#Edito – Rugby / Christophe Dominici : L’honneur d’un homme!

Christophe Dominici, le funambule de Jean Bouin, le feu-follet du XV de France, s’en est allé. Comme sur un terrain, ce joueur d’instinct aura brisé les codes, fracturé les convenances même dans la mort, tel un pied de nez à ses détracteurs et à ceux qui n’avaient su comprendre la passion qui l’animait. Joueur de génie, au cœur gros comme une maison, ce varois monté en capitale, a illuminé une génération du rugby français par sa transgression d’un certain ordre établi. Avec Christophe Dominici, c’est la promesse d’un sport qui sait embrasser toutes les caractéristiques et toutes les différences qui était réenchanté. Sur un terrain comme en dehors, celui qui avait débuté à La Valette, conservait l’atypicité d’un derby varois au fond de son ADN : c’est à dire un subtil mélange de folie, de génie mais aussi d’exubérance, de rage et bien entendu de passion. Celui qui fut un étendard de ce rugby paillettes « made in Stade Français », était avant tout une boule de ces sentiments mêlés, qui en faisait une personnalité attachante et hors du commun.

Le vrai peuple de l’Ovalie, celui des supporters, des fans, des mordus, en définitive celui de Monsieur tout le monde, celui de ceux qui admirent ce sport pour le sport et non pour l’obole et la gloire, ne s’y trompait pas. Car à l’image d’un Richard Virenque dans le cyclisme, quoiqu’il advienne quoiqu’il se dise, « le lutin de Cardiff » gardait l’admiration et l’indéfectible attachement des couches populaires, celles qui ne décernent pas son amour à l’aune d’une couverture de presse, mais bel et bien aux vibrations que dégagent une pelouse et ses acteurs. Christophe Dominici a de maintes fois fait vibrer le cœur d’un stade, cela en était devenu son métier, une forme d’expression, voire un art subtil. Mais dans les tréfonds d’un automne 99 brumeux, c’était celui de la France qu’il avait emporté, au gré d’une chevauchée et d’un rebond heureux qui vous font basculer dans la légende. La vie tient souvent à un rebond, à une intuition, à une passion qui en une fraction de seconde, fait d’un joueur un champion. En clair, la quintessence d’un athlète , l’ivresse de la gloire et surtout l’honneur d’un sportif .

Mais ce trublion de la balle ovale, dont la prévenance envers ses fans n’avait d’égal que sa propension à distiller anecdotes et galéjades, partageait derrière une façade solaire, sa part d’ombre. Une obscurité qui avait pris ferment dans le décès subit d’une sœur, et qui s’était nourri tout au long d’une carrière des méandres d’un rugby professionnel devenu impitoyable, parfois cynique. Une douleur intérieure, un sentiment parfois d’incompréhension, apanage de ceux qui vivent avec ferveur et dont l’émotion peut parfois submerger la raison. À la recherche d’un projet moteur pour donner un sens à son après-carrière, Christophe Dominici fourmillait d’idées. À la fois consultant , chroniqueur, chef d’entreprise, ou encore entraîneur, l’ailier des bleus s’essayait à tout, avec la fougue qui le caractérisait. Une façon de mettre un joli cadrage débordement à cette petite mort du sportif, qui vient refermer abruptement tout un tronçon de vie.

Certains dénoteront sa démesure, ses excès, mais n’étaient ils pas en définitive, le symbolisme criant de son altruisme et d’un goût profond pour la vie? En tout état de cause, quand au cœur d’un confinement qui ne pouvait sier à cet hyperactif, un mirage biterrois est apparu, la flamme de « Domi » se réamorça. Quel plus beau projet pour une légende de l’ovalie en quête d’une seconde vie, que faire renaître un mythe endormi. Béziers et Dominici, ce sera Icare et le Soleil, une passion si dévorante qu’elle en devient autodestructrice. L’idéaliste du rugby qu’était l’ex dieu du stade, se nourrissant que de rêves de gosse et d’absolues teintés d’innocence, ne pouvait que chavirer à l’évocation de redonner vie à un prestigieux galion. Mais cet esquif ne fut en définitive qu’un conglomérat de flibustiers et de forbans, qui n’eut pour seule finalité : noyer dans le chagrin le cœur d’un homme.

Car au-delà de l’échec de ce rachat ou des erreurs commises par l’ex international, « l’homme Dominici » fut brisé moralement tant par l’acharnement médiatique d’une presse qui se complaît parfois à détruire ce qu’elle a adulé, tout autant que par certains acteurs du dossiers ASBH, prêts à toutes les manigances pour atteindre leurs objectifs. Comme le déclara François Mitterrand, lors des obsèques de Pierre Bérégovoy : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas que l’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme et finalement sa vie au prix d’un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d’entre nous. » . Mais dans le cas présent n’aurait-il pas rajouté « Avec la circonstance aggravante, quand la bassesse s’acharne sur un homme à terre. » ? L’ensemble du microcosme du rugby connaissait l’ultra sensibilité émotionnelle de cet enfant de la génération Guazzini. Les railleries, les calomnies et le venin déversés à son encontre, furent un lent poison qui contamina sa mélancolie. Ceux qui en n’ont tiré gloire hier, n’auront aujourd’hui comme demain, seulement que les tréfonds de leur conscience pour unique compagnon.

Mais finalement, lui qui avait tant de fois été brisé physiquement sur un terrain, ne fut-il pas plus anéanti par les longs silence de ceux qu’ils considéraient comme des frères, que par les vils coup de becs des vautours? Christophe Dominici, l’homme élevé à la franche camaraderie et aux 3emes mi temps, paravents de valeurs de l’ovalie malheureusement éculées, ne fut il pas terrassé d’un mal bien plus profond? S’apercevoir que sa famille, le rugby, n’en était plus une depuis bien longtemps. Car hormis certaines exceptions (Bernard Laporte, Benjamin Bagate, Max Guazzini, Imanol Harinordoquy), l’après Béziers fut un long chemin d’abandon, de téléphones qui ne décrochent plus et « d’ami(e)s qui s’écartent poliment tout en ricanant sous cape. ». La trahison de trop, pour cet écorché vif, dont le mot amitiés avait un sens certain. Lui qui tendît la main à maintes fois lors de son firmament, aurait sûrement aimé percevoir, juste un regard attentionné, simplement une oreille attentive, ou encore l’épaule d’un ami lors de cette traversée du désert personnelle. Les amies oubliant de le rester et les ennemis s’évertuant à le persister, Christophe Dominici s’est retrouvé face à une impasse du destin, et une quête effrénée pour réhabiliter son honneur. La vie tient souvent à un rebond, à une situation , à une vindicte qui en une fraction de seconde, fait d’un champion une victime . En clair, la quintessence de l’abject, l’ivresse de la déraison et surtout le bafoument de l’honorabilité d’un homme… . Maintenant, nous ne nous souviendrons plus que de l’étoile, mais n’oublions pas le système et ceux qui l’ont trop vite poussé à rejoindre le Panthéon.

Article rédigé par Loïc Colombié

2 commentaires sur “#Edito – Rugby / Christophe Dominici : L’honneur d’un homme!

  1. Très bel article, fort bien écrit.
    Je n’ai pas suffisamment d’éléments pour cautionner ou non le parti pris.
    C’est votre point de vue , il est courageux et à votre honneur de le publier.
    Triste départ, bien trop tôt et brutal de Christophe Dominici.

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  2. Bravo pour cet article si vrais c,est la que l,on voit que la grande famille du rugby a changé seul le profit compte en oubliant le destin des hommes merci à dominici pour les grands moments de rugby qu,il nous a fait vivre

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Répondre à Jean-Marc Lély Annuler la réponse.

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