Rugby – Nationale / O.Pouligny (Suresnes) : «Si on envoie un signal négatif au Ministère des Sports alors qu’eux nous enverraient un signal positif, c’est un gros danger!»

Le président des actuels co-leaders de Nationale, le RC Suresnes, a participé à notre grand débat « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 31 octobre 2020, sur l’actualité frémissante de cette division en pleine genèse. Olivier Pouligny avec 13 joueurs pros dans son effectif, est de ces présidents de Nationale, qui voient ce championnat comme la possibilité de basculer totalement dans le professionnalisme, tout en se structurant pas à pas et en profitant d’un niveau de compétition élevé. Alors que la question de la continuité et du format de l’antichambre de la Pro D2 s’est fait jour, le dirigeant altosequanais et son équipe structurée autour de Matthieu Blin, ont entamé une longue réflexion. Tout d’abord, dans l’émotion, opposés à la continuité du championnat à huis clos pour des raisons purement financières, les verts et noirs, on soupeser des enjeux moins courts termistes, et évoluer vers le camps des clubs qui voient en la continuité de la 3eme division du rugby français, la sacralisation de son statut professionnel. Attentif sur le sujet de la médiatisation future de cette division d’élite fédérale, farouchement opposé au changement de format, Olivier Pouligny veut dorénavant continuer ce championnat, car pour lui : refuser une main tendue du ministère des sports, serait un erreur stratégique voire historique.

Olivier, avec tes gars, vous étiez lancés comme des frelons comme on dit dans le jargon du rugby. Quatre victoires d’affilée, vous aviez fait tomber Narbonne et Albi et vous alliez essayer de faire tomber Tarbes ce week-end. J’imagine que pour toi, la perspective de matches ou d’un championnat arrêtés ne doit pas te convenir ? 

 

OP (Suresnes) : Ce sont les frelons qui ont battu les abeilles la semaine dernière (rires) . Pour nous, c’est comme pour tout le monde, c’est compliqué de démarrer une saison sans savoir comment on va réellement la jouer. D’un point de vue sportif, oui, nous avons une belle dynamique ces dernières semaines mais on sait que les dynamiques sont fragiles donc, ce n’est pas drôle pour nous de nous dire que nous allons nous arrêter en plein milieu d’une bonne série. Après, on ne peut pas présager de ce qu’aurait été le match contre Tarbes donc, je pense qu’il faut surtout que l’on parle du cas de crise sanitaire et des conséquences qu’elle peut avoir pour savoir si nous sommes aptes à avoir cette dérogation en tant que club reconnu comme club professionnel ou pas qui va avoir un impact fort sur une décision que nous allons prendre lundi, à savoir si on veut continuer ou pas. Je pense que les impacts sont là. 

Olivier, au début des débats entre présidents sur la poursuite de la nationale, ce jeudi, tu étais plutôt contre le fait de jouer, à l’instant T, brut de décoffrage. Après, au fil des discussions entre présidents, entre directeurs généraux des services, cette réflexion sur le fait que nous soyons à un tournant de la Nationale, même si elle est très jeune, entre semi-amateurisme et semi-professionnalisme, t’as un peu fait évoluer dans ta pensée ? 

 

OP (Suresnes) : Ce n’est pas moi tout seul qui évolue dans un coin, nous essayons de réfléchir globalement au sein du club. Dans tout ce qui est dit depuis tout à l’heure, je pense que nous avons tous raison mais la seule chose que l’on ne connaisse pas et qu’on ne maîtrise pas aujourd’hui, qui est le point clé, c’est  » est-ce que le Ministère va donner une dérogation à la Nationale ? « . Et là, je rejoins totalement François et Patrice, si ça doit être le cas, oui, il faut jouer. Il faut jouer parce-que nous sommes coincés dans un championnat, comme l’a dit Benoît, qui n’est déjà pas clair mais ça, on le savait dès le début, quand nous nous sommes engagés. Pour certains, même si tout le monde était volontaire, nous nous sommes engagés un peu contraints en se disant que nous ne savions pas trop où nous mettions les pieds. Pour nous typiquement, c’était une année un peu d’apprentissage avec un objectif de se maintenir mais avec une volonté de structurer le club pour aller vers le monde professionnel. Donc, pour nous, c’était très clair : on s’inscrivait dans cette Nationale pour apprendre à devenir des professionnels. Si on envoie un signal négatif au Ministère des Sports alors qu’eux nous enverraient un signal positif en nous disant  » on vous prend pour des pros « , là c’est un gros danger. Je m’en étais entretenu avec Jean-Pierre Humbert, on a quand même ce retour du boomerang qui peut être terrible et il faut donc que nous fassions tous très attention. Je rejoins aussi François sur le fait que l’on doit médiatiser, marketer cette poule Nationale. Là où j’étais un peu moins d’accord avec Benoît, c’est de scinder la poule en deux poules principalement régionales parce qu’on ne peut pas faire de poules régionales quand on se décrète entité Nationale, je trouve que c’est allé à contre-sens. Je vais le faire par élimination : si on a le droit de jouer, je pense qu’il faut qu’on joue, si nous n’avons pas la dérogation, nous serons obligés d’arrêter, ça n’est pas même un choix, nous sommes obligés de le faire. Et c’est ce cas-là et que l’on doit reprendre un jour, dans quelles conditions va t’on reprendre ? Là, on sait tous que c’est très, très, très compliqué et sans avoir plus de garanties de pouvoir plus jouer au mois de Janvier qu’aujourd’hui et c’est là où c’est très, très complexe. Nous avons tous des contraintes de pertes, qui sont plus ou moins importantes en fonction des clubs car nous avons chacun des structurations de budgets qui sont différentes. Bourg, par exemple, a énormément de recettes liées au réceptif et aux entrées, ce qui n’est pas notre cas. Nous avons une économie qui n’est pas tout à fait la même, nous avons une perte mais moindre et je rejoins François : si le Ministère des Sports décide que la Nationale est pro, elle doit dans ce cas-là s’imposer. Ce n’est pas la LNR qui doit décider de la répartition Top 14 / Pro D2 mais il faudrait dans ce cas-là que le Ministère des Sports impose qu’il y ait un petit bout. Si, par exemple, il y a 40 pour le Top 14 et la Pro D2, qu’il y ait 1 pour la Nationale, ce qui fait 75 000€ par club. C’est déjà un début pour compenser les huis-clos que l’on va avoir si l’on joue, il y a 3 ou 4 rencontres à domicile, en fonction du calendrier de chaque club jusqu’à Janvier. Cela fait quelque chose comme 10 à 15 000€ pour chaque club pour compenser les entrées. Je pense que nos partenaires seraient capables d’attendre. 

Olivier, j’imagine que, de par ton métier, ce débat lancé par Massy, sur le streaming, internet et les nouveaux moyens de communication pour médiatiser la nationale doit te mettre en appétit  et que tu as une certaine appétence là-dessus ? 

 

OP (Suresnes) : Non, je n’ai pas beaucoup de compétences, diriger une boîte d’informatique ne veut pas dire avoir de compétences informatiques (rires). 

 

Je parle sur les enjeux, on ne t’a pas demandé de développer un programme cousu main (rires)

 

OP (Suresnes) : Non mais, il est sûr que médiatiser est une chose et qu’on aimerait tous la médiatiser mais je pense qu’il ne faut pas rêver. Nous n’aurons pas la possibilité d’avoir des accords dans les semaines qui viennent pour  les quelques mois, on l’espère, qu’ils nous restent à jouer donc, c’est un sujet qui va arriver pour l’année prochaine. Par contre, François a raison, qu’on nous laisse la possibilité, même si c’est mal fait, d’au moins offrir à nos supporters qui n’ont pas le droit de rentrer au stade ou sympathisants voire partenaires. Si c’est nul, ils n’y viendront qu’une fois, si c’est moyen, ils viendront plusieurs fois et s’ils sont passionnés, ils reviendront tout le temps. Qu’on puisse au moins avoir ça mais je pense que ce n’est pas l’enjeu. Comme le disait Benoît à raison, le premier débat, ce sont ces 12 000€ au titre de la TV, 50 000 au titre de la formation, 40 000 au titre des déplacements, il faut quand même espérer qu’on les ait parce qu’on les a tous mis dans notre budget. 

 

Benoit Trey de Blagnac disait « on ne les avait pas encore vu » ?

 

OP (Suresnes) : Ils font partie de nos budgets prévisionnels donc, il ne faut pas qu’ils disparaissent. Le côté financier  revient quand même souvent dans les débats et on a un peu l’impression, je rejoins Patrice sur ce sujet, que certains clubs ont peut-être aujourd’hui surestimés les difficultés qu’ils allaient rencontrer avec cette crise Covid, que l’on connaissait quand même au mois de Juin. Certains sont partis en se disant  » on va se débrouiller, on va compenser  » et force est de constater que l’on s’aperçoit qu’ils n’y arrivent peut-être pas. Et là, il ne faudrait pas que la crise du Covid devienne une échappatoire financière alors que l’on aurait la possibilité de jouer si nous avions cette dérogation. Pour moi, et je reviens encore une fois sur le truc, c’est dérogation oui / non : si c’est oui, il faut jouer, si c’est non, on n’a pas le choix et il faut continuer comme ça. N’oublions pas non plus que, pour ceux qui ont des SASP, nous avons tous des associations et qu’aujourd’hui, les assos sont au chômage technique. Donc, il y a quand même des coûts liés aux rémunérations de certains encadrants qui vont directement améliorer les budgets de chaque club. Pour nous, nous avons chiffré cela à 30 ou 40 000€ donc, si je reviens sur mes espérances, et Benoit a raison, ce ne sont que des espérances, de 80 000€ plus 30 / 40, ça fait 120 et je pense que 120 000, ça vient compenser le manque à gagner des huis-clos. Et ça permet de faire jouer les joueurs car Arthur a entièrement raison, ils en ont marre, ils veulent jouer même si nous, nous avons eu de la chance, nous avons été épargnés et nous avons joué presque tous nos matches alors qu’il y en a quand même que personne n’ont joué. Il faut que le championnat continue parce-que, s’il ne continue pas, c’est un sacré coup d’arrêt et là, nous sommes repartis pour une saison blanche. 

A Suresnes, pour cette première année en Nationale, au milieu du giron semi-professionnel, qu’est-ce que vous attendez de la Fédé comme accompagnement, comme soutien, comme aide ? 

 

OP (Suresnes) : Rien, on n’attend rien. Je pense que, comme ça a été dit, les règles sont claires et qu’on doit s’y astreindre. De notre côté, j’ai signé la confirmation des comptes vendredi et c’est bon, nous sommes nous aussi carrés sur le budget de l’année dernière et je dirai, encore heureux parce-que je pense que ce n’est pas le budget de l’an dernier qui est le plus complexe mais celui de l’année à venir qui va être le plus compliqué pour tout le monde. A Suresnes, nous avons aujourd’hui la chance, c’est assez incroyable de dire ça, d’avoir peu de partenaires et peu de public donc, du coup, nous sommes peu impactés par les problématiques de recettes même si, comme tu l’as vu, nous avons une bonne bière et qu’elle tourne bien. Ca, par contre, c’est la bonne nouvelle de l’année. 

 

Et de bonnes 3es mi-temps, tu sais comment me faire venir au stade

 

OP (Suresnes) : Et surtout te faire rester au stade après les matchs (rires) . Sinon pour revenir à la question précédente, nous n’avons pas de sujet, pas de souci. Comme nous l’avons déjà dit, nous sommes dans une structuration où nous n’avons pas encore coché toutes les cases, nous ne sommes pas éligibles à une éventuelle montée en Pro D2 si, par miracle, on devait arriver en finale. Nous sommes assez sereins, il faut que l’on structure, on a plein de boulot, François connait bien nos installations, ou le manque d’installations plutôt (rires). Tu l’as vu aussi, nous avons plein de sujets à faire mais ça fait partie des budgets des années suivantes. 

Merci Olivier pour ta participation à cet échange et pour avoir éclairé l’analyse de nos lecteurs.

OP (Suresnes) : Avec grand plaisir. Par contre, est-ce que toi, tu peux nous donner un peu ton opinion sur le sondage que tu as réalisé auprès des clubs puisque tu sais à peu près où ça en est (rires) ? 

 

LC : Ok, On va inverser les rôles pour conclure (Rires). Mon opinion est que la sociologie de la Nationale évolue très vite. Jeudi dernier, sur 12 clubs consultés, vous étiez 9 à dire dans l’émotion, non pour continuer les compétitions, deux attentistes (Massy et Albi) et un était pour continuer mordicus, Patrice Prévôt à Nice. Quand on regarde maintenant la sociologie, on voit que c’est beaucoup plus timoré et qu’on serait plus sur du 7 contre 7. On va dire que, comme d’habitude, le  » cartel de l’Est  » comme je les appelle affectueusement , Bourgoin, Chambéry, Dijon et Bourg-en-Bresse risquent de faire pencher la majorité d’un côté ou de l’autre. Mon petit doigt me dit ça, après on verra bien, ce sera lundi entre vous, entre présidents que vous déciderez de l’avenir de cette décision historique dans la récente vie de la nationale. Quoi qu’il arrive et quoi qu’il en soit, vous êtes les bâtisseurs de cette nouvelle division, vous écrivez les premières pages de ce livre, de ce nouveau chapitre et même si vous n’êtes pas toujours d’accord, vous essayez avec passion de la mettre en valeur et, avec Radio Albigès et le Mag Sport, on se régale à vos côtés d’y participer modestement. 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-31-ocotbre-2020/

Retrouvez l’intégralité du débat « quelles solutions pour la Nationale  » lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 31 octobre 2020.

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