#Rugby – FFR / B.Laporte : «Ces 60 millions seront fléchés vers le monde amateur!»

Le président de la Fédération Française de rugby , nous a livré un éclairage sur l’actualité fédérale et la souffrance que subit via la crise sanitaire du coronavirus, le monde amateur. L’ex sélectionneur de l’équipe de France , veut rayer une bonne fois pour toute cette année 2020, synonyme de catastrophe et d’adversité pour l’ensemble du rugby hexagonal. Mais celui qui est aussi vice-président de World Rugby compte bien utiliser la mane (60 millions) provenant de l’entrée au capital du tournoi des VI nations du fond d’investissement CVC, pour contribuer à soutenir « la base du rugby », ainsi que sur l’organisation de la coupe du monde 2023, pour servir de véritable locomotive. Bernard Laporte a aussi fait un pas, en affirmant sa volonté de voir rapidement les clubs de nationale s’autodiffusser via leurs réseaux sociaux, et la chaîne l’équipe retransmettre certaines affiches, le tout dans le but de contenter au maximum des supporters et des fans, grandement en manquent de la passion commune qui les anime : le rugby. Entretien avec l’ex secrétaire d’état aux sports, qui pour la dernière du MagSport sur les ondes de RadioAlbiges, est venu nous apporter sa sympathie tarnaise, son amitié et un soutien de marque.

Nous recevons un invité de marque que nous remercions grandement d’être venu plusieurs fois à notre antenne, y compris pour cette dernière. Il s’agit de l’ancien secrétaire d’État au sport, ancien sélectionneur de l’équipe de France, de multiples fois champion de France avec Toulon et le Stade Français, quelqu’un avec beaucoup de bagou mais aussi une profonde racine tarnaise. C’est bien sûr le président de la Fédération Française de Rugby et N°2 de World Rugby, Bernard Laporte, bonjour

Bonjour et bravo pour tout ce que vous avez fait. C’est la dernière et je suis très heureux d’y participer. 
C’est un plaisir partagé de t’avoir pour cette dernière dans un contexte assez particulier car le rugby français continue à évoluer mais sous contrainte, dans des conditions sanitaires compliquées. J’imagine qu’il y a quatre ans, quand tu as été élu président de la Fédération Française de Rugby pour la première fois, tu n’aurais jamais pensé affronter un tel contexte, qui est hors du commun et hors du temps ? 
Effectivement mais je pense que personne n’aurait imaginé vivre ce que nous vivons aujourd’hui. C’est une  » mini guerre  » et c’est vrai que c’est compliqué. Premièrement, c’est compliqué sanitairement parlant puisqu’il y a des morts tous les jours puis, c’est compliqué économiquement parlant, on le voit et donc, indirectement, c’est compliqué pour nos clubs qu’ils soient professionnels ou amateurs. En plus de ne pas jouer car, quand on prend une licence, c’est d’abord pour jouer, ils subissent des difficultés économiques puisqu’effectivement, il n’y a plus de rentrée d’argent, billetteries et autres. 
Malgré ce contexte, et suivant aussi l’évolution de la pandémie, vous essayez de faire repartir petit à petit les divisions fédérales. Ça s’est très bien passé pour la Nationale, on a vu qu’il y avait eu un consensus avec une grande consultation des clubs qui ont été partie prenante. Sur la Fédérale 1, on voit qu’il y a aussi des perspectives qui sont fixées. J’imagine qu’au fur et à mesure, vous allez essayer de trouver des  » plans de bataille  » pour pouvoir faire repartir tous ces championnats ? 
Bien sûr, là est l’objectif. Nous sommes évidemment clairement tributaires des recommandations gouvernementales mais notre objectif, comme tu le disais, c’est en effet que le jeu reprenne au fur et à mesure. Mais il faut trouver des solutions puisqu’effectivement, nous ne pourrons pas finir tous les matchs. On l’a fait avec la Nationale et la Fédérale et, je le répète, notre objectif est de travailler avec les clubs, de discuter avec eux et de trouver à la majorité des solutions qui vont tout simplement nous permettre de ne pas faire de saison blanche. Le drame serait là, refaire une saison blanche ne serait pas possible donc, nous arrivons à trouver des solutions quand on se concerte et c’est une très, très bonne chose. 

A un moment, il faudra déconfiner les derniers confinés, à savoir le public qui, malheureusement pour l’instant, ne peut pas venir au soutien de ses clubs de cœur ni participer. Comme on le dit souvent, du rugby sans public, c’est comme de la soupe sans sel. C’est une vraie volonté de la Fédé d’essayer d’aller voir le Ministère pour qu’il y ait du public le plus rapidement possible tout en préservant bien sûr la santé de tout le monde ? 
Oui, bien sûr. Il est clair que nous n’aurons pas d’exception mais on se bat comme tout le monde. Quand je dis qu’on se bat, c’est qu’on regarde quand est-ce qu’on pourra mettre du public dans les stades car, comme tu le dis, un match ce sont bien sûr des joueurs, un arbitre mais aussi un public, une atmosphère, de l’émotion que nous n’avons pas aujourd’hui. Je le répète aujourd’hui, nous sommes tributaires des recommandations gouvernementales et moi, je vais dans le sens de dire que la santé est la priorité. Je dirai que les gouvernements, et on s’aperçoit que c’est un petit peu partout pareil, n’ont pas plaisir à fermer les stades, les restaurants et autres. Il faut combattre ce virus ensemble, c’est difficile, c’est évident que c’est compliqué mais la santé reste la priorité. Encore une fois, j’espère qu’avec le vaccin et autres, on arrivera à faire en sorte que la vie redémarre normalement comme on le visait en 2019. 
2020 a été une année catastrophe
Oui, ça a commencé en Février / Mars et ça a effectivement été une année catastrophique dans tous les compartiments et pas que dans le sport. Ça a été dramatique partout donc, il faut rayer cette année 2020 de nos agendas parce qu’elle nous a vraiment fait souffrir. 
Dans les perspectives pour faire attendre les spectateurs, et si nous avons de bons échos, il y a des négociations avec la chaîne L’Équipe pour qu’ils diffusent quelques matchs de Nationale. Il y a aussi une volonté qui se fait entendre de plus en plus de libéraliser non pas les droits TV mais les droits de retransmissions pour les clubs, afin qu’ils puissent retransmettre leurs matchs. Au Mag Sport, nous avons déjà fait un petit galop d’essai à Blagnac, en collaboration avec Albi et Blagnac.  Où en est-on sur ce dossier à la Fédé pour que les supporters et le corps économique gardent le lien avec leurs clubs ? 
Ça avance petit à petit. Il y a effectivement d’abord les droits TV de la chaîne L’Equipe qui sont toujours en cours. Il y a des matchs qui sont retransmis donc, on va voir un petit peu comment négocier aussi les futures saisons, s’ils ne veulent retransmettre que la Nationale ou la Nationale et la Fédérale 1, nous allons discuter de cela avec eux, et il y a également les clubs. Il faut d’ailleurs savoir qu’avec les sites que nous avons offerts aux clubs, vous pouvez suivre le parcours du match comme on peut le faire sur Rugbyrama par exemple pour les matchs professionnels. Aujourd’hui, le site a un modèle qui permet aux supporters, via une personne qui retransmet les essais et le reste, de suivre à distance l’évolution de son équipe durant le match. Mais la volonté est de faire ce que vous avez fait vous, cher Loïc, avec le match Blagnac contre Albi et de pouvoir retransmettre des matchs partout afin qu’effectivement, il y ait de la visibilité pour les supporters en permanence, que ça joue à la maison ou à l’extérieur. 
On va aussi parler un petit peu de ces clubs de Fédérale 1 avec de gros ADN populaires comme, par exemple, Oloron, Lannemezan, Mauléon, tous ces clubs qui fonctionnent beaucoup avec les buvettes et la ferveur populaire. C’est un modèle que l’on mettait un peu en avant il y a quelques années mais on a l’impression que ça s’est un peu inversé. Ce sont plus ceux qui étaient sur un modèle de l’économie et de clubs partenaires qui s’en sortent par rapport à ceux que l’on mettait en avant auparavant car fonctionnant avec une assise populaire qui permettaient d’avoir des budgets stables ? 
Je dirai qu’il y a les deux. Il y a effectivement ceux qui se permettent d’avoir et qui peuvent avoir du partenariat, du sponsoring assez importants et qui, de fait, ont des budgets assez conséquents et évoluent dans des divisions supérieures. Après, il y a le rugby amateur que j’aime moi, qui ne vit que de la buvette, que des repas d’avant-matchs et autres et celui-ci est purement amateur. Les joueurs ne sont pas payés et ceux-là  » souffrent moins  » puisqu’ils n’ont pas une grosse économie mais ils souffrent surtout de ne pas jouer au rugby. Parce-que, je le répète, quand on prend une licence, c’est pour jouer, c’est pour transmettre des émotions  et surtout dans un village avec des supporters qui viennent et pour qui le club est une deuxième famille. Il a un côté social très très fort et c’est ça que revendique ce monde amateur et c’est ce monde amateur que j’aime. Tant mieux pour ceux qui ont des sponsors, qui ont plus et qui peuvent aller évoluer du côté de la Nationale. Encore une fois, il y a de tout mais on ne peut pas dire à un village de 1 000 habitants  » vous n’êtes pas bons parce-que vous n’avez pas de sponsoring « . Il faut vivre avec son économie, sa situation et son contexte et il faut que nous, la Fédération, nous accompagnions tous les clubs, à commencer par ces clubs-là qui sont économiquement plus faibles que les autres. 

L’avantage qu’a la France par rapport à d’autres pays, c’est que pour faire redémarrer la locomotive rugby, il y a un produit qui va être top. Il a été lancé il y a déjà quelques temps mais il a vraiment pris corps avec le tirage au sort des phases de poules, c’est la Coupe du Monde 2023 en France. Ça va être quelque chose qui va vraiment ruisseler sur tout le rugby français et on sait que, que ce soit pour toi ou pour Serge Simon, c’est une grande fierté d’être à la manœuvre pour cet événement mondial ? 
Quand on l’a gagné en 2017, je ne pensais pas que l’on vivrait cette épidémie. Mais aujourd’hui, on s’aperçoit qu’avec l’importance de cette Coupe du Monde qui est une véritable locomotive pour nous, tout le monde se projette et 2023 sera un grand événement et, j’en suis certain, une grande Coupe du Monde. Mais c’est vrai qu’elle a encore plus d’importance aujourd’hui à cause de cette pandémie qu’elle n’en avait avant. Pourquoi ? Parce-que personne ne va dans les stades et que tout le monde rêve d’une compétition. Ce sera la compétition majeure après-pandémie en France, il y aura ensuite les JO mais la première, je le répète, c’est 2023. Je fais partie de ceux qui disent que le tirage au sort est le premier jour de la Coupe du Monde car, quand tu connais les adversaires, tout le monde se projette. C’est génial et super qu’elle se déroule en France d’abord car économiquement, elle va nous permettre d’aider et d’accompagner encore plus les clubs et, à cause de cette pandémie, elle est très importante. On attend près de 80M de retombées pour la Fédération Française de Rugby donc pour les clubs amateurs. C’est aussi cela l’aspect important de l’événement, hormis les émotions, c’est le fait de se dire qu’elle va permettre d’absorber ce manque à gagner que nous avons durant cette épidémie et donc, aider les clubs à se relancer. 
Durant le Tournoi d’Automne, au-delà de la super performance qu’a fait l’équipe de France, quelque chose  qui a beaucoup plus aux clubs amateurs, c’est que l’ensemble du rugby amateur figurait sur les maillots. Peut-on envisager pendant la Coupe du Monde qu’il y ait cette présence, qu’un bout du rugby amateur soit sur les terrains de la Coupe du Monde avec les maillots de l’équipe de France ? 
Non, malheureusement, pour la Coupe du Monde, il y a une règle qui est unanime à tous qui est qu’on ne peut pas avoir de sponsor. C’est un peu normal car il y a des  » petites  » nations qui n’ont pas trop de moyens et qui ne peuvent pas avoir de sponsor maillot. Elles sont handicapées, elles ne payent pas les joueurs ou autres, enfin, peu importe. Donc non, il est clair que la règle sera la même pour toutes les nations qui participeront à la Coupe du Monde, il n’y aura pas de sponsor et il n’y aura rien d’écrit sur les maillots. 
C’est quand même dommage car c’est une opération marketing que vous avez fait, qui n’a pas dû coûter grand-chose à la Fédé mais qui a fait très chaud au coeur aux clubs dans ces périodes
Moi, je fais partie de ceux qui disent que les racines sont dans les clubs amateurs. Les pépites viennent des clubs amateurs donc, il faut les aider, les accompagner et les valoriser dès qu’on le peut. J’ai assisté à une remise de maillots où les joueurs parlaient justement de leurs clubs qui étaient inscrits dans leurs dos de maillots et il y avait beaucoup d’émotions et de fierté de la part des joueurs qui parlaient de leurs clubs amateurs. J’ai trouvé ça génial, j’ai envie de dire que c’est tout simplement de la reconnaissance pour ceux qui œuvrent bénévolement au quotidien pour le développement de leurs joueurs. Ils le méritent amplement et le retour d’ascenseur me semblait nécessaire. 
C’était un serpent de mer, tout le monde savait que ça allait arriver mais on a vu qu’un fond de pension rentrait dans le Tournoi des 6 Nations. Est-ce qu’on peut imaginer qu’il y aura des retombées de cette arrivée dans le Tournoi pour les clubs amateurs ? 
Bien sûr. Pour clarifier les choses, ce fond de pension qui va rentrer dans les 6 Nations ne va pas gérer les 6 Nations. Il y a une régie qui va être créée, une société à côté, où tout l’aspect commercial et marketing sera géré par les Fédérations plus le fond d’investissement. Nous, nous concédons nos droits, nous ne les vendons pas mais on les met ensemble dans une corbeille et eux, dont c’est le métier, vont les développer et les faire grandir. Ils sont rentrés dans le capital et pour la France, c’est direct 60M de retombées qui seront payées en 5 fois. Je l’ai dit et redit pendant la campagne, 30M d’euro iront vers le monde amateur. Dès que l’on touchera les premiers versements, nous ferons des choses, j’ai par exemple parlé du fait que la Fédération paye les frais d’arbitrage à la place des clubs. Il y a plein d’idées mais il est clair que ces 60M seront fléchés vers le monde amateur de manière à les soulager financièrement. 
Toujours cette passerelle entre le monde amateur, l’équipe de France, le Tournoi. Le but est que toute la famille du rugby puisse profiter des avancées économiques ou même stratégiques de ce sport. On va terminer par une question un peu plus axée sur le Mag Sport : on a souvent pu compter sur toi pour réagir à chaud et nous faire des interviews de fond quand nous étions sur Radio Albigès. Rassure nous, maintenant que nous allons prendre notre indépendance, grandir avec le Mag Sport et vu que nous allons laisser Radio Albigès un peu dans sa torpeur, on pourra toujours compter sur toi pour venir égayer nos antennes ? 
Avec grand plaisir. D’abord, c’est le Tarn et j’y suis très attaché et puis, vous faites du bon boulot, vous parlez de rugby amateur donc, je me rendrai bien sûr disponible à chaque fois parce-que notre rôle et ma mission sont de parler du rugby amateur. 
On te remercie pour cette dernière sur Radio Albigès et on te donne rendez-vous très prochainement sur le Mag Sport, la web TV et la web radio qui parlent de rugby amateur et pas que.
Merci à vous et bon vent

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/magsport-rs/magsport-22-decembre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Bernard Laporte lors de l’émission « Le #MagSport » du 22 décembre 2020

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s