Rugby – Nationale / JH.Tubert (Bourgoin) : «Le public se fait chier en regardant des matchs de Top 14!»

Le manager du CSBJ, Jean Henri Tubert, nous avait exposé sa vision concernant la médiatisation de la nationale, lords de notre débat sur le sujet. Pour celui qui est le patron du secteur sportif à Bourgoin, la concurrence du Top 14 ne doit pas effrayer les diffuseurs, car la nouvelle 3eme division du rugby français dispose d’atout pour se démarquer. Rencontre avec un technicien qui aimerait voir ce championnat passerelle avec la Pro D2, se rapprocher des canons médiatique et financier de cette dernière.

Crédit photo CSBJ Officiel
Jean-Henri, à Bourgoin, vous étiez un peu entre les deux. Si j’ai de bons échos, les deux propositions vous convenaient ? Vous étiez prêt à continuer à jouer, mais vous n’étiez pas non plus farouchement contre la suspension temporaire des compétitions.
JH Tubert (Bourgoin) ; Oui parce-que mon président était plutôt dans l’écoute sachant que nous avons 4 matches de retard. On ne peut pas dire que nous avons vraiment commencé ce championnat de Nationale et là, c’est l’homme de terrain qui vous parle et que pour nous, la priorité, c’est déjà de rejouer au rugby, aller sur le terrain et refaire des matchs de rugby, ça, c’est ce dont le staff et le groupe du CSBJ ont envie. Deuxièmement, jouer les Dijon, que l’on respecte, les Bourg-en-Bresse, les Chambéry, les Nice chaque année, on a envie de voyager et il y a un dicton qui dit  » les voyages forment la jeunesse  » donc, on a envie d’aller à Dax, Tarbes, Albi, Cognac. On a envie de voir un peu tout ce qui se fait dans le rugby hexagonal donc pour moi, clairement, mon positionnement est de continuer cette poule unique. Et les médias et les gens qui la suivent, car nous avons beaucoup de gens qui suivent ce championnat, on s’est aperçu qu’il y avait eu des audimats intéressants avec l’Équipe TV lors de matchs contre Dijon ou contre le SO Chambéry. Donc, je pense que pour les gens qui suivent ce championnat sur les réseaux, pour cause de Covid, c’est bien d’avoir une lisibilité. 
Juste pour faire un trait d’humour, vous dîtes que vous avez envie d’aller à Albi mais vous y êtes venus et vous avez même failli vous y noyer ? 
JH Tubert (Bourgoin) : A Albi, nous avons dû y aller avec les palmes et le tuba. Ne serait-ce que dans le couloir pour accéder au terrain, il fallait nager en fait. Et, on le sait, les rugbymen sont nuls en natation. 
A Bourgoin, j’imagine qu’on attend là-aussi la télé un peu comme le messie pour mettre en avant et la qualité du jeu du CSBJ et également bien sûr le club et la ville de Bourgoin en général. Le fait qu’il n’y ait pas eu de côté télévisuel pour l’instant est quelque chose qui doit vous déranger un petit peu ? 
JH Tubert (Bourgoin) : Il y a deux aspects dans la retransmission des matchs. Il y a l’aspect économique et, sur ce dernier, mon président a effectivement trouvé que de ne pas diffuser les matchs était dommageable pour lui parce qu’il vendait à nos partenaires et à nos sponsors une image télé donc, ça a été un manque à gagner. Ensuite, il faut quand même reconnaître, et je parle aussi au nom de mon président, que le dédommagement financier qu’était celui de l’Equipe TV l’année dernière était un peu léger. Quand on sait que des matchs contre Dijon ou contre le SOC pouvait ramener entre 400 et 500 000 spectateurs, ça fait quand même du volume et du monde. Donc, je comprends tout à fait qu’un président de club demande qu’il y ait un accompagnement financier plus important de ces chaînes qui souhaitent nous retransmettre. Sportivement, c’est très bien, les joueurs sont toujours contents de passer à la télé et ça rajoute encore de l’engagement mais effectivement, plus on sera à même d’être télévisé, mieux ça sera pour accompagner cette poule Nationale, comme le font le foot en National. Sur les horaires, il y a encore un vaste débat mais j’ai vu lundi soir un match de Bastia en National mais le lundi soir, c’est quand même compliqué pour nous. 
Il y a quelques années, le président de Bédarrides David Bellucci disait que c’était un  » SMIG télévisuel  » qui était donné aux clubs de Fédérale 1 à l’époque. C’est une façon de voir mais on peut se dire aussi qu’avoir une division 3 d’un sport collectif qui est diffusé à la télé, c’est quand même une belle chose et que c’est déjà pas mal d’avoir une petite obole ? 
JH Tubert (Bourgoin) : C’est vrai que c’est un plus, notamment l’accompagnement de l’animateur Benoit Cosset qui fait toujours preuve de beaucoup d’empathie et de beaucoup de dynamisme en compagnie de Christophe Domi ou Aubin Hueber, ils sont toujours très positifs avec nous. Pourquoi ? Parce-que ce championnat intéresse tout le monde. On se retrouve avec des clubs qui ont une histoire et qui veulent se reconstruire, on se retrouve aussi avec des jeunes du sérail que les gens, les partenaires, les supporters connaissent donc, on vient au stade pour les voir. On regarde les matchs à la télé pour voir le cousin, l’oncle ou l’ami d’untel, ce championnat est plus représenté par des joueurs français donc je pense qu’il peut attirer. Il peut attirer parce-que je pense que nous avons bien moins d’étrangers chez nous, dans notre championnat Nationale, que dans les niveaux Pro D2 ou Top 14, il peut vraiment attirer. Je pense que, si un média veut y mettre un peu plus de moyens, tout le monde sera content et on avancera main dans la main, l’économique et le sportif. 
Vous avez un point de vue sur cette annonce de diffusion des matchs de L’Équipe entre Janvier et Mai, annonce qui, pour l’instant est entre parenthèses, et sur le sujet de l’auto-diffusion par les clubs ? 
JH Tubert (Bourgoin) : C’est bien sûr une bonne nouvelle. Après, il va falloir qu’on nous donne le créneau, l’heure, le jour parce-que ça, ça a également une grosse influence sur notre public et sur nos supporters, c’est le premier point. Pour le deuxième point, ce serait effectivement bien qu’il y ait une vraie connexion entre la Fédé, les clubs de la Nationale et le diffuseur. On a besoin que tout le monde avance main dans la main, tout simplement pour que tout le monde y trouve son compte. 
On va parler du registre sportif par rapport à ces créneaux télévisuels. Si c’était le vendredi ou le lundi, comme on l’a entendu dire, est-ce qu’il y aurait un décalage sportivement dans la préparation par rapport aux autres équipes pour organiser la semaine de travail ? Ce serait aussi quelque chose à prendre en compte, il ne faudrait pas qu’il y ait décalage entre ceux qui sont télévisés et ceux qui ne le sont pas
JH Tubert (Bourgoin) : C’est compliqué de jouer le lundi et peut-être de rejouer le vendredi ou le samedi. Là ça demande une préparation physique sur la récupération et sur les entraînements qui est tout autre. Je pense que chez nous, à Bourgoin, la journée qui nous va le mieux est le samedi. C’est également la soirée sachant qu’après, derrière, par rapport au Covid, on va effectivement attendre les mesures donc, on ne va pas trop s’avancer pour l’instant. Mais je pense qu’on peut très bien concurrencer, même le vendredi soir, un match de Top 14 parce qu’il y a peut-être des moments où le public de Top 14 se fait chier en regardant des matchs de Top 14. 
Tu es donc prêt à aller te frotter au Top 14 le vendredi sur le créneau du vendredi soir ? 
JH Tubert (Bourgoin) : Oui, oui, parce-que la notion de matchs, ou notamment de derbys ou de gros matchs, en Nationale a son public, elle attire ses supporters donc oui. En Fédérale 1, quand nous avions joué Dijon en match décisif pour la première place, on avait un match de Challenge Européen en face et on avait fait un audimat qui était plus élevé que ce dernier. Donc, je me dis que nous avons notre public. 
Quels seraient les droits TV rêvés et espérés par Bourgoin ? On imagine que ce ne sera pas au même niveau que la Pro D2 mais qu’aimeriez-vous comme droits TV ? 
JH Tubert (Bourgoin) : On veut déjà ne pas rester sur ces fameux 2 000€ que l’on évoquait, 2 000€ pour l’équipe qui reçoit, 1 000€ pour l’équipe qui se déplace. Là, effectivement, en faisant venir la télé, on est plus perdants en perdant des spectateurs et du réceptif. Pour ça, je pense que ce sont les présidents qui vont se mettre autour de la table et il faut en effet trouver un juste milieu entre cet investissement, qui était dérisoire, et la Pro D2 parce qu’il faut y aller crescendo. Mais, ce qui est sûr, c’est qu’il faut le valoriser. 
Un naming, comme cela se fait dans le foot, en Ligue 1, Ligue 2 et même en D1 féminine qui est championnat semi-amateur / semi-pro, c’est quelque chose qui est intéressant et qui ouvre des perspectives ? 
JH Tubert (Bourgoin) : Bien sûr, on va tous évidemment aller dans ce sens-là du naming. Et celui qu’il faut embaucher pour cela, parce-que c’est le spécialiste, il n’est pas très loin de Bourgoin, c’est Jean-Mimi Aulas. Lui, il va y aller parce-que le naming, c’est sa bataille de tous les instants avec son stade. C’est pour la plaisanterie mais, tout ce qui peut amener un apport économique à mon président et à nos présidents de Nationale, sera bien évidemment le bienvenu. 
A Bourgoin, comment imagine-t-on cette Nationale dans l’avenir et comment aimerait-on qu’elle se structure ? 
JH Tubert (Dijon) : Ce qu’on imagine déjà d’un point de vue sportif, c’est qu’il y en ait deux qui montent dès cette année parce qu’on ne s’est pas battu toute cette intersaison pour créer cette Nationale sans rien au bout au niveau sportif. Dans 4 ans, je l’imagine avec un gros média, Eurosport ou Canal, qui nous accompagnent, avec du coup un naming qui nous accompagne également pour que l’on ait plus de moyens. Après, on s’aperçoit avec l’émergence du Covid que dans cette Nationale, on a eu peu le cul entre deux chaises, c’est à dire qu’on fait partie de la Fédération Française de Rugby, notamment par rapport à l’application des règles du Covid. Mais par contre, on s’aperçoit aussi que nous avons des contrats professionnels dans toutes les équipes sauf peut-être Blagnac qui est un cas un peu particulier. Donc, à nous peut-être de nous situer avec la Ligue pour avoir les mêmes exigences médicales, sportives et économiques qui nous permettront d’être vraiment alignés sur une pratique strictement professionnelle.  

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-20-novembre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Jean Henry Thibert lors de notre débat sur la médiatisation de la Nationale.

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