#Rugby – Nationale / B.Trey (Blagnac) : «Pour moi, les aides sont trop au conditionnel, la Ligue ne va pas vouloir partager!»

Benoit Trey, le président des Caouecs du Blagnac Rugby, est venu participer à notre Grand Débat « Quelles solutions pour la Nationale » en compagnie de ses confrères de Massy, Nice et Suresnes, ainsi qu’en présence d’Arthur Castant, joueur au Sporting Club Albigeois. Pour celui qui dirige l’un des rares clubs pluriactif de Nationale, la mise en sommeil de cette nouvelle division passerelle entre monde amateur et professionnelle, est à son sens, la voix de la sagesse. Septique sur les aides gouvernementales à venir, tout comme sur la volonté de la LNR et des clubs professionnels de vouloir « partager le gâteau », Benoit Trey prône avec vigueur un arrêt provisoire des compétitions et un format de compétition alternatif (qu’il prêche auprès des instances depuis le mois d’août). Inquiet pour l’économie réelle de son club, dubitatif sur la possibilité de valoriser son club et ses partenaires via des supports de communication hors FFR, le président haut garonnais était une voix discordante dans ce débat, portant haut ses convictions et les valeurs de l’exception sociologique Blagnacaise.


Nous allons commencer par une première question assez contextuelle : comment avez-vous vécu les dernières annonces ? 

 

BT (Blagnac) : Pour nous, la première partie de saison s’est passée un peu comme on l’imaginait, c’est à dire compliquée. Tout le monde avait imaginé que le virus ne serait pas là et que, notamment dans la constitution du championnat, j’avais vraiment alerté en Juin et en Juillet pour que l’on puisse aménager cette poule Nationale et faire dès Juin deux poules de 7 pour pouvoir avoir des dates de replis en vue d’éventuels reports. Malheureusement, le contexte a prouvé que nous avions raison et que tous les matches n’ont pas pu se jouer donc, on va dire que l’on s’adapte. On a quand même pu le démarrer, c’est déjà bien mais dans des conditions qui s’amenuisaient et qui s’aggravaient au fur et à mesure que l’on avançait avec des jauges qui diminuaient, des accueils du public et de nos partenaires de plus en plus compliqués et dans des conditions très particulières. J’avais déjà préconisé d’avoir des fenêtres de replis, quitte à ne démarrer qu’en Novembre ou en Décembre à l’époque et donc, je reste sur cette position-là puisque la première partie de saison a prouvé qu’il y avait tellement de cas dans les équipes qu’il fallait malheureusement régulièrement reporter les rencontres. 

Benoit, est-ce que nous ne sommes pas dans un tournant pour la Nationale qui doit choisir son camp entre le fait de devenir définitivement professionnelle ou bien rester semi-pro / semi-amateur ? Est-ce que nous ne sommes pas un à tournant historique où les arbitrages d’aujourd’hui feront la Nationale de demain ? 

 

BT (Blagnac) : Non, nous ne sommes pas dans un tournant. En fait, cette division est un niveau intermédiaire, c’était clair d’entrée, elle n’a pas de statut particulier si ce n’est qu’elle est sous la responsabilité de la Fédération et est estampillée statutairement Fédérale 1. A partir de là, nous ne pouvons pas nous prendre pour des pros. Nous avions tous été clairs d’entrée en disant  » on y va et on y va comme on est  » c’est à dire que les 14 meilleures équipes classées sportivement et non au niveau de la structure. C’était la condition pour qu’il y ait 14 équipes car sinon, il n’y avait que 4 équipes qui pouvaient aller dans cette division. Donc, à un moment donné, on nous a pris comme nous étions et maintenant, il faut s’adapter aux circonstances c’est à dire qu’on ne peut plus recevoir ni nos partenaires ni notre public. Pour moi, à un moment donné, ce serait de la folie que de continuer un championnat à huis-clos ça veut dire, à mon avis, que l’on peut même mettre en danger la continuité de la Nationale. Pour moi, nous allons aller vers des dépôts de bilan vers Février / Mars comme c’était arrivé il y a 5 ans avec la poule d’accession. Peut-être que Nice a des moyens que nous n’avons certainement pas et a peut-être déjà le budget dans les comptes mais, le problème pour nous, et je dirai que je représente la moitié des clubs de Nationale, nous avons nos budgets qui sont constitués par les partenaires, 300, qui donnent tous entre 3 et 5 000€. Le problème maintenant, c’est que si on ne peut pas les recevoir, il va falloir les rembourser donc, nous avons une économie qui n’est pas sur un gros porteur, nous n’avons pas un mécène derrière qui nous dit  » continuez, j’assumerai « . Le problème, c’est que nous, nous avons besoin de notre public, de nos partenaires et nous avons besoin de jouer devant eux. Si nous jouons sans eux, pour moi, nous sommes morts. Sur l’histoire des aides, il n’y a à ce jour aucune aide qui soit prévue et je rassure tout le monde, il ne faut pas imaginer avoir des aides. Il va y en avoir pour les clubs de Top 14 et de Pro D2, j’ai déjà eu des échos comme quoi la Ligue, et même les clubs, avaient dit  » on n’aidera surtout pas la Nationale, on ne partagera pas le gâteau « . Donc, il faut arrêter d’imaginer qu’il y aura des aides, il faut arrêter d’imaginer jouer et continuer le championnat avec le chômage partiel. 

 

Tu n’as pas peur qu’en refusant la main tendue du professionnalisme du Ministère des Sports, la Nationale ne soit considérée comme amateur et non plus comme semi-pro / pro ? 

 

BT (Blagnac) : Non, justement parce-que les circonstances font que si nous, Nationale, nous disons  » nous mettons le championnat en sommeil pour protéger nos infrastructures, nos finances et assurer à terme une continuité de nos clubs et donc de nos salariés et de nos joueurs « , je pense que le Ministère nous suivra car nous avons été solidaire du monde pro en disant  » nous n’avons pas nous aussi demandé d’aides providentielles ni une dilution des aides, on va laisser le monde pro « . Parce-que, du coup, c’est clair, c’est estampillé : eux sont pros, ils sont sous la Ligue, nous, nous sommes sous la Fédé. Ce n’est pas clair chez nous, on le sait donc, il vaut mieux que nous nous mettions en sommeil et je pense que notre solidarité va aussi être de dire  » on ne partage pas le gâteau, on laisse les clubs pros en bénéficier  » et pour le Ministère, compte tenu des circonstances exceptionnelles et puisque l’on démarre dans cette division, le Ministère ne nous larguera pas en nous disant  » vous vous êtes pris pour des pros « . Je pense que la situation est tellement grave dans notre pays que la Nationale et le rugby, à côté, ce n’est pas grand-chose, il faut rester humble, malgré peut-être les enjeux sportifs, financiers et de montée pour beaucoup, Je rassure tout le monde, ce n’est pas parce-que nous sommes derniers du championnat que nous voulons neutraliser les premiers matches, je dis juste qu’il faut se mettre en sommeil pour être à hauteur du mouvement national, se confiner pour protéger la santé de nos concitoyens et de nos proches. Donc, moi je dis qu’il faut que l’on s’arrête et que l’on reprenne en Janvier. Même si l’on reprend avec une jauge à 1 000, nous l’accepterons parce qu’au moins, nous pourrons recevoir nos partenaires, nous n’aurons pas à rembourser les prestations et le reste et nous aurons un peu de produit donc, reprendre en Janvier mais avec une nouvelle formule. Il est clair que pour la pérennité de cette Nationale, il faut avoir deux clubs qui soient définis fin Mai et pour ça, ce n’est pas reprendre tel quel mais reprendre en faisant une adaptation du championnat, quitte à faire deux poules comme j’en ai parlé. Quitte même, puisque c’est ça qui a l’air de poser problème, à garder les points, avec péréquation ou je ne sais pas comment. 

 

Si les matches de début de saison sont neutralisés, j’en connais deux, Olivier Pouligny à Suresnes et Patrice Prévôt à Nice, qui vont ruer dans les brancards 

 

BT (Blagnac) : Mais ils ont raison, je suis d’accord ! On ne neutralise pas les premières rencontres, on en tient compte, ils vont redémarrer premiers de leur poule de 7, il n’y a pas de souci. Nous, on démarre dernier mais au moins, nous avons des dates de replis puisqu’on en a encore en faisant 12 matches et pas 22 contrairement à ce qui est prévu et nous avons des phases finales, c’est tout ce que l’on veut ! Et nous, si on reste dernier, et bien nous redescendrons en Fédérale 1, il n’y a pas de souci. Mais, au moins, on n’abîme pas financièrement notre club et on peut continuer. 

Benoit, tu es d’accord avec Olivier Pouligny sur les aides qui vont arriver et celles qui pourraient arriver, ou encore sur de potentiels droits Tv provenant de la chaîne L’equipe ?

BT (Blagnac) : 75 000€, c’est au conditionnel et nous n’avons même pas encore vu la couleur des fameux 100 000€. La Ligue doit reverser une partie avec la Fédé pour les déplacements, l’hébergement et la formation, ainsi que les 12 000€ de droits TV (150 000€ / 14) mais on n’en a encore pas vu la couleur. On attend déjà 100 000€ qu’on a mis dans nos budgets, on va attendre encore 75 000€ que nous allons remettre dans nos budgets que nous n’aurons pas. En gros, nous allons avoir 200 000€ qui vont nous manquer à la fin du truc. Quand on tourne à 4M, 200 000, ça va, ça vient comme on dit mais, quand on tourne comme moi à 1M8, ça ne va pas. Il y a un gros problème, pour moi, les aides sont trop au conditionnel, la Ligue ne va pas vouloir partager et le problème est là. Les clubs de Top 14 et de Pro D2 sont déjà en arrêt de mort alors la Nationale … 

A blagnac vous êtes 100% pluriactif ou vous avez quelques joueurs pros ? Tu voulais dire quoi en parlant du chômage partiel ?

BT (Blagnac) : Nous avons évidemment quelques contrats, nous avons 9 joueurs sous contrats et les autres sont pluriactifs et travaillent à côté. Je parlais du chômage partiel en général, c’est à dire que certains parlent d’aides en disant  » on continue de jouer mais on perçoit le chômage partiel « . Pour moi, il y a un problème de déontologie, si on continue de jouer, on ne peut pas déclencher le chômage partiel, c’était juste l’exemple du type d’aide qui avait été proposé par certains présidents. 

On va parler d’un autre sujet qui découle de ce débat sur le huis-clos, c’est la médiatisation de la Nationale. On entend beaucoup de clubs monter au créneau pour que les matches puissent être diffusés en interne par des prestataires. Benoit, quel est ton point de vue là-dessus ? Pour en avoir déjà discuté avec toi, si c’est pour faire des choses médiocres, il n’est pas sûr que ça rende service aux partenaires ? 

 

BT (Blagnac) : Tout à fait. Déjà, je suis preneur des solutions de Patrice pour faire rentrer et encaisser les partenariats sans pouvoir assurer les prestations pour eux. En ce qui concerne la retransmission des rencontres, en effet, on attend désespérément L’Equipe TV. Malheureusement, elle n’est même pas venue en ce début de saison, pourtant, ce championnat est magnifique et, pour moi, il y a de magnifiques matches à retransmettre. Il semblerait que ce soit un problème de créneaux mais selon moi, le dimanche à 18 heures allait bien à tout le monde et nous aurions cartonné en termes d’audience. Je regrette cela parce-que peut-être que si L’Équipe avait démarré la saison avec nous, la solution de continuer de jouer aurait été possible parce qu’il y aurait au moins eu une visibilité alors que là, nous n’en avons aucune. Pour ce qui est des retransmissions directement faites par les clubs eux-mêmes, si c’est pour mettre une caméra où on ne voit rien, où on ne voit même pas les partenaires ni les actions, ce n’est pour moi même pas la peine. Il faut que ce soit bien fait, qu’il y ait au moins deux caméras, selon moi, il faut que ce soit pris et géré par la Fédération. Si c’est géré par la Fédé, je suis preneur mais bien fait. Vu ce que j’ai pu voir pour l’instant comme matches retransmis gérés par les clubs, pour moi, c’est pire, ça ne met pas en valeur notre division mais ça la dessert. 

Benoit quand on entend tes inquiétudes sur les finances des clubs si on joue à huis clos, ou encore ton idée de nouvelle formule à 2 poules de 7, on a l’impression que pour toi la nationale de septembre 2020 est déjà morte et enterrée ?

BT (Blagnac) : C’est juste pour qu’il y ait des finalistes et des montants définis parce-que jouer 25 rencontres jusqu’en Juillet, ce n’est pas tenable, c’est tout. 

On va aborder le dernier thème, celui des finances, de la DNACG parce-que pour le moment, vous, les clubs, vous n’avez pas beaucoup de recettes. Entre les reports pour Covid ou pour intempéries, il y a peu de matches qui ont pu se jouer mais par contre, il y a un rendez-vous qui va être indétrônable, c’est la DNACG. Vous devez y passer chaque hiver, est-ce que vous attendez un peu de mansuétude de la part de la Fédération Française de Rugby ?

 

BT (Blagnac) : Il faut que l’on envoie nos comptes au 15 Novembre, c’est ça ? 

 

Normalement, oui. En temps normal, c’est cela mais est-ce que vous attendez des aménagements de la part de la Fédération par rapport à ça puisque ce n’est pas une année comme les autres ? 

 

BT (Blagnac) : Il y a des règles, si on est à moins quelque chose, on passe devant le Conseil Supérieur, c’est tout. Donc, si les clubs ne sont pas dans les clous, malgré le contexte, oui, ils vont au-devant de problématiques. Ils nous ont décalé d’un mois, pour moi, ça n’était pas utile puisque dans tous les cas, le bilan d’un exercice au 30 Juin, tout le monde l’a clôturé au 30 Octobre. Donc, nous avons un délai d’un mois supplémentaire par contre, je sais que la DNACG est regardante sur les fameux produits à recevoir c’est à dire sur ce que les partenaires n’ont pas fini de payer. Là, pour le coup, il est clair que je vais demander à ce que la DNACG soit clémente parce-que beaucoup de partenaires, en tous cas pour nous, nous ont demandé à décaler un petit peu les versements et donc, nous n’avons pas encore eu tous nos versements effectués. C’est en train d’arriver mais, à la limite, il faudrait que la DNACG soit en effet clémente sur les partenaires qui n’ont pas encore totalement réglé la totalité de leurs partenariats, ce qui était logique puisqu’ils avaient d’autres choses à régler comme les salaires ou autres. Après, on s’y plie bien évidemment et l’objectif sera d’avoir des bilans équilibrés, je vous rassure, ça sera le cas de Blagnac. On tient bien nos comptes contrairement à ce qui a été dit, notre budget est à la hauteur de nos ambitions, nous sommes juste en train de protéger notre club pour pouvoir continuer à former et continuer de pérenniser notre club dans l’avenir et que cette crise ne soit pas une fin pour la continuité de nos clubs dans cette division. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-31-ocotbre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw du débat « quelles solutions pour la nationale » lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 31 octobre 2020

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