#Rugby – Fed1 / G.Nasarre (Niort) : «Il faut qu’il y ait des débats moins égocentrés!»

Nous sommes allés dans les Deux-Sèvres, du côté de Niort, à la rencontre de Gilbert Nasarre, une des voix dissonantes du microcosme de la fédérale 1. Pour le président niortais, à l’inverse d’une grande majorité des clubs, son choix s’était porté sur la volonté de continuer à jouer, même à huis clos. Prenant acte de la décision de la FFR de suspendre les compétitions jusqu’au 10 janvier, Gilbert Nasarre se projette déjà sur l’étape suivante : la refonte du format des compétitions. La vague d’annulation de rencontre automnale, conjuguée à la suspension provisoire du championnat, jusqu’à début 2021 minimum , va entraîner une nécessaire réadaptation calendaire des compétitions, dont le clubs vont être les co-acteurs avec les instances fédérales. L‘homme fort du NRC, adepte de la « responsabilité sociétale et environnementale » au sein de son club, emplit des valeurs mutualistes séculaires dans son territoire, exhorte ses confrères à prendre le partie de l’intérêt collectif, au détriment de la somme des intérêts personnels qui parasitent leurs décisions. Mais à Niort du haut d’un effectif calibré Pro (30 joueurs sous contrat), on ne se cache pas qu’on résonne avec la vision et le prisme d’un club de fédérale 1, qui tend vers la nationale.

 

 

On sait que la sociologie de la Fédérale 1 était plutôt pour la suspension provisoire des compétitions. Par contre, à Niort on avait un peu une voix dissonante ? 

 

Dissonante oui, tout simplement parce-que nous avons regardé le court terme qui était le mois de Décembre et nous ne nous sommes pas projetés au-delà. En ayant joué tous les matches, aucun cas de Covid-19 et finalement, une dynamique sportive assez affirmée puisque nous étions premiers de poule, nous n’avions qu’un match à jouer à domicile en Novembre donc, nous avions considéré qu’il était possible pour nous de jouer ce match dans des conditions, effectivement, de diminution de recettes liée au public mais aussi à l’absence de buvette et de partenaire. Dans les relations partenaires et avec le public, nous aurions pu nous rattraper un peu plus tard parce-que nous sommes aussi respectueux des engagements pris envers les différentes parties prenantes du club, dont les supporters et les partenaires. 

 

Victor Labat, le coach de Saint-Sulpice sur Lèze qui est dans une autre poule et que nous avions dans notre grand débat de samedi dernier, disait :  » j’espère que cette période et cette crise amèneront à ce que le sportif reprenne le dessus sur le financier « . Au vu de la décision qui a été prise, c’est plus une décision financière que sportive qui s’est dessinée ? 

 

Je crois que le débat de l’arbitrage entre le sportif et le financier est un débat éculé parce qu’il y a une relation tellement directe entre les deux, surtout dans nos modèles économiques car, en ce qui concerne Niort puisque je ne connais pas Saint-Sulpice, nous sommes plutôt sur une démarche de partenaires avec quelques partenaires majeurs. Nous continuons évidemment à développer ces partenariats, il n’y a pas de mécène qui soit venu apporter de l’argent au sein du club et qui a pris le pouvoir au sein du club. Donc, pour ma part, je considère que l’arbitrage entre le sportif et le financier n’a plus lieu d’être, en tous cas, donner la priorité à l’un ou à l’autre, est certainement un compromis entre les deux tellement la qualité de l’équipe, de l’effectif, du staff est désormais dépendante d’un marché de joueurs et de qualité de joueurs. Donc, il faut savoir gérer ce compromis-là dans le cadre de budgets qui sont plus ou moins adaptés au contexte géographique aussi puisque le pôle de ressources dans le Sud-Ouest est différent du pôle de ressources Deux-Sévriens. Pour attirer de bons joueurs dans ce dernier, il faut parfois mettre un prix supérieur là où les clubs du Sud-Ouest peuvent plonger ou piocher dans un bassin de ressources plus nourris. 

 

Il faut aussi dire que vous avez une voix dissonante dans cette Fédérale 1 parce-que dans cette division, il y a des semi-amateurs, des semi-pros et des totalement pros. Vous, avec quasiment 30 joueurs professionnels, on peut presque vous mettre dans la catégorie des totalement pros ? 

 

Effectivement, lorsque j’ai pris mes fonctions, nous avons souhaité mettre tout en ordre sur le plan financier. Nous avons privilégié les contrats de joueurs, la majorité de ces contrats sont dans la pluriactivité et à temps partiel même si, bien entendu, il y a quelques contrats à temps complets. L’environnement niortais nous permet d’orienter professionnellement les joueurs, ainsi que leurs conjointes, en extra-sportif  ainsi que dans la reconversion professionnelle. Donc, nous avons établi cette logique-là avec bien sûr des garanties pour les joueurs avec un contrat de travail quel que soit le joueur. 

 

On est quasiment dans la responsabilité sociétale environnementale

 

Oui et d’ailleurs, ça tombe bien que vous en parliez. Nous sommes dans cette logique-là et en fait, notre projet à horizon 2025, est un projet de club référent sociétal et environnemental. 

 

C’est assez précurseur parce qu’il n’y a pas beaucoup de clubs à l’échelon Fédérale 1 qui le font ? 

 

Je n’en sais rien mais je suis convaincu que les valeurs d’aujourd’hui sont d’autant plus d’actualité et qu’elles sont inaltérables et pérennes parce qu’elles sont appliquées au quotidien. Elles sont parfois galvaudées mais, en tous cas, lorsqu’on revient aux sources du rugby, non pas aux sources sportives mais aux sources de ce qu’est le rugby et ce qu’il apporte comme lien social, je suis convaincu que ces valeurs sont encore plus d’actualité aujourd’hui. Et donc, tout ce qui concerne le sociétal et l’environnemental et la RSE rejoint complètement le rugby et ses valeurs. 

 

Vous nous parliez de lien social. Le lien social avec les supporters, les partenaires et les passionnés va être rompu pendant quelques semaines avec cette suspension des compétitions. Il y a aussi les objectifs à court ou moyen terme de Niort qui vont peut-être redéfinis ou chamboulés ? Même si c’est dit à demi-mots, on sait qu’il y a une ambition d’aller accéder à la Nationale ? 

 

C’est une ambition réelle mais mesurée, on sait qu’il est très difficile à l’occasion de phases finales d’accéder à l’échelon supérieur. Albi l’a vécu et, à mon grand regret, on en a déjà parlé, moi-même quand je jouais, nous avons été trois fois champions nationaux et à Niort, nous n’avons accédé à l’échelon supérieur en première division qu’à l’issue de la 3e saison. Donc, nous savons que c’est très difficile mais c’est dans notre projet, on ne fera pas tout dans la précipitation, on va le construire progressivement mais notre objectif est bien d’être en Nationale. 

 

Quelle est la solution que vous préférez pour arriver à continuer ce championnat ? Parce-que maintenant, avec cette pause d’un mois minimum, voire deux, il va falloir rattraper des matches, il y a des phases finales mais aussi des intempéries qui risquent de brouiller les cartes. Il va être compliqué de tenir la feuille de route calendaire ? 

 

En préambule de ma réponse, même si j’avais regardé le mois de Décembre et que je préférais que l’on joue, il faut savoir que je suis légaliste, je respecte les choix de la Fédération. Et ce, d’autant plus que ce sont des choix quand même mesurés et sensés par rapport à la crise sanitaire qui est d’un autre niveau de préoccupation que les préoccupations rugbystiques. Nous, nous gérons un club, nous sommes  » chefs d’entreprises  » de ce club et il faut avoir la responsabilité du court et moyen terme. Comment je vois la suite de ce championnat ? Je pense que, ceux qui nous font vivre aujourd’hui, en-dehors de quelques sponsors particuliers, sont et le public et nos partenaires donc, il faut considérer que les matches de poules doivent aller jusqu’au bout parce-que nos engagements pris avec eux sont pris sur ce registre-là, dans la présence au quotidien des contreparties liées à leurs contributions financières ou en nature. Donc, pour moi, les matches de poules doivent aller jusqu’au bout. Quel est l’objectif final d’un club ? Il y a le titre de champion de France et puis, il y a aussi la montée. Il faut vérifier comment les phases finales peuvent être aménagées dans ce cadre-là et avec un souci de la plus grande équité possible. Par exemple, à titre d’illustration, si on ne prend que les premiers de chaque poule pour faire des demis et pourquoi pas la finale, il peut très bien y avoir dans une poule deux clubs qui domineraient le championnat français de Fédérale 1. Donc, pourquoi ne pas prendre les deux premiers, qui plus est auraient été qualifiés d’emblée pour les 8es de finale sans passer par les tours de barrage ? Pour me résumer, les matches de poules doivent aller jusqu’au bout et ensuite, une adaptation des phases finales avec un objectif clair : soit celui de la montée, soit celui du titre de champion de France soit les deux. J’espère que nous serons consultés par la Fédération Française de Rugby mais, quand je dis j’espère, je pense que oui. 

 

On sait que Niort est une terre mutualiste. Est-ce qu’il n’y aurait pas besoin de peut-être mutualiser les idées et les volontés de cette Fédérale 1 pour que, dans une situation qui est quand même historique et un peu critique, on arrive à en sortir par le haut ? 

 

Oui, vous avez raison, je crois qu’il faut tirer tout cela vers le haut et sortir par le haut, cela veut dire aussi qu’il faut qu’il y ait des débats moins égocentrés. Cela veut dire qu’il faut qu’il y ait des échanges qui soient vraiment partagés sur les objectifs globaux du rugby français et qui laissent un peu tomber les objectifs persos des clubs. Ça, c’est une conviction pour faire progresser non seulement le rugby de Fédérale 1 mais aussi le rugby amateur parce-que les clubs de Fédérale 1, je le vois en tous cas dans les Deux-Sèvres et dans les départements environnants que constituent la Vienne, la Vendée et une partie de la Charente-Maritime, constituent un pôle d’attraction et nous créons une dynamique dans notre environnement rugbystique. Donc, il faut que les clubs de Fédérale 1 soient aussi concernés par cette dynamique-là du développement du rugby amateur. 

 

Merci pour cette analyse d’une situation qui est assez périlleuse et que tous les clubs sont obligés de voir venir sans avoir beaucoup de solutions. Et on espère que très prochainement à Niort, le ballon re-circulera sur les pelouses et que l’on pourra à nouveau accueillir du monde pour la grande convivialité et la grande fête du rugby

 

Merci beaucoup et plein de bonnes choses aussi à tous les Albigeois qu’ils soient joueurs ou autres et surtout, prenez soin de vous et de vos proches. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-4-novembre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Gilbert Nasarre lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 4 novembre 2020

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