#Edito – Rugby / Fédérale 1 : Le sourd sentiment de résignation.

Dans la vie de tous les jours, comme dans le sport, il est des adversités du quotidien, ou des coups du sort du destin, qui amènent celui qui les subit, à un sentiment de résilience, une pugnacité sans faille et souvent à une volonté de les affronter. Cela s’exprime souvent par des actions, des propositions, des contestations voire parfois par de la colère, qui permettent tant de combattre les aléas d’un chemin escarpé , que d’évacuer certaines frustrations. Lors du premier confinement (Mars-Mai 2020), après l’effet légitime de sidération, par le côté subit de la pandémie et ses conséquences, la fédérale 1, a ensuite développé un instinct de survie en portant haut sa voix et en défendant ses intérêts. Présidents, entraîneurs, joueurs, n’hésitant pas à scander leur foi à des lendemains heureux et se faisant force de proposition sur l’ensemble des débats qui avait émaillé cette première mise en sommeil du rugby fédéral. Cet esprit un brin protestataire, mêlée à l’amour profond pour leur sport, démontrait avec vigueur :la vitalité des clubs et leurs capacités à rebondir.

Le CS Beaune et l’ensemble des clubs attendent un cap fédéral pour pousser dans le même sensCrédit photo Stephanie Maufoux

Malheureusement, la sociologie et l’humeur de la fédérale 1, a évolué à vitesse grand V, en moins de 6 mois. A l’heure du second confinement, les clubs et leurs dirigeants ont entre temps, été lessivés par un automne hors du temps et des canons habituels, les obligeant à jongler entre matches à huis clos sans recettes, ainsi que ce satané Covid-19, venu percuter les compétitions sportives hexagonales. La saison est à peine arrivée à son tiers, que les acteurs de l’ovalie sont éreintés moralement , asphyxiés financièrement, laissant poindre un sentiment de résignation profonde. Alors qu’au printemps 2020, les joies, les espérances ou encore les doutes se faisaient entendre de façons parfois exaltées, quelques fois vindicatives, aujourd’hui celles-ci se font ressentir de façons sourdes.

Ce sentiment renfrogné au fond des entrailles de chaque clubs, ferment d’une grogne dont on n’entend pas encore le son, est une bombe à retardement en puissance. Dans la vie comme sur un terrain de rugby, les colères froides sont souvent les plus redoutables, toujours plus dévastatrices que les réactions à chaud et sanguines, bien souvent plus de façades que foncièrement belliqueuses. Face à une situation qui les dépasse et laisse exsangue leurs finances, face à un contexte où nombre des équipes ne voient le bout du tunnel, la fédérale 1 s’enferme dans un mutisme révélateur d’un mal être naissant. Non consultés comme leurs homologues de Nationale par la FFR sur la suite à donner aux compétitions, engoncées dans un statut de championnat amateur hébergeant des écuries pros et semi-pros, les dirigeants de l’élite amateur cherchent des perspectives et attendent avec impatience une main tendue des pouvoirs publics. Une colère sourde, une rancoeur tue, mais une déception bien factuelle émergeante, qui nous ramène au dicton du philosophe grec Sénèque : « La colère est comme une avalanche, qui se brise sur ce qu’elle brise. »

Mais les 45 clubs de « Fed1 », attendent aussi un signal fort, du patron du rugby français, Bernard Laporte. L’ex sélectionneur qui avait pris le temps de les appeler, un par un durant le 1 er confinement, concernant la création de la division Nationale, n’a pas encore pris son combiné ce coup-ci. Certes ses lieutenants Patrick Buisson et Serge Simon sont au chevet du rugby fédéral , mais les clubs aimeraient dans ces périodes troubles pour le monde du sport, avoir le plan de bataille du « général Laporte ». L’attente est forte, et la sortie médiatique du président de la FFR, ce mardi 17 novembre 2020, pour défendre le sport amateur, tout comme la réunion a l’Élysée avec le président Macron, ont apporté quelques espoirs, mais le petit monde de la fédérale s’impatiente, trépigne de connaître enfin son destin. Certains s’organisent en petit comité pour mener des consultations et des réflexions informelles, mais pour beaucoup , l’attente d’une solution se fait languir. Nombreux sont ceux qui commencent à faire le deuil de cette saison, après avoir vécu un exercice précédent qui s’est finit sur un point virgule.

Bénévoles en stand by, joueurs et staff en congés forcés, stades désertés de ces acteurs , l’âme de chaque entité est actuellement en sommeil, et beaucoup craignent le réveil. Seront-ils obligés de jouer à huis clos? Y aurait-il des phases finales et des montées/descentes ? Pourront-ils boucler sportivement et financièrement leur saison ? Quel avenir pour cette compétition à la sociologie hybride ? Tant de points d’interrogation qui plongent les clubs dans la résignation et dans l’amertume. Des enjeux colossaux pour la fédération française de rugby s’annoncent , mais un objectif doit guider l’instance régissant l’ovalie française : réenchanter cette division qui se trouve entre le marteau amateur et l’enclume professionnelle. Car comme le disait Honoré de Balzac :  » La résignation est le suicide du quotidien « .

Article rédigé par Loïc Colombié

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