#Rugby – Ep1 / Le Lagassé Show : L’accompagnement du joueur.

La nouveauté « Le #MagSport » en cette fin d’année 2020 c’est l’arrivée des chroniques de Vincent Lagassé. Nous vous faisons profiter de premier épisode du « LagasséShow », l’ex manager de Drancy parle d’un sujet qui lui tient à cœur et bougrementd’ actualité : l’accompagnement des joueurs.

Crédit photo : Sabrina Chabreyrou

La notion d’accompagnement renvoie nécessairement à l’image de proximité entre deux entités. Comme le maître accompagne son élève, comme un parent accompagne son enfant, l’entraîneur et le club doivent aussi accompagner leurs hommes, leurs joueurs. Si certains pensent et clament qu’un joueur professionnel est prêt pour le haut niveau du moment qu’il a signé son premier contrat pro, il n’en demeure pas moins que l’homme est bien peu armé pour surmonter les réalités de la vraie vie. 

La notion d’éducation prend alors tout son sens lorsque le charismatique entraîneur alterne entre la distribution de bons points et les sévères punitions comme le fameux frego. Eduquer, c’est conduire l’homme au-delà de ses limites et c’est le faire progresser, pas que techniquement. Pourquoi les vrais éducateurs sont-ils si mal défrayés quand on reconnaît un tant soit peu leurs compétences ? Pourquoi les entraîneurs, qui ont eux aussi un devoir d’éducation, se comportent-ils comme des instructeurs militaires ? Ils n’ont finalement pas à endosser le lourd fardeau de l’éducation pour se cloisonner et se cantonner au simple rôle de coach, ici pour gagner ou faire gagner. Mais le salaire est plein de 0 à la fin du mois pour le coach et l’éducateur finit bien souvent aux oubliettes. 
Pourtant, le rugby moderne doit prendre son rôle premier à savoir éduquer et transmettre des valeurs au lieu de les prôner sans cesse mais sans mettre de véritables gestes sur ces paroles. L’accompagnement d’un avant contrat pro, pour les plus chanceux, est primordial. Puisque peu d’élus décrochent le Graal, ce sont des milliers d’hommes, de citoyens, que le rugby doit former. Un bon joueur espoir cumule les charges d’entraînement, celles auprès de sa catégorie, celles avec les pros, celles avec le centre de formation cumulées avec des séances de préparation physique visant le toujours plus de développement physique toujours au détriment du développement technique. 
Ces entraînements cumulés, souvent à des horaires incompatibles avec des présences en cours, coupent le joueur de la réalité de son cursus scolaire. Le manque de calibrage de cette charge de travail et de ces exigences sportives joue sur la santé physique de nos jeunes mais aussi sur la santé mentale. Accompagner ces jeunes joueurs revient à chercher un juste équilibre entre pratique sportive et poursuite d’études. Qu’il s’agisse d’apprentissage pour les plus jeunes, d’études technologiques, professionnelles ou dans la voie générale, l’accompagnement par les clubs de ces joueurs passe par de véritables plans de carrières à élaborer de façon précise avec et pour le joueur, pour rendre véritablement à la relation d’accompagnement son rôle d’éducation. 
Vient ensuite le temps de la carrière professionnelle après la signature du premier contrat avec une entité professionnelle. Il est impératif que les clubs veillent à ne pas couper les joueurs de certaines réalités, celles de la vraie vie. Contraintes horaires, tâches administratives, communication verbale et écrite, gestes de ressources humaines doivent être cultivées au sein des équipes professionnelles afin de poursuivre la formation des hommes sur le plan personnel, professionnel et sportif. Organiser des temps de présence en entreprise, au sein d’organismes publics (hôpitaux, écoles), dans des administrations permettra aux joueurs de rester connectés à la réalité. 
La plupart des entraîneurs professionnels voit d’un mauvais œil l’investissement de leurs poulains au sein des écoles de rugby, certains allant même jusqu’à l’interdire. Ils évoquent la fatigue, la perte d’influx et d’appétit pour le rugby alors que le cœur des valeurs de ce sport se trouve dans les écoles de rugby. Cette présence des joueurs pros à l’école de rugby ne serait-elle pas le premier pas vers la transmission des valeurs en guise, déjà, d’un accompagnement des plus petits garantissant l’éthique de notre sport ? Transmission de valeurs verticales d’un joueur pro à l’enfant mais aussi rappel du réel de l’enfant vers le joueur pro de façon ascendante. 
L’après-carrière sonne souvent le glas pour la plupart des joueurs. Que faire, quoi faire, où aller, pourquoi, comment ? Autant de questions qui subsistent lorsqu’est passé le temps en tant que coach ou barman : trop de candidats, peu d’élus. Malheureusement, la réalité du quotidien, la difficulté de se réinsérer, les lacunes, le manque de bagage scolaire, l’incapacité à faire autre chose qu’une pratique sportive peuvent conduire à des dérives soit de façon rapide, soit en s’installant dans le temps petit à petit après avoir essuyé quelques saisons en Fédérale pour tenter encore d’exister ou plutôt de subsister. 
Les clubs de Fédérale et les clubs amateurs, à qui l’on a arraché leurs petits prodiges quelques années auparavant, jouent souvent le rôle de charité pour tenter de garantir une reconversion. Mais un métier ne s’apprend pas comme on pousse une mêlée ou une bonne barre chargée de fonte. Les subtilités de la vraie vie, des réalités du quotidien sont alors brutales et la réadaptation nécessaire. Passé la période de la notoriété, le milieu délaisse, oublie ou se souvient brièvement. Le milieu laisse souvent seul celui qui a pourtant donné parfois jusqu’à sa propre santé pour son sport. La descente aux enfers peut, dans certains cas, être rapide, parfois plus longue et parfois avec des fins tragiques. 
Ainsi, pour que le monde du rugby puisse clamer fièrement haut et fort que le jeu en vaut la chandelle, les clubs doivent proposer de véritables plans de carrière construits autour des hommes, avec les hommes, pour les hommes. Car accompagner, c’est apprendre à mieux connaître l’homme plus que le joueur. Les clubs doivent considérer les fragilités de ceux-ci autant que les staffs médicaux ne pansent leurs blessures. Psychologues, conseillers d’orientation, coachs mental, accompagnants en suivis d’études ou en réinsertions professionnelles, aidants en reconversions professionnelles, voilà les postes à temps pleins qu’il convient de créer dans les clubs de rugby pro puisque, finalement, les coachs ne sont là que pour gagner ou faire gagner. 

Article rédigé par Vincent Lagassé

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-16-decembre-2020/

Retrouvez la chronique de Vincent Lagasse, lors de l’émission « Le #MagSport » du 16 décembre 2020

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