#Rugby – Nationale / P.Prévôt (Nice) : «C’est un peu le bal des faux-culs!»

Le président de l’association Stade Niçois, Patrice Prévôt, et son futur président de la SASP Regis Brandinelli, sont depuis le début des débats (sur la poursuite ou non du championnat de nationale), les portes paroles des clubs voulant continuer les compétitions même à huis clos, tout en dénonçant une certaine hypocrisie sur la motivation des positionnements, de certains de leurs confrères. Invité lors de notre émission du 31 octobre 2020, « Le #MagSport – RadioAlbiges », le président de l’association « Nissart », nous a développé son analyse et précisé avec volontarisme, le fond de sa pensée. Estimant la Nationale comme une véritable division tremplin vers la Pro D2 et donc de facto, avec des préceptes et des dogmes professionnels, Patrice Prévôt estime légitime que, cette « Pro D3 » au statut ambigüe, soit incorporée dans la classification ministérielle sport de haut niveau et Pro. À Nice, on est fermement convaincu qu’un arrêt temporaire des compétitions serait une petite mort pour cette compétition, qui en est à ses balbutiements, et romprait fatidiquement le lien ténu qui la relie avec la Pro D2. Les Azuréens et leur président, sont aussi des fervents partisans, de l’auto production des diffusions de matches, pour garder préserver leurs attaches avec les passionnés des couleurs niçoises, tout comme les partenaires. Dans les Alpes-Maritimes, les co-leaders de la Nationale ont résolument choisit leur camps, dans ces débats passionnants, qui amèneront FFR et présidents de clubs, à dessiner un destin à la Nationale, entre le professionnalisme et le modèle hybride actuel. Le tout dans un contexte économico-sanitaire anxiogène et tendu, autant dire, que la visio-consultation de ce lundi soir risque d’être un véritable casse-tête chinois, couplé d’un cas de conscience.

Patrice, nous n’allons pas vous demander quelle est votre position à Nice parce-que vous l’avez affirmée haut et fort dans un communiqué de presse hier soir. Vous voulez jouer à tout prix, vaille qui vaille ? 

 

PP (Nice) : Ce n’est pas aussi simple que ça. Aujourd’hui, on tire un peu des plans sur la comète parce qu’il nous reste à voir la position du Ministère pour savoir si la Nationale est autorisée à continuer comme l’ensemble des clubs pros et, effectivement, je pense qu’il n’y a pas de bonne solution, on aura beau tourner autour du pot, il n’y aura pas de bonne solution idéale. Nous, nous sommes engagés depuis le mois de Juillet dans une formule, chacun connaissait les difficultés qu’il risquait de survenir car, en Juin, il y avait déjà une restriction de stades et une nouvelle vague qui s’annonçait vraisemblablement pour l’automne, si on écoutait les scientifiques dignes de ce nom. Il est également illusoire de penser que l’on retrouvera des capacités en ce qui concerne l’accueil du public cet hiver voire même au printemps, Janvier / Février / Mars. Donc, si on arrête aujourd’hui le championnat et que l’on n’embraye pas sur la possibilité qui nous est proposée, pour moi, je pense que ce championnat est mort. Au-delà de ça, il y a les engagements de clubs, les engagements par rapport aux joueurs qui sont des joueurs professionnels avec des carrières à mener et, si on leur enlève une voire deux ou trois saisons, je pense que ça n’est pas très raisonnable de la part des présidents. Comme je l’ai dit très clairement aux présidents lors de la consultation vendredi, c’est un peu le bal des faux-culs : il y en a qui ont mal commencé, il y en a qui ont l’infirmerie pleine, il y en a qui ont mal calculé et qui ont besoin du chômage partiel. Tous les prétextes sont bons, certains n’ont même pas encore aligné une équipe espoirs en championnat. Il est vrai qu’il y a des cas de Covid et des matches annulés mais il est vrai aussi que moi, je suis assez tranché et je n’ai pas peur de le dire : pour moi, nous nous sommes engagés dans un championnat et si le Ministère nous en donne la possibilité, il faut continuer. Nous avons également le fait que cette division Nationale nous est proposée pour la première année, que ce soit vis à vis de la LNR, de la FFR, de la Ligue ou du Ministère, si on demande l’arrêt des compétitions de notre fait, à ce moment-là, il ne faut plus se proposer comme des équipes professionnelles. Nous avons effectivement monté cette division pour avoir une image professionnelle et une capacité à avoir un tremplin sur la Pro D2, de refuser de fait par la majorité des présidents, c’est pour moi inconséquent. Donc, il va y avoir des aides et, comme je le disais tout à l’heure, il n’y aura pas plus de public au mois de Janvier qu’il n’y en aura en Mars. 

 

Pour l’instant, on pense que les aides seront là mais elles ne sont pas gravées dans le marbre ? 

 

PP (Nice) : Non, elles ne sont pas gravées dans le marbre, nous n’avons pas engagé une saison en pensant avoir des aides. Je pense que chacun a été raisonnable et a constitué son budget, nous, nous l’avons fait en termes de joueurs avec un engagement relativement faible qui nous permet justement d’encaisser un coup comme celui-là. Je pense que tous les présidents ont été relativement sages et n’attendent pas comme des mendiants après les aides de l’Etat pour continuer le championnat et payer leurs joueurs à la fin du mois. 

Patrice, au début à Nice, vous êtes un peu partis comme Don Quichotte, seuls à vous battre pour que les matches se fassent et continuent même à huis-clos. On voit que la sociologie de la Nationale est en train d’évoluer et que votre écho se fait ressentir au niveau de la division ? 

 

PP (Nice) : Effectivement, nous sommes peut-être partis un peu seuls comme Don Quichotte mais, comme je l’ai dit, il n’y a pas de bonne solution. Donc, il faut essayer de trouver la solution qui convienne à chaque club et effectivement, si j’étais à la place de Blagnac, peut-être que je n’aurai pas le même discours, je ne le cache pas. Après, le but de nos associations, ce sont des associations sportives et dans la mesure où on nous donne encore la possibilité de faire du sport, que ce soit chez les jeunes, en école de rugby, chez les féminines. Pour ma part, en tant que président, je me dois de me battre pour que mes joueurs, mes joueuses et mes jeunes continuent à jouer. C’est un peu d’air dans ce monde et à Nice, nous ne sommes pas épargnés, peut-être même encore moins qu’ailleurs et tant que j’aurai la force, moi, je me battrai pour que mes joueurs jouent. 

 

Sur le débat sur le professionnalisme et le semi-amateurisme pour la Nationale, j’imagine que Nice se place, bien entendu du côté pro ? 

 

PP (Nice) : Il y aurait beaucoup à dire parce-que, si effectivement le Ministère nous reconnaît comme un club pro et nous donne l’autorisation de jouer, je vois mal Mr Paul Goze refuser à la 3e division nationale d’avoir accès à quelques subsides que ce soient versés par le Ministère. A ce moment-là, il faudrait en effet que nous montions ensemble à la Ligue et que nous nous fassions entendre. Après, j’entends Blagnac parler du chômage partiel et j’entends dire qu’il a des joueurs amateurs, que c’est un club quasiment amateur. Donc, je ne vois pas comment on peut toucher le chômage partiel en ayant des joueurs amateurs, il y a quelque chose d’incompatible. 

 

Benoit Trey le président de Blagnac dispose de 9 joueurs sous contrats dans son effectif majoritairement pluriactif, et faisait écho ironiquement à une proposition d’un de vos confrères présidents de Nationale sur le chômage partiel tout en continuant à jouer .

 

PP (Nice) : J’ai effectivement vu cette demande par certains présidents, elle me semble tout à fait illégale. On ne peut pas continuer à s’entraîner, à avoir des joueurs blessés et être au chômage partiel. Et en plus de ça, dans la demande d’aide, il y avait également une demande d’aide pour les matches à huis-clos donc, c’est un peu le beurre, l’argent du beurre et le reste. Ce que je voulais également dire, c’est que par rapport à l’engagement du début de saison, il me semble que, de mémoire, il y a des clubs qui ont préféré rester en Fédérale 1 pour justement éviter les écueils que sont les exigences d’un club pro. Je citerai Vienne, Saint-Jean de Luz, Trélissac, Mauléon qui, je crois, étaient les 4 classés qui ont refusé. Il ne faut pas non plus freiner cette Nationale dans l’image qu’elle véhicule et ça, pour plusieurs années, nous allons payer le fait de se revendiquer comme corps amateur. Nous avons voulu trancher par rapport à la Fédérale 1, moi le premier, je ne le cache pas, je crois que nous avons signé cette année 38 contrats pros homologués, nous nous sommes engagés. Après, c’est vrai qu’il y a des difficultés mais on peut en parler et essayer de trouver des solutions. Nous avons proposé des solutions et on continue à amener encore un peu d’argent malgré que le championnat risque de s’arrêter. On peut parler, je suis prêt à parler avec Benoit Trey des solutions que nous avons mises en place pour que nos partenaires soient encore intégrés au sein du club et tout ce que l’on va faire pour eux pour qu’ils continuent à vibrer et, il ne faut pas se le cacher puisque c’est un peu le moteur, qu’ils continuent à payer pour que notre équipe qui est aussi la leur continue à jouer. 

Patrice, si la Fédé arrivent et dit  » on a une plateforme streaming sur le net  » ou  » on a la chaîne L’Equipe qui veut faire un multiplexe, il faut qu’il y ait 4 ou 5 rencontres qui se jouent en même temps en simultané « , vous, les clubs, vous allez vous y plier en disant  » tout le monde joue à 15 ou 16h parce-que le diffuseur veut faire un multiplexe  » ? 

 

PP (Nice) : Bien sûr, pour nous, il n’y aucun souci et je pense qu’il y a une unanimité des présidents là-dessus dans la mesure où le championnat continue. D’ailleurs, je ne comprends pas pourquoi jusqu’à maintenant, ça n’a pas été diffusé, il faut valoriser cette division Nationale avec une large diffusion. Si c’est fait par L’Équipe, tant mieux, un petit tacle à la Fédé, je ne comprends pas pourquoi depuis le début de la saison, ils ne sont pas informés ce qu’il se passe avec ces retransmissions. Par contre, par rapport à ce que disait Benoît Trey dans ce débat, on a bien touché une partie de l’argent qui avait été promis par la Fédé. 

 

Pourtant Benoit Trey dit ne pas en avoir vu la couleur à Blagnac ?

 

PP (Nice) : Il y a 39 000€ sur les comptes fédéraux, il faut aller voir les comptes fédéraux. Ils ont été reversés sur les comptes des Ligues et moi, j’ai demandé à la Ligue qu’ils me les versent et j’ai déjà reçu 39 000€. 

 

C’est donc une bonne nouvelle du coup ?

 

PP (Nice) : Oui, oui, c’est une bonne nouvelle, comme quoi, il y en a (rires). Pour en revenir au sujet, si ce n’est pas L’Équipe TV qui retransmet, il faudra que l’on se débrouille nous -mêmes en interne. Je sais bien que la qualité des images qui étaient proposées était excellente l’année dernière, les matches sont sûrement de meilleure qualité cette année et il est vrai que l’un dans l’autre, avec tous les dispositifs qui existent, il faudrait que l’on arrive à diffuser les matches, ça doit être tout à fait faisable. Tout à l’heure, nous avons parlé d’une autre formule de championnat et je n’ai pas réagi mais c’est sûrement plus facile pour Blagnac, qui est classé à la place où il est classé, de le proposer que pour moi de l’accepter à la place où je suis. Donc, il faut rester relativement sérieux, nous nous sommes engagés dans un championnat à 14, on ne va pas le jouer à 7 pour peut-être finir par le jouer à 2 parce qu’il y en a qui vont se retirer. 

 

Il faut donc trouver une ou des solutions pour qu’il y ait des finalistes et des montants définis, parce-que jouer 25 rencontres jusqu’en Juillet, pour vous c’est tenable?

 

PP (Nice) : Je l’entends bien mais, pour les matches qui ne se sont pas tenus, il y aura péréquation mais pour moi, il faut continuer sur les journées qu’il reste, à commencer par la prochaine dans 8 jours., reprendre le premier et arrêter de tergiverser. Il faut absolument que nous nous unissions pour nous battre, pour faire vivre cette division et effectivement, on pourra trouver des solutions. Si on s’assoit par terre et qu’on se met à pleurer, je ne pense pas qu’on ira bien loin. 

A Nice, j’imagine que vous allez dire que vous n’avez besoin de rien mais quand même, une aide du ministère ou de la fédé compenser les pertes de billetteries, ou une plus garde largesse de la part de la DNACG . Vous diriez pas no.

 

PP (Nice) : Vous savez que vous parlez à un club sérieux en la matière et même vertueux qui est Nice (rires). Je plaisante mais chat échaudé craint l’eau froide et nous avions été un petit peu épinglés. 

 

Attrapés par la patrouille comme on dit lors de la saison 2018-2019.

 

PP (Nice) : Oui mais pas forcément à juste raison, je pourrai m’en expliquer un jour mais pas forcément à la radio ou dans la presse. En ce qui nous concerne, nous avons essayé d’être le plus vertueux possible, entre le 20 et le 28 Septembre, j’ai dû rentrer entre 200 et 250 000€ qui nous manquait pour justement me retrouver sans avoir besoin de quelque aide que ce soit par rapport à la DNACG. Ces deux dernières années, je crois que nous avons fait +4 et +5% de notre budget en positif donc, nous avons effectivement un petit matelas. Nous n’en sommes pas encore aux 20% de la masse salariale mais j’espère que, d’ici la fin de la saison, nous n’en serons pas loin et, en effet, le matelas est relativement conséquent par rapport à ce qu’il était il y a quelques années. Aucune aide demandée à la DNACG mais que l’on soit considéré. 

 

Et au Ministère ou à la FFR pour compenser les pertes de billetteries ? 

 

PP (Nice) : Ca, c’est autre chose, c’est tout à fait un autre sujet. La DNACG est un organe indépendant de la Fédération qui juge par rapport aux règlements qui sont édictés et d’ailleurs voté par nous, on s’en plaint d’ailleurs parfois mais c’est nous qui les votons, pour que l’on soit dans les clous. Moi, pour ma part, je m’évertue à être le plus possible dans les clous, nous recevons d’ailleurs tous les deux mois une liste d’actes à accomplir pour être éligible au classement, qui n’est pas le classement sportif mais le classement extra-sportif pour monter en Pro D2. Et effectivement, nous nous évertuons à être dans les clous à ce niveau sinon, ça n’a aucun sens de s’aligner sportivement si on ne pouvait pas s’aligner administrativement. Pour ce qui est du Ministère, pour moi, des chiffres ont été avancés, ils vont être donnés aux Fédérations et aux Ligues. A partir du moment où nous allons être reconnus comme un club pro et que nous allons jouer, il n’y a aucune raison que cette aide, notamment pour les matches qui se dérouleront à huis-clos, ne puisse pas nous être octroyée. Sinon, effectivement, il faut aller voir Mr Paul Goze et le tirer par l’oreille. Il faudra rester unis et forts sur ce sujet et je pense que les 14 le seront. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-31-ocotbre-2020/

Retrouvez l’intégralité du débat « Quelles solutions pour là Nationale  » lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 31 octobre 2020.

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