#Rugby – Fed1 / JP Sannac (Pamiers) : «Je pense que le 31 Décembre, j’arrête.»

En Ariège, le président du Sporting Club Apaméen, Jean-Philippe Sannac, est partie en guerre contre les huis clos, dont son équipe est victime depuis le début de saison. La préfecture du 09, a décidé de grandement restreindre l’accès au stade du département, ce qui fait enragé l’homme fort du rugby apaméen. Mécène local, l’ambulancier de Pamiers, en chef d’entreprise accompli voit le péril de Match sans recettes, et tire la sonnette d’alarme. Pour celui qui a mené le SCA de la fédérale 2 à la Fed1, si d’ici le 31 décembre des solutions ou des perspectives ne sont pas trouvée , il quittera le club du « Bas Ariège« . Entretien avec un président passionné, mais dont les événements récents on fortement entaché ses convictions dans l’avenir.

 

Crédit photo SCA Pamiers

 

Jean Philippe, on vous a vu beaucoup ruer dans les brancards la semaine dernière dans les médias face à la situation sanitaire et surtout face aux contraintes qu’on vous impose en Ariège. Où en est-on de ces contraintes, est-ce que Pamiers peut enfin jouer devant une poignée de spectateurs ? 

 

Non, toujours pas. Nous avons joué contre Céret, nous n’avions toujours pas nos supporters puisque nous étions à huis-clos. Je crois que c’est la mort du club annoncée rapidement puisque nous n’avons encore pas joué avec des spectateurs. 

 

Vous aviez dit que, si ça continuait après le match face à Céret, vous étiez prêt à mettre le club en sommeil. Vous allez mettre cette menace en pratique ? 

 

C’est ce que j’avais trouvé comme solution puisque, bien sûr, je ne connaissais pas les règlements. Je voulais le mettre en sommeil mais la Fédé m’a appelé pour me dire  » attention Mr, si vous mettez le club en sommeil, vous allez redémarrer en 4e série  » et avec 500 licenciés derrière le club, je ne peux pas me permettre de faire redémarrer le club en 4e série l’année prochaine. Nous sommes en train de voir, nous avons un gros comité directeur lundi 26 Octobre pour décider de l’avenir du club, tout simplement. Moi, je ne sais pas si je resterai au club, je ne veux pas non plus abandonner les engagements que j’ai pris avec tous les joueurs et tous les gens du club mais franchement, nous sommes, et je suis, dans une impasse. 

 

Vous avez échangé avec d’autres présidents de clubs de Fédérale 1 qui sont dans la même situation que vous ? 

 

Oui, nous avons échangé avec le FCTT ou avec Villefranche en Fédérale 2 mais ils n’ont vraiment pas les mêmes problématiques que nous. Eux n’ont pas de vestiaire, ce qui est une chose, mais ils peuvent recevoir du public, faire des repas d’avant-matches, ils n’ont pas de bodega mais ils peuvent faire un peu de buvettes. Nous, nous n’avons rien de tout cela mais par contre, nous avons les vestiaires. Moi, à la rigueur, je voudrai qu’on m’enlève les vestiaires, mettre des douches à l’extérieur et qu’on me laisse rentrer au moins 1 000 à 1 500 personnes. 

 

Combien de temps Pamiers peut tenir dans la situation actuelle ? Un mois, deux, trois ? 

 

Je crois que là, nous arrivons au bout du bout. Nous allons avoir le mois d’Octobre à payer à tous les joueurs, nous avons des bus et des frais qui commencent à s’accumuler puisque, par exemple, nous sommes partis à Berre ce qui fait 3 000€ de bus.  Donc oui, ça va devenir compliqué, je pense que nous allons essayer de tenir jusqu’à fin Décembre parce qu’il faut en plus penser que l’on ne rejoue plus chez nous avant le 6 Décembre. Novembre va être très, très compliqué pour nous, nous n’allons faire que des déplacements. Franchement, nous allons y arriver parce-que je vais maintenir le club personnellement mais je pense que le 31 Décembre, j’arrête. J’arrêterai parce-que je ne pourrai pas mettre plus que ce que je n’ai donc on ne pourra pas continuer comme ça, sans spectateur, sans rentrée,. Il faut penser que l’on a commencé à s’entraîner depuis le mois de Juillet donc, tenir de Juillet à Décembre sera trop compliqué. 

 

Ce qui arrive est quand même dommage. Avant ce Covid, et même après la première vague, on voyait un club de Pamiers qui était en train de se structurer et qui commençait à avoir de belles ambitions en Fédérale 1. Et là, tout ce travail, cette lueur qui commençait à arriver dans les yeux des supporters qui se disaient  » nous allons peut-être avoir un club qui pourra lutter pour les play-off ou pour aller jouer quelque chose « , tout cela s’envole ? 

 

Oui, tout à fait, c’est vraiment que ça s’envole. Ca me met la rage parce-que, autant nous avons une belle équipe première chez les seniors mais nous avons aussi des espoirs qui sont allés gagner à Berre dimanche avec que des jeunes de 20 balais, nous avons les juniors et les cadets en nationaux qui ont de belles équipes et l’école de rugby qui a explosé, je crois que nous avons plus de 220 gamins cette année. Nous avons monté des féminines, et pour la première année où nous faisons cette équipe, nous avons 35 gamines, nous avons 42 gamins au baby-rugby que nous avons également lancé et tout s’écroule. Je n’ai pas envie que ça s’arrête pour tous ces gens, pour tous ces bénévoles, pour tous ces éducateurs qui sont dans le club et qui travaillent au quotidien, qui viennent après leur travail pour s’occuper de tous ces gosses. Et ces gosses, qui ne sont plus dans la rue ou derrière une playstation, ils sont au rugby, ils sont accompagnés. Nous sommes en train de faire trois jours de stage avec l’académie du Stade Toulousain, ouvert à tous les gamins des écoles de rugby de l’Ariège, nous avons 80 gamins ! On a fait des échanges avec les éducateurs de Lavelanet, on a mis en place des doubles licences avec ? (5.01),  Villeneuve, ? (5.04), Mirepoix, Laroque-d’Olmes, Tarascon, avec tous les clubs des alentours. 

 

Un vrai pack ? 

 

Oui, on essaye vraiment de jouer le jeu et ce qui nous arrive est catastrophique. Tout est en train de s’écrouler. 

 

La solution serait peut-être de faire un grand club de territoire, un grand club de l’Ariège pour arriver à passer cette période difficile ? 

 

Non, je vais te la dire la solution : qu’on nous laisse nos spectateurs ! Pour le moment, il n’y a que ça, l’urgence  on ne va pas se le cacher, est que l’on puisse rentrer 4 ronds pour pouvoir faire vivre le club. Donc, avoir un peu de bourriches, un peu de buvettes, avoir nos 1 500 spectateurs, on ne demande pas à en avoir 3 ou 4 000 mais au moins que l’on ait un fond de roulement pour pouvoir passer ce moment de crise. 

 

Comment les joueurs vivent-ils cette situation ? Car j’imagine que ça doit être très anxiogène pour eux 

 

J’ai protégé les joueurs, je leur ai expliqué comment ça allait marcher parce-que je voyais venir la catastrophe. J’ai proposé à tous les joueurs du club, et j’ai bien dit tous, de faire un contrat pour les protéger parce-que, si le club doit s’arrêter, ils auront le chômage partiel. L’année dernière, on leur a déjà demandé des efforts depuis le mois de Mars jusqu’au mois de Juin donc là, je leur ai dit  » les gars, si vous voulez être protégés et pouvoir bénéficier du chômage partiel si le club doit s’arrêter, vous serez protégés jusqu’au 30 Juin « . Donc, les gars m’ont d’abord remercié d’avoir pensé à eux, parce-que c’est vachement important et de pouvoir récupérer un pécule derrière parce-que les gars qui se sont engagés avec nous, qui ont un petit contrat ou bien des contrats pros, c’est quelque chose qui leur tombe tous les mois. 

 

On sait que l’Ariège est un territoire de résistance et de résilience, où on a appris à vivre dans l’adversité. Il y a peut-être quelque chose à puiser, vous avez peut-être quelque chose à aller chercher pour tenir le coup en se disant que, passé Décembre, ça ira mieux et qu’avec le Printemps, le soleil reviendra ? 

 

J’essaie de mettre toutes les solutions, je les cherche toutes et je n’en trouve pas beaucoup. Je pense qu’il faut que l’on soit aidé par la ville, je vais appeler la mairesse pour vraiment savoir parce-que je ne connais pas encore la subvention que je vais avoir. Je sais que Kamel Chibli a fait des efforts énormes pour avoir le fond de soutien l’année dernière et qui devrait tomber courant Novembre. On cherche toutes les aides pour que l’on puisse passer ce cap parce-que je ne pourrai pas maintenir le club. Nous avons des partenaires qui nous suivent, j’ai encore pris avant-hier un chèque de 3 000€ d’un gars qui est arrivé et qui m’a dit  » tiens, ce sera pour ton soutien « . J’ai un copain qui était président d’un club de foot, d’une école de foot sur Mazères, qui m’a envoyé un texto pour me dire  » mon entreprise va t’aider  » parce-que je suis au bord du gouffre. Je ne sais pas si on le comprend, nous avons 400 gamins à faire vivre plus une centaine de seniors et nous avons zéro rentrée. Zéro rentrée, je ne sais pas si on s’en rend compte ! Il faut acheter des maillots, des chasubles, des ballons et nous n’avons pas d’argent. Enfin si, nous avons de l’argent, nous avons des partenaires qui nous ont aidés, heureusement. Mais il y a de gros partenaires qui commencent à me dire,  » Jean-Philippe, si on ne peut pas venir au stade, tu comprends bien que ça nous embête de te donner de l’argent à blanc « . Et je les comprends les gars, ils sont en difficulté, je les comprends mais c’est vrai que c’est catastrophique et je crois que les gens ne s’en rendent pas compte. 

 

En clair, pour aller au but, vous faîtes partie de ce nombre de clubs, qui devient de plus en plus croissant, qui veulent l’arrêt des compétitions ? 

 

Je parle pour moi, je ne sais pas ce que les autres vont dire, nous, sans spectateur, on ne peut pas continuer à jouer, ce n’est pas possible. Je ne sais pas, je me répète peut-être, mais ce n’est pas possible de jouer devant personne et de ne pas faire rentrer d’argent. On ne peut pas jouer, ce n’est pas du rugby loisir, autrement, on va monter une équipe loisir, ce n’est pas un souci. C’est de la pharmacie, ce sont plein de choses dans un club, il n’y a pas que les joueurs, il y a les bus et le reste. Quand j’apprends que dans la poule des cadets, on va à L’Isle-sur-Sorgue, Châteaurenard et dans la vallée du Rhône, je me dis que le mec qui a fait les poules n’a jamais dirigé un club. On a les clubs de Lavaur, Graulhet, Castanet à côté et on nous envoie sur la vallée du Rhône ! Je me dis que le mec n’y comprend rien au rugby. 

 

Il s’est peut-être dit que les voyages formaient la jeunesse ? 

 

Des gamins de 14/15 ans qui vont se lever à 5h du matin, partir en bus, rentrer à 23h voir minuit … Les gamins, il faut qu’ils fassent leurs devoirs, ils n’ont que le dimanche. Le mec n’a rien compris au rugby, qu’est-ce qu’on va m’expliquer ? Qu’on va me rembourser les indemnités kilométriques ? Ce n’est pas comme ça que ça marche, je m’en fous qu’on me rembourse au mois de Juin ! Dimanche, j’ai annulé le match de Châteaurenard pour les jeunes, on en avait pour 6 à 7 000€ de bus entre les seniors, les cadets et les juniors. Et en plus, ils sont tellement bons qu’ils m’ont mis les cadets d’un côté et les juniors de l’autre soit trois bus le dimanche pour 8 000 à 9 000€ de frais. Ils ne comprennent rien, le mec n’a pas compris qu’on était en crise ? C’est ça qui me met en colère, que les mecs ne se mettent pas à la portée, nous, nous ne sommes que des bénévoles, je ne suis qu’un bénévole comme tant d’autres. 

 

Un bénévole mécène

 

Oui, un bénévole mécène mais au bout d’un moment, le mécénat a ses limites. Il n’y avait pas que le SCA que j’aidais, j’aidais toutes les associations de Pamiers et je suis en train de leur expliquer que  » les gars, je garde l’argent pour le SCA « . Et ça m’embête parce-que j’aidais le foot, j’aidais le basket mais avec le rugby, je ne peux pas tenir le nombre de clubs que j’aidais et je suis en train de leur expliquer que je ne peux plus parce-que je suis obligé de mettre l’argent que je leur donnais au SCA. Ca, ça m’agace. 

 

On demande la position de Pamiers qui demande l’arrêt des compétitions pour arriver à en voir le bout économiquement. Mais, s’il y a une seconde année avec arrêt des compétitions, est-ce que vous n’avez pas peur que ce soit tout le rugby qui ne se relève pas ? 

 

Franchement, je ne sais pas. Après, je le sais que cette solution n’est pas possible mais je ne sais pas du tout quoi te dire. Mais il faut que l’on sache que nous, nous ne pourrons pas survivre. Je vois le cri de Nîmes, je vois que Trélissac a démissionné, je vois que tout le monde va exploser, c’est sûr. Donc, d’une manière ou d’une autre, ou on suspend jusqu’en Décembre et on se donne jusque-là pour voir ou je ne sais pas, je n’ai pas la solution. En plus, nous avons la Préfète qui ne nous fait pas de cadeau et qui nous ferme le stade. Moi, je suis prêt à faire des protocoles de soins, à prendre le nom, le prénom et le N° de téléphone des gens qui rentrent au stade J’ai eu deux heures de rendez-vous avec la sous-préfète et j’ai dit à tout le monde  » je montre patte blanche, je vous fais voir que je suis sérieux « . On est en plein air … je ne sais pas quoi te dire, nous sommes vraiment dans l’impasse. 

 

On va souhaiter à Pamiers que vous sortiez de l’impasse, que vous repreniez la marche en avant qui était en cours depuis 3 ou 4 saisons et que vous essayez de faire perdurer. Et on espère qu’au mois de Février, Mars ou Avril, il y a ait de nouveaux sourires au stade Balussou et que les ambiances enfiévrées que nous avons pu connaître, quand Albi est venu jouer Pamiers à Balussou, pourront être de nouveau vécues très prochainement

 

Je le souhaite de tout cœur et vraiment du plus profond de moi.

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-23-octobre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Jean Phillipe Sannac lors de l’émission  » Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 23 octobre 2020

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