#Rugby-Nationale / Un homme un match : SCA vs CSBJ (Patrice Serres): « Contre Bourgoin, j’ai un souvenir énorme de ce match-là. »

En marge du match Bourgoin – Albi de ce samedi 23 janvier 2021, nous avons retrouvé le longiligne ailier du SCA des années fastes du TOP14, Patrice Serres. 14 ans après il se rappelle de ce match du 30/08/2006 où les Albigeois devaient confirmer face aux Berjalliens le succès inaugural face à Bayonne (24-12). Lors de cette rencontre, qui lui est restée bien ancrée dans sa mémoire, Patrice Serres avait « enquillé » deux essais. Entretien avec un homme travailleur, discret mais très professionnel dans toutes ses interventions, que ce soit sur les terrains ou dans la vie.

Crédit Photo site des amis et supporters du SCA

Pour notre rubrique  » Un homme, Un match  » pour cette saison 2002 / 2021. Dans le cadre de cet Bourgoin / Albi, quoi de mieux qu’un ancien pensionnaire de Top 14 pour nous parler du premier SCA / CSBJ en Top 14, le 30 Août 2006 ? Patrice Serres, bonjour

 

Bonjour Didier et merci de me donner la parole.

 

Je suppose que 14 ans après, il y a encore quelques souvenirs surtout que cette montée était déjà historique pour le club d’Albi. Ce match contre Bourgoin était la 3e levée de championnat 2006 / 2007, comment l’avez-vous abordé après un premier match gagné contre Bayonne ? 

 

En effet, c’était le 3e match, nous avions déjà gagné Bayonne à la maison, ce qui avait été une bonne entrée en matière dans ce Top 14. Ce sont de supers souvenirs, déjà parce-que nous étions tous un peu nouveau dans ce Top 14. Nous étions montés ensemble avec cette équipe et ce qui était bien, c’est que l’on se connaissait bien et que l’on savait où on pouvait aller. Il me semble que, lors de la 2e journée, nous étions allés à Toulouse et le groupe avait un peu tourné. 

 

C’était une défaite 23 à 0

 

Oui, nous avions perdu là-bas mais dans mes souvenirs, nous avions quand même fait un match correct. On s’était accroché, le groupe avait tourné puis, il y a eu le match contre Bourgoin qui, à l’époque, était l’une des grosses équipes du championnat puisqu’ils arrivaient souvent en phases finales. On savait que ce serait un match dur, d’ailleurs, il y avait Bonnaire, Boyer, plusieurs internationaux dans cette équipe de Bourgoin. 

 

Exactement, il y avait aussi Olivier Milloud, Julien Pierre

 

Oui donc, nous savions que ça allait être un gros match. C’est déjà lointain mais, dans mes souvenirs, nous nous étions dit qu’il fallait être présents devant parce qu’ils avaient une grosse conquête et qu’ils allaient souvent gagner chez les petits. C’était des équipes qui savaient gagner contre les petits et nous, nous faisions partie des petits du championnat. Et c’était une équipe qui avait l’objectif d’atteindre encore les phases finales. 

 

En parlant de gros et de devant, vous aviez fait le boulot quasiment en 1ère mi-temps puisque le score final est de 21 à 18 alors qu’à la mi-temps, vous meniez 18 -0. 

 

Il n’y avait eu que des pénalités, on n’avait pas marqué un essai. Dédé Hough avait passé des pénalités de 50 mètres et même de plus loin, je crois qu’il avait pratiquement fait du 100% et notamment en première mi-temps. C’est vrai qu’après, nous avions passé notre temps à défendre. 

 

Qu’est-ce qu’il se passe à la mi-temps ? Éric a sûrement dû vous rassembler pour vous dire que ce n’était pas gagné car vous n’aviez pas l’expérience du Top 14, puisque vous n’en étiez qu’au 3e match

 

Oui, nous n’avions pas d’expérience, ni les joueurs, ni le staff. A cette époque, il n’y avait pas beaucoup de joueurs qui avaient connu soit le Top 14 soit le Top 16, qui avait existé peu de temps avant. Donc, ça manquait d’expérience mais, à la mi-temps, nous étions quand même sereins parce-que, menant 18-0, on sentait que nous avions le match en main, nous étions bien rentrés dedans. Et puis, nous avions Dédé qui était en forme puisqu’il mettait des pénalités de tous les coins du terrain mais par contre, nous savions qu’il y allait avoir une réaction de Bourgoin. Et ça a eu lieu puisqu’en seconde période, on marque très peu de points. Je me rappelle de la dernière action du match où ils tentent de repartir de leur camp, ils sont dans leurs 50 mètres et je crois que ça finit sur un en-avant d’un Berjallien.

 

Quand on est sur le terrain et qu’on mène 18-0, qu’ils reviennent grâce à deux essais et qu’on se retrouve à 21-18, comment ça se passe dans les têtes ? Vous vous resserrez, vous vous parlez ? 

 

De toute façon, on savait que cette année serait très dure et qu’à chaque fois, ça se jouerait de pas grand-chose. Après, nous avions quand même un groupe qui avait vécu des choses énormes ensemble, on savait ce que l’on valait au niveau du mental et qu’on était capable de gagner des matches accrochés. Nous avons beaucoup gagné de matches qui étaient accrochés en Pro D2, nous avions joué les phases finales l’année d’avant donc ces matches couperets, surtout à la maison, c’était comme des phases finales. On savait jouer ces matches-là et on savait faire déjouer les équipes en face. On savait également que l’on était capable de tenir les scores. C’est vrai que, quand ils reviennent à deux essais et très proches de nous, on se disait que ça allait être dur mais je n’ai pas le souvenir que, dans ce match, nous ayons réellement eu la peur de perdre. Il me semble que l’on a quand même la maîtrise de tenir ce score. 

 

Le public avait peut-être joué un rôle à ce moment-là avec un fort engouement ? 

 

Il est sûr que là, l’engouement était énorme et que le public était le 16e homme. Déjà contre Bayonne, il y avait eu énormément de monde, ça avait lancé la saison et, contre Bourgoin, j’ai un souvenir énorme de ce match-là. En début de Top 14, en plus, ça devait être fin Août ou début Septembre, il faisait bon, le stade était plein et le public était derrière nous. Mais, dans ces années-là, le public a toujours été derrière nous, on n’a jamais eu à se plaindre de notre public, dans les bons comme dans les mauvais moments. Même quand ça a été dur dans ces périodes-là, il a toujours été derrière nous et c’est vrai que c’est important pour des clubs ou des villes qui montent, comme nous à l’époque d’avoir un public comme on a eu. 

 

Dans ton poste d’ailier, on aime avoir des ballons pour marquer. Lors du premier match contre Bayonne, tu marques deux essais et contre Bourgoin, tu n’as pas été trop frustré de ne pas avoir de ballon ? 

 

Ce qui comptait réellement, même si on le dit souvent, c’était les victoires. Moi, en tant qu’ailier, je savais qu’il fallait prendre les occasions quand elles se présentaient pour marquer mais que je ne finirai pas meilleur marqueur d’essais et que ça se jouerait sur l’envie de défendre, l’envie d’aider l’équipe. On était surtout content quand ça gagnait. Quand je marquais, c’est parce-que nous, les ailiers, nous sommes aussi là pour ça mais c’était anecdotique. Je pense que, ce qui nous importait vraiment à tous, et c’est aussi pour cela que l’on a réussi à se maintenir et à aller loin, c’est que chacun travaillait pour le groupe. Il y avait un fort esprit de groupe dans cette équipe, c’est le souvenir que j’ai et celui, je pense, que l’on garde tous. C’était ce qui nous faisait avancer plus que les individualités et pourtant, il y en a eu des individualités qui sont sorties de ce groupe. Il n’y a qu’à voir Arnaud, l’entraîneur d’Albi, qui est sorti de ce groupe et qui a été international, il y a aussi Pierre Correia et plein d’autres qui sont allés jouer dans de grosses équipes. Mais c’est vrai que là, c’était vraiment l’esprit de groupe qui était mis en avant, également parce-que nous avions un manager comme Éric Béchu ou Daniel Blach qui poussaient vers ça. Cet esprit de groupe, cette envie de se faire mal les uns pour les autres, on n’aurait pas survécu sans. Ce ne sont pas les individualités qui nous faisaient gagner les matches, c’était le groupe et nous étions tous conscients de cela. 

 

https://www.chez-pepone.com/?gclid=EAIaIQobChMI0LGY8d-d7gIVjdnVCh2EIw8XEAAYASAAEgKdNvD_BwE

D’ailleurs, pour parler de cet esprit de groupe, Éric vous l’avait vraiment inculqué lors des années auparavant ? 

 

Oui, c’était vraiment lui le leader de tout cela, avec Daniel. Même si après, la technique rentrait quand même en compte, ses discours étaient beaucoup axés sur cette vie de groupe. Éric était capable de nous faire croire que nous étions capables de battre n’importe qui à n’importe quel moment (rires). 

 

Ce n’était quand même pas loin d’être vrai ? 

 

Quand on regarde un peu en arrière, il y avait des équipes que nous n’aurions jamais pu gagner. Mais en tous cas, sur le moment, il nous faisait croire que l’on pouvait les gagner et parfois ça marchait même si, sur les grosses équipes, c’était quand même souvent non, il y avait quand même de sacrés joueurs. Mais, nous avons quand même gagné des groupes comme Bourgoin qui avait plusieurs internationaux. On a su les gagner alors que, sur le papier, je ne suis pas sûr que beaucoup de monde aurait parié sur nous. 

 

Je me souviens d’un match Albi / Toulouse où Dédé rate une pénalité parce qu’il glisse. Ca a fini à 13-13 mais vous n’étiez pas loin de gagner la grosse équipe de Toulouse ? 

 

Oui, c’est vrai, nous avions fait un match nul contre Toulouse qui était venu un hiver à Albi. Eric était fabuleux pour cela, il était capable de tirer le meilleur des joueurs et de nous faire croire que nous étions capables de gagner n’importe qui et c’est vrai qu’à l’époque, on le croyait. Aujourd’hui, nous avons pris un peu d’expérience et quand on regarde, on se dit qu’on n’aurait sûrement jamais gagné certaines équipes mais à l’époque, on le croyait. Et puis, nous avons fait des coups qui nous ont permis de nous maintenir deux ans en Top 14. 

 

On a parlé de l’importance d’Éric Béchu, ainsi que de Daniel Blach qui, je pense, était quand même un tacticien hors-pair. Il y avait aussi Philippe Laurent ? 

 

Oui, je dirai que Philippe Laurent était le technicien du staff puisqu’il nous apportait beaucoup au niveau de la technique, de la tactique notamment sur les 3/4. Moi, j’ai fait toute ma carrière à Albi sous les ordres de Philippe Laurent derrière, qui était un très, très grand technicien et qui doit l’être encore. Lui nous apportait plus sur cet aspect tactique et technique du jeu,, il prenait beaucoup la parole sur la vidéo. L’équipe s’entendait bien, il y avait un bon groupe au niveau de l’équipe et un bon groupe au niveau des managers et des entraîneurs, ils savaient se compléter. 

 

Et qu’est-ce que tu deviens aujourd’hui ? C’est la question traditionnelle que l’on pose aux  » anciens « 

Au niveau du rugby, je ne fais plus rien. J’ai joué jusqu’à 39 ans et il y a encore deux ans, j’entraînais les espoirs d’Albi, nous étions arrivés jusqu’à la finale de Fédérale que nous avions perdu. Avant cela, j’avais entraîné Saint-Juery, où j’avais joué, et Carmaux. Mais maintenant, je ne joue plus depuis deux ans et je n’entraîne plus. 

 

Tu as aussi été au Comité du Tarn ? 

 

Oui, j’ai travaillé au Comité du Tarn pendant ma carrière professionnelle et maintenant, je travaille en psychiatrie. 

 

C’est pour cela que tu as une analyse sur ce que vous faisait croire Éric Béchu ? 

 

Je ne sais pas (rires). En tous cas, ce sont de bons souvenirs, de se remémorer ça, les discours d’avant-match, ces préparations, c’était quand même assez exceptionnel ces années-là, en tous cas pour nous. 

 

Tu suis un peu le SCA d’aujourd’hui ? 

 

Aujourd’hui, je le suis un peu de loin. Je le suivais d’un peu plus près il y a deux ans parce-que je faisais partie du staff des espoirs avec notamment Jean-Luc Hermine et Flo Fourcade qui lui est resté, il y avait aussi Arnaud bien sûr. Je les suis de loin, je trouve qu’ils n’ont pas eu de chance l’année dernière avec cette épidémie parce-que je pense qu’ils étaient vraiment armés et bien partis pour la montée. Je trouve ça dommage pour eux parce-que c’était vraiment le bon moment pour un groupe qui vivait ensemble depuis trois ans et le même staff. Mais je pense aussi qu’ils ont de quoi répondre présents cette année, sur le premier match déjà, ils ont fait un match nul, je pense qu’il n’y a pas beaucoup d’équipes qui iront faire un résultat à Nice, on connaît l’histoire de ce club. Il est sûr que ça va être une poule plus relevée mais en même temps, s’ils se sortent de ça, ils seront plus prêts pour la Pro D2 en ayant vécu une poule comme ça que comme était le championnat l’année dernière. Ce championnat va être serré donc, les clubs qui arriveront à monter seront prêts pour la Pro D2, plus que ça n’était le cas les années d’avant où il y avait parfois 40 ou 50 points par dimanche. Ca préparait moins au niveau professionnel donc, on va voir comment ça va se passer. Ils rencontrent Bourgoin, une équipe qui vise aussi la montée d’après ce que j’ai compris donc, ils en sauront plus sur le niveau qu’ils ont dès ce dimanche et sur leurs objectifs. C’est un championnat qui va être long, pénible, ça risque d’être haché donc, il va falloir se remettre en question à chaque fois. Il va sûrement falloir bien se préparer physiquement et bien attaquer ce championnat mais c’est un championnat qui va être très, très long physiquement mais aussi psychologiquement. Ce sont les équipes qui ne lâcheront rien jusqu’au bout et qui vont bien se préparer qui passeront. Je pense que tout va être serré. 

 

Si demain Arnaud Méla et Jérémy Wanin t’appellent pour venir donner un petit coup de main, tu y vas ? 

 

Je l’ai fait il y a deux ans, je m’étais vraiment régalé avec les espoirs. A l’heure actuelle, c’est le temps qui me manquerait mais oui, je serai partant. Le rugby a quand même toujours été une passion, j’ai toujours vécu de ça en tant que professionnel et même qu’amateur donc, ça me manque toujours. Et surtout, ce que j’aime, c’est être avec des gens que je connais et Arnaud et Jérémy, je les connais (rires). Donc, c’est toujours appréciable et c’est ce que je cherchais dans le rugby, vivre des moments avec des gens que l’on apprécie et je les apprécie bien. 

Propos recueillis par Didier Revellat

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