#Rugby – FFR / P.Buisson : «Il va falloir apporter un peu de sérénité aux clubs!»

Le nouveau patron du rugby amateur français, Patrick Buisson nous a accordé un entretien fleuve quelques heures après sa nomination. Le successeur de Maurice Buzy- Pucheu, compte dans la lignée de son ami béarnais, apporter soutien et sérénité aux clubs, qui plus est, dans ces périodes compliquées et anxiogènes sur fond de crise sanitaire. Pour cet ancien joueur de Vienne, Capbreton, ou encore Hossegor , établi dans le Gard après son passage à Uzes, la fédérale et le rugby amateur est l’arc en ciel des territoires de l’ovalie, et ce poste de vice président en charge de tout ce petit monde, est un honneur et une fierté. Élu pour 4 ans, Patrick Buisson compte porter avec vigueur, le dossier du « choc de simplification » , tout comme celui de la pérennisation de la naissante Division Nationale, véritable vitrine du rugby fédéral. Mais pour l’ancien président du Comité Provence, un dossier est déjà actuellement en bonne place sur son bureau : celui de la gestion du Covid 19 face aux restrictions sanitaires et de l’accompagnement des clubs dans ces périodes le sport français avance au jour le jour face à la pandémie. Le Spectre redouté de la suspension de certains championnats (Fed2/fed3) commençant à être soulever, le lieutenant de Bernard Laporte va devoir affronter un véritable cas de conscience. Focus sur un des hommes fort du rugby français , qui veut imprimer deux axes forts dans l’ovalie hexagonale : l’écoute et le dialogue.

 

Crédit photo La Provence / Phillipe Dauphin

 

Tu viens d’être élu et nommé vice-président du rugby amateur. Dans la situation actuelle, on va dire que ce n’est pas une sinécure, ça peut même être un long chemin de croix parce qu’il y a quasiment un an, ce rugby amateur était là en pleine forme mais, avec le Covid-19, il a été un peu ébranlé ? 

 

Oui, c’est le moins que l’on puisse dire. C’est une période qui est très, très, très difficile mais pour moi, à titre personnel, c’est très important de prendre le rugby amateur maintenant, avec tout ce qui se passe autour, ce qui est très difficile à vivre, c’est pour les clubs. Je pense aux clubs, avec toutes les mesures qui tombent pratiquement tous les jours. Bien sûr, il y a déjà la maladie puisque, quand nous avions stoppé la compétition au mois de Mars et que nous avions imaginé un protocole de reprise pour Septembre, nous ne pensions pas nous retrouver dans cette situation un mois après le début des compétitions où nous avons quand même pas mal de matches qui sont remis, soit à cause de la Covid, soit à cause de la fermeture des vestiaires soit maintenant par rapport au couvre-feu. Donc, c’est vrai que c’est très délicat, c’est une période délicate et sincèrement très pénible à vivre pour les dirigeants, les joueurs et les clubs. 

 

C’est sûrement, pour l’instant, l’un des postes les plus compliqués mais aussi les plus passionnants parce-que ce rugby amateur, cette Fédérale, cette Série, cette Nationale sont quand même des championnats palpitants avec une vraie âme derrière ? 

 

C’est le rugby des terroirs, le rugby des territoires que ce soit au niveau des séries territoriales voire au niveau des compétitions fédérales, c’est vraiment le rugby où l’on forme les joueurs. Il y a effectivement des compétitions qui sont très importantes puisqu’elles déterminent les hiérarchies et les clubs qui s’engagent dans ces compétitions ont bien entendu tous envie de briller dans ces différentes catégories. Mais après, c’est la convivialité, c’est notre sport qui garde encore, comme on dit, ces valeurs où il y a de l’échange, du partage même si ça déborde quelques fois sur le terrain, mais ça fait partie de notre sport et de notre ADN. 

 

On va revenir sur ton parcours dans le rugby français et dans ses instances. En 2016, après 8 ans sous Pierre Camou en tant que haut-dirigeant du rugby français, tu décides de rejoindre Bernard Laporte. Cette année, tu as décidé de continuer le grouper pénétrant avec lui. Pour commencer, qu’est-ce qui t’a amené à suivre et continuer ce projet avec Bernard Laporte ? 

 

En 2016, quand nous sommes élus avec Bernard Laporte, nous avons été élus sur un programme que tout le monde connaît avec ses 44 engagements. C’était la première fois qu’un candidat à l’élection fédérale proposait un vrai programme et donc, nous avons réalisé un certain nombre d’engagements, la majorité d’ailleurs. Et moi, à titre personnel, il me semblait que mon engagement devait continuer auprès de Bernard Laporte pour finir le travail que nous avions entrepris et pour l’actualiser sur certains points. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que Bernard Laporte est une personne qui dégage une telle force dans notre sport que l’on a qu’une envie, c’est de participer avec lui à cette aventure parce-que c’est un moteur. On va dire que Bernard est une formule 1, il vous entraîne, il vous accompagne, on n’a qu’une envie, c’est de le suivre. 

 

De la force, il a fallu en avoir parce-que cette campagne a été rude. Comme on dit dans le jargon, ça a  » clapé  » et c’est quand même tombé dur ? 

 

Effectivement, c’est une campagne électorale qui a été assez solide. Nous, dans l’opposition, nous avions vécu une campagne électorale en 2016 que l’on avait déjà qualifiée d’un petit peu solide et pas très propre. Là, c’est vrai que ça a été un peu fort mais une campagne électorale est une bataille. Après, effectivement, nous ne sommes pas habitués dans notre sport à ce que les dirigeants fassent des choix comme ça. Ce qui se passe aussi et qui fait beaucoup de mal actuellement, ce sont les réseaux sociaux parce qu’avec ces derniers, beaucoup de personnes peuvent s’épancher, peuvent s’exprimer parfois pas toujours à bon escient et que ce soit des deux côtés. Moi, je suis très pragmatique et très concret, j’estime que des deux côtés, parfois sur les réseaux sociaux, il y a eu des informations qui ont peut-être pu énerver les clubs parce qu’effectivement, c’est le rugby, c’est une grande famille, c’est ce que l’on dit souvent, mais là, ça a cogné. Bref, nous avons gagné ce match, on dit que nous l’avons gagné d’une manière très, très serrée ce qui est une évidence. Mais bon, il se trouve qu’aujourd’hui, l’équipe de Bernard Laporte est en charge de la Fédération pour 4 ans. 

 

L’avoir gagnée serrée est une chose mais la démocratie aussi. Cela montre la vitalité du rugby, pas comme à l’époque Ferrasse, où 98% du rugby votait pour un seul homme. Là, au moins, il y a eu de la démocratie et du débat ? 

 

En plus de la démocratie, il y a eu des débats, il y a eu des échanges mais, ce que nous avons apporté et qui est exceptionnel dans le monde du sport, parce qu’il ne faut pas l’oublier, nous sommes quand même la seule Fédération sportive en France à avoir proposé un vote démocratique à partir d’un smartphone. Ça veut dire que le président était seul avec son outil, seul avec son smartphone et qu’il était le seul à décider. J’en ai fait partie des présidents de Comité, je récupérais toutes les procurations, j’amenais ça sur la table et c’était réglé. Alors que là, quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, bien souvent, les présidents ont convoqué leurs dirigeants pour faire un choix collégial et ils ont décidé, en toute démocratie et en toute liberté, de choisir le candidat qu’ils voulaient voir diriger la Fédération. Il est quand même important de le rappeler : nous avons instauré la démocratie ce qui était LE choix de Bernard. C’est dangereux la démocratie, la preuve, c’est que ça a failli nous jouer des tours (rires). 

 

Comme ton prédécesseur Maurice Buzy-Pucheu, tu n’es pas arrivé dans les instances du rugby par hasard. Avant cela, tu as  » traîné tes groles  » dans tout le rugby français et, entre autres, dans le Comité Drôme-Ardèche ? 

 

Non, le Comité du Lyonnais. Je suis originaire de Vienne et ma première licence, je l’ai prise à l’école de rugby de Vienne à l’âge de 6 ans donc, effectivement, ça date. Vienne est donc Isère et à l’époque, malheureusement, ça date, j’ai pris de l’âge, Vienne était en première division. Il y avait encore 64 clubs donc, nous avions la chance d’avoir des équipes de jeunes de très, très bonne qualité, que ce soit en Crabos ou en Reichel. Après, j’ai tenté ma chance à Grenoble et j’ai compris qu’il était très, très compliqué de s’entraîner régulièrement et de faire beaucoup d’efforts. Puis, j’ai joué partout : j’ai joué dans le Sud-Ouest, à Capbreton, à Hossegor, en région parisienne. Ensuite, je suis redescendu dans le sud, j’ai été entraîneur au Rugby Club d’Uzès, dans le Gard où je suis maintenant établi, à Nîmes. J’ai été président de ce club, je suis rentré au Comité de Provence comme secrétaire général pendant 6 ans puis président du Comité pendant 8 ans pour finir par le rugby fédéral. Ce sont presque 55 ans de rugby et c’est pour cela que le rugby amateur était quelque chose qui me plaisait beaucoup, énormément. 

 

On va parler de ton prédécesseur, Maurice Buzy-Pucheu, on sait que vous avez une franche amitié tous les deux. C’est quelque chose de bien, ça amène une certaine sérénité qu’il y ait une passation entre deux personnes qui sont  » connectées « . C’est une transition en douceur ? 

 

Sincèrement, je ne sais pas comment on ne peut pas être connecté avec Maurice. Comme je le dis souvent, Maurice est une personne authentique, il a un cœur énorme, il aime le rugby, il vit le rugby et c’est pour cela que nous étions très proches tous les deux. Quand je dis très proches, c’est qu’aujourd’hui, Maurice Buzy-Pucheu est mon ami. Donc, effectivement, il a pris ce poste, il l’a bien géré, avec sa méthode puisque, comme tout le monde le sait, il a remplacé Thierry Murie au pied levé. Ce n’était pas facile parce-que Thierry avait aussi beaucoup travaillé, il avait fait de bonnes choses, mais Maurice a embrassé ce poste avec sa méthode, avec beaucoup d’empathie et beaucoup d’échanges avec les clubs. Et moi, en fait, je vais m’inspirer de ces deux personnes, même si nous avons tous nos idées, notre propre personnalité mais moi, contrairement à ce beaucoup de personnes disent lorsqu’ils prennent un poste, tout ce qui a été fait avant est très bien parce-que c’est vrai que les clubs reconnaissent Maurice et l’ont beaucoup, beaucoup apprécié. 

 

On va aussi parler des grands axes, des dossiers et des chantiers qui t’attendent. Quels vont être les grands axes de ta mandature à la tête du rugby amateur ? 

 

Pour tout te dire, c’est qu’aujourd’hui effectivement, l’actualité bouscule pas mal de choses. Ce que nous souhaitons déjà faire, c’est apporter un peu de sérénité aux clubs, un peu de facilité et quand cette maladie et cette pandémie va s’atténuer, nous allons essayer de stabiliser un petit peu ces compétitions et que les clubs revivent tranquillement, gentiment, normalement et qu’ils aient au moins une vision, à moyen ou long terme, de ces compétitions. Nous n’allons pas tout bouleverser, je crois que les clubs n’en ont pas envie. La seule chose dont ils aient envie aujourd’hui, c’est de vivre d’une manière sereine et d’avoir une visibilité à moyen / long terme dans les compétitions. Ce qui est très important et qu’il faut surtout faire aussi, c’est continuer à simplifier la vie des dirigeants. Quand nous sommes arrivés, nous avons beaucoup travaillé sur la simplification, nous avons commencé mais il y a encore beaucoup de choses à faire, que ce soit pour l’accessibilité à la pratique, pour les changements de clubs lorsqu’un joueur veut changer de club. Je ne dis pas que nous allons raser gratis ni faire tout et n’importe quoi mais je pense quand même qu’il y a encore quelques améliorations à apporter et surtout, surtout, surtout, travailler sur la simplification pour que les dirigeants aient un peu plus de temps à passer autour du stade et vivent leur passion plutôt que d’être parfois ensevelis sous des traitements administratifs. Nous avons promis un choc de simplifications, nous l’avons annoncé mais nous ne l’avons pas encore fait, il y a des services qui travaillent dessus. Donc, c’est effectivement piloté par le rugby amateur puisque ça va vraiment toucher un petit tout et, il y a  une personne élue qui va porter ce cheminement de simplifications, administratives et nous allons travailler ensemble. Les services sont vraiment en train de réfléchir, avec la DTN, avec les arbitres, avec toutes les directions de la Fédération sur comment faciliter la vie des familles et des enfants qui ont envie de venir au rugby mais aussi du travail quotidien. 

 

Ce choc des simplifications, pour reprendre le langage de Bernard Laporte, c’est aussi arrêter de payer les arbitres au cul du camion pour les clubs, que ce soit la Fédération qui les paye directement ? 

 

Tout ce qui est simplification va effectivement rentrer dans ce choc des simplifications. C’est vrai que l’arbitre devant se faire payer par le club qui reçoit selon où le match s’est déroulé, c’est plus ou moins simple. Effectivement, si on pouvait déjà aider les clubs à ce que les arbitres soient payés de façon automatique, ça fait partie des chantiers que Bernard Laporte a lancés. Ça va bien entendu toucher la trésorerie de la Fédération, il va falloir se donner les moyens de pouvoir assumer les propositions que Bernard Laporte fait et c’est quelque chose de très, très important à mettre en place. C’est très important parce-que cela va fluidifier les rencontres. 

 

Pour fluidifier, pour harmoniser les choses, cela va être aussi un peu compliqué avec le Covid, on voit en effet que chaque territoire a des directives et des arrêtés différents. Ça doit être un véritable casse-tête pour la Fédé d’arriver à harmoniser une Fédérale 1, ou une Nationale, qui sont sur tout le territoire national français, face à des territoires qui ont des décisions ou des contraintes divers et variés ? 

 

J’ose espérer que cette maladie va s’arrêter un jour. Effectivement, cette saison va être très, très, très compliquée puisque chaque préfecture y va de ses décisions, certains ont le droit de faire ça alors que d’autres n’en ont pas le droit. Les clubs se déplacent donc, bien entendu, quand on parle de la Fédérale 1, il y a parfois des clubs qui traversent la moitié de la France pour aller jouer dans des territoires où ce ne sont pas les mêmes règles ni les mêmes réglementations. Aujourd’hui, nous avons une compétition fédérale ce qui veut dire qu’elle doit couvrir et s’adapter à tout le territoire français mais, comme tu le dis, quand on a des règles et des traitements de dossiers différents selon les régions, c’est compliqué à uniformiser. Notre priorité aujourd’hui est que vont devenir nos compétitions ? Chaque semaine, ça devient de plus en plus compliqué et de plus en plus difficile pour les présidents de clubs. Il y a des présidents de clubs de Fédérale 1 à Fédérale 3 qui s’interrogent sur le devenir de leurs clubs donc nous aujourd’hui, la Fédération, nous n’avons pas de baguette magique, nous ne pouvons pas rendre la vie soudainement très, très heureuse mais il faut que l’on essaie de les accompagner et que l’on prenne les meilleures décisions pour essayer de sauver l’activité rugby, notre sport. 

 

L’activité rugby commence par les vestiaires, un sujet qui est devenu épineux et quasiment polémique. Il y a beaucoup de clubs qui ne peuvent plus accéder aux vestiaires et c’est quand même assez compliqué ? 

 

Effectivement, nous arrivons maintenant dans des périodes de l’année où c’est très, très compliqué de faire jouer des matches si les joueurs n’ont plus accès aux vestiaires et aux douches, ça va devenir très, très compliqué. Nous faisons des réunions deux fois par semaine, des cellules d’urgence Covid, qui sont composées de plusieurs personnes, notamment Serge Simon, moi, bien sûr, le secrétaire général et tous les services concernés : les compétitions, le juridique, les services techniques nationaux, nous avons notre DTN. Et donc, deux fois par semaine, on se réunit le mardi pour faire le bilan du week-end précédent et le vendredi, nous travaillons sur la prochaine journée. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que depuis que j’ai été officiellement annoncé, j’ai en gros 25 à 30 appels de clubs qui ne savent plus quoi faire. Jusqu’au week-end passé, nous avions au niveau Fédéral à peu près plus de 80% des matches qui se déroulaient, le week-end dernier, nous sommes passés à 73 / 74%, on va voir comment s’est passé ce week-end. Mardi, nous allons nous réunir et en fonction de ce qu’il s’est passé ce week-end et selon l’état dans lequel vont être les clubs, il y a des décisions qui seront prises. 

 

La suspension provisoire des championnats en Fédérale 2 et 3, en séries, en honneur et en promotion est envisageable ? 

 

Ce qu’il faut déjà savoir, c’est que la suspension des championnats en séries est du domaine des Ligues puisque ce sont ces dernières qui ont en gestion leurs compétitions, ce sont elles qui décident de comment faire leurs compétitions. Nous avons déjà une Ligue qui nous a écrit pour nous dire qu’elle souhaitait suspendre tous les championnats. Au niveau Fédéral, c’est vrai que la Fédérale 1, la Nationale et les espoirs Reichel sont à priori classés  » sport de haut niveau  » et donc, ne sont pas contraints avec toutes les mesures qui sont prises par les préfets ou même par l’Etat. Après, suspendre les championnats pour la Fédérale 2 et la Fédérale 3, c’est une question mais, si nous devons suspendre, pour combien de temps ? Si on la suspend, est-ce que ce n’est pas dramatique ? Est-ce qu’il n’y en a pas qui souhaitent encore jouer ? Sincèrement, si quelqu’un avait la recette miracle et avait la bonne décision, ça serait tellement pratique de l’appliquer. Aujourd’hui encore, il y a un peu de système D mais, comme tu l’as dit tout à l’heure, nous allons rentrer dans une période où sans douche, sans vestiaire, ça va être de plus en plus compliqué pour faire des rencontres. Sincèrement, nous avançons week-end après week-end. Il arrivera peut-être un moment où on ne pourra plus avancer et où, effectivement, il faudra suspendre. Prenons un exemple : on dit aujourd’hui  » on suspend jusqu’à la fin du couvre-feu  » qui est, je crois le 15 Novembre mais si tout se passe bien. Ca veut dire que le 15 Novembre, comme on peut malheureusement l’imaginer, vu qu’on nous a toujours expliqué que le Coronavirus allait être de plus en plus actif et qu’il allait croître, que le Premier Ministre étende le couvre-feu jusqu’au 15 Janvier ou au 15 Février. Qu’est-ce que cela veut dire, qu’on suspend complètement l’activité rugby ? Je ne sais pas, c’est peut-être très, très compliqué à imaginer. Aujourd’hui, je ne sais pas, on ne sait pas donc, nous allons réfléchir à quelle est la meilleure solution. Et puis, surtout, les clubs vont bien sûr s’exprimer, aujourd’hui, on entend les clubs qui ont envie d’arrêter la compétition, les clubs qui souffrent et nous comprenons qu’ils souffrent. Mais, encore une fois, nous avions toujours il y a une semaine 80% de matches qui se déroulaient. 

 

C’est un peu la notion de majorité silencieuse ? 

 

Aujourd’hui, nous n’entendons pas les gens qui font les matches mais ceux qui ne peuvent pas les faire. Nous savons que c’est compliqué, il va y avoir des décisions de prises et si l’on suspend, il faudra peut-être adapter les championnats. Parce-que, quand même, on ne peut pas imaginer faire deux championnats sans montée, sans descente, c’est compliqué. Cela veut dire que les clubs sont dans une catégorie et qu’on ne bouge plus pendant 2 ans. Déjà, l’année passée, nous avons dit  » on ne fait pas de descente, on accepte que les montées « , c’était déjà une bonne chose mais cette année, si vraiment il y avait une catastrophe et qu’on ne puisse plus jouer pendant 3 / 4 mois, on ne peut plus dire  » personne ne descend mais on accepte par contre les montées « . Cela veut dire qu’on va jouer à 90 en Fédérale 1 et 250 en Fédérale 2, j’exagère mais ça n’est pas entendable. Donc, il y a différentes hypothèses sous le coude, on y a bien entendu réfléchi, mais nous allons les appliquer en fonction de ce qui va se passer dans les semaines qui vont arriver. 

 

On va maintenant parler de ce qui est positif et qui est l’une des fiertés de Maurice Buzy-Pucheu et de Bernard Laporte : la création de la catégorie Nationale et la ré-homogénéisation de la Fédérale 1. Là aussi, il y a un gros chantier parce-que cette Nationale est bien partie, elle fait saliver tout le monde mais, derrière maintenant, il y a un modèle économique à trouver et une stabilisation à amener autour d’elle ? 

 

Effectivement. C’est une compétition qui a été mise en place par Bernard Laporte et Maurice Buzy-Pucheu puisque, comme tout le monde le sait, ce sont les clubs qui ont décidé et validé cette compétition. Là encore, on peut reconnaître la vitalité et la force de Bernard pour proposer des choses, on reconnaît le manager sportif et l’ancien entraîneur, il a vite analysé la situation. On se rappelle tous de l’épisode Pro D2 fermée empêchant des clubs de Fédérale 1 de monter, c’était quand même déjà quelque chose d’incroyable, ça ne s’était jamais produit. Des clubs avaient bataillé toute une saison et brutalement, on leur dit  » non, vous n’avez pas le droit d’accéder à la division supérieure « . 

 

C’est un signal fort qui avait fait mal dans les relations entre le rugby amateur et le rugby pro. On avait senti une fracture ? 

 

On a coupé le cordon et la liaison au niveau des clubs, je dis bien au niveau des clubs, entre le rugby amateur et le rugby professionnel. Après, nous n’allons pas refaire l’histoire ni reparler du passé, tout le monde avait de bonnes raisons pour effectivement sauver les clubs dans leurs divisions. La Ligue aurait très bien pu dire, comme nous nous l’avons fait  » on accepte les deux montées mais on ne fait descendre personne  » temporairement, ça n’a pas été fait, peu importe. Par contre, derrière toute mauvaise chose, car c’était une mauvaise chose pour nos clubs qui pouvaient accéder à cette division, et la bonne chose, ça a été la création de cette Nationale puisqu’aujourd’hui, dans cette poule, les 14 meilleurs clubs au niveau des résultats sportifs sont regroupés et ne viennent plus  » tuer  » la compétition de la Fédérale 1. Je prends l’exemple des clubs que je connais bien, Nîmes, Châteaurenard, Bédarrides, Castanet, Lavaur ou plein d’autres, c’était pour eux totalement impossible d’imaginer un seul instant d’accéder à la division supérieure qui, pour eux, était la Pro D2 à l’époque de la Fédérale 1 où nous n’avions pas extrait ces clubs. Donc, ils jouaient quoi ? Ils jouaient la qualification et un titre honorifique sans vraiment avoir la possibilité d’accéder à un niveau supérieur. Aujourd’hui, avec la Nationale, les deux meilleurs clubs de Fédérale 1 vont pouvoir accéder à une division supérieure qui est la Nationale. Et pour revenir sur cette poule, extraire les meilleurs clubs, et donc par conséquent, ceux qui avaient les meilleurs budgets, et les regrouper dans une compétition où ils vont pouvoir matcher, et là, on voit que les résultats sont très serrés, fait que nous avons une vraie compétition. Personne n’est à la ramasse dans la poule donc, ce qu’il faut et nous l’avons toujours dit, ce n’est pas une poule d’accession, c’est une poule Nationale qui prépare effectivement bien mieux à la Pro D2 que la Fédérale 1. Pourquoi ? Déjà, parce qu’ils vont se taper 26 matches, c’est quand même autre chose que de faire 22 matches. 

 

Et 29 matches pour ceux qui iront au bout avec les play-offs ? 

 

Quasiment 30 matches, c’est ce que fait la Pro D2. Ça veut dire qu’au niveau des effectifs, des entraînements, de la préparation sportive, on peut imaginer que ceux qui vont au bout de la compétition Nationale seront sportivement prêts pour accéder à la division supérieure. Ce qu’il faut effectivement maintenant, c’est créer une économie autour de cette compétition. La chaîne L’Equipe retransmettait déjà les matches de la Fédérale 1, il faudrait trouver le moyen qu’elle retransmette les matches de cette poule Nationale et puis, trouver peut-être des sponsors autour de cette compétition pour justement aider les clubs à vivre un petit peu mieux. Par contre, ce qui a quand même déjà été fait, il faut le souligner, c’est que la Ligue et la Fédération ont décidé d’aider les clubs autour de leurs centres de formation. Parce-que, ce qu’il ne faut pas oublier aussi, c’est que c’est bien de vouloir jouer dans une compétition qui est le plus haut niveau amateur mais il faut aussi beaucoup, beaucoup travailler sur les centres de formation, et c’est d’ailleurs ce que font les clubs qui sont dans cette division. Il y a une aide qui est prévue pour les clubs qui ont travaillé et qui ont bien développé soit les centres d’entraînements labellisés soit les centres de formation validés par la Fédération Française de rugby. 

 

Comme tu le disais en début d’interview, tu vas t’inspirer de ce qu’a fait Maurice Buzy-Pucheu mais aussi de Thierry Murie. La marque de fabrique de ce dernier avait été d’assainir les finances des clubs de Fédérale 1 en mettant des règles et en essayant de mettre des carcans financiers et sociaux. Mais là, ça va quand même être très compliqué de poursuivre ce travail-là : avec le Covid-19 qui vient directement impacter les finances des clubs, il va falloir ménager la chèvre et le chou ? 

 

Aujourd’hui, dans le contexte actuel, comme je le disais tout à l’heure, il va falloir apporter un peu de sérénité au club. La première des choses, une fois que la maladie sera éradiquée et que nous reprendrons une activité sportive normale et classique, il va falloir donner du temps aux clubs pour se restructurer quand même financièrement. Tout ce qui avait été imposé auparavant dans un certain contexte devra déjà être adapté à un nouveau contexte. Nous sommes tous certains d’une chose, c’est que tous les clubs vont perdre des partenaires, qu’ils ont tous perdu des recettes car, pour la plupart, ils n’ont pas le droit d’avoir des spectateurs et s’ils en ont, ils ont très peu. Ils n’ont plus de recette buvette donc, il y a toute une économie autour des clubs qui a disparu donc, bien évidemment que nous allons devoir nous adapter à ces nouveaux faits et ne pas imposer des choses qui seraient complètement irréalisables et qui pénaliseraient nos clubs. Donc, ce qu’avait fait Thierry dans un contexte, qui était important et nécessaire, correspondait à une époque, à un autre contexte. Aujourd’hui, et pour un certain moment, nous sommes rentrés dans une autre vie à laquelle nous devons nous adapter. On va s’adapter et, c’est ce que je disais tout à l’heure quand je parlais de la simplification, ça va aussi dire que nous devons réfléchir à quelles nouvelles règles nous allons devoir mettre en place pour dire  » ce club est capable de jouer en Fédérale 1, ce club est capable de jouer en Nationale, en Fédérale 2, en Fédérale 3  » mais en tenant quand même compte de tous les paramètres que nous venons de citer. 

 

On va revenir sur un registre un peu plus personnel. On sait que tu as fait ta formation de joueur à Vienne et le début de saison du CS Vienne doit te ravir parce qu’ils pètent le feu, malgré qu’ils aient eu quelques problèmes en début de saison avec une grosse vague de Covid-19. C’est une équipe qui risque de faire sensation cette année ? 

 

Quand on regarde les résultats de début de saison, effectivement, ils ont de très bons résultats. Ils sont allés gagner à Mâcon qui est l’un des favoris de la poule, il y a après, c’est vrai, le Stade Métropolitain. Bien sûr que j’aime le club de Vienne mais j’aime aussi les clubs provençaux après avoir quand même passé 20 en Provence. J’aime Bédarrides, j’aime Châteaurenard mais ce que je peux dire autour du club de Vienne, c’est que c’est un club qui a une très, très longue histoire et qui a été champion de France, il faut quand même le rappeler, en 1937. 

 

A la grande époque de l’industrie de la draperie 

 

Oui, c’était une ville où il y avait le textile, où il y avait des grands patrons, il y avait effectivement des grands joueurs. On va dire que Vienne a connu son heure de gloire quand il y avait Jacky Bouquet et les autres, à la fin des années 60. Après, ils ont eu un nouveau passage mais moi, j’étais déjà parti parce-que j’ai quitté le club très jeune, vers 20 ans, ils avaient retrouvé un peu de lustre puisqu’ils avaient joué une saison en groupe A. 

 

C’était l’époque du papa de Thomas Trautmann, l’actuel manager ? 

 

Il y avait en effet Patrick Trautmann qui jouait, Gilles Delaigue, le papa de Yann, qui était revenu aussi jouer à Vienne, il y avait quelques toulonnais. Ils avaient retrouvé un certain niveau et ensuite, ils ont bataillé et ont été champion de France de division 2. C’est une ville qui vit rugby, à Vienne, ça a toujours été le rugby et puis, c’est la région : il y a Bourgoin, Vienne, des clubs comme Saint-Savin. Il y a maintenant le LOU bien sûr mais le comité du Lyonnais est une région rugby. Donc, bien sûr que je suis content de voir les résultats du CS Vienne aujourd’hui, ça fait plaisir. En fait, l’un des présidents, Claude Laynaud est un pote avec qui j’ai joué à l’école de rugby jusqu’en junior, nous sommes potes, nous sommes amis donc, bien sûr que cela fait plaisir. 

 

Et puis, dans le rugby, il y a quelque chose qui est très important, ce sont les bénévoles. Actuellement, ils se sentent un peu en délicatesse dans ce rugby parce qu’avec ce Covid-19, ils ont l’impression de ne pas pouvoir faire tout ce qu’il pouvait faire avant, dans la convivialité qu’il y avait avant. A Vienne, les bénévoles ne manquent pas parce-que c’est l’un des clubs réputés pour avoir une grosse armée de bénévoles ? 

 

Encore une fois, comme je viens de le dire, c’est une ville rugby. Dès que Vienne gagne des matches, il y a toujours beaucoup de monde au niveau du public. Actuellement, ils sont un peu dans la panade, comme tous les autres clubs en France parce qu’ils sont limités en nombre de personnes. Quand on va voir un match à Vienne, le stade n’est en effet pas très grand donc, il est vite plein et ça met une belle ambiance. Et c’est vrai que le nombre de bénévoles qui s’investissent dans ce club est très, très, très, très important mais là, tout le mérite en revient aux dirigeants actuels du club de Vienne parce qu’ils ont quand même su intéresser et fédérer tout un tas de gens autour de leur projet et les clubs doivent s’inspirer de choses comme ça. Mais je sais que, dans beaucoup, beaucoup, beaucoup de clubs, ce que recherchent les bénévoles, c’est ce que tu viens de dire. Ils s’investissent bien sûr et travaillent dans les clubs, ils ont tous des fonctions mais le plaisir des bénévoles est de se retrouver entre nous et d’échanger autour d’une bière, je ne devrai pas le dire mais on est au rugby. 

 

Bien entendu, cela fait partie du folklore du rugby

 

Ca fait surtout partie du plaisir ! Moi, j’adore la convivialité et la 3e mi-temps, ce n’est effectivement pas pour déraper et se saouler, ce n’est pas du tout ça mais c’est tout ce qui peut se passer autour d’une 3e mi-temps. Tous les gens qui se retrouvent, qui échangent et la joie de vivre, vivement que l’on retrouve ce rugby ! Vivement parce-que, franchement, nous sommes orphelins de tout ça et aujourd’hui, ça nous manque. 

 

Quelle va être la patte Patrick Buisson en tant que vice-président en charge du rugby amateur ? 

 

Avec beaucoup d’humilité, je vais te dire que j’espère être à l’écoute des clubs parce-que ce que moi je souhaite, c’est que les clubs échangent et qu’on les écoute. Ce que je souhaite en fait, c’est écouter les clubs, c’est vraiment mon leitmotiv et c’est ce que je vais défendre et mettre en avant pendant ces 4 ans. On doit écouter les clubs parce-que le rugby commence dans les clubs et nous, les élus, nous sommes là pour mettre en œuvre tout le rugby qu’ils font tous les jours sur le terrain. 

 

Avez-vous un message à envoyer à tous les présidents à tous les clubs de Fédérale et de Séries ? 

 

Je sais que ce qu’ils vivent aujourd’hui est quelque chose d’abominable parce-que jamais, jamais, jamais, à aucun moment de notre vie de dirigeants, nous n’avons vécu une période comme ça. Aujourd’hui, malheureusement, nous ne sommes pas sortis de cette maladie, il faut tenir coûte que coûte parce-que ce qu’il faut surtout sauver, c’est notre sport, nos structures et bien sûr les clubs et tout le travail qui est fait au quotidien avec tous les jeunes qu’ils forment et qu’ils arrivent bien souvent à mettre dans le rôle sociétal que le rugby fait. Il y a beaucoup de jeunes que l’on arrive à sortir de chemins parfois tortueux et grâce au rugby, ils retrouvent une sérénité dans la vie. Moi, ce que je leur dis, c’est bravo, ce qu’ils réalisent tous les dimanches pour faire des matches est exceptionnel et j’espère franchement que ça va s’améliorer et que l’on vive un petit peu plus de bonheur autour de notre sport. 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-23-octobre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Patrick Buisson lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 23 octobre 2020

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s