#Rugby – Fed1 / P.Serena (Oloron) : «Je préfère arrêter plutôt que de faire tomber le club !»

Lors de notre débat sur « L’avenir et les statuts de la Fed1. », le vice président du FC Oloron est venu à notre micro, pour exprimer son ressenti face à une situation anxiogène. Alors que la fédérale 1 est re-confiné et que les clubs attendent des pouvoirs publics un véritable plan de relance des compétitions, Pierre Serena a poussé un coup de gueule. Rencontre avec un dirigeant passionné, qui n’a pas peur de mettre les mains dans le cambouis et à dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.
Crédit photo FCO Rugby Officiel
Dans cette poule 4 béarno / gerso / landaise, c’est quand même pour toi un début de saison et un contexte qui te laisse sur ta faim : pas de buvette, quasiment pas de public, un arrêt au bout de deux mois, des matchs annulés. J’imagine que tu es un peu comme une âme en peine ? 
PS (Oloron) : Oui, il est sûr qu’aujourd’hui, il n’y a plus de lien social, un stade vide, un club-house auquel on ne peut pas accéder, tout ce qui fait qu’aujourd’hui, tout s’arrête donc, ce n’est pas facile à gérer. Ce n’est pas facile non plus de mettre les joueurs dans de bonnes conditions pour s’entraîner puisque les salles de musculation sont fermées pour la plupart donc un contexte compliqué, comme tout le monde. On serre les dents comme on dit, on va essayer de repartir mais ça sera compliqué parce-que, mobiliser les jeunes aujourd’hui, ça n’est pas simple. Il y a beaucoup de choses autour du rugby qui fédèrent aussi les jeunes donc, ce n’est pas facile. On attend, on verra si la reprise peut avoir lieu en Décembre pour les entraînements, si la compétition redémarre le 10 Janvier. Je l’espère mais aujourd’hui, on ne fait plus de plan sur la comète et j’espère surtout que cette période va aussi faire penser les clubs différemment parce-que j’ai appris plein de choses pendant cette période de coupure et ça me dérange un peu. Ce que j’ai entendu de certains présidents me dérange un peu, je m’en fiche, je n’ai rien à perdre et de toute façon, je dis toujours ce que je pense. Quand j’entends certains présidents dire aujourd’hui  » nous, si on est à huis-clos, sans buvette, sans spectateur, on peut quand même continuer un petit peu « , je me demande alors comment on fait pour payer les joueurs et pour tout le reste. Il y a des modèles économiques qui me laissent un peu sur ma faim donc, ça me dérange un peu d’entendre certains présidents et j’espère qu’on va repenser cette Fédérale 1, notamment au niveau des budgets. Moi, ce que j’aimerai, c’est qu’on ait des vrais budgets. J’espère que certains m’entendront et qu’ils comprendront ce que je veux dire. 
On sait que c’est Laurent Malié à Oloron qui a un peu relevé la mêlée concernant le sujet des statuts de la Fédérale 1. Qu’est-ce que votre club attend des réflexions sur les statuts ?  
PS (Oloron) : Moi, la question que je me pose, c’est comment un club comme nous arrive quand même à avoir des contrats avec un budget de 500 000€ et comment dans certains clubs qui ont 700 ou 800 000€, j’entends  » on n’a pas de contrat « . Quand je vois le mal que nous avons dans notre village où, pour faire venir les joueurs chez nous, nous sommes obligés d’en contractualiser certains, je me pose des questions. Ces présidents ont bien de la chance de n’avoir pratiquement que des joueurs à la prime de match. C’est la question que je me pose puisqu’on sait que l’on peut intégrer une prime de match à 130€ maximum, c’est la Fédé qui a imposé cela et moi, j’entends aujourd’hui que certains, avec 600 ou 700 000€ n’ont pas de contrat donc, ils ont de la chance d’avoir des joueurs pratiquement bénévoles. Ça a été très bien de créer la Nationale parce qu’on ne peut plus suivre les gros clubs. Autant il y a 10 ans, quand je jouais, on était capable de recevoir Valence-Romans, la Seyne-sur-Mer, Bourg-en-Bresse mais aujourd’hui, on ne peut plus parce qu’ils ont aujourd’hui 3 ou 4M de budget alors qu’il y a 10 ans, ils avaient 1M ou 1M5 donc, sur un match, on pouvait avec toutes les valeurs du rugby mais aujourd’hui, on ne peut plus. Donc, je pense que la Nationale a fait partie d’une très bonne chose pour les clubs comme nous, les bastions du rugby Graulhet, Oloron, qui luttent aujourd’hui pour rester en Fédérale 1, je trouve que ça a été très bien. Maintenant, il faut approfondir un peu plus le travail de la Fédérale 1 et peut-être imposer des choses, moi, je trouve qu’il faut imposer des choses aux clubs. Je pense déjà que le mot  » Fédérale 1 amateur  » me dérange, le mot amateur me dérange. Je côtoie des joueurs amateurs qui paient leurs licences, qui paient leurs repas le vendredi soir pour manger au stade qui ont 0 dans des clubs de 3e série, de Promotion Honneur à côté de chez nous. 
Tu es en train de dire que les vrais amateurs se battent pour un short, un maillot et l’amour du village ? 
PS (Oloron) : Ca, c’est amateur. Aujourd’hui, quand on défraie un joueur tous les mois, il a un rendu à rendre au club et ce n’est plus être amateur. Je pense que beaucoup sont d’accord avec mes propos, moi, je le dis et je pense qu’aujourd’hui, il faut approfondir le travail de la Fédérale 1 et se dire  » ceci est bien sûr un complément mais est-ce que ça n’équivaut pas à un contrat de travail, à un contrat fédéral ? « . Je me rends compte, j’entends et j’ai écouté, que ceux qui voulaient continuer le championnat, ce sont surtout ceux qui n’ont pas de contrat et qui n’ont pas de charge. Quand tu n’as pas de charge ni d’URSSAF à payer, quand tu n’as pas tout ça, il est sûr qu’il est plus facile de continuer le rugby mais quand tu as des contrats et que tu dois payer des charges, ce n’est pas facile quand tu n’as pas de rentrée. Et s’il faut faire un tour de table et mettre une équipe avec des présidents de Fédérale, pourquoi pas, pour dire aujourd’hui  » on met des règles « . Même si cette poule Nationale a fait du bien parce qu’on ne pouvait plus suivre, on pouvait faire un match mais en enchaîner entre 3 et 5 gros matchs, on ne pouvait plus donc moi, je penche aussi pour se mettre autour de la table et trouver des règles pour la Fédérale 1. 
S’il y avait une obligation à terme de n’avoir que des contrats, est-ce qu’Oloron pourrait continuer à exister en Fédérale 1 ou vous faudrait il rentrer dans le rang de la Fédérale 2 ? 
PS (Oloron) : Déjà, je pense que revenir sur la pluriactivité à ce niveau va être essentiel parce qu’aujourd’hui, on ne peut pas empêcher un président qui monte de Fédérale 2 à Fédérale 1 d’avoir 900 000€ de budget, on ne pourra jamais empêcher cela. Par contre, il faut mettre des critères et dire  » oui, vous montez mais attention, voilà ce qu’il faut ; tant de contrats, limitation des indemnités kilométriques  » et je n’en démords pas, je pense qu’il faut en passer par là. Je pense qu’il faut faire des critères parce qu’on l’a vu, il y aura toujours des disfonctionnements, La Seyne en est un exemple, Hyères-Carqueiranne aussi mais il y en aura beaucoup moins en enlevant déjà ces clubs qui sont partis en Nationale, il restera peut-être 3 ou 4 clubs qui seront au-dessus du lot en Fédérale 1 sur le côté budget. Maintenant, je vais être clair : pourquoi avons-nous aujourd’hui un minimum pour faire un contrat de 500€ ou 480€ nets ? Pourquoi, par exemple, on n’aurait pas des contrats de 150€ ? Pourquoi aujourd’hui avons-nous une limitation de prime de match à 130 et pourquoi on ne la pousserait pas à 200 ? J’entends des joueurs que j’ai récupérés l’année dernière qui me disaient  » Pierre, l’année dernière, j’étais professionnel  »  » d’accord, combien tu gagnais ?  »  » 1 300€  »  » et tu te considères professionnel ? « . 
C’est ce qu’on appelle le professionnalisme au rabais
PS (Oloron) : A 1 300€, est-ce qu’il ne vaut mieux pas avoir un emploi de fonctionnaire plus un complément ? Parce qu’à 1 300€, je peux vous dire que ce joueur appelait son père et sa mère à la fin du mois pour lui remettre dans la gamelle. Donc, aujourd’hui, je pense qu’il faut repenser cette Fédérale 1, il faut remettre de la pluriactivité et il faut mettre des critères, si on met des critères aux clubs, il faut les appliquer. Aujourd’hui, Oloron comme Graulhet, n’a pas l’aspect financier ni l’économie aussi forts pour faire 25 contrats, c’est clair. Par contre, si on commence à mettre des contrats à 250€ au lieu de 480, on pourra peut-être. Est-ce qu’on peut pousser la prime de match jusqu’à 200€ ? Par contre, je mets le doigt dans le cambouis, parce qu’on le sait tous le problème en Fédérale 1, aujourd’hui, c’est la limitation des indemnités kilométriques qui fera que la Fédérale 1 basculera ou restera un échelon  » propre « . Beaucoup le pense, moi, je dis ce que je pense mais c’est la vérité donc, je pense qu’il faut qu’il y ait des critères et si les critères sont respectés, ça sera une très bonne Fédérale 1. 
A Oloron, qu’est-ce qu’on attend du Ministère des Sports ? 
PS (Oloron) : Tu sais ce que j’attends ? J’attends qu’ils nous disent  » c’est bon, les stades vont être pleins, la buvette va tourner et ça va sentir la merguez  » (rires). Plus sérieusement, ça dépend de comment on va repartir : vestiaires ou pas vestiaires, huis-clos ou pas huis-clos. Si tu nous enlèves ça à Oloron, le côté populaire et le côté festif, le club ne vit pas, on en a parlé avec Laurent et si demain, on nous dit  » il faut repartir avec ces contraintes « , dans quatre mois, nous sommes morts, c’est bien clair. On ne peut pas vivre, ce n’est pas possible de vivre sans recette, sans salaire, on ne peut pas vivre. 
Et également vivre sans sa passion 
PS (Oloron) : Mais vivre, c’est la passion ! On a que ça à faire le week-end parce qu’on est confiné mais franchement, quand je vois ces stades vides sans ferveur, sans rien, c’est quand même la petite mort. Pour les joueurs de Top 14, jouer dans un stade vide, on entend le soigneur qui fait son commentaire, on entend tout. On vit quand même pour le rugby, on vit pour ça, pour ces moments de chaleur, pour ces moments de communion, on vit aussi pour se faire un peu fricasser à la buvette lors des derbys mais c’est ça qu’on aime dans le rugby. Si on n’aime pas ça … mais je crois qu’on aime tous ça, cette passion. Aujourd’hui, on attend mais on a quand même très peu d’espoir que de se dire que oui, demain va être comme avant, ce n’est pas possible. Ou alors, il y a quelque chose qui se passe mais est-ce qu’il ne vaut pas mieux repartir en Mars sur un championnat de 3 à 4 mois ? Parce-que si demain, on doit repartir à huis-clos alors qu’on sera peut-être à nouveau arrêté dans un mois, ça va être très compliqué pour nous. On est bénévole, nous sommes des présidents bénévoles qui gèrent, je gère des employés parce-que quand on a des joueurs sous contrat, il faut être là, il faut regarder leurs présences, il ne faut pas oublier les congés, il ne faut pas oublier plein de choses. C’est compliqué donc, j’espère qu’on va reprendre parce-que ça manque mais revenir comme avant, je pense que ce sera compliqué, au moins au début, il ne faut pas se le cacher. 
Restons les pieds sur terre comme on dit
PS (Oloron) : Bien sûr. 
On entend pas mal de personnes commencer à dire qu’il vaudrait mieux limite une saison blanche, plier les gaules que plutôt crever la bouche ouverte. Tu corrobores tout ça ? 
PS (Oloron) : Bien sûr que moi je préfère arrêter plutôt que de faire tomber le club ! Je suis en première ligne avec Laurent, nous avons repris le club et ça ne tapait pas au portillon. Quand il faut être bénévole et prendre des responsabilités, je peux vous dire qu’il n’y en a pas beaucoup, beaucoup aime le club mais pour se mouiller, pas trop. Donc oui, nous avons pris des risques et si aujourd’hui, on repart comme on l’a dit, un peu avec des contraintes, on met le club en cessation de paiement dans quatre mois. Si on doit repartir, bien sûr que l’on doit repartir avec un maximum de précisions sur ce que va être la saison à venir. On ne peut pas repartir tous les 15 jours avec une annonce, 15 jours après, on dira autre chose, il faut peut-être que ça s’arrête et qu’on reparte avec des certitudes. Aujourd’hui, on n’en a pas donc, on va attendre mais comme l’a dit Jean-Christophe (Bacca), il va y avoir beaucoup de dégâts et c’est vrai que ça fait peur. Déjà que c’était compliqué de fédérer les bénévoles et souvent, les bénévoles, ce sont les anciens. Ce qui me désole un peu, c’est que ceux de ma génération viennent au stade, ils y ont passé 10 ans, on a vécu des bons et des mauvais moments comme tous joueurs de rugby mais j’ai envie de dire à certains  » rendez un peu les gars, revenez « . Certains me disent  » moi, j’ai donné pendant 10 ans  » mais c’est facile d’être venus et ce n’est pas ça donner. Donner, c’est venir et se dire  » je vais donner pendant 3 / 4 ans en tant que bénévole à mon club « . C’est ça qui m’attriste aujourd’hui, c’est que j’entends beaucoup de donneurs de leçons mais quand il faut lever le doigt en première ligne et dire  » hop, hop, je me mouille  » et bin non. Par contre, après, ils vont te dire  » non mais, il y a que, il faudrait, il faut que  » ok mais viens avec moi, relève toi les manches et met les mains dans le cambouis. Parce qu’aujourd’hui, il y en a beaucoup qui me disent  » j’aimerai pas être à ta place « , évidemment que non, personne n’aimerait. Quand tu es président, tu as des choix à assumer, tu as des responsabilités, tu as des salaires à assumer et aujourd’hui, c’est compliqué donc, si on doit repartir, il faut que l’on ait un maximum de responsabilités mais surtout, qu’on ne parte pas à l’aveugle en se disant  » peut-être que là, on va jouer, peut-être que là non « . Non, ça n’est plus possible parce-que sinon, il n’y aura plus de bénévole. Donc moi, j’espère que le Gouvernement va se mouiller parce-que, jusqu’à présent, il ne se mouille pas trop et il ne pense pas à tout le monde qui a pris des responsabilités et des responsabilités pour rien, pour zéro. Donc, j’aimerai qu’il se mouille vraiment et qu’il sache un peu où on va parce-que là, ça ne peut pas durer. 
Propos recueillis par Loïc Colombié
https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-20-novembre-2020/

Retrouvez l’intégralité du débat « Quel avenir et quels statuts pour la Fed1 » lors de l’émission « Le #MagSport du 20 novembre 2020 ».

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