#Rugby – Fed1 / JC Bacca (Graulhet) : «Je crois énormément à la pluriactivité et j’y crois même au plus haut niveau!»

Jean Christophe Bacca, le manager du Sporting Club Graulhetois est revenu avec nous, lors du débat « Quel avenir et quel statut pour la Fed1″ sur sa vision du rugby actuel et sur ses problématiques. Entretien avec un passionné qui entretien une certaine façon d’appréhender son sport et une manière de vivre l’ovalie. Pour celui qui a connu tant le rugby pro que les joutes amateur, la pluri activité est une perspective structurante.
Crédit photo Arnaud Bertrand / SC Graulhet
A Graulhet, on avait beaucoup d’espérances à l’intersaison avec un beau recrutement, on espérait repartir sur une belle dynamique. Ce début de saison a été catastrophique parce-que vous n’avez quasiment pas pu jouer, vous n’avez fait que deux matchs et maintenant, il y a ce nouvel arrêt. Où en êtes-vous à Graulhet, comment est-ce que vous soupesez cette situation ? 
JCB (Graulhet) : C’est la difficulté que subissent tous les clubs de Fédérale 1. Il n’y a pas la possibilité de s’entraîner, la possibilité de suivi est là aussi très compromise puisque, contrairement à beaucoup d’équipes de Nationale, de Pro D2 ou de Top 14, nous n’avons pas l’accès à des salles de muscu privées, puisque la plupart des clubs de Fédérale 1 se débrouillent avec ce type de structures. Donc, les salles de sport étant fermées, nous n’avons pas non plus la possibilité de maintenir une certaine forme physique et c’est la difficulté que vivent la plupart des clubs de Fédérale 1, je crois que c’est notre problématique essentielle. Après, bien sûr, la vie des clubs est à l’arrêt c’est à dire que, tout ce qui fait l’intérêt de cette division à savoir la convivialité et les rapports humains sont complètement oubliés puisque le Covid ne nous permet évidemment pas d’avoir des réceptions et donc, d’échanger avec les autres joueurs, les autres entraîneurs, les autres bénévoles et administratifs. Mais je suis aussi très inquiet pour les jeunes parce-que nous n’avons pas de centre de formation ce qui veut dire que nos cadets, nos juniors et nos espoirs, qu’on a déjà du mal à garder dans nos structures et qu’avec des périodes d’arrêt comme cela, on va perdre des gamins à n’en plus pouvoir. Je crois que le rugby français amateur dans son ensemble va être extrêmement impacté, au niveau des seniors bien sûr mais aussi au niveau des jeunes qui, si on ne pallie pas rapidement à cette carence, vont petit à petit quitter le navire. Il y a tellement d’offres aujourd’hui, plus le fait que la tendance est plutôt aux jeux vidéo qu’à l’entraînement de rugby à longueur d’année que, si en plus on a des pertes énormes sans possibilité de faire venir les gamins et de les intéresser, on va subir ça de plein fouet. 
Ce statut de la Fédérale 1 est un peu la quintessence de ta carrière. Tu as commencé dans le rugby amateur pour finir ta carrière de joueur dans le rugby pro à Albi, tu as été entraîneur de rugby pro pour maintenant rebasculer entraîneur dans le rugby semi-amateur pluriactif. Ce statut résume vraiment toute ta carrière ? 
JCB (Graulhet) : Oui, bien sûr, c’est ce que j’ai connu mais c’est parce-que tu me renvoies à mon âge (rire). J’ai bien sûr connu le rugby amateur et le rugby professionnel mais, au-delà de mon cas personnel, je crois que ce qui est important, c’est qu’il y avait une volonté de la part des clubs de Fédérale de faire remonter ça. Et il faut remercier la Fédération qui a trouvé une espèce de solution alternative en créant la Nationale pour qu’il y ait un peu plus d’homogénéité parce qu’il est sûr que quand Graulhet avec 400 000€ de budget prenait Albi, pour ne citer qu’eux, en championnat, 400 000€, cela correspondait au budget de l’association albigeoise. Donc, le différentiel était tel que, quand on prenait 35 points à Graulhet face à Albi, on considérait que nous avions fait un bon match. C’était quelque chose qu’il fallait changer, la Fédération a eu le mérite de nous écouter et d’écouter un peu le retour des clubs de Fédérale 1 dans son ensemble et on a donc créé cette division un peu alternative. Moi, je trouve que c’est plutôt une bonne chose, on retrouve de l’homogénéité au niveau de la Fédérale 1 aujourd’hui malgré encore certaines disparités avec certains clubs qui ont des budgets très importants en Fédérale 1. Mais, on sent quand même que l’on peut rivaliser avec des équipes et même Graulhet et d’autres comme Oloron, qui sont des petits poucets en termes d’infrastructures, de nombre de joueurs ou de budget tout simplement, nous avons l’impression d’amener une vision et un objectif aux groupes de joueurs, que ce soit les seniors ou les espoirs en leur disant  » vous avez l’opportunité de jouer quelque chose « . Là, il faut quand même remercier la Fédé qui a essayé de faire bouger les choses même si le système n’est pas parfait mais aucun système ne l’est. Il me semble que, si on met de côté le Covid, on avait quand même une lumière qui éclairait au bout du chemin en disant que des clubs comme nous, des clubs ruraux, des petits clubs au sens noble du terme avaient la possibilité de tirer leur épingle du jeu et d’aller dans une division qui pouvait se niveler et permettre de prendre du plaisir. Parce-que, jouer des Albi ou des Tarbes à leurs firmaments, c’était plutôt compliqué pour des clubs comme nous et c’était un peu difficile, même si on considère que jouer de temps en temps des équipes d’un meilleur niveau, ça reste enrichissant pour la majorité des joueurs. Je parle du cas personnel de Graulhet mais nous retrouver comme il y a trois ans avec Valence, Albi, Tarbes, Aubenas avec à cette époque un budget conséquent et Blagnac, ça devenait difficile dans une poule de 11 de s’en sortir. Donc, il y a quand même ça qui a été mis en place, je remercie la Fédération là-dessus, il est sûr que le Covid a un peu tout arrêté et, bien sûr, nous sommes bien d’accord que les joueurs et les clubs de Fédérale 1 qui ont la possibilité d’avoir des joueurs   » semi-pros « , parce qu’avec les contrats fédéraux, on retrouve ce type de fonctionnement dans le rugby Fédérale, ont quand même un petit avantage. Moi, je ne suis pas sûr que les trois maçons, sans que ce soit péjoratif pour les autres, ou le peintre en bâtiment qui travaillent toute la journée aient envie de faire le programme que je leur ai envoyé pour Novembre et Décembre en disant  » on verra en Janvier « . Un joueur qui est pluriactif avec un contrat semi-pro ou un contrat fédéral est un peu plus concerné par cette préparation. Ça peut créer un décalage si le rugby reprend mais on ne peut pas incriminer la Fédération qui, en tous cas, a essayé de niveler. Le Covid va bien sûr créer des problématiques ne serait-ce que par rapport au championnat : il y a des clubs qui ont déjà joué 5 ou 6 matchs, nous, on en a joué deux. Il y a des clubs qui n’avaient pas joué jusqu’en Octobre avant que le confinement ne nous arrête tous, c’est plutôt compliqué. Mais là, il faut faire contre mauvaise fortune bon coeur, j’espère que ça va s’arranger et voilà. Je crois que nous avons la possibilité de rebondir car, par contre, les joueurs qui ont commencé la saison, ont vraiment une volonté de jouer, on le voit. Il ne faut pas oublier que certains ont été arrêtés depuis le mois de Mars 2020, on sentait vraiment que les joueurs avaient une volonté, que ça leur manquait vraiment et on a un peu joué là-dessus. Il ne faut pas que ça dure trop longtemps parce-que sinon, on va se retrouver dans la difficulté mais que le rugby manquait à ces joueurs-là parce qu’ils n’avaient pas fait de match depuis X temps fait que je crois qu’à la reprise, nous allons pouvoir rebondir là-dessus. S’il y a une 3e ou une 4e vague, là, ça va devenir extrêmement compliqué mais je crois que, que ce soit du Top 14 à la Série, si le Covid n’est pas enrayé, ça le deviendra pour tout le rugby français. 
Imaginer Graulhet avec tout son groupe qui a des contrats fédéraux, c’est réalisable ou c’est une totale utopie ? 
JCB (Graulhet) : Totalement utopique, ce n’est pas possible sur des clubs de Graulhet ! Ca l’est encore pour certains qui ont un tissu économique et social qui leur permette d’avoir des contrats pluriactifs avec des métiers qui peuvent aussi s’accommoder de la nécessité des entraînements quotidien sur un système pluriactif mais pour des clubs comme Graulhet, c’est quasiment impossible. Déjà, quand on arrive à 5 / 6 contrats fédéraux pluriactifs,  c’est un miracle. La disparité va exister, même en Fédérale 1, si on résume aujourd’hui dans notre poule, le sud-est avec La Seyne, Berre l’Etang et Hyères ont des systèmes qui sont plus proches de la Nationale que du nôtre. Je parle de La Seyne parce-que c’est le dernier match que nous avons fait, il y a un groupe de 45 semi-pros ou, en tous cas, 45 joueurs qui ne descendent jamais en espoirs et qui ne s’entraînent qu’entre eux pour fonctionner. C’est une chance pour La Seyne et tant mieux pour eux mais on voit qu’il y a déjà une disparité au sein de la Fédérale 1. Ca, c’est le rugby actuel et ça rentre dans tous les paramètres de fonctionnement du système. De toute façon, si on légifère et je le souhaite pour des clubs comme Graulhet, Oloron, Lombez-Samatan et d’autres qui ont besoin que l’infrastructure financière ou autre soit peut-être un peu plus encadrée même si je pense que ce n’est déjà pas trop mal puisque la DNACG passe et que l’on doit renvoyer nos comptes. Ce n’est pas chacun qui fait comme il veut, il y a quand même des budgets qui sont envoyés à la Fédé et à la DNACG qui regardent un peu ça donc, ça n’est pas n’importe quoi. Par contre, il est vrai que cela mériterait aussi d’être encadré mais ça a toujours existé et nous avons tous dans nos expériences passées vu des clubs de Fédérale 2 et Fédérale 3 qui organisaient des défraiements de joueurs avec 10 joueurs qui ne travaillaient jamais. On a tous connu ça et nous avons tous un exemple de club qui a fait ça donc, c’est très compliqué à contrôler. Après, je pense que dans le rugby actuel, il faut que l’on arrive à tirer notre épingle du jeu et je pense qu’elle passe par la formation. Les deux choses qui vont nous aider sont d’un côté la formation et de l’autre la pluriactivité, si on arrive à trouver à des joueurs des métiers qui sont compatibles avec un entraînement quotidien, ça va être la chance de clubs comme nous. Maintenant, ça reste encore très compliqué et c’est vrai qu’il y aura toujours des disparités mais c’est quelque part le jeu. Avoir une Fédérale 1 complètement homogénéisée, ça serait bien, ça serait comme si on partait tous avec la même voiture en Formule 1 mais Lewis Hamilton a une voiture que n’ont pas les derniers sur la grille de départ. Donc, c’est dommageable mais je pense qu’avec la création de la Nationale et cette Fédérale 1 aujourd’hui qui bien sûr, comme toute compétition, est loin d’être parfaite et on peut toujours faire mieux mais, malgré tout, elle a le mérite d’avoir un peu nivelé. Je parle pour les clubs ruraux, les petits clubs, les clubs de villages et si on s’appuie sur la formation d’un côté et sur la pluriactivité de l’autre, je pense qu’on pourra tirer notre épingle du jeu. Dernière chose, je crois énormément à la pluriactivité et j’y crois même au plus haut niveau. Si on peut tirer un enseignement de cette pathologie qui nous est tombée dessus mondialement, c’est quand même que, malgré tout, repenser peut-être à un système avec une forme de pluriactivité, même au niveau du Top 14, ça reste peut-être une solution à creuser. 
Clément Meynadier en est le meilleur exemple ? 
JCB (Graulhet) : Exactement, j’allais le citer. Un garçon comme Clément Meynadier a été international tout en travaillant sur Bordeaux dans une entreprise qui va le reclasser mais il n’y a pas que lui. Il y a Matthieu André qui a monté son entreprise, il est sûr qu’il a à la base un diplôme d’ingénieur qui lui a permis de faire ça mais c’est aujourd’hui le capitaine du Sporting Club Albigeois, il a été et il est toujours professionnel, il a monté son entreprise. On peut parler de Rémi Lamerat qui est parti de Montferrand pour revenir à Bordeaux faire des études d’œnologie et qui a déjà pensé à sa reconversion. 
Ou comme Thomas Castaignède à l’époque ? 
JCB (Graulhet) : On cite trois joueurs emblématiques qui sont connus au niveau national mais je pense qu’il y en a d’autres, dans d’autres divisions au-dessus. Et je pense qu’il y a peut-être quelque chose à creuser là parce qu’on peut être un sportif de très haut-niveau professionnel tout en pensant déjà à ce qu’on va devenir et en mettant un pied dans l’entreprise. On a aussi l’exemple de Bastien Dedieu à Albi, qui était maçon de formation et qu’on a dû arrêter de faire travailler alors qu’il se régalait dans son métier mais ce n’était pas compatible avec le monde professionnel et l’exigence d’un poste comme pilier. Il y a donc des garçons qui peuvent déjà envisager cela et le rugby aussi pourrait passer par ça. 
Est-ce qu’à Graulhet, vous arrivez à entendre le Ministère des Sports, à le comprendre et qu’est-ce que vous attendez de lui ? 
JCB (Graulhet) : Sans parler de cohérence, parce-que là, nous sommes sur une pandémie mondiale qu’on ne connaissait pas et là, c’est l’infirmier qui parle donc, la politique sanitaire est un peu à tâtons mais bon, c’est ce qu’on nous avait annoncé et elle reste bien sûr parfois incompréhensible. Ce que j’aurai aimé, sans avoir de politique cohérente parce qu’elle s’adapte, c’est qu’il y ait en tous cas un cap qui soit fixé c’est à dire nous dire par exemple à terme, même en prenant une situation et une projection la plus pessimiste qui soit,  » vous allez arrêter quatre mois parce qu’on pense que ça sera réglé au bout de deux mois mais on va quand même vous arrêter quatre mois. Comme ça, vous reprendrez au mois de Février et à partir de là, vous aurez une saison qui sera organisée comme ça, comme ça, comme ça donc, la préparation commencera à telle période « . En prenant un cap, même le plus pessimiste, ça nous aurait peut-être permis de ne pas tomber dans ce flou artistique. Si je prends le cas de Graulhet, nous avons repris début Juin et à partir du moment où le Gouvernement, car le Ministère c’est le Gouvernement, nous a dit  » vous avez le droit de vous réentraîner à 10 sur du cardio sans ballon, sans plaquage ‘ », vous vous rappelez des six critères qui ont été mis en place au début, dès la première semaine où nous avons eu cette possibilité-là, j’ai demandé aux joueurs de faire l’effort et début Juin, nous avons repris l’entraînement. Ce qui veut dire qu’au début du championnat, nous avions la capacité d’être prêts physiquement, peut-être avant certains clubs qui avaient repris plus tard mais en tous cas, nous avions tablé là-dessus. Derrière, il s’est passé ce qu’il s’est passé, il y a d’abord eu les matchs qui ont été annulés, et ça, je peux bien sûr l’entendre, il y a eu des cas de Covid en face, nous en avons eu un aussi donc, il y a eu un match ou deux annulés pour ça. Mais après, la Préfète du Tarn a décidé, vu que ça avait été laissé à son appréciation et à l’appréciation de tous les préfets en France ce que je peux comprendre aussi, de fermer les vestiaires et de mettre les terrains à huis-clos. On s’est donc retrouvé dans des situations comme par exemple lorsque nous devions aller jouer au FCTT à 40 km et que notre transporteur nous a tout simplement dit  » moi, je ne vous transporte pas si vous n’êtes pas douchés, d’abord parce-que vous allez rentrer plein de boue dans le bus. Deuxièmement, au niveau du Covid, c’est tout à fait moyen « . 60 types dans le bus, ça ne pose pas de problème au Gouvernement, par contre, rentrer dans les vestiaires 5 par 5 et se doucher après un match de rugby, ça, ça pose problème. C’est ce type d’incohérence qui a fait que nous nous sommes retrouvés face à une espèce d’imbroglio. Encore une fois, je le répète mais je crois que si nous avions eu un cas, aussi pessimiste qu’il soit, où on nous aurait dit  » vous ne reprendrez pas au mois d’Août mais vous reprendrez en Janvier, en Novembre, en Mars avec un mini-championnat « , je ne sais pas, on s’adapte en fonction des conséquences de cette pathologie, si nous avions ce cap-là qui avait été fixé d’entrée, on ne serait pas tombé dans ce flou artistique avec des garçons qui étaient prêts physiquement, qui voulaient en découdre avec les autres équipes et à qui je disais tous les mercredis  » préparez-vous parce qu’on joue telle équipe dimanche  » alors que le vendredi, j’arrivais un peu penaud en leur disant  » voilà, on ne joue pas ce week-end, on oublie la mise en place de ce soir, on va essayer de faire autre chose « . On s’adaptait tout le temps et, autant on peut s’adapter sur une période courte, autant s’adapter sur des mois, parce-que c’est le cas de Graulhet et je ne peux parler que de ce que je connais, c’est plutôt compliqué. Donc, ce que moi j’attends du Ministère des Sports, c’est qu’il me fixe un cap et qu’il me dise  » on va reprendre à telle période  » parce-que, de par les projections que l’on a faites, on sait qu’au mois de Février, le pic en réanimations sera passé et qu’on sera à moins de 500 personnes en réanimation en France et que donc, nous pourrons reprendre des compétitions sportives, dans le rugby et autres, qui nous permettront de finir la saison même si elle ne doit durer que 3 ou 4 mois. Voilà ce que j’attendrai du Ministère des Sports plutôt que de me dire  » vous allez reprendre début Décembre  » mais je sais très bien qu’à côté de ça, il va y avoir Olivier Véran qui va venir nous dire  » attention, si ça se ré-aggrave, je referme tout « . Il est aussi tributaire de ça, il fait son métier de médecin et de Ministre de la Santé mais, il faut aussi qu’il entende que fixer des objectifs qui ne sont pas atteignables ou que l’on change tous les 15 jours, c’est encore plus compliqué pour nous de se dire  » à telle période, vous pourrez « . Ce que je dis est bien sûr très théorique parce-que personne n’est capable de dire aujourd’hui que ce sera réglé au mois de Mars, je n’en sais rien mais avec les voyants tels l’arrivée du vaccin et le fait que le pic est en train de baisser, même si je ne suis qu’un tout petit peu spécialiste, je me dis que l’on va plutôt vers de beaux jours, en tous cas, je l’espère et je croise les doigts. Donc, avoir des dates claires même si elles ne vont pas faire plaisir au monde du rugby, en l’occurrence pour nous, mais au moins avoir des dates claires pour se fixer des objectifs de préparation, d’entraînements, de collectif parce-que si on a le droit de s’entraîner et de faire des touches à nouveau aujourd’hui, si c’est pour rejouer dans deux mois, ça ne sert à rien. Et comme je ne sais pas quand est-ce que l’on va rejouer, je ne sais pas quand est-ce que je vais refaire des touches et je ne sais pas quand est-ce que je dois refaire des mêlées, par exemple. 
Pour faire un petit trait d’humour, je viendrai voir FCTT / Graulhet ou Graulhet / FCTT parce-que je vois que tu ne l’as toujours pas oublié
JCB (Graulhet) : Eux n’ont rien à voir avec la problématique. Nous nous sommes retrouvés coincés et eux et nous, c’était en l’occurrence le préfet de Haute-Garonne qui leur avait fermé les vestiaires dans la semaine. Ils ont fait ce qu’ils ont pu, ils nous ont dit  » on va vous ouvrir un barnum et vous mettre des bassines d’eau « . Non, ça n’était pas possible, ils l’ont d’ailleurs très bien intégré et ça s’est très bien passé, il n’y a pas de souci avec le FCTT. Ce que je veux dire, c’est que nous nous sommes retrouvés face à des situations qui étaient plutôt ubuesques : faire un match de rugby où on se rentre dedans pendant 80 minutes et avoir derrière interdiction de rentrer dans les vestiaires et de se doucher, même 5 par 5, et c’est encore le soignant qui parle, en terme de pandémie, c’est une erreur. Il vaut mieux se laver pour que le virus ne soit plus présent que de ne pas se laver sous prétexte que, dans la douche, on risque peut-être d’être contaminé. 
Nous sommes d’accord pour dire que la diversité des accords préfectoraux n’a pas aidé à mettre de l’huile dans les rouages
JCB (Graulhet) : Exactement. 
Pour Graulhet, une saison blanche serait une catastrophe, il y aurait sûrement une rupture d’adhésion populaire, une rupture aussi de certains joueurs qui se désespéreraient et qui lâcheraient ? 
JCB (Graulhet) : Je le crois fortement, après, à l’impossible nul n’est tenu. Sur des clubs comme Graulhet, avec des joueurs qui attendaient beaucoup de cette saison, que ce soit les anciens ou les nouveaux, ça deviendrait très compliqué à gérer. Quelle est la meilleure solution aujourd’hui ? Il est sûr que travailler sur plusieurs scenarii possibles est peut-être envisageable parce qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait en termes de pandémie. Mais à un moment donné, il faudra prendre des décisions courageuses et peut-être de dire  » on n’a plus la possibilité que de ne faire que 10 matchs ce qui veut dire que le championnat est bloqué et que l’on repartira sur ce championnat la saison prochaine « . Le système qu’a proposé la Nationale est tout à fait envisageable, je trouve que ce n’est pas une si mauvaise idée que ça mais il y aura toujours des gens qui seront mécontents d’une situation comme ça, que ce soit de la péréquation ou de geler certains matchs. Si on prend par exemple le cas de la Fédérale 1 de Graulhet, nous ne recevions que trois fois sur les phases aller ce qui veut dire que l’on recevait 8 fois aux matchs retour. Si on élimine toute la partie qui n’a pas été jouée, c’est à dire les matchs aller et que l’on repart sur les matchs retour, ça veut dire que Graulhet va se déplacer trois fois et recevoir huit fois. On risque par exemple de se retrouver qualifier alors qu’on ne le mériterait peut-être pas. 
Par contre, si on te fait une péréquation, tu as deux défaites et zéro point. 0 x 0, chez moi, c’est égal à la tête à Toto

JCB (Graulhet) : Exactement (rires), le problème de la péréquation est là aussi. Donc, je pense que travailler sur plusieurs scenarii possible permettrait peut-être de trouver une solution qui concilierait un peu tout. Il est sûr que nous n’avons pas de vision à très long terme mais il faut en trouver une qui soit le plus proche possible de la réalité tout en ne lésant pas les différents clubs et je crois que là-dessus, il y a beaucoup de travail. Mais je pense que c’est dans l’écoute et dans la parole de tous ces clubs-là qu’on trouvera la solution. Par contre, si on doit effectivement ne pas reprendre, une saison blanche de plus risque d’impacter très fortement le rugby, et pas que Graulhet. Et j’ai peur pour l’avenir car, comme on parle d’une paupérisation d’une partie de la société, je pense qu’il y aura une paupérisation de notre sport. Aujourd’hui, on a souvent parlé de postes qui étaient à flux tendu, que ce soit la charnière ou les piliers droits, j’ai le souvenir de beaucoup d’entraîneurs, de managers, de présidents qui ont dit  » aujourd’hui, on ne forme plus de pilier droit ni de 10 « . Il se trouve que là, on a une génération qui arrive et qui est plutôt intéressante mais j’ai peur que dans l’avenir, si on ne trouve pas de solutions pérennes, on se retrouve avec des creux et des trous dans la raquette sur certains postes qui vont rebondir sur l’intégralité de notre rugby, ce qui serait dommage parce-que ça reste quand même un sport qui fait adhérer un maximum de personnes sur le territoire national, ce qui n’a pas toujours été le cas. Souvenons-nous qu’au début, le rugby; c’était le Sud-Ouest plus deux, trois clubs à Paris, le Sud-Est et après, on ferme. Aujourd’hui, c’est en train de prendre une ampleur, ça intéresse de plus en plus de monde et j’ai peur que le Covid, si on ne trouve pas de solutions intermédiaires, mette un gros coup d’arrêt comme c’est en train de le faire sur certains secteurs de l’économie. Il faut que là-aussi le rugby trouve des solutions pour justement pérenniser l’avenir, il y a nos cas personnels avec le championnat mais il y a aussi l’intérêt du rugby français parce-que, ce qui est important, au-delà des hommes et des clubs, c’est que le rugby garde cette place qu’il est en train de prendre dans le cœur des Français. Il est de plus en plus médiatisé et c’est une bonne chose, il est de plus en plus intéressant et il intéresse de plus en plus de monde. Si on n’a pas de solution, on risque d’avoir un gros coup d’arrêt, que ce soit dans les Fédérations ou ailleurs. On a parlé des jeunes mais, et je m’en excuse, on n’a pas parlé des bénévoles, moi, j’ai un paquet de bénévoles, ce sont de petits papys qui n’osent plus venir au stade parce qu’on ne leur donne pas de solution intermédiaire. Ils viennent, ils posent les ballons, ils me disent  » je rentre chez moi  » et si je n’ai plus ces bénévoles à Graulhet, je ne fonctionne plus. Et l’intérêt de ces hommes-là, c’est ce que disait l’ensemble de tes invités, c’est la convivialité autour d’un bon repas, c’est la convivialité après un match et c’est surtout la possibilité de faire des raisonnements au bord des terrains, venir à l’entraînement et dire  » ce que fait Bacca, c’est nul « . C’est ce qui les intéresse donc moi, ces hommes-là qui arrivent, qui me posent les plots, qui me posent les chasubles et qui rentrent, si on ne trouve pas de solution pour eux même si, encore une fois, à l’impossible nul n’est tenu, les clubs fédéraux ne fonctionneront pas sans les bénévoles, sans ces hommes qui font, au même titre que les joueurs, l’essence même du rugby. Et là, je parle du très haut-niveau jusqu’aux dernières séries, il n’y a pas aujourd’hui un club de Top 14 qui n’a pas de bénévoles. Ces hommes et ces femmes-là sont un rouage essentiel et ils ont entre 60 et 80 ans et si on ne les a plus, ça va être très compliqué. Donc, il faut que l’on trouve des solutions pour concilier un peu tout ça et permettre au rugby de continuer cette expansion. On a un sport qui est extraordinaire, c’est un sport qui est atypique, tellement atypique qu’il intéresse de plus en plus de monde et si on n’a pas ces solutions qui sont apportées, on va subir un très, très gros coup d’arrêt et je ne parle pas qu’au niveau fédéral, je parle au niveau mondial. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-20-novembre-2020/

Retrouvez l’intégralité du débat « Quel avenir et quels statuts pour la Fed1 » lors de l’émission « Le #MagSport du 20 novembre 2020 ».

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