#Rugby – Fed1 / JC Bacca (Graulhet) : «Le vestiaire, c’est un lieu de communion où les garçons ne se racontent pas forcément des histoires de rugby!»

Nous sommes allés prendre des nouvelles de l’un des clubs tarnais de Fédérale 1, le Sporting Club Graulhetois, le club des Mégissiers avec son manager Jean-Christophe Bacca. Le SCG est poursuivi par la poisse, en ce début de saison, après avoir payé un lourd tribut humain la saison passée (décès d’un joueur, Beka Burdiashvili). Obligé de reporté 4 de leurs 6 premiers matchs, pour causes de problématiques diverses liées au coronavirus et aux éclectiques directives préfectorales émaillant les territoires d’occitanie, le club centre Tarnais a l’impression d’avoir commencé sa saison par intermittence. L’ex joueur et entraîneur d’Albi qui coache depuis 3 saison , l’équipe co-présidée par Guy Laporte, nous a donc fait un bilan et livré son analyse quelques heures avant l’alllocution du Président Macron, ce mardi 28 octobre 2020. Pour JCB, une chose lui manquait énormément dans cet automne rugbystique hors du temps, les chaudes ambiances de camaraderie qui égayent les vestiaires et la convivialité naturelle qui embrasse les à côté de la pelouse. Deux folklores ovaliens, qui font partis intégrantes, de la savante recette de la passion du rugby.

 

Crédit photo Jacques Massine / Le #MagSport – RadioAlbiges

 

Depuis quelques années, on va dire que Graulhet est un peu le club maudit, il vous arrive des pépins à chaque fois. Cette année avec le Covid-19, vous avez payé un lourd écot parce-que, sur six journées disputées en Fédérale 1, vous n’avez pu jouer que deux fois ? 

 

C’est exactement cela. Nous avons souvent des difficultés dans ce club, soit humaines ou structurelles et là, nous n’avons pu jouer que deux matches. Le stop pathologique qui touche tout le monde est bien sûr rédhibitoire au niveau du rugby, ça pose de sérieux problèmes. Mais en plus, nous avons eu aussi pas de soucis dans le Tarn parce-que le département a été touché très tôt et donc, je pense que les pouvoirs publics ont voulu un peu protéger tout le monde très vite ce qui a un peu été néfaste pour les clubs de rugby amateurs, enfin ex-amateurs puisque nous avons appris lundi dernier que nous avions passé un cap et que nous étions devenus une structure professionnelle. Jusqu’à présent, la Fédérale était considérée comme amateur mais, depuis lundi, nous sommes rentrés dans le cycle de sportifs de haut-niveau tout en restant bien sûr amateurs vu le budget de Graulhet. Nous avons le statut de sportifs de haut  niveau, cela nous permet de récupérer les vestiaires que nous n’avions plus depuis trois semaines, d’avoir des dérogations pour les étudiants toulousains par exemple et pour les garçons qui rentraient après 21 heures chez eux. Ça nous permet un peu d’avoir ça, ça nous donne une bouffée d’oxygène mais il est certain que nous avons pris pas mal de retard au niveau du rythme par rapport à d’autres équipes qui ont pu jouer leurs matches et, bien sûr, ça va être un peu plus difficile si le championnat continue, ce que j’espère avec pas mal d’insistance. Parce qu’il est certain que nous faisons ce sport surtout pour les matches et que faire deux matches en 4 mois, puisque nous avons repris début Juin, dès que l’on a pu, avec de la prépa physique, 10 par terrain et je crois que nous avons été l’un des premiers clubs à reprendre, dès la première date possible. Donc, cela fait maintenant cinq mois que certains joueurs sont sur le terrain pour faire deux matches officiels et c’est un peu difficile pour eux aussi. (Itw réalisé avant les annonces du président de la république le 28 octobre 2020

 

Ca doit être dur pour toi de les faire  » grimper aux rideaux et aux arbres  » comme on dit dans le jargon, en ne jouant que si peu ?

 

Clairement. Autant cette année, j’ai un groupe qui sentait qu’il y avait une possibilité d’exister en Fédérale 1 avec un potentiel intéressant et, au fur et à mesure des semaines et des mois, on voit que ce groupe est motivé mais la motivation est moindre que début Septembre parce-que je crois que les joueurs en ont assez de s’entraîner dur, de travailler énormément sans pouvoir en récolter les fruits. Deux matches, c’est quelque chose de terrible pour des garçons de 22 à 30 ans de ne pas pouvoir s’exprimer sur un terrain. 

 

Surtout avec l’annulation du week-end dernier où il y a eu un gros imbroglio puisque, comme tu le disais, la Fédé et le Ministère des Sports vous qualifiaient de sportifs de haut-niveau mais la Préfecture, elle, vous qualifiait comme amateurs. Du coup, ils ont annulé le derby entre Mazamet et Graulhet mais ce fut une annulation à mauvais escient parce-que, normalement, vous auriez dû jouer ? 

 

Oui, on aurait pu faire ce match-là que, je crois, tout le monde attendait. Il me semble que les Mazamétains avaient enfin récupéré leur stade avec une pelouse toute neuve, nous, nous avions envie de jouer parce-que c’était l’occasion de retrouver nos voisins directs avec Lavaur. Tout le monde s’en faisait une fête et quand j’ai dû annoncer aux joueurs le vendredi soirque l’on ne jouerait pas, on a vu que les mines étaient un peu déconfites parce qu’ils ont énormément envie de jouer, ce qui est normal et ce que j’espère encore. Mais maintenant, il va falloir que l’on trouve une solution pour que les joueurs puissent enfin s’exprimer dans des conditions que j’ai envie de dire un peu plus normales. Là, on parle du sport en tant qu’activité sportive sur le terrain mais le rugby draine beaucoup de choses autour et toutes ces choses-là manquent aussi à un groupe c’est à dire que, quand un groupe se retrouve sans vestiaire pendant trois semaines, le vestiaire est quand même quelque chose d’important. 

 

On peut parler d’un lieu de communion ? 

 

Oui, c’est un lieu de communion, avant, pendant, après. C’est un lieu de communion du rugby où les garçons ne se racontent pas forcément des histoires de rugby mais se racontent leurs semaines, leurs histoires. Ils libèrent une partie de leur pression quotidienne dans ce lieu-là, c’est un lieu important. C’est la même chose pour les buvettes extérieures, on sait qu’aujourd’hui, les clusters ne se développent pas ou très peu à l’extérieur, il faut une concentration énorme de personnes pour qu’il y ait ça mais ces dernières sont plutôt rares dans des clubs de Fédérale. Mais autour d’une buvette, il serait important aussi que les joueurs puissent échanger avec les supporters et les bénévoles. C’est tout ce microcosme que l’on est en train de déliter petit à petit, souvent sous de bonnes raisons puisqu’il est normal que l’on essaie de lutter contre ce fléau qu’est le Covid-19 mais, à mon avis et peut-être que je vais faire monter certaines personnes au plafond,  qu’il y a des choses qui doivent pouvoir se faire et que les risques doivent être calculés. On sait qu’il y a très peu de chance que l’on attrape quoi que ce soit à l’extérieur en se protégeant un peu et il faut quand même prendre le risque que ces petits moments-là, qui sont quand même socialement importants au niveau des clubs de rugby, doivent être un petit peu préservés, sachant bien sûr que des clubs de rugby passent 80 minutes à se  » taper  » et à se sauter dessus. Là, les notions de distanciation ne peuvent pas exister donc, à partir du moment où l’on accepte les matches, on doit pouvoir accepter, en calculant à peu près les risques, de laisser les joueurs échanger. Il n’y a plus de réception et pour illustrer mon propos, nous sommes allés à la Seyne il y a 15 jours, nous avons fait à peu près 14h de bus aller / retour à 60 dedans, avec les masques. Nous avons fait ce match, nous l’avons perdu mais, à l’arrivée, La Seyne n’avait pas le droit de nous faire une réception donc, nous avons eu 21 sandwichs et un pack d’eau. On n’échange quasiment pas donc, quel intérêt de se faire rencontrer des clubs qui se rencontrent rarement si, en plus, il n’y a pas d’échanges qui sont importants dans le rugby, qu’ils soient sportifs ou autres ? Donc, c’est important et ça, ça va se répercuter sur tout le monde puisque les réceptions de plus de 10 ou 15 personnes sont interdites. C’est tout cela qui fait que nous sommes dans une espèce de marasme dans le rugby, en tout cas amateur, et c’est dommage parce-que je pense qu’en articulant et en codifiant bien les rencontres, on pourrait aller vers un peu plus, non pas de liberté, mais de cohérence dans l’approche du rugby. Et bien sûr, si la situation venait à empirer, il nous restera toujours la possibilité de geler le championnat et de repartir sur des playoffs mais laisser à des clubs, et tant mieux pour eux, la possibilité de jouer tous leurs matches et à d’autres de ne quasiment pas en jouer, ça crée une dichotomie entre ces clubs-là. C’est à dire que le rythme, l’impact des coups et des plaquages n’est pas le même sur une équipe qui a fait 10 matches que sur une équipe qui en a fait 5. La cohésion, les réflexes, le fait que les joueurs vont se trouver plus facilement, ça se trouve au fil des matches et si nous n’avons pas ça, les entraînements ne suffisent pas, surtout au niveau amateur. 

 

Avec ce que tu viens de nous dire, tu viens de me faire une belle chistera pour ma prochaine question, je vais craquer une allumette, comme le dit ton président Guy Laporte. Le problème de ces mesures à géométrie variable, c’est que ça crée aussi des tensions entre les clubs car certains clubs se regardent un peu en chiens de faïence en disant  » pourquoi lui n’a pas le droit, pourquoi lui peut faire ça alors que moi, je ne peux pas le faire, pourquoi lui a le droit d’aller là et pas moi « . On l’a vu avec Graulhet et le FCTT, tout cela a créé des tensions ? 

 

Non, ça n’a pas créé de tension particulière. C’est juste que le FCTT avait un discours de bonne foi au niveau de la Préfecture de Haute-Garonne qui n’était pas le même au niveau de la Préfecture du Tarn et nous ne savions pas sur quel pied danser. Donc, à l’arrivée, on se retrouve dans des situations un peu ambivalentes où on se dit  » on peut venir jouer mais non, on ne peut pas venir jouer « , il n’y avait pas de vestiaire ni d’accès aux douches donc on nous dit  » vous vous déshabillerez sous des barnums  » sauf que, le week-end du FCTT, il faisait 10°, c’était l’un des premiers week-ends où il faisait froid. Je crois que c’est le TUC, ou le TEC, qui a fait le buzz en montrant ses espoirs qui se sont douchés pendant le match de la une en mode Cap d’Agde et ce sont d’ailleurs des choses comme ça qui font que le rugby est à part et je trouve que c’est une chose hyper positive. Même le président du TUC a dit qu’il ne pouvait pas le refaire 100 fois, il y a des conditions d’hygiène qu’il faut respecter mais surtout, on ne peut pas dire à des joueurs de se doucher dehors comme au début du siècle. Il y a une part d’hygiène, les transporteurs ne veulent pas que les joueurs remontent plein de boue dans leur bus, ce qui est normal. 

 

Le lundi, les bus servent pour les transports scolaires

 

Exactement. Et ensuite, en termes de pandémie, c’est une aberration : faire venir une équipe, ne pas lui permettre de se doucher alors que la première chose que l’on nous dit, c’est de nous laver les mains et quand, on se douche, on se lave les mains et aussi le reste donc, ça a plutôt un côté préventif au niveau de l’hygiène et de la pandémie que l’inverse. Faire venir une équipe et la laisser repartir pleine de boue, ça fait que le transporteur n’est pas content et derrière, le risque de pandémie qui est accru, c’est à dire que vous prenez le risque qu’il y ait encore plus de joueurs qui soient contaminés par la Covid. C’est ce genre de petit disfonctionnement au niveau étatique qui fait qu’à l’arrivée, on n’est pas d’accord ni sur la même longueur d’onde. Je pense que si on avait dit dès le départ  » à partir du moment où vous avez des joueurs Covid ou pas Covid dans le championnat de Fédérale 1, vous jouez en ayant accès aux vestiaires et au reste « , ça n’aurait pas posé un problème particulier. A l’époque, ça n’était que la Haute-Garonne, il faut se replacer dans le contexte, nous, nous avions la possibilité dans le Tarn d’avoir encore les vestiaires et les douches. 

 

Nous étions encore  » libérés, délivrés « 

 

Voilà (rires). C’est d’une complexité là-dessus, les présidents et les staffs ne savent plus sur quel pied danser dans ce cadre-là. Je pense qu’il faut que nous ayons une politique qui soit beaucoup plus, à mon avis, dirigiste et nationale, en tous cas régionale. Nous avons quand même des poules qui sont à peu près régionales et il faut que la position soit la même dans ces poules-là. 

 

Tu es train de dire qu’il faudrait que ce soit le Préfet de régions qui fasse les arrêtés et non pas les Préfets de départements ? 

 

Peut-être, je ne sais pas, je ne suis pas un spécialiste là-dedans mais je pense qu’il faut que l’on soit en cohésion. Je me trompe peut-être mais je prends souvent en exemple la Suède, qui fait des erreurs comme tout le monde, au niveau du Covid. La Suède a nommé un  » Mr Covid « , c’est un médecin qui est reconnu comme peuvent l’être les nôtres, notre Ministre de la Santé ou nos professeurs éminents. 

 

Oui mais, en France, les médecins se battent entre eux donc, c’est compliqué 

 

Lui, il décide pour tout, il est seul et il décide tout seul, il doit avoir un Comité avec lui mais la décision lui appartient, au-delà du premier ministre et de tout cela.  J’imagine qu’il fait des bêtises comme tout le monde parce-que la Suède n’est pas mieux lotie que nous mais, par contre, tout le monde suit sa politique par rapport au Covid. Je trouverai intéressant que l’on s’inspire de cela, en matière de sport, j’aimerai que l’on fixe un cap, mais encore une fois, je dis peut-être n’importe quoi et je n’ai pas les notions suffisantes pour me prononcer là-dessus. Mais en tous cas, je citerai un exemple qui était le cas au début et qui est de dire  » vous avez 3, 5, 10 Covid dans l’équipe et vous accès sur les matches que l’on joue à tout ce dont vous avez besoin  » c’est  à dire vestiaires, douches, salles de restauration. Et le jour où ça dépasse, je ne sais pas, 5, 6, 10 Covid, le match est annulé et ainsi de suite, on reporte d’autant c’est à dire qu’on dira  » on jouera peut-être jusqu’au mois d’Août « . Après, j’entends quand Bernard Laporte dit  » on va peut-être supprimer les phases finales « , je comprends qu’il faille ensuite s’adapter mais que nous ayons déjà un cap qui puisse varier mais qui soit au niveau national mais, encore une fois, je n’ai pas les compétences médicales nécessaires pour juger du bon fondé mais je pense que nous aurions tous à gagner à être dans un sens commun. 

 

Tu le sais, nous adorons les derbys au Mag Sport et il devait y en avoir un le week-end dernier entre Mazamet et Graulhet et il y a une chose qui nous chagrine. Philippe Guicherd, alias  » La Guiche « , t’avait donné un petit rendez-vous sur nos ondes en disant qu’il lui tardait de te rencontrer et que même, il te rendait quelques centimètres. C’est bien dommage que vous ne vous soyez pas croisés parce qu’on aurait bien aimé avoir la suite de l’épisode

 

Philippe est quelqu’un que j’apprécie énormément, avec qui j’ai partagé sur et en-dehors du terrain, beaucoup de bons moments. C’est un garçon droit, intègre et j’ai toujours un grand plaisir à me retrouver avec lui, que ce soit au bord d’un terrain ou en-dehors. C’est un garçon qui a beaucoup apporté au club d’Albi et on ne peut pas se fâcher avec Philippe Guicherd, c’est un garçon qui est attachant, droit, plein d’humour. Il y a beaucoup de gens avec qui nous avons beaucoup partagé et qui ont peut-être changé au fil des années mais lui non et c’est toujours un plaisir de le rencontrer. 

 

Il ne faut surtout pas qu’il change, il faut qu’il reste tel qu’il est, c’est comme cela qu’on l’aime

 

Quant à me frotter à lui, il doit faire 130 kg au bas mot aujourd’hui. (Rires)

 

Il a fait un régime, il nous l’a dit à l’antenne, il a perdu quelques kilos

 

J’éviterai toute confrontation parce-que j’en connais l’issue fatale pour moi (rires). 

 

C’est bien dans ces situations un peu anxiogènes et compliquées de garder un brin d’humour , de chambrage et de camaraderie, ça fait du bien et c’est aussi ça, l’âme du rugby. On te remercie d’être venu un peu faire le point sur cette saison de Graulhet qui va être encore compliquée car avec ces péréquations et le fait que vous ayez 0 point, cela ferait 0 point dans tous les cas. Il vous faut à tout prix allez jouer des matches et au moins en gagner un ou deux ? 

 

C’est ça, il faut éviter les péréquations mais surtout, nous avons un peu plus d’ambition que ça. A partir d’aujourd’hui, nous aimerions quand même arriver à gagner au moins tous nos matches à la maison et essayer d’aller grignoter des matches à l’extérieur si on le peut. 

 

C’est tout le mal que l’on souhaite aux Mégissiers, à ta bande et à toute cette équipe qui est très attachante. On vous dit à tous à très bientôt sur les ondes de Radio Albigès mais surtout sur les prés de Fédérale 1

 

Merci

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-27-ocotbre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Jean Christophe Bacca, lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 27 octobre 2020

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