#Rugby – Fed1 / P.Buisson (FFR) : «Nous demandons, un peu de courage et qu’on nous dise réellement ce qu’il en est!»

Le nouveau vice président de la Fédération Française de Rugby en charge du monde amateur, Patrick Buisson est venu échanger avec Gérard Gabet (Stade Métropolitain), Benjamin Bagate (Trelissac), Jean Christophe Bacca (Graulhet) et Pierre Serena (Oloron), lors de notre débat sur « L’avenir et les statuts de la féd1. ». Entretien avec un haut dirigeant du rugby hexagonal, qui dans l’incertitude sanitaire actuelle, tente de fixer un cap pour la fédérale 1.
Patrick, comme on le disait lors de la dernière interview, tu as pris ce mandat dans la pire des périodes, quelques semaines avant un reconfinement. Un peu à l’image des clubs de Fédérale 1, la Fédé est en train de subir ce contexte ? 
PB (FFR) : Effectivement, à titre personnel je l’ai accepté mais ce n’est pas le problème, le problème est sur ce que vivent les clubs. C’est vrai qu’à partir du moment où le gouvernement a décidé de reconfiner toute la France, nous avons forcément été obligés de suspendre toutes les compétitions. Ca veut dire que tous les clubs sont fermés, que les jeunes ne viennent plus s’entraîner, il n’y a plus de lien social, il n’y a plus cette convivialité qui est en fait l’ADN de notre sport et de notre rugby amateur. C’est une période très, très compliquée à vivre pour les clubs et nous n’avons malheureusement pas de visibilité parce-que, ou en sommes nous, nous ? Nous sommes pendus aux annonces du gouvernement. Lorsque la visio s’est faite il y a quelques jours entre Bernard et d’autres acteurs du monde sportif et le président, ce dernier a dit  » oui, il faut remettre les jeunes sur les terrains  » mais ça veut dire quoi ? Est-ce que cela veut dire que nous allons peut-être pouvoir rouvrir les clubs pour qu’ils puissent s’entraîner ? Mais, est-ce qu’ils vont pouvoir recommencer à jouer parce qu’on le sait tous, pour les U18, U16 et même pour les écoles de rugby, l’intérêt est de s’entraîner, de voir leurs amis, leurs potes, d’échanger mais c’est aussi participer à des rencontres de temps en temps. Je suis content d’avoir 4 responsables de clubs de Fédérale 1 en face de moi parce qu’effectivement, la Fédérale 1 se sent peut-être aujourd’hui abandonnée, comme la Fédérale 2 et la Fédérale 3, mais sincèrement, nous sommes pendus aux annonces du gouvernement. A quel moment va t’on pouvoir permettre au clubs de s’entraîner ? A quel moment les clubs vont-ils pouvoir se remettre à pratiquer leur sport ? Nous n’avons pas de visibilité, je le dis sincèrement, aujourd’hui, nous attendons et on attend avec beaucoup d’impatience les discours et du Président en début ou milieu de semaine et celui de Mr Castex, le premier ministre, qui va peut-être nous éclairer sur la suite à donner aux compétitions. 
Suite aux retours des présidents sur la Fédérale 1 actuelle, est-ce qu’il y a une réflexion en cours à la Fédération pour faire évoluer ces statuts de la Fédérale 1 ? 
PB (FFR) : Avant de parler du statut du club, parce qu’il n’y a pas que le statut du joueur, il faut savoir aussi où placer le club, je voudrai dire qu’effectivement, il n’y a pas eu de note du service juridique adressée aux clubs de Fédérale 1 pour leur expliquer s’ils pouvaient s’entraîner, comment s’entraîner ou différentes choses. Par contre, depuis la dernière note du Ministère des Sports, j’ai demandé au service juridique de faire une petite synthèse pour adresser à tous les clubs de Fédérale 1 la note du Ministère dans un premier temps mais aussi pour leur expliquer de manière claire qui aurait le droit ou pas de s’entraîner en fonction du nombre de joueurs sous contrats ou non, du mélange de joueurs amateurs avec les joueurs sous contrats. Ca, ce sont des pistes et des informations mais ils doivent savoir qu’en dernier recours, seules leurs Mairies ou la Préfecture de leurs départements sont à même d’imposer des règles. Si, par exemple, on leur dit que sur un effectif, il y a plus de 50% de joueurs sous contrat et que dans ce cas, tout l’effectif senior peut s’entraîner alors que la Mairie décide que non, vous ne pourrez pas. Ensuite, je me pose la question du rugby amateur depuis bien plus longtemps que ma prise de fonction puisque c’est moi qui ait souhaité prendre la responsabilité du rugby amateur après le départ de Maurice, En effet, la Nationale a été créée de manière très rapide puisque c’est Bernard Laporte, après quand même quelques échanges entre nous, qui a accéléré le mouvement. On ne va pas refaire l’histoire, c’est justement parce-que la Pro D2 a fermé la porte au monde amateur que Bernard a souhaité accélérer le mouvement et c’est très bien comme ça. C’est l’extraction de tous ces clubs qui permet aujourd’hui aux clubs de Fédérale 1 de matcher entre eux et de ne plus matcher avec ces grosses écuries qui, avec leurs budgets parfois très, très importants, ou parfois avec ceux qui descendaient de Pro D2, ça faisait mal et ça cognait. Pierre Séréna d’Oloron a rappelé que, quand ils se pelaient Provence Rugby qui descendait de Pro D2, on sortait ses tripes pendant le match et on arrivait effectivement à les accrocher mais quasiment dès le début du championnat, on savait qui allait finir dans les deux premiers de la poule, ça n’était pas très intéressant. On va dire qu’aujourd’hui, la nouvelle formule avec la Fédérale 1 est beaucoup plus ouverte même si, et je vous le dis, il y a encore beaucoup de disparités entre les clubs de Fédérale 1 et même depuis l’année passée, puisque nous avons stoppé les relégations et fait monter des clubs de Fédérale 2 en Fédérale 1. Dans ces 45 clubs, il y a encore beaucoup, beaucoup de différences entre les clubs donc, aujourd’hui, nous sommes dans une situation où il faut réguler ces compétitions. Il faut vraiment définir ce qu’est la Nationale, ce qu’est la Fédérale 1 et ce que sont la Fédérale 2 et la Fédérale 3 et il y a d’ores et déjà des réflexions qui sont menées pour savoir comment nous allons réguler les différentes choses. Il y a eu référence à des clubs qui, aujourd’hui, n’ont aucun contrat avec des budgets conséquents et c’est en effet le rôle de la Fédération de contrôler et de fixer certaines règles. On ne peut pas dire  » c’est open bar, on a 800 000 ou 1M de budget et on a 0 contrat « , nous ne sommes pas dupes. Et là, tout le travail de la DNACG et des commissions de contrôles vont apporter des aides aux clubs mais aussi des contrôles. De toute façon, tous les clubs remontent leurs comptes à la Fédération, ils sont soumis à des contraintes et remontent leurs comptes, leurs budgets et leurs arrêtés comptables. Si le travail et l’analyse budgétaire est faite de manière précise, il y a forcément des clubs qui vont être interrogés sur les pratiques budgétaires dans leurs clubs. Ca, c’est à mettre en place mais surtout, ce que moi je souhaiterai une fois de plus, c’est échanger avec les clubs car aujourd’hui, je me pose une question :  » qu’est-ce que la Fédérale 1 pour eux ? Quelle est la typologie de clubs ? Est-ce que les 45 clubs qui sont actuellement en Fédérale 1 y sont tous invités ? « . Certes, le premier critère est le sportif, on est d’accord mais aujourd’hui, est-ce que certains ne se mettent pas en danger pour participer à cette compétition ? Ce sont des questions que moi, je me pose, que l’on se pose et sur lesquelles nous pourrions échanger ensemble. Mais, effectivement, il y a une première démarche à la Fédération qui sera partagée avec tous les clubs. Il est prévu de faire des réunions, pas à 45 mais à 3 x 15 parce qu’avec l’expérience que nous avons eue avec la Nationale, au-delà de 15 / 20 clubs, tout le monde n’aura ni l’espace ni la parole. Par contre, si nous sommes autour de la table avec une quinzaine de clubs, là,on pourra échanger et tout le monde pourra s’exprimer. Ce sera intéressant et nous allons ouvrir ce débat. 
Quand on écoute la diversité des échanges, c’est là que l’on comprend la complexité pour la Fédé d’arriver à un consensus ? 

PB (FFR) : Non, ce n’est pas la diversité des échanges. Première chose, on n’obligera jamais un club à avoir des contrats, on a des contrats quand on distribue de l’argent. Effectivement, si on distribuait de l’argent sous forme de primes ou d’indemnités kilométriques qui ne correspondent pas à la réalité, on met le club en danger. Le travail de la DNACG, quand elle contrôle les clubs, ce n’est pas forcément pour les punir mais ce qu’il faut, c’est protéger les clubs contre ce dont je ne sais pas si c’est de l’ignorance ou autre chose, mais il faut  leur expliquer que certains se mettent vraiment en danger en cas de contrôle. Si on distribue de l’argent qui ne correspond ni aux critères des IK ni aux critères des primes de matchs qui sont du plus, là, le club est en danger et on ne peut pas se le permettre. Donc, il faut vraiment, vraiment, vraiment encore une fois refaire beaucoup d’informations. Notre objectif est de pérenniser les clubs en Fédérale 1 et j’entends qu’il faut mettre des règles, moi, je dirai plutôt qu’il faut réguler. Il y aura en effet certains paramètres et certains critères à mettre en place mais ne pas sanctionner la première année. Ce sont des idées que je lance mais je prends l’exemple d’un club qui est en Fédérale 2 et qui, brutalement, se trouve en Fédérale 1 parce qu’il fait une saison exceptionnelle sportivement parlant. Ca n’était pas forcément prévu mais ça peut arriver et, si on met des critères drastiques entre la F2 et la F1 et que dès la première année, on lui dit  » tu ne corresponds pas et tu n’appliques pas les critères donc, on te rétrograde « , c’est dramatique. Il faut offrir un petit peu de souplesse et permettre aux clubs d’appréhender toutes les règles de la division supérieure pendant un certain temps et lui donner un délai cohérent, bien entendu pas pendant 10 ans, pour qu’il se mette en règle avec la division dans laquelle il va jouer. C’est valable d’Honneur à Fédérale 3, de Fédérale 3 à Fédérale 2 et de Fédérale 2 à Fédérale 1 mais sincèrement, je ne pense pas qu’il faille obliger brutalement les clubs. Soit les clubs respectent et se mettent en conformité sur les choses en évoluant dans le temps, soit ils ne respectent pas et, effectivement, il y aura peut-être sanction à terme mais pas une sanction brutale et immédiate. 
On entend beaucoup d’attentes vis-à-vis du Ministère des Sports. Où en êtes-vous à la Fédé dans ces communications et ces échanges avec le Ministère ? 
PB (FFR) : Je voudrais d’abord dire que, ce que nous demandons, c’est un peu de courage et qu’on nous dise réellement ce qu’il en est. Effectivement, le virus ne va pas s’en aller au 1er Janvier et reprendre le 10 Janvier est complètement impossible. Le pire serait de reprendre et de nous ré-arrêter après, ce serait le pire. 

Et si on en arrive là ?

PB (FFR) : Malheureusement, c’est le pire. Si Véran dit  » il y a risque avec le sport collectif et de faire voyager des gens en bus  » et qu’on nous reconfine mi-février parce qu’on aura passé Noël et qu’on aura peut-être fait la fête, là, ça sera dramatique et je pense que les clubs ne pourront pas revivre encore une suspension de championnat, ça va être dramatique. Il faut aussi que les maires soient courageux, si on nous permet de reprendre demain, il ne faudra pas fermer les vestiaires parce-que, comment peut-on jouer au rugby sans vestiaire et sans douche ? Ce n’est pas possible. Si on reprend, c’est mon avis et je ne sais pas si c’est celui de toute la Fédération et celui des clubs, je dis sincèrement que l’on doit reprendre dans des conditions normales. Pourquoi ? Parce-que l’économie de la Fédérale 1, en majorité, ce sont les recettes, la buvette et c’est ce qui fait vivre ce rugby amateur, la Fédérale 1, 2 et 3. Mais même en Nationale, les clubs ne veulent pas repartir si c’est à huis-clos et c’est tout à fait normal. Qu’est-ce qu’on attend du Ministère ? On attend des directives claires et courageuses et ne pas nous donner une information tous les 15 jours en nous donnant une petite carotte puis en nous l’enlevant et en nous en redonnant une autre. Non, ce n’est plus possible parce-que derrière, et je ne parle pas seulement que du rugby mais de tous les sports confondus, tu as tous les joueurs, tous les dirigeants. Nous ne sommes pas des gamins, il faut que l’on nous dise la réalité des choses. Ce que je dis moi aujourd’hui, c’est qu’il faut que l’on reprenne dans des conditions normales et si on ne peut pas le faire, ça va être très difficile à vivre. C’est Didier RetièreBernard Laporte et Serge Simon qui se déplacent au Ministère et qui sont en contact avec eux. Je vais me faire l’avocat de notre Ministre Roxana, peut-être qu’elle n’est pas très claire parce qu’elle non plus n’a pas toutes les informations et qu’elle sait très bien qu’au Gouvernement, c’est le Président et le Premier Ministre qui décident avec Olivier Véran. Elle, on l’envoie au feu et ce n’est malheureusement pas très simple pour elle. 
Pour aller dans ton sens, on a vu que la seule proposition qui avait été assez claire dans les derniers jours, c’est cette jauge par densité et ce n’est pas Roxana Maracineanu qui l’a annoncé mais Emmanuel Macron. On a l’impression que les décisions sont très horizontales et qu’il faut toujours attendre la parole présidentielle pour avoir un véritable cap ? 
PB (FFR) : Le Président de la République a effectivement dit qu’il allait réouvrir en mettant des jauges de spectateurs en place. Mais maintenant, il faut aller très vite parce-que c’est une annonce politique mais il faut donner la règle de calcul : si tu as 3 000 places dans ton stade, combien tu mets de personnes, si tu en as 2 000, combien tu mets de personnes ? Et sous quels critères, et si tu en as 80 000, combien tu mets de personnes ? C’est bien de faire des annonces, ça fait plaisir, on gagne du temps mais maintenant, il faut avoir des informations précises et concrètes. 
Est-ce qu’il y a une synthèse des optiques qui se dégagent pour essayer de boucler cette saison 2020 / 2021 qui est hors du temps ? 
PB (FFR) : Les services de la Fédération travaillent forcément sur des hypothèses de reprise du championnat, en extrapolant sur des dates de reprise. Pourquoi on ne les propose pas ou on ne les soumet pas aujourd’hui ? Parce-que c’est tout simple et, comme je l’ai dit tout à l’heure, on attend cette semaine pour pouvoir peut-être avoir plus de visibilité si, encore une fois, notre gouvernement fait de vraies, vraies annonces. Vous êtes tous comme moi, vous vivez assez bien les championnats, vous regardez les poules, vous regardez le nombre de matchs qui sont joués, vous avez entendu Bernard Laporte s’exprimer sur la suppression éventuelle des phases finales. Il y a d’autres possibilités comme geler les matchs comme on l’a fait avec la Nationale et tout un tas d’autres. Mais la vraie, vraie question que l’on doit se poser, c’est à partir de quel moment on peut vraiment parler d’une saison sportive cohérente qui va permettre de faire monter des clubs ou de leur donner la possibilité de monter et d’autres, malheureusement, de descendre. On va essayer d’éviter le plus longtemps possible la saison blanche parce-que deux saisons blanches de suite, c’est très difficile à vivre pour les clubs mais, à un certain moment malheureusement, si nous ne sommes pas capables de reprendre à partir d’une certaine date …
Quelle est la date butoir ? 
PB (FFR) : Si tu n’as pas recommencé au 15 / 20 Février, ça va être compliqué après, à mon avis. Tu ne vas pas faire une saison avec 10 / 12 matchs, on avait quand même prévu des saisons à 20 matchs minimum voire 22 donc, on échangera entre nous. Mais en plus, repartir au niveau sportif, certes, mais repartir à huis-clos, les clubs vont tous mourir. Nous, nous bâtissons des scenarii, des hypothèses en fonction des dates de reprise, nous avons 2 / 3 hypothèses de compétition, on échangera. Dans tous les cas, à un moment donné, certes on échangera mais pas trop longtemps car la Fédération doit aussi assumer son rôle, elle doit trancher et c’est forcément elle qui imposera une compétition. C’était déjà compliqué de discuter à 14 donc, je pense que ça va être encore plus compliqué à 45. Je le redis, on a prévu d’échanger parce-que c’est bien et on l’a prévu début Décembre mais ce que j’aimerai, c’est qu’on échange sur des bases concrètes, des bases où on sait un petit peu où on va et puis qu’on décide entre nous à quel moment la saison sportive n’est plus une saison sportive normale de championnat. Les péréquations, c’est bien beau mais à un certain moment, ça ne veut plus rien dire et, si on change le format de la compétition, ce qu’on sera obligé de faire si on gèle des journées ou qu’on supprime les phases finales ou si on refait une nouvelle compétition, on ne peut pas dire à un club  » toi, tu as reçu 10 fois et l’autre s’est déplacé 19 fois « , ça, ça n’est pas possible, il faut aussi respecter l’équité. Encore une fois, aujourd’hui, je n’ai pas grand-chose à vous dire et ça ne sert à rien d’annoncer des choses si on n’est pas capable de les respecter.  

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-20-novembre-2020/
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Retrouvez l’intégralité du débat « Quel avenir et quels statuts pour la Fed1 » lors de l’émission « Le #MagSport du 20 novembre 2020 ».

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