#Rugby – Chronique / Le lagassé Show (Ep3) : La valse des entraîneurs.

Quel entraîneur n’a pas connu la spirale négative, les défaites qui s’enchaînent, la phase descendante ou bien ce que certains appellent la  » fameuse fin de cycle  » ? La solution miracle consisterait alors à limoger, à remercier, à virer, à couper la tête de celui qu’on accuse comme seul responsable de ces naufrages. 

 

Le Castres Olympique a bien prouvé il y a quelques semaines que conserver le manager en lui donnant d’autres prérogatives peut être bénéfique plutôt que de tenir comme seul coupable le grand chef. Procéder à une réorganisation au sein du staff en interne peut permettre d’utiliser les compétences reconnues dans des champs d’intervention spécifiques en redistribuant simplement les cartes, les rôles et les missions de chacun. 

 

Travailler en bonne intelligence avec le potentiel et les facultés de chacun doit permettre à un staff d’œuvrer collectivement en vue de rechercher l’efficience, l’efficacité et la performance. Aussi, croire qu’une seule personne peut porter un projet en 2021 est illusoire. Les plus grands dictateurs sont bien peu de choses sans leurs fidèles acolytes, leurs conseillers, parfois même leurs cerveaux. 

 

Ne serait-il pas judicieux, prioritaire de prendre également en compte l’usure que génère ce rôle et ce poste d’entraîneur ? L’usure mentale, usure psychique, physique, physiologique contribuent à annihiler la motivation d’un coach à cause de la pression d’un résultat. Rajoutés à ces éléments la charge de travail, le stress, la peur de perdre, de perdre des matchs, sa crédibilité, son emploi devraient faire l’objet d’une prise en compte par le président d’un club qui en toute logique, devrait tout comme un coach met ses joueurs cadres au repos, octroyer des moments de répit à son coach principal. Cette prise de recul, après de fortes périodes de stress, a obligation de résultats. Cette régénération nécessaire doit être prise en compte par les décideurs au sein d’un club en vue de préserver la motivation d’un entraîneur qui doit rester entraînant. 

 

L’usure générée par ce poste d’entraîneur peut conduire certains à voir leurs relations détériorées avec leurs joueurs mais également avec leurs staffs, staffs médicaux, staffs sportifs, administratifs voire même avec leurs supporters et parfois avec leurs présidents. Plutôt que de tirer sur la corde jusqu’à l’usure totale et la rupture, les présidents de clubs seraient bien malins de s’aider des périodes de repos destinées à cette prise de recul salvatrice et gage de plaisir retrouvé. 

 

Parce qu’il n’est pas non plus aisé de retrouver un club, de rebondir après avoir subi des échecs et avoir fait l’objet d’un licenciement ou d’une rupture de contrat à l’initiative du club. La carrière d’un entraîneur reste fragile et précaire autant que celle des joueurs. Ces décisions sont ainsi lourdes de conséquences pour une famille, pour un sportif. Il faut ici en appeler à l’intelligence et à la bienveillance des supporters pour ne pas invectiver leurs entraîneurs : s’ils aiment leur club, ils aiment leur coach. Les supporters devraient même soutenir et protéger leur entraîneur pour influer positivement sur l’équipe. 

 

La pérennité d’un entraîneur est gage de stabilité sur du long terme, le club de Clermont l’a bien compris. Et même lors des périodes de disette ou de défaites enchaînées, Franck Azéma n’a jamais été remis en question. Ce genre de gestion de club est à souligner puisqu’elle permet de regagner. Les supporters ne doivent plus mettre la pression à un président, à un dirigeant pour que la décision de virer un coach soit prise. 

 

Les réseaux sociaux influencent malheureusement ce genre de décision et les enjeux des commentaires insultants peuvent s’avérer fatidiques. Si les valeurs du rugby existent encore, alors un supporter doit soutenir plutôt que cracher sur les hommes de son club. Gouverner, piloter, diriger, manager un établissement scolaire, un club de rugby ou un gouvernement n’est pas une mince affaire. La pression, les exigences, les attentes de la communauté sont fortes, il faut être conscient de ces éléments et ne pas rajouter de pression supplémentaire à ceux dont le rôle est de décider et de diriger une organisation collective. 

 

Il faut aussi être bien conscient que manager ne revient pas seulement à faire courir des garçons après un ballon ou bien à poser des plots. Sont en jeu l’image d’un club, sa politique générale, le pilotage de plusieurs staffs (médicaux, sportifs, intendants, administratifs) mais également le management et l’entraînement des joueurs, la gestion d’un projet de jeu et bien d’autres composantes. 

 

Entraîner et manager ne s’improvisent pas, c’est un métier qui se forge dans le temps. La communication y est prépondérante, la posture, le positionnement, le sens oratoire, les mimiques, la tenue vestimentaire, tout se travaille pour véhiculer l’image d’un bon chef. La capacité d’un homme à gérer ses émotions est mise à rude épreuve, Patrice Collazo l’a bien compris. Faire preuve d’exemplarité devient rapidement primordial pour qu’un entraîneur assoit son autorité et puisse assoir sa légitimité. Pour toutes les raisons évoquées ici, il est hasardeux et inadapté de balancer un joueur sans aucune expérience à la tête d’un club. Le virer, le licencier sera alors chose facile puisque les reproches seront nombreux. 

 

Abordons maintenant le célèbre et trop utilisé  » électrochoc « . Pourquoi, lorsqu’un entraîneur tombe, les résultats immédiats deviennent d’un coup positifs ? Tout simplement parce-que les joueurs modifient leurs comportements. Notre sport ne supporte pas l’immobilisme, la monotonie, la routine, le rugby est un sport à réactions et de temps forts : défaites, victoires, attaques, ballons gagnés, ballons perdus, changements de statuts. C’est un sport où l’ambivalence et la dualité sont permanentes. 

 

Pourquoi, après le départ d’un coach, les joueurs s’unissent, se galvanisent et réagissent ? Dans les questions qu’il faudrait alors se poser, on trouve : un seul homme serait-il autant responsable des défaites et des victoires ? Ne gagne t’on pas plus facilement de façon collective ? La victoire ne serait-elle pas le fruit d’un travail commun ? 

 

Pour conclure, c’est bel et bien au président de club que revient le rôle de mettre fin à l’aventure d’un entraîneur. Mais les présidents de clubs devraient réfléchir au système qu’ils créent eux-mêmes, le système qui déprécie, ce système qui dévalorise qui rend seul responsable celui qui détient le même diplôme et les mêmes pratiques que son successeur. Cela laisse perplexe, d’autant plus qu’un entraîneur qui n’a jamais été viré devient une espèce en voie de disparition. En effet, certains présidents rappellent ceux dont ils s’étaient séparés quelques temps auparavant, allant même répéter la pratique à plusieurs reprises avec le même homme, alternant entre le costume de sauveur providentiel ou de pompier de service et celui de vilain petit canard, responsable de tous les maux. 

 

Alors, Messieurs les présidents, un peu de réflexion sur le système de bannis que vous êtes en train de fabriquer. 

Article rédigé par Vincent Lagassé

Retrouvez le replay du match Albi Vs Nice #J14 #Nationale en cliquant sur l’image ci dessus .

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