#Rugby – Nationale / F.Guionnet (Massy) : «À Massy, on dit qu’il faut jouer!»

Lors de notre Grand Débat, « Quelles solutions pour la Nationale », le Président du RC Massy Essonne, François Guionnet nous a livré la position de son club, quant à la suite à donner sur ce championnat naissant. Pour celui qui dirige le RCME depuis 2014 , à l’heure de définir le devenir de cette division passerelle entre Pro D2 et fédérale 1, suite aux annonces du Président de la République, ce mardi 28 octobre et au reconfinement, le président francilien préfère suivre les canons de l’antichambre du Top 14, que de retomber dans ceux, du semi amateurisme. François Guionnet à l’instar de son homologue de Nice ou de Suresnes, ne veut pas louper le wagon du professionnalisme, et un tournant déjà historique pour cette division qui n’a que 5 mois d’existant et 2 mois de pratique. Conscient des enjeux de demain, alerte sur le sujet de la médiatisation future à construire, le boss des Éssoniens, penche plutôt pour continuer les compétitions à huis clos, persuadé que la Nationale bénéficiera des aides gouvernementales promises au club de Top 14 et Pro D2. Entretien avec un homme qui croit en l’avenir de cette 3eme division dans le giron professionnel.

Président Guionnet, à Massy, vous étiez un peu engoncés dans une épidémie de Coronavirus et vous aviez un peu du mal à vous en sortir. D’un côté, ce week-end de répit (31 octobre / 1er Novembre) est un soulagement pour vous ? 

 

FG (Massy) : Pas vraiment parce-que nous avons fait un début de saison où nous avons effectivement eu quelques cas positifs qui nous ont un petit peu désorganisés. Comme tout le monde, nous avons testé régulièrement et nous en étions un petit peu sortis, il y a trois semaines, nous avons re-testé les joueurs et nous avions 12 positifs. Une semaine après, nous avons re-testé ceux qui n’étaient pas positifs et nous avons à nouveau eu 12 positifs ce qui veut dire qu’avec les dirigeants, nous avions une petite trentaine de joueurs positifs. Je n’ai pas de cas grave avéré ou de séquelle ou quoi que ce soit mais il est clair que nous avons eu 3 / 4 semaines de désorganisation avec plus de 34 touchés entre joueurs et organisation donc, il est sûr qu’il est difficile de faire du rugby pro dans ces cas-là. Ceci dit, nous savions dès le départ que ce serait une saison compliquée, nous, joueurs et dirigeants de rugby, ne sommes pas dans les cas les plus difficiles de la société aujourd’hui, il faut quand même que nous en soyons conscients même si nous sommes en difficulté. Donc, il faut s’adapter et essayer de mettre un petit peu de positif dans tout cela. Et puis, essayer effectivement aussi de donner un petit peu de joie, de gaieté et de baume au cœur à ceux qui nous suivent et nous regardent. 

Président Guionnet, après avoir entendu lors de ce débat, le point de vue d’un autre président pour l’arrêt des compétitions, Benoit Trey et celui d’un joueur, qui   bien sûr, a envie de jouer, d’aller au bout de ses rêves et des compétitions, comment vous positionnez-vous en tant que président de Massy ? Vous voulez jouer, vous êtes plutôt sceptique sur la possibilité d’une tenue à huis-clos ? 

 

FG (Massy) : Nous sommes assez clairs à Massy, on dit qu’il faut jouer, on pense qu’il faut jouer pour deux raisons et peut-être avec deux conditions. La première raison, c’est que cette poule de Nationale, nous l’avons voulue, nous avons un certain nombre de clubs avec pas mal d’ambitions. On voit bien que dans l’accès à la Pro D2, il est compliqué d’y monter et il est compliqué d’y rester, nous sommes bien placés pour le savoir. Et on sait que cette poule de Nationale peut avoir une vraie légitimité, elle peut avoir un intérêt pour le public comme pour les médias. Par contre, il ne suffit pas de dire  » Bonjour, nous sommes la Nationale « , trouvons un diffuseur, il faut que l’on construise cette notoriété, il faut qu’on lance la Nationale un peu comme un produit, ça n’est pas du marketing mais c’est un petit peu cela quand même. Aujourd’hui, nous sommes à une période charnière où nous allons décider tous ensemble, enfin, nous allons proposer une décision et c’est la Fédé qui choisira ensuite mais nous allons décider tous ensemble si nous allons plutôt tomber du côté du monde professionnel ou plutôt du côté du monde amateur. Et ça, je crains que ça ne nous engage pour une petite dizaine d’années. C’est un vrai débat et Benoît a bien fait de le poser : pourquoi est-ce qu’on veut la Nationale ? Est-ce qu’on veut être le meilleur du monde amateur ou est-ce qu’on veut être une partie du monde amateur ? C’est une vraie question. Nous, personnellement, à Massy, on voudrait plutôt que la Nationale se rapproche du monde professionnel pour que demain, pourquoi pas, être un peu sur le modèle du football et avoir accès à des retransmissions, des droits TV et des choses comme ça. Donc, je pense que pour qu’on se range collectivement du côté de l’ambition professionnelle, il faut que l’on continue à jouer parce qu’il faut que l’on se rapproche des modes opératoires professionnels. La 2e raison pour laquelle je pense qu’il faut continuer à jouer, c’est que malheureusement, et je ne veux pas faire de mauvais augure mais je pense qu’il ne va rien se passer dans la nuit du 31 Décembre au 1er Janvierpour qu’on reparte sur six mois de compétition au 1er Janvier comme si de rien n’était. Je crains, et il est probable, qu’après la 2e vague, il y en ait une 3 et peut-être une 4e ensuite, je ne l’espère mais tant que l’on n’aura pas trouvé un vaccin ou une immunité de groupe, c’est quelque chose qui peut nous arriver. Donc, en fait, je crains que la question que l’on se pose ne soit pas la bonne : on se pose la question de savoir si on préfère jouer sans public ou bien avec. A cette question-là, tous les gens sensés répondent  » avec public  » mais je pense que la bonne question qu’il faut qu’on se pose, c’est  » est-ce qu’on préfère jouer avec ou sans public ou ne pas jouer  » ? Et je pense que si on décide de ne pas jouer, ça peut durer longtemps. En revanche, j’entends ce que disent Olivier et Benoit, c’est vrai qu’il y a deux choses qui font vivre les clubs de Nationale : le public et les partenaires. Et dans ce cas-là, si on décide de jouer à huis-clos, il faut absolument, impérativement, que l’on obtienne un accord de la FFR pour rediffuser nos matches soit un diffuseur qui pourrait, avec le marché qui se ferme un petit peu dans le milieu de l’animation et du divertissement, retrouver un championnat intéressant. Soit à minima, s’ils ne veulent pas diffuser, ce qui est le cas aujourd’hui des gens qui ont acquis les droits, qu’ils nous laissent la possibilité de faire des diffusions localement sur nos sites, sur nos Facebook ou nos sites de clubs avec des moyens locaux où l’on pourrait avec des mécanismes de bilboard, de présentation répondre aux besoins de nos partenaires. 

François Guionnet, on sait que votre directeur général à Massy a été l’un des précurseurs dans les discussions entre présidents à mettre sur la table la diffusion interne en guise de compensation des huis-clos sur des supports clubs ou des supports professionnels ou partenaires. Vous préférez la solution de Benoit Trey avec une plateforme fédérale de diffusion numérique ayant un peu de moyens et une certaine coordination ou la solution Arthur Castant un peu à la  » peer to peer  » où chacun va se payer et essayer de se rentabiliser son match ? 

 

FG (Massy) : Je pense qu’on ne peut qu’être d’accord avec la solution de Benoît. Si nous arrivons à obtenir une solution gérée par la Fédération, qui détient les droits de diffusion puisque c’est aujourd’hui un championnat fédéral. 

 

Sans oublier que le numérique peut être considéré comme un support différent de la télé

 

FG (Massy) : Je sais qu’au niveau européen, il y a des tests qui commencent à être faits, notamment en Allemagne avec le football en 3e et 4e division avec des retransmissions autonomes qui demandent très peu de moyens et qui donnent de bons résultats sur abonnements. Il y a plein de choses qui sont possibles mais il faudrait ouvrir le débat. Ce que je dis simplement, c’est qu’on sait que dans le rugby; avant d’arriver à une décision partagée de qualité ou autres, il faut entre 18 et 24 mois. Si on veut se mettre d’accord sur un truc qui convienne à tout le monde, on va commencer à en parler maintenant et on sera d’accord pour la saison 2023. Moi, je dis que la crise du Covid est une crise qui nous met dans l’urgence et dans l’urgence, si on décide demain de jouer à huis-clos, est-ce qu’il vaut mieux avoir un huis-clos sans diffusion ou est-ce qu’il vaut mieux avoir un huis-clos diffusé avec les moyens que chaque club peut mettre ou les moyens que la Fédé pourra mettre ? Je pense que c’est la 2e solution et ensuite, que c’est un débat qu’il faut avoir rapidement. C’est vrai que moi aussi, j’ai vu des matches diffusés sur des pages Facebook mais attention, ces matches diffusés sur les pages Facebook des clubs sont souvent l’œuvre des clubs de supporters qui, de leur propres faits, avec leurs propres sous, avec leurs téléphones portables se démerdent pour permettre aux copains qui n’ont pas pu faire le déplacement de voir quelques images de leurs couleurs qui les font rêver sur un stade, bien sûr que ce n’est pas L’Equipe TV ou Canal + qui viennent avec 12 caméras. 

 

Le but n’étant pas de dénigrer le travail colossal des passionnés et des supporters, mais de dire que l’on ne pouvait pas se servir de ces images-là comme support marketing ou support partenaires? Car à mon sens pour mettre en valeurs les partenaires il faut un produit professionnel

 

FG (Massy) : Si on décide de donner l’autorisation aux clubs ou si la FFR décide d’ouvrir la retransmission, il faudra trouver des moyens un peu plus professionnels. Mais, entre les moyens que met L’Equipe TV, que l’on a eu deux ou trois fois l’année passée et que l’on voyait en Pro D2, et les moyens que l’on peut mettre au niveau du club, c’est sûr qu’il y a un monde. Mais, entre ce qu’on est quand même capable de faire et que font aujourd’hui les clubs de supporters, qui sont déjà bien sympas de donner quelques images, je pense qu’il y a aussi un monde. 

Président Guionnet, pour vous à Massy, quelles aides, quel soutien, quel aménagement attendez-vous de la Fédération Française de Rugby et de Bernard Laporte ? 

 

FG (Massy) : Non, nous n’attendons pas d’aménagement. Il y a des règles, on les connaît en début d’année et il faut qu’elles soient respectées. Il y a des règles au niveau de la FFR et il y en a aussi au niveau de la LNR, notamment la règle qui embête le plus les clubs qui montent. 

 

Les fonds propres?

 

FG (Massy) : Voilà, il faut avoir des fonds propres qui, selon les années, représentent globalement 20% de la masse salariale. C’est à dire que, pour avoir une masse salariale de 2M, 2M5 en Pro D2, ce qui est le minimum vital je dirai, il faut que l’on ait entre 400 et 500 000€ de fonds propre. Si on a entre 4 et 500 000€ de fonds propres en ambition, ça veut dire que, comptablement, les fonds propres peuvent répondre comme un amortisseur à une mauvaise année. A Massy, nous sommes bien de ce côté-là, on vient de sortir les comptes de l’année précédente et nous sommes sortis légèrement positifs ce qui, compte tenu du contexte, était quand même relativement miraculeux. Nous n’avons pas dépensé l’argent que nous n’avions pas encore une fois cette année et on attend un peu sereinement. Je dirai qu’il y a la question des finances qui est importante et puis aussi, pour la Nationale, il y aura en fin d’année un classement sportif et un classement administratif. Donc nous, nous avons pas mal travaillé sur ce classement administratif qui peut aussi nécessiter d’avoir des investissements et pour les deux, nous sommes assez sereins. Nous sommes beaucoup plus soucieux de l’avenir sportif, de savoir si les matches vont se jouer ou autres, que de ça Je ne dis pas que personne n’aura jamais de problème mais je dis qu’après quelques semaines de coupure, nous ne sommes pas encore dans l’état où l’on pourrait attendre et demander quelque chose de la part de la Fédération. 

Que répondez vous à Benoît Trey de Blagnac, qui met en exergue des échos annonçant que la LNR et les clubs de Top14/Pro D2 ne veulent pas partager le gâteau des aides à venir pour le rugby professionnel ?

 

FG (Massy) : Je pense qu’on ne parle pas de droits TV gérés par la LNR à répartir entre telle et telle équipes. On parle de fonds publics, donc de fonds d’état, donnés à un sport professionnel. Sport professionnel, cela veut dire que si l’Etat décide d’aider le rugby professionnel, il décide de l’aider et ce n’est pas l’Etat qui va accepter que la LNR lui dise  » moi, je vous informe que j’ai décidé que le rugby professionnel, c’est 14 clubs en Top 14 et 16 clubs en Pro D2 « . Le rugby professionnel, dans la définition légale et fiscale de l’Etat, ce sont les clubs de rugby qui sont professionnels, qui ont des joueurs sous contrats et donc, dans ce cas-là, nous en faisons naturellement partis. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-31-ocotbre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw du débat sur l’avenir de la Nationale, lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 31 Octobre 2020

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