#Rugby – Fed1 / P.Padroni (Bagnères) : «La crise du bénévolat risque de s’amplifier avec tout ça.»

En Fédérale 1 et en Bigorre, le président du mythique Stade Bagnèrais, Patrice Padroni, comme l’ensemble du rugby amateur hexagonal, s’est reconfiné en attendant des jours meilleurs. Mais au pieds des Pyrénées, on ne désespère pas, et on prend son mal en patience, car on sait très bien qu’après les tempêtes arrivent toujours les beaux jours. Mais le président des stadistes s’inquiètent beaucoup pour le modèle économique du territoire qui vit grandement du tourisme. Mais Patrice Padroni se demande surtout, si une fois la crise sanitaire derrière les bigourdans, son armée de bénévoles répondra-t-elle toujours présente?

J’imagine que pour Bagnères de Bigorre comme pour l’ensemble de la France, ce confinement vient doucher beaucoup d’espérances, celles de pouvoir faire une saison normale. Mais, depuis Septembre, tu devais inconsciemment avoir cette idée-là dans un coin de la tête ? 
Est-ce que, depuis Septembre, c’était une saison normale ? On peut se poser la question. Les cas de Covid et les matches reportés commençaient à être de plus en plus importants et on se doutait bien qu’à un moment ou un autre, tout allait s’arrêter. 

Pour Bagnères, c’était quand même une saison qui était pleine d’espérances avec ces gros calibres qui étaient partis en Nationale. Il y avait peut-être une idée derrière la tête d’aller accrocher un play-off qui aurait embrasé Cazenave au printemps tandis que maintenant, on est bien loin de penser aux play-offs. Le premier sujet de discussion qu’il doit y avoir à Bagnères sont peut-être les finances ou comment déjà recommencer à faire un match ? 
Le début de saison nous avait déjà permis de nous situer dans cette nouvelle Fédérale 1 et de voir que tous les matches étaient très intéressants. Nous avions réussi à recevoir Lannemezan sous de bons auspices puisque nous avions réussi à avoir un stade quasi plein et faire des repas, à avoir toute cette convivialité qui manquait tant à notre sport. Déjà contre Mauléon, nous avions eu une jauge niveau spectateurs et plus de buvette donc, avant d’embraser Cazenave, je crois que le plus important est ce qu’il se passe autour. A Bagnères comme dans d’autres villes, nous sommes touchés par la pandémie car, quand on voit les thermes et le casino fermés, des questionnements sur l’ouverture de la station de ski, le modèle économique souffre beaucoup chez nous. Donc, la principale préoccupation pour le moment, même pour le Stade Bagnèrais, c’est tout cela. 
Il y a eu ce nouveau confinement et cette mise en suspens de la Fédérale 1. Tu as été consulté par la Fédé pour avoir un peu le point de vue de Bagnères sur cette suspension ? 
Non, je n’ai pas été consulté mais je pense qu’il n’y avait pas lieu de l’être dans la mesure où c’est le gouvernement qui a décidé par décret que les clubs amateurs et les clubs de Fédérale devaient stopper la compétition. Jusqu’à preuve du contraire, la Fédérale 1 est une division classée comme amateur. 
Amateur mais avec des équipes qui se trimballent en Fédérale 1 et qui sont loin d’être amateurs. Je vais reprendre l’exemple de Mâcon avec 2M de budget et pas mal de joueurs pros, on ne peut pas parler d’amateurs ? 
Il ne faut pas se cacher derrière le mot amateur mais certainement que Mâcon et d’autres équipes ont d’autres ambitions. Comme en Nationale, c’est à court ou moyen terme la volonté de monter dans la catégorie supérieure. De toute façon, je pense que ce n’est un secret pour personne, il y aura toujours des primes en Fédérale 1 comme en Fédérale 2 ou 3. Nous, à Bagnères, nous avons 3 contrats pluriactifs pour dire la vérité et le reste, ce sont des gens qui travaillent. Donc, sur quel curseur doit-on mettre l’amateurisme ? Je ne sais pas, c’est peut-être un débat. 

De savoir si on est semi-amateur, semi-pro, pro est quand même un vrai débat de fond pour la Fédérale 1 ? 
Oui, il y a un gros débat de fond qui a déjà été posé sur ton antenne par divers présidents. Je crois qu’à un moment donné, il va quand même falloir tous se poser la question. Je parlais de curseur, on entend dire qu’il y a 30 contrats par là mais ce sont des clubs que nous pouvons envier. Mais, pour beaucoup de clubs de Fédérale 1, ce n’est quand même pas le cas. 
Cela fait maintenant deux ans que nous t’avons assez régulièrement en interview. Mais, même en temps normal, le budget de Bagnères était un budget de bon père de famille, qu’il fallait équilibrer, c’était tout une alchimie. Là, avec le Covid-19, j’imagine que cette alchimie a volé en éclat. Comment fait-on pour arriver à rentrer dans les clous financièrement ? 
Nous avons la chance d’avoir des partenaires fidèles. Je tiens à tous les remercier et c’est pour cela que je parlais en préambule du tissu économique bagnèrais car, comme tu le sais, à Bagnères, le rugby est quelque chose d’historique et nous avons des partenaires qui nous sont extrêmement fidèles. Ils ont continué à être fidèles et c’est pour cela que l’on attend avec impatience ce qui va se passer par la suite parce qu’il est impossible pour nous de jouer à huis-clos, de jouer sans public et sans tout cela. Quant au budget, nous l’avons vraiment fait en fonction de notre potentiel. 
Un budget Covid comme l’appelle certains présidents ? 
Oui, un budget Covid, ils ont raison. Je pense que tout le monde a pris conscience que cette saison allait être compliquée, ce n’était un secret pour personne, compliquée pour nous et compliquée pour tout le monde. Donc, tout le monde a fait en conséquence par rapport au budget. 
Et comment les joueurs vivent-ils cette situation ? J’imagine qu’ils doivent être un peu comme les brebis ou les vaches quand elles voient le pâturage au printemps et qu’on leur dit  » non, tu restes à l’étable  » ? 
Bonne comparaison (rires) ! Chez nous et chez les joueurs, ça a été dans un premier temps la déception de devoir arrêter mais après, comme je te le disais tout à l’heure, pour eux, jouer sans public, jouer sans leurs amis dans les tribunes, ils ont vite compris que ça allait être compliqué. 
Dans le rugby, dans le sport et dans le milieu associatif, avant la crise du Coronavirus, on avait ce qu’on appelait une crise du bénévolat. Est-ce que ce Covid ne va pas complètement anéantir ce tissu qui est essentiel à la vie associative, culturelle et sportive de la France ? 
Là, je suis tout à fait d’accord avec toi. Je suis content que tu parles de tous ces bénévoles qui sont autour des stades, qui font vivre le sport et le sport en général, pas nécessairement que le rugby. Déjà, après 6 mois sans les voir, c’est compliqué de revenir et avec encore un arrêt, j’ai des personnes qui me demandent régulièrement au téléphone quand est-ce que cela va reprendre. C’est compliqué, la crise du bénévolat risque de s’amplifier avec tout ça. 
On va essayer d’apporter une note d’optimisme. On dit souvent dans les Pyrénées qu’avec les premières neiges, l’espoir renaît. Quel est l’espoir que tu attends pour cette année 2021 ? 
L’espoir, c’est d’abord que tout le monde soit en bonne santé, je pense que c’est ça le principal. Ensuite, que le championnat puisse reprendre le plus rapidement possible, en tenant évidemment compte de la pandémie. Qu’il y ait peut-être un groupe qui se constitue pour savoir si le championnat pourra reprendre dans les mêmes conditions, un groupe de présidents et la Fédé. Je pense que nous avons tous envie de reprendre et comme tu le dis aussi, nous attendons ici les premières neiges pour pouvoir également profiter de nos montagnes. 
On va espérer que le Pic du Midi veille bien sur le Stade Bagnèrais, qui est juste en contre-plongée, et qu’on revoit très prochainement à Cazenave la ferveur qui est habituelle, la passion qui va autour et la convivialité qui est l’un de tes credos
Pour le Stade Bagnèrais mais aussi pour tous les autres clubs et pour tous les gens qui aiment le rugby, on espère qu’ils puissent se retrouver, échanger et quelques fois même s’engueuler autour d’un stade. Ce sont quand même des moments qui manquent beaucoup actuellement. 
Et puis nous, nous espérons aussi qu’il y aura un derby retour avec Lannemezan. Tu as gagné la première manche mais, un derby, ça se joue sur deux et on aimerait bien voir un derby entre Lannemezan et Bagnères. Les derbys de Bigorre valent toujours leurs pesants de cacahuètes
J’espère de tout cœur que nous pourrons rendre visite aux gens du Plateau. On sait déjà que nous serons très bien reçus parce-que, ce n’est un secret pour personne, entre Lannemezan et Bagnères, c’est une histoire d’amitié. Donc, il n’y a aucun souci et vivement que ça reprenne ! 
L’amitié, c’est la vie, la vie, c’est le rugby, on peut le mettre dans tous les sens que l’on veut et on espère que tout cela fera bon ménage au printemps et même début 2021
Je l’espère, c’est tout le souhait que j’ai. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-10-novembre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Patrice Padroni lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 10 novembre 2020

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