#Rugby – Nationale / F.Guionnet (Massy) : «On a l’ambition de monter en Pro D2,mais on ne mourra pas si on doit rester en Nationale!»

Le président du RCME, François Guionnet, nous a accordé un entretien « grand format » et nous a dressé un premier bilan de mi- saison. Pour ce cantalou originaire d’Aurillac, il n’est pas l’heure de s’inquiéter pour le devenir du RC Massy. Le club a des fondations solides tant dans sa structuration que par le biais de sa formation, et compte bien remonter en Pro D2 à court ou moyen terme. Mais pour ce haut dirigeant du Groupe Renault, rompu aux stratégies à grande échelle, une non accession à l’étage supérieure ne serait pas vécue comme un drame. Un François Guionnet en outre, très attentif sur le sujet de l’auto -diffusion des matchs, se réjouissant de voir le championnat de poursuivre tout en préservant le lien avec les supporters. Mais le président Massicois, qui se réunira de façon informelle mercredi avec l’ensemble des autres clubs, espère ardemment un soutien de l’état concernant les pertes engendrées par le huis clos. Entretien avec une figure du rugby dans l’Essonne, dont la voix et les analyses sont très prisées du microcosme des présidents de Nationale .

François Guionnet, avec Albi et Nice, vous avez été de ces clubs qui, malgré le confinement, voulaient continuer à huis-clos. Quelques mois après, le destin vous a donné raison puisque le championnat a repris mais malgré tout à huis-clos ? 
Il y a des moments où l’on est ni très fiers ni très contents d’avoir eu raison. Mais, comme tout le monde, on écoutait la radio et la télévision et on se doutait que l’avenir ne serait pas totalement rose tant que les vaccins n’ont pas permis d’avoir un seuil pour la population. On est reparti à huis-clos, on dira que c’est mieux que rien et que c’est mieux que de ne pas jouer. Mais dans le fait de redémarrer à huis-clos, même si c’est très dommage pour nos partenaires, supporters et aussi nos joueurs qui préfèrent jouer dans des stades pleins avec du public, à toute chose malheur est bon et on dit que dans toute crise, on peut trouver des opportunités. Finalement, tous les clubs de Nationale ont découvert les joies de la retransmission par internet petit à petit, en découvrant des outils, des systèmes et des fonctionnements de régie qui permettent de mettre aussi des partenaires à l’honneur et de faire suivre les matchs aux spectateurs. Ce n’est bien sûr pas une solution qui nous convienne, ce n’est pas quelque chose dont l’on souhaite que ça dure. Mais entre ça qui nous permet de continuer notre activité et de communiquer avec nos supporters, de remercier nos partenaires et de montrer du jeu et ne pas jouer, on préfère clairement jouer à huis-clos. 
Concernant le huis-clos, il n’y a pas de billetterie qui est une ressource assez importante des clubs de rugby amateur, semi-professionnels et professionnels. Est-ce que, comme en Top 14 et en Pro D2, vous avez des aides de l’Etat qui vous permettent, pour l’instant, de compenser cette perte de billetterie ? 
Non, à aujourd’hui, nous n’avons pas d’aide pour compenser ces pertes. Nous avons bien sûr pu bénéficier des aides de l’Etat sur tout ce qui est chômage partiel, comme toute entreprise en France mais nous n’avons pas d’aide spécifique liée à la perte de billetterie. 
Il y a eu des demandes qui ont été faites pour voir ce que répondaient les pouvoirs publics ? 
Je ne sais pas, je crois qu’ils se sont un peu exprimés au niveau de la Fédération mais je pense que les aides ont plutôt été accordées auprès de la Ligue pour une raison qui me semble simple. Effectivement, les pertes de public côté Ligue sont peut-être beaucoup plus importantes que les pertes côté Nationale et peut-être que nous n’avons pas encore été entendus. Je sais que l’on continue à discuter et à demander en espérant qu’un jour, nous serons écoutés. 
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Dans les milieux informés, il se dit qu’il y aurait bientôt une réunion des clubs de Nationale pour justement entre autres de ce sujet. C’est une vérité et une réflexion qu’ont l’ensemble des clubs ? 
Oui, les clubs de Nationale ont la chance d’avoir des dirigeants qui s’apprécient et qui échangent beaucoup. Donc oui, on échange, on discute souvent, parfois, c’est organisé et parfois, ça l’est un petit peu moins, souvent, c’est avec la Fédé, parfois, c’est entre nous. Je crois qu’en ces temps de crise, c’est bien que les gens se parlent. 
Il y a aussi un sujet sur lequel vous, les présidents de Nationale, avez avancé en pack, c’est sur celui des retransmissions, que vous avez un peu évoqué. Après deux journées, quel constat tirez-vous de ces retransmissions TV ? 
Déjà, la crise a permis à chaque club de découvrir qu’ils avaient les moyens en interne de le faire, soit avec les moyens du bord soit avec des diffuseurs comme vous, vous l’avez fait avec Albi, comme on l’a vu à Blagnac qui avait une organisation professionnelle pour montrer la rencontre ou alors comme on le fait à Massy ou à Dijon en utilisant des moyens de retransmission un peu  » basiques « . Tous les clubs sont en train de découvrir, c’est la 2e fois aujourd’hui que nous allons diffuser et nous nous améliorons, nous aurons un commentateur, Julien Maréchal, qui est un ancien 2e ligne du club passé notamment Aurillac et d’autres clubs, qui va venir s’essayer aux commentaires. Je crois que tous les clubs font des tests et des essais, ce n’est bien sûr pas ce que nous souhaitons voir perdurer en mode unique de retransmission mais je dirai que, dans une période où nous n’avons pas d’autres choix, ça permet de garder le lien avec les supporters et nos partenaires. Et puis, c’est vrai que je suis persuadé que les joueurs, dans leur for intérieur, doivent être plus contents de voir qu’ils jouent devant presque 2 800 spectateurs comme nous avons eu la semaine dernière. Quand on est joueur, il est plus agréable de penser qu’il y a quelques milliers de personnes qui vous regardent sur internet plutôt que de savoir que vous jouez à huis-clos et que vous êtes regardés par trois dirigeants de chaque équipe. 
Je faisais partie de ceux qui vous regardaient et j’ai une question un peu décalée : c’est une nouvelle tactique de Massy de s’adapter au climat de l’adversaire avec, par exemple, la neige pour les Bigourdans de Tarbes ? 
Je suis originaire d’Aurillac et j’ai toujours eu une grande nostalgie pour le stade Jean Alric et chaque fois que je peux mettre l’équipe dans des conditions qui me rappellent mon enfance, ça me fait plaisir (rires). 
Là, c’était réussi
Blague à part, c’est vrai que nous avons été très surpris et un petit peu déçus parce-que, si vous suivez un peu Massy, nous avons vraiment un jeu de printemps, c’est à dire que l’on essaye de beaucoup jouer. Et quand nous avons vu la neige tomber à gros flocons et recouvrir le terrain juste avant le match, alors qu’il n’y avait pas eu de neige depuis des années, nous avons eu affaire aux services de la ville qui ont déneigé, nous avons pellé. Il est vrai que ce n’est pas l’exercice auquel nous sommes le plus habitués en Essonne. 
C’était un match qui était déjà capital puisqu’il y avait eu une désillusion à Blagnac alors que vous y étiez allés pour faire un coup et vous êtes passés à côté. Il fallait à tout prix gagner  » à la piaule  » ? 
Dans ce championnat de Nationale, c’est toujours bien de gagner chez soi. Nous avions déjà perdu de peu un match à domicile contre Nice, nous avons fait quelques matchs à l’extérieur où l’on pensait bien repartir avec les 4 points et finalement, ça ne s’est pas passé comme on le souhaitait. Il est clair que ce sont des matchs qu’il faut que l’on gagne mais dans ce championnat, tous les matchs sont capitaux, ceux que l’on a gagnés, ceux que l’on va gagner et ceux que l’on a perdus et qu’il ne fallait pas perdre. Mais je ne fais pas partie des présidents qui mettent une pression insurmontable à son groupe de joueurs et à ses entraîneurs. Massy est un club qui est solide et qui a l’ambition de monter en Pro D2 mais Massy ne mourra pas si on doit rester en Nationale une saison de plus. Nous avons une ambition, nous essayons de maintenir une sérénité à tous les niveaux du club. C’est vrai que nous aimons bien gagner, comme toutes les équipes de rugby, mais ce n’est pas la victoire ou la mort. 
Même si vous ne l’avez pas crié haut et fort à Massy, comme vous le dîtes, tous les suiveurs vous avaient placé un peu plus haut. Est-ce qu’on peut parler pour l’instant de demi-échec avec ce début de saison ou vous attendiez-vous à quelque chose de compliqué cette année ? 
On s’attendait à quelque chose de compliqué parce-que nous étions la saison dernière dans une poule dont 4 équipes sont cette année en Nationale, Dijon, Chambéry et Suresnes qui, comme l’an dernier, font une belle saison cette année. On suivait aussi les autres poules, Albi, Bourg-en-Bresse bien sûr, Bourgoin et d’autres et nous savions que ce serait un championnat relevé et très serré. Depuis le début de l’année, nous avons des résultats qui ne sont pas au niveau de nos ambitions mais vous savez, Massy est un club qui garde la tête froide. Il y a un peu plus de 20 ans, nous étions champions de France mais en Fédérale 3. Donc, nous progressons doucement, nous avons ensuite fait la Fédérale 2 et la Fédérale 1, la poule Elite, trois saisons en Pro D2. Nous construisons le club le plus patiemment possible en fonction de ce que nous autorise la situation économique, notre ambition est toujours d’aller en Pro D2 mais nous n’avons pas forcément une dead-line ou un impératif qui mettraient une pression qui ne serait pas forcément positive sur le groupe. On vient là pour jouer au rugby, intégrer beaucoup de jeunes dans l’équipe première, gagner le plus de matchs possibles et si nous avons une génération capable d’aller jouer en Pro D2, nous serons ravis d’y aller et notre ambition est toujours d’y rester. Pourquoi ? Ce n’est pas par prétention, c’est parce-que nous avons une formule à Massy qui est beaucoup basée sur la formation des jeunes et l’éducation. 
Est-ce qu’on peut dire qu’à la différence de certains clubs où certains bas de laine sont financiers, le bas de laine de Massy, c’est la formation ? 
Ça en fait partie. Je ne vais pas vous dire qu’il n’y a pas de bas de laine financier parce qu’il y en a un petit peu aussi. Nous avons une structure de club qui nous permet de répondre à toutes les demandes et à toutes les exigences du monde professionnel mais nous avons une logique de formation. Les équipes jeunes sont aussi dans les championnats nationaux en Crabos, qui sont en tête de leurs poules en Gaudermen et en Alamercery, l’équipe qui a gagné le challenge de France, qui est le championnat de France minimes pour les anciens, il y a deux ans en allant gagner sur les terrains du Stade Toulousain et les finales. Si on arrive à proposer un avenir en Pro D2 à tous ces jeunes, il est clair que nous allons les garder un peu plus longtemps même si, je ne rêve pas, des Delbouis, des Etien, des Bastareaud, on ne les gardera pas plusieurs saisons. Mais s’ils vont jusqu’à jouer une, deux ou trois saisons  avec nous en Pro D2 pour s’aguerrir avant de partir sur des clubs de haut de tableau ou de Top 14, c’est la réalisation de l’ambition de Massy. Et c’est vrai que malheureusement, si on propose à ces jeunes un avenir en Fédérale 1 ou en Nationale, certes, on en gardera mais on en gardera moins. Donc, c’est une ambition et une position d’équilibre basées sur la formation et un mix entre la formation des jeunes et quelques joueurs cadres qui est un peu le modèle que l’on essaie de développer à Massy pour une accession en Pro D2. Mais, encore une fois, on aime bien gagner mais ce n’est pas la victoire ou la mort. 
On voit qu’il risque d’y avoir un nouveau confinement ou de nouveaux tours de vis sanitaires. Quel est le risque pour la Nationale et pour Massy s’il y avait un reconfinement et un nouveau stop du championnat ? 
On ne l’espère pas, on espère de tout coeur que nous allons pouvoir continuer et que les mesures mises en place, avec notamment le fait de rentrer chez soi à 18h, vont permettre de contenir ce fameux virus. On espère également que l’on va pouvoir petit à petit accélérer les vaccinations de manière à pouvoir arriver au fameux seuil. Mais après, il est clair qu’il y a toujours un risque, c’est l’une des raisons pour laquelle avec certains clubs, nous avions souhaité basculer la fin de championnat avec deux poules de 7, ce qui nous aurait permis de garder suffisamment de dates libres pour amener un championnat au bout et quand même faire des phases finales. 

Ce que les initiés avaient appelé  » la proposition blagnacaise  » 
Oui, c’est ça. Je trouvais que c’était une idée intéressante mais malheureusement, nous n’avons pas été majoritaires dans la décision Donc, naturellement, on se plie à la majorité. Et nous trouvons que, compte-tenu des contraintes, la proposition qui a été faite par la FFR de ce nouveau championnat, la journée de rattrapage, des journées libres et autres, est, à mon avis, la plus intelligente possible au vu des contraintes qu’il y avait au départ si on décidait de ne pas passer par la formule des deux poules. A partir de ce moment-là, on a pris un peu le pari que le championnat ne s’arrêterait plus, on ne va pas maintenant essayer de penser à autre chose. Donc, on va espérer que le championnat ne s’arrête pas et ensuite, on fera comme d’habitude, on traitera les difficultés au fur et à mesure qu’elles se présentent. 
Dans tous les cas, une chose est sûre : aujourd’hui, il y a match face à Chambéry. Quel va être le mot d’ordre du président ? 
Il n’y a pas de mot d’ordre du président, avec les joueurs, ce sont les coachs qui s’en chargent et je leur fais toute confiance pour trouver les mots et savoir motiver des joueurs. Le groupe vit bien, après un démarrage de saison difficile car, comme Albi, on sortait quand même d’un mal assez profond du fait qu’on nous ait refusé la montée au niveau de la LNR. De plus, 90% de nos joueurs ont été touchés par le virus sur la deuxième partie de l’année 2020, les résultats ne se sont pas vraiment enchaînés comme on le voulait donc, ça été une période assez compliquée mais nous sommes restés soudés et solidaires. Depuis un match amical contre Dijon au mois de Décembre qui a montré de belles valeurs dans des conditions un peu compliquées, on est passé pas loin de ce qu’on aurait dû et voulu faire à Blagnac, nous avons raté la fin de match, ce sont des choses qui arrivent. Je suis vraiment très, très content de la réaction de mes joueurs contre Tarbes dans des conditions dantesques avec un jeu qui, au départ, aurait pu paraître forcément limité. On a envoyé du jeu, on a mis un essai d’ailier, on a fait beaucoup de progrès sur le jeu d’avants, mêlées, ballons portés et autres . Tout n’est pas parfait mais nous avons beaucoup de raisons d’espérer et en tous cas, au niveau de l’ensemble du club, nous avons aujourd’hui beaucoup de sérénité. On va avancer match après match, pas après pas, attaque après attaque, défense après défense et puis, nous allons essayer de gagner le plus de matchs possibles pour accrocher la 4e place.Après, si nous sommes 4es, tout peut arriver pendant les phases finales. 
 Je rebondis sur l’un de vos propos, celui d’avoir été meurtris par le fait de ne pas monter en Pro D2. Vous l’avez dit avec un peu plus de pudeur qu’Albi qui s’est exprimé avec, on va dire, un peu plus d’exubérance sudiste mais on a l’impression que la meurtrissure de ne pas avoir pu accéder à la Pro D2 est la même à Albi ou à Massy ? 
Ce qui est sûr, c’est que ça ne nous a pas fait plaisir. Nous étions 1er et 2e au classement national qui existait, la FFR nous avait confirmé 1er et 2e de ce classement national. Nous avons sonné à la porte de la Pro D2 avec un bouquet de fleurs parce-que nous pensions être invités et on ne nous a pas ouvert. Donc, c’est vrai que dans ces cas-là, nous sommes rentrés chez nous un petit peu déçus (rires). Ce temps de la déception est pour nous terminé, dire que l’on a oublié est excessif mais le temps de la déception est terminé. Maintenant, nous allons aller sur le terrain pour montrer cette saison, la saison prochaine, que cette Pro D2 reste notre cible. Et que dans l’avenir, ça soit une Pro D2 à 16 clubs ou que ce soit deux poules de 12 ou quel que soit le format de ce championnat qui, de toute façon, sera amené à évoluer, nous sommes toujours aussi motivés pour faire partie de ce groupe du rugby français. 
Propos recueillis par Loïc Colombié

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