#Foot – N2 / D.Santini (Béziers) « Les gens qui font ça ne comprennent rien au sport »

Si pour le moment le disette est de mise en championnat de National 2, cela pourrait peut-être changer dans les heures à venir. Leader de sa poule de N2, le coach de Béziers, Didier Santini prend une possible reprise avec des pincettes espérant pouvoir mieux s’y préparer que la reprise de la Coupe de France et souhaitant également que l’équité sera de mise.

Il est question d’éventualiser une reprise du championnat de National 2 les 27 et 28 février. Des dates très proches en cours de négociation par la FFF. Pour vous, est-ce que ça parait réaliste ?

Il y a tellement de donneurs de leçons et de gens qui disent des choses… Fin février, ça me parait compliqué. Maintenant quand je vois qu’ils ont annoncé dix jours avant aux équipes qu’ils allaient jouer la Coupe de France. Nous sommes tellement dans un monde de business qu’ils sont capables de tout. J’espère que l’on reprendra mais ce n’est pas un match que nous allons jouer, c’est un championnat ! Nous espérons donc pouvoir faire avant cela quelques rencontres. De notre côté, nous n’étions plus qualifiés en Coupe de France, ça fait donc quatre mois que nous n’avons pas joué. Quand vous reprenez un championnat après autant d’arrêts, vous avez plusieurs matchs amicaux de préparation qui permettent de faire tourner et de donner du temps de jeu. C’est compliqué. S’il faut y aller, nous irons. J’ai été assez gravement blessé dans ma carrières de footballeur professionnel pour me dire que l’intégrité physique des gens qui sont avec moi est importante. Je comprends que des clubs amateurs de Ligues Régionales aient déclaré forfait car on ne leur a laissé aucune chance de pouvoir s’entraîner et faire un match avant. Je trouve ça scandaleux.

Au vu du contexte, n’avez-vous pas un certain regret d’être sortis aussi tôt de la Coupe de France ?

C’est un match que je regrette depuis que je l’ai perdu. Après est-ce que c’était bien de jouer la Coupe ? Si nous avions été qualifiés, nous aurions su dix jours avant qu’on jouait et le lendemain si nous perdions nous n’avions plus de matchs. Nous aurions préféré être qualifiés, nous n’avions pas prévu d’être éliminés. Nous sommes tombés sur une équipe d’Onet qui a fait un bon match. C’était un bon match de foot et nous n’avons pas été à la hauteur alors qu’Onet a été vaillant quand il fallait. Je n’avais peut-être pas été bon étant plus focalisé sur le championnat que la Coupe. Je suis le style d’entraîner qui pense que l’on ne peut pas jouer tout en même temps. Ma causerie et mes discussions n’ont peut-être pas été bonnes.

Pour revenir sur la possibilité de reprise d’ici moins de deux semaines, est-ce que vous avez remis un coup de collier sur la préparation physique au cours des entraînements ?

Non au contraire, mes joueurs sont au repos pendant quelques jours. Depuis la fin du championnat le 13 octobre, nous avons pu nous entraîner deux-trois fois par semaines avec des exercices physiques à faire individuellement. Je trouvais donc que les joueurs rentraient dans une lassitude. Si demain j’avais un match de foot à jouer, nous n’étions pas prêts au combat car nous n’en pouvions plus. C’est compliqué de faire du sport sans objectif. Une personne lambda qui fait du sport se crée des objectifs : elle veut maigrir, elle veut prendre du muscle etc. Ils ont super bien bossés individuellement et aux entraînements. A un moment tu t’aperçois que la remise en question que l’on fait après chaque entraînement est différente. Depuis un an, j’ai appris beaucoup de choses en tant qu’entraîneur. Je cherche des choses pour parfois essayer de surprendre mes joueurs. Ce n’est pas évident. Aujourd’hui, nous sommes bien physiquement. Ils ont fait des tests, ils sont super biens. Maintenant je pense que nous n’avons aucun rythme pour jouer un match de 90 minutes. Lors des premiers matchs de préparation d’une saison, je ne fais jouer à mes joueurs que 45 minutes d’un match et sur ces 45 minutes, je leur demande d’avoir 20-25 minutes de niveau correct, pas 45. Aujourd’hui, nous avons 25-30 minutes de niveau correct sur 90 minutes et pourtant, nous avons fait des tests physiques meilleurs qu’au mois de juillet ! Vous pouvez faire les entraînements que vous voulez, si vous n’avez pas de rythme de match ça n’aider pas. Nous n’avons pas le droit de faire de matchs amicaux, pour moi c’est une aberration…

Pourquoi ça ?

Nous avons des contrats fédéraux en National 2 et je viens d’apprendre qu’un deal était mis pour permettre aux équipes régionales engagées en Coupe de France d’être considérées comme des pros et du coup de pouvoir s’entrainer après 18 heures. J’aurais tout entendu pour que les mecs jouent la Coupe de France. Quand j’en vois s’entraîner à 6 heures du matin, je dis bravo aux coachs, aux joueurs. C’est fantastique. Nous de notre côté, nous avons la chance d’avoir des contrats fédéraux donc nous pouvons nous entraîner la journée ! M’entraîner à 6 heures du mat, même quand j’étais pro, ça a du m’arriver une ou deux fois en stage de préparation (rires) mais l’entraîneur au bout de quelques temps, on le tue. Mais c’est génial les gens qui ont cherché des solutions. Mais on n’a pas été aidé du tout par nos instances. Je m’aperçois que la Coupe de France est plus importante que les championnats.

En cas de reprise annoncée, vous dites que vos joueurs ne sont pas prêts pour un match de 90 minutes… Comment ferez-vous ?

Je ne sais pas. On va attendre. Aujourd’hui, sans matchs amicaux, on ne peut pas préparer de match. Jouer entre nous, nous ne sommes pas assez pour le faire et ça donne jamais rien. Tous les joueurs se connaissent, ça n’a rien à voir, ça devient vite un jeu. Ils sont partis au repos, mais je les ai prévenu que demain je pouvais être amené à les appeler si jamais on devait jouer dans deux semaines. Ils sont tous d’accords. Tout le monde veut rejouer. Avant, par rapport au covid, je comprenais les arrêts. Maintenant on connait un peu plus la situation et j’ai l’impression que plus on connaît, moins on joue. A Béziers, nous sommes à un nombre incalculable de tests. Nous n’avons eu qu’un seul test positif d’un joueur de retour de vacances. Nous n’avons pas de vestiaires pour qu’ils ne soient pas dans un lieu confiné. La N2 est un championnat avec un nombre très importants de contrats fédéraux en sachant qu’un joueur a une carrière entre six et sept ans. Ça va faire deux ans qu’on leur interdit de jouer donc leur durée de vie passe à trois-cinq ans pour se montrer.

Cela risque donc de nuire à certains talents qui pourraient mourrir dans l’oeuf non ?

C’est indéniable que ça nuit. Avec tout ce qui se passe, dans les centres de formations, un joueur qui aurait pu signer pro, il ne va pas signer alors que six mois de plus et il pouvait devenir un top player. Nous l’année dernière nous avons fait signer six joueurs en Ligue 1/ Ligue 2 et dans des clubs étrangers professionnels. On fournit autant de joueurs que les centres de formations. Quand je vois que moi je n’ai pas le droit de faire de matchs amicaux alors que Nantes et Angers qui sont dans ma poule ont le droit. C’est une aberration. Les gens qui font ça ne comprennent rien au sport. Que les clubs régionaux ne puissent pas je comprends. Ils ne sont pas pro, et travaillent la journée. Moi mon équipe, à 90%, ils ne travaillent pas la journée.

Effectivement c’est l’une des problématiques de ce championnat de N2, Colomiers par exemple est l’une des rares formations avec très peu de contrats fédéraux…

Je le sais très bien. Colomiers, j’ai joué contre eux et c’est une très belle équipe. A un moment quand nous avons arrêté au mois d’octobre, j’étais d’accord pour cet arrêt pour que l’on puisse voir un peu la situation. Après, il fallait donner une dérogation à Colomiers pour qu’ils puissent s’entraîner le soir. Je ne veux pas jouer contre eux s’ils ne s’entraînent pas, ça serait un scandale. Tout le monde doit être logé à la même enseigne. Pour moi, c’est une aberration de voir des présidents qui criaient au scandale et voulaient faire continuer le championnat et aujourd’hui, comme ils sont derniers, il faut faire une saison blanche. Aujourd’hui, je dis qu’avec neuf matchs, on ne peut pas monter. Mais bon la saison dernières, des mecs sont montés alors qu’on aurait joué une journée de plus ils ne seraient pas montés. A un moment, il faut se mettre à la place de tout le monde. Je me mets à la place des derniers qui veulent se sauver, même si pour certains c’est presque impossible alors que pour d’autres, il suffirait de gagner un match pour se sauver. La Coupe de France a été un bon test pour prouver que l’on pouvait jouer. Si tout le monde fait ce qu’il faut avec des tests ça sera bon. Mes joueurs sont tous partis pour quelques jours, à leur retour, ils viendront avec un test. Pendant cinq-six jours je ne les aurais pas vus. On leur a demandé de faire attention mais ils feront un test de suite. Il faut apprendre à vivre avec.

Avec quatre mois de retards, comment le championnat pourrait il arriver à son terme en cas de reprise sans jouer tous les trois jours ?

Ils nous ont fait ça en début de saison avec des matchs en semaine. Ils en sont capables. En National, vous vous déplacez en bus et n’avez pas de staff médical, c’est le top de jouer tous les trois jours (rires). Je m’aperçois que les mecs ne comprennent rien au football amateur et n’en ont rien à foutre. Il faut des gens un peu plus compétents et qui connaissent le monde amateur. Même si j’ai été pro toute ma vie, c’est le monde amateur qui m’a fait et il faut le respecter et respecter les clubs de National 1, 2 et 3 qui donnent beaucoup de joueurs professionnels et internationaux comme Giroud qui est international aujourd’hui et a joué en National 1. Avec très peu de moyens, des clubs en-dessous ont fait autant, si ce n’est plus d’efforts, que tous les clubs pro réunis. Tous les jours vous avez des joueurs qui partent ailleurs avec cette situation. J’ai mon attaquant qui est parti à Orléans car il ne pouvait pas jouer avec nous. Personne ne voulait de lui, je le prends et le relance. C’est un super mec et et un super joueur. Des mecs le veulent, même si je joues une montée, je ne peux pas l’empêcher de partir. Si je le faisais sans pouvoir jouer, dans six mois peut-être que personne ne le voudra et ça sera fini pour lui. Mon président a été assez intelligent pour le laisser partir. J’aurais voulu le garder c’est logique. Vous êtes entraineur, vous voulez garder vos meilleurs joueurs mais à un moment il faut être intelligent et penser à l’être humain et à sa carrière.

Propos recueillis par N.Portillo

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s