#Rugby – Nationale / B.Trey (Blagnac) : «Je me réjouis que les clubs jouent le jeu de l’auto-diffusion à fond!»

Nous sommes allés prendre la température au stade Ernest Argelès chez les Caouecs haut-garonnais avec Benoit Trey. Comme l’ensemble des clubs de nationale qui voient la compétition reprendre ses droits, le président de Blagnac est ravi de pouvoir à nouveau se projeter sportivement. A quelques heures d’un match capital pour l’objectif maintien, face au RC Massy Essonne, les gars de la périphérie toulousaine vont aussi se lancer dans l’auto-diffusion streaming des rencontres de championnat. Précurseur avec Albi durant le mois de décembre 2020, appètent sur le sujet, le boss du BRC nous dressent les perspectives de ce nouveau moyen de médiatisation.

 

 

C’est la reprise de la Nationale, on ne va pas faire de lieu commun, enfin c’est la reprise de la Nationale car tout le monde était dans les starting-blocks. Et pour Blagnac, d’entrée un match crucial avec la réception de Massy à domicile où malheur au perdant ? 

 

D’abord, on est très heureux de pouvoir reprendre à nouveau ce championnat de Nationale qu’on avait laissé il y a plus de deux mois maintenant. En effet, on a un joli match à venir avec la réception de Massy donc, gros test pour cette reprise. On va dire que nous, nous considérons que c’est une nouvelle saison qui démarre et nous avons donc préparé ce match comme il faut. Nous avons eu la chance de pouvoir faire un match amical avant les fêtes contre Albi donc, nous sommes prêts pour cette nouvelle saison qui démarre face à une très belle formation de Massy. 

 

Massy, Blagnac, vous avez eu le loisir de faire un match amical chacun ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Tu penses que ça vous donne un léger avantage d’avoir pu disputer cette rencontre avec une vraie opposition face à une équipe de Nationale ? 

 

C’est difficile à dire. Ça nous a permis de nous mettre en configuration de championnat et de couper la routine des entraînements. Il faut savoir que nous, nous avons un rythme d’entraînement qui est moins soutenu que celui des autres équipes puisque nous avons des joueurs pluriactifs pour la plupart et qu’on ne s’entraîne que le soir. Donc, je trouve que ça nous permet de nous niveler, de nous mettre au niveau sans pour autant avoir une longueur d’avance avec ce match amical en plus. Disons que ça nous a permis de nous remettre en jambes, de couper la routine et de nous faire un bon match de préparation avant les fêtes. 

 

Début Novembre, au moment du reconfinement, il y a eu un carrefour pour la Nationale : ou continuer à huis-clos avec une dérogation ou s’arrêter temporairement pour reprendre en Janvier avec du public. Malheureusement, il n’y a toujours pas de public et ça reprend à huis-clos. Selon toi, est-ce que cette pause a été salutaire pour les clubs ou bien était-ce du temps perdu car, quitte à jouer à huis-clos en Janvier, il aurait peut-être mieux valu continuer en Novembre ? 

 

Pour moi, on a pris la bonne décision et on ne pourra pas refaire l’histoire. Personne ne pouvait prévoir la crise ni un virus mutant, il y avait tellement d’aléas et d’inconnus qu’il ne faut pas regretter la décision qui a été prise. On l’a majoritairement portée, elle a protégé, elle a permis de créer une bulle protectrice sur les clubs. Maintenant, nous avions acté tous ensemble la reprise ce week-end du 9 Janvier, nous sommes conformes à nos  » prédictions « et à nos engagements, on tient l’engagement de reprendre cette saison coûte que coûte. Après, il est clair que le huis-clos n’était pas forcément prévu, on fait avec et on s’adapte aussi. Par contre, il ne faut pas que ça dure longtemps, il faudra éventuellement se remettre autour d’une table si le huis-clos dans les stades venait à être prolongé car il est clair que ce n’est pas viable pour les clubs. Je l’avais dit, dans notre format, dans notre écho, dans notre modèle économique de la Nationale, jouer à huis-clos n’est pas tenable. Nous n’avons pas de droits TV, nous avons tous les inconvénients du monde professionnel sans en avoir aucun avantage. Donc, pour la Nationale, il est primordial qu’en Février, on puisse à nouveau être autorisé à avoir du public, même en  » réduit « , mais au moins, on aurait l’accueil de nos supporters et de nos partenaires, quelque chose de viable économiquement.  

 

Si je suis bien, tu fais quand même un petit appel du pied aux pouvoirs publics pour avoir aussi un soutien financier ? 

 

Disons que maintenant qu’on officialise une reprise comme les pros, il faut que l’on soit considéré en tant que tels au niveau de l’accompagnement. 

 

Qu’il n’y ait pas deux poids deux mesures ? 

 

Voilà. Là, pour le coup, on se décroche du  » monde amateur  » en choisissant de reprendre un championnat sans pouvoir accueillir le public. C’est donc un risque financier pris par les clubs, il faut que l’on soit aidé, en tous cas au même titre qu’ont pu l’être les autres à savoir la perte de nos billetteries entre autres, sur des fonds qui pourraient être débloqués pour accompagner les clubs qui jouent sans public. 

 

Pour toi, est-ce que cette pause sanitaire a permis de faire une respiration financière pour les clubs ? 

 

Respiration financière, non, ça a permis de suspendre et de protéger. Nous avons tous des charges fixes qui tournent donc, il fallait reprendre, on ne pouvait pas rester en pause comme cela. Il faut absolument reprendre, nous avons des engagements vis-à-vis de nos institutions, vis-à-vis de nos partenaires et des licenciés, on ne peut pas rester éternellement à l’arrêt au risque de rentrer dans l’oubli. Pour moi, il fallait que cette pause arrive car, encore une fois, elle nous a protégés mais il faut reprendre. 

 

Pour imager la chose, il vaut mieux couper une main plutôt qu’un bras ? 

 

Voilà, par exemple, c’est une bonne image. Les six prochains mois vont être cruciaux pour les clubs de Nationale en termes aussi d’économie c’est à dire que, pour la première fois depuis cette crise, on va reprendre un championnat sans pouvoir accueillir et mettre en place les prestations de partenariats. Donc, pour le coup, on joue sans filet, on va vers une nouvelle inconnue, celle de ne pas pouvoir tenir les engagements. Évidemment, nous sommes agiles, comme tout club, on réfléchit et on garde le lien avec nos partenaires pour que l’on puisse sortir des choses positives, nouvelles et innovantes en termes de prestations pour nos partenaires. 

 

Dans cette volonté de garder le lien avec les supporters et les partenaires, il y a la diffusion en streaming. Nous avons fait le test en commun pour le match amical auquel Blagnac, Albi et le #MagSport ont participé. Maintenant que tu es sur la phase 2, à savoir la vraie production pour un match de Nationale, un match à balles réelles, quel est grosso modo ton retour d’expérience ? 

 

C’est quelque chose qui, pour nous, est important que d’investir ou en tous cas de faire en sorte que nos matchs soient visibles et transmis. Notre retour d’expérience est que l’on sait qu’il y a un public pour le monde de la Nationale, pour la Nationale et la Fédérale, on l’avait vu avec la chaîne L’Équipe pour les matchs du vendredi. On sait qu’il y a une attente importante donc nous, on considère qu’il faut bien faire les choses. Si on choisit de médiatiser et de streamer les matchs, il faut que cela soit bien fait pour mettre en avant notre club, nos joueurs et cette division à laquelle on tient puisque nous avons tous décidé de la reprendre pour qu’il n’y ait pas une seconde saison blanche. Il faut que ça soit bien fait et en effet, le premier galop d’essai pour le match d’Albi nous a permis de retenir des erreurs et de faire en sorte que ce que nous allons proposer contre Massy soit optimal, à la fois pour nos supporters qui sont frustrés de ne pas pouvoir assister aux matchs en chair et en os dans les tribunes. Ce sera fait pour que nos supporters puissent voir le match et que nos partenaires puissent aussi le faire et qu’ils soient bien mis en avant. Pour nous, quand je parle de nouveaux produits et de solutions alternatives pour nos partenaires, c’est par exemple mettre en place un système de bannières où on mettra avant tout nos partenaires à l’occasion de ce live. Je sais qu’il y a de l’attente et je sais qu’il y aura une belle audience pour l’ensemble des clubs qui mettront ces lives en place parce-que nous avons une attente importante. Je pense que notre match va être suivi, en tous cas dans le monde de la Nationale et de la Fédérale, j’en suis certain. 

 

On va faire le jeu des plus et des moins parce qu’il y a déjà des présidents que l’on entend râler en disant  » auto-diffuser les matchs, oui, mais si c’est pour rajouter des dépenses en plus alors que nous n’avons pas de billetterie, ce n’est pas la peine « . Pour toi, la diffusion d’un match est-elle une dépense en plus ou bien une recette en plus ? 

 

Je crois que c’est une mise en lumière. On ne peut pas parler économiquement comme ça, ce n’est ni une recette ni une dépense, c’est un investissement pour l’avenir. 

 

Une externalité positive en plus ? 

 

Oui, c’est ça et c’est une façon d’honorer à la fois les supporters et les partenaires et de mettre en lumière et en avant tout ce travail qui est de faire jouer une équipe à ce niveau-là. Donc oui, pour moi, c’est très, très important, c’est un investissement pour l’avenir et, à mon avis, il ne faut pas lésiner sur ça et les retours et les retombées ne seront que positifs. 

 

Selon toi, il y a la place d’y avoir un diffuseur TV hertzien national pour les grandes affiches et en même temps, une plateforme streaming pour  » la soupe quotidienne  » ? 

 

Bien sûr ! Moi, je considère que de toute expérience, de tout événement, de toute crise, il en ressort du positif et quand on dit que rien ne sera comme avant de manière générale dans le quotidien des Français, c’est aussi le cas au niveau des clubs de Nationale comme de Fédérale 1 ou du rugby amateur en général et je considère qu’il faut se réinventer. Donc, liver les matchs n’est pas incompatible avec une diffusion de chaîne nationale. Nous, ça nous a ouvert des portes que nous n’imaginions pas sur le match que nous avons livé avec Albi. Moi, je considère qu’il faudra garder ce fonctionnement-là, garder ce nouveau dispositif, cette nouvelle manière mise en lumière de nos clubs par les réseaux sociaux. Beaucoup de personnes restent derrière leurs téléphones et ça a une audience et une répercussion qu’on ne mesure pas encore. Je pense qu’il faut que tous les clubs s’engouffrent là-dedans, ça peut être l’avenir des clubs amateurs ou semi-pros comme ceux de la Nationale. 

 

L’enjeu pour la Fédé, c’est un peu de créer de l’émulation et de la synergie entre les clubs pour avoir du partage de données et du retour sur expérience ? 

 

Oui, l’enjeu est général, c’est positif pour tout le monde, c’est gagnant / gagnant comme on dit. C’est à dire que, quand les clubs gagnent en visibilité, c’est la Fédération qui gagne. La Nationale est sa division phare donc, plus elle est visible plus la Fédération est gagnante aussi. Moi, je me réjouis qu’elle ait ouvert et qu’elle ait pu donner la diffusion aux clubs, elle n’est pas restée fermée sur ce point-là. On s’engouffre dans un nouveau monde qui, pour moi, ne peut être que positif. 

 

Pour cette première journée du retour de la Nationale, il y a à minima 4 matchs qui seront télévisés : Albi / Aubenas, Blagnac / Massy, Cognac / Nice et Bourg / Suresnes. Peut-être qu’il y en aura qui le feront en plus mais c’est déjà un beau départ ? 

 

C’est un beau départ et en plus, nous ne sommes pas sur les mêmes créneaux horaires. 

 

Bourg et Albi, si

 

Oui, c’est vrai, avec Blagnac, nous ouvrons le bal samedi à 15 heures. Je me réjouis que les clubs jouent le jeu de l’auto-diffusion à fond et je pense que ça va régaler beaucoup d’amoureux du rugby ce week-end. Ça va un petit peu changer du quotidien du Top 14 et de la Pro D2 et le rugby français en a besoin puisqu’il faut que le public puisse assister à tous les rugbys. 

 

Si on a bien compris, dimanche à 15h, on peut compter sur toi pour regarder Albi / Aubenas ? 

 

Evidemment et avec grand plaisir. 

 

Pour revenir sur le sportif, quel a été ton mot d’ordre et quelle a été la feuille de route fixée par Christophe Deylaud à tes joueurs ? On sait que, pour l’instant, vous êtes en position de relégables mais Blagnac a de la ressource et du caractère. J’imagine que vous allez vous battre jusqu’au bout pour remonter et même aller bien plus haut ? 

 

Bien sûr et bien évidemment, c’est de gagner des places. On veut montrer que nous avons notre place en Nationale, c’est maintenant le travail de plusieurs années. On l’a dit cette semaine aux joueurs, nous avons 5 mois pour prouver que nous avons toute notre place dans cette division. Bien sûr que nous avons un départ non pas décevant mais un départ que nous n’imaginions pas. En même temps, nous sommes en apprentissage, c’est une division que l’on découvre, que tout le monde découvre d’ailleurs, avec un niveau très élevé auquel on ne s’attendait peut-être pas. Nous n’avons fait que 5 matchs ce qui, pour moi, est dérisoire et donc, nous avons la feuille de route tracée en espérant que l’on pourra jouer les matchs prévus sans report et surtout sans péréquation pour montrer que nous avons toute notre place. Je pense que nous avons des arguments pour titiller et faire bouger les lignes dans ce monde de la Nationale. 

 

La question décalée / piège pour terminer cette interview : que préfères-tu entre un maintien à huis-clos ou une descente dans une saison qui va au bout avec des stades pleins et des billetteries ? 

 

Alors là … la question … 

 

C’est un bourbier cette question (rires ).

 

Je préfère un maintien avec le stade plein (rires).

 

D’accord, on va dire que tu as utilisé le joker 

 

C’est ça (rires). 

 

C’est tout le mal que l’on souhaite à tous les clubs, que les supporters reviennent, que chacun prenne du plaisir sur le terrain et après, la cerise sur le gâteau, c’est d’arriver à ses objectifs et toi le premier

 

C’est bien là l’essentiel.

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://esalbi.com

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