envisager une Fédérale 1 100% française, faisant la part belle à une formation si souvent réclamée mais encore peu appliquée ? Cela pourrait être une solution mais cela demandera aux clubs une notion de sacrifice car on ne forme pas comme ça, sur un claquement de doigt quand bien même ils compteraient un Antoine Dupont ou un Grégory Aldritt dans leurs rangs. Les présidents et dirigeants devront être prêts à moins de résultats très vite, à revoir leurs ambitions sur le long terme et non plus sur le court ou le moyen. En bref, ils devront apprendre la patience. 

Autant de paramètres qui nous font penser que la solution, pour peu qu’elle existe, n’est pas pour demain. 

Le rugby amateur, un véritable Rubik’s Cube

Vous connaissez le Rubik’s Cube, ce jeu avec des cubes de toutes les couleurs qu’il faut aligner en lignes et en colonnes ? Il a rendu fou un bon nombre de personnes. Et bien, c’est un peu pareil pour les championnats de Fédérales : c’est quasi impossible à aligner et ça rend fou. 

Pour Gilbert Nasarre, « Les instances vont devoir se pencher très vite sur une réorganisation de la Fédérale 1 ». Sauf qu’une réorganisation commence par une organisation et tant qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait au niveau de la F1, impossible de se projeter ni de trouver des solutions. Sans oublier que toute réorganisation va demander de nouvelles règles et que la Fédération Française s’appliquant à faire respecter la démocratie et la consultation à chaque décision importante, on risque plus de se retrouver au milieu d’une cacophonie qu’un concert au diapason. 

Bref, plus facile à dire qu’à faire au vu de toutes les variantes précédemment évoquées et surtout, impossibilité de créer l’unanimité. Car après la Fédérale 1, il y a la Fédérale 2, la 3, les séries … Comme dans tout système pyramidal, ce que vous faîtes en haut aura une incidence sur le bas. Et il y en aura toujours pour dire « oui, mais moi, je n’ai pas çi mais j’ai ça, moi je suis comme çi et pas comme ça ». 

On dit que l’exception confirme la règle mais dans le monde du rugby amateur, ne serait-ce pas plutôt la règle qui confirme l’exception ? 

Article rédigé par Stephanie M

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