#Rugby – Ligue Occitanie / A.Doucet : «Le rugby occitan est en danger!»

Le président de la Ligue Occitanie, Alain Doucet, nous a accordé une interview grand format pour nous livrer ses vives inquiétudes quant à la situation que vit le rugby occitan, face au contexte sanitaire actuel. Celui qui dirigera l’instance du rugby occitan pour 4 ans de plus , suite à la disqualification administrative de la liste de son challenger, monte au créneau pour soutenir ses ouailles, durement impactés par cette crise du Covid19, qui a petit feu, met exsangue les finances et la vie des clubs. Ayants écrits aux préfets de sa région, s’étonnant du mille feuilles des décisions prises sur son territoire, l’ex candidat à la présidence de la FFR se refuse à envisager d’annuler les compétitions tant qu’on le contraindra pas à le faire. Défenseur acharné du rôle sociétal du rugby, le boss de l’ovalie occitane, n’hésite pas à poser la question du devenir des licenciés, des bénévoles et de tout ce qui entourent ce sport, si d’aventure les clubs mettaient la clé sous la porte . Malgré cela, Alain Doucet trouve des lueurs d’espoir tant par la réélection à la tête de la FFR, de Bernard Laporte, ardent défenseur du rugby amateur et dont il est le nouveau vice président en charge du développement, que par la création de la division nationale, magnifique vitrine du rugby semi Pro et fédéral. Rencontre avec un président de Ligue, n’hésitant pas à prendre son bâton de pèlerin pour défendre son troupeau.

 

 

Alain, on a vu une lettre ouverte passée aux Préfets de la région Occitanie. Quel est le but de cette lettre ? Retourner un peu la table, amener un constat aux autorités ou essayer de trouver une solution ? 

 

Chercher une solution parce-que nous ne sommes ni contestataires ni terroristes ni perturbateurs et nous ne sommes pas non plus des gens inconscients qui vivons en-dehors de notre société. Nous ne sommes pas hors-sol, nous avons conscience des problèmes sanitaires et de tout ce que ça entoure, de la crise mondiale découlant de cette pandémie. Mais nous ne nous sentons pas plus coupables que d’autres, nous ne sommes pas plus des dangers publics que d’autres. Nous voulons expliquer et faire prendre conscience qu’aujourd’hui, si rien ne bouge, beaucoup de nos clubs, je parle de l’Occitanie, le reste de la France n’est pas directement mon problème, de nos clubs occitans des plus gros aux plus petits sont en grand danger de mort. Donc, je n’ai pas écrit à un seul préfet mais aux 13 préfets de nos départements en leur disant qu’aujourd’hui, il y a des disparités et que, s’il y a des disparités, rien n’est figé. Pourquoi un règlement dans le Tarn chez toi, qui est en train d’évoluer parce-que la préfète accepte d’écouter nos élus du Comité Départemental et un autre dans le département de l’Ariège où, aujourd’hui, on joue à huis-clos ? A un moment donné, les équipes visiteuses pouvaient se doucher mais pas les autres, il y a un règlement dans les Hautes-Pyrénées, un autre dans les Pyrénées Orientales, on s’y perd. Aujourd’hui, nos gens se disent  » si je joue en Haute-Garonne, j’ai un règlement, si je joue dans l’Ariège, j’en ai un autre, si je joue dans le Gers, j’en ai encore un « , plus personne ne sait où il est. Et nous, nous aimerions que les choses soient clarifiées une bonne fois pour toute. 

 

Quels que soient les départements, que ce soit l’Ariège ou le Tarn, on a entendu des cris du cœur et vu des sonnettes d’alarme qui ont été tirées. Dans le Tarn, il y a eu Jean-Claude Laur, le président du Saint-Juery-Arthès Olympique qui a un peu rué dans les brancards, dans l’Ariège, on a entendu Jean-Philippe Sannac, le président de Pamiers, menacer de mettre le club en sommeil. On sent quand même qu’il y a un mal qui est très profond dans ce rugby amateur, il y a des cris d’alarme. Jean-Claude Laur parlait aussi sociétalement de l’impact qu’il pourrait y avoir s’il n’y avait plus de rugby, avec des gamins qui se retrouveraient dans les rues. J’imagine que, pour le président de la Ligue d’Occitanie que tu es, ça doit t’inquiéter ? 

 

Mais bien sûr que tout cela m’inquiète ! Je ne vis pas avec grand bonheur tous les cris d’alarme que tu viens d’évoquer. Je rajouterai celui de Castelnaudary, idem pour la situation abracadabrante des catalans du club de La Salanque qui allaient à Revel. On a interdit d’utiliser les vestiaires de Revel mais on pouvait aller se doucher au camping à 80 mètres de là. C’est ce genre de situation qui est complètement ubuesque aujourd’hui donc nous, nous demandons que les choses soient harmonisées. On se dit qu’il est possible d’utiliser les vestiaires dans certains départements, pourquoi ça ne l’est pas dans d’autres ? Je suppose que tu as vu cette photo qui fait le buzz de ces clubs toulousains qui se sont mis à poil contre le mur du stade pour se laver. 

 

On se serait cru au Cap d’Agde

 

Oui, c’est vrai, j’ai lu des posts assez marrants sur Facebook, ça me change un peu des bêtises habituelles (rires). Et là, c’est flagrant, aujourd’hui, ça va faire tâche d’huile, dimanche, il y en aura encore plus et ce sont des hommes. Sans rentrer dans un sexisme de bas étage, je connais des gamines qui, par esprit de provocation, sont capables de faire la même chose. On va tomber dans de l’exhibitionnisme, on va tomber dans quoi ? Parfois, quand l’autocariste est sympa, ils se dépoilent dans le car, parfois, c’est dans la voiture, tu vois si c’est bien ! Il faut que nos gosses aiment jouer au rugby et les gosses, ils veulent qu’on continue, on vient de faire une enquête et tous les gosses veulent continuer, la saturation vient de chez les dirigeants. 

 

On parle des sociétés de transport et maintenant, certaines refusent de transporter des équipes de rugby si elles ne se sont pas douchées en amont parce-que derrière, il y a des coûts pour les sociétés de transport pour nettoyer les bus ? 

 

Bien sûr, ils ont besoin des bus le lundi matin pour faire du ramassage scolaire, ne serait-ce que ça. Donc, il faut qu’ils nettoient leurs bus si les gars sont boueux et dégueulasses. Moi, je peux comprendre qu’un chauffeur de bus n’ait pas envie d’abîmer son matériel pour des choses que l’on ne comprend pas trop. Je vais faire de la réflexion de café du commerce mais, dans l’absolu, les garçons qui se bourrent, qui se mettent en mêlée pendant 80 minutes, tête contre tête, en mêlée ou tout ce que tu voudras, je parle du rugby mais dans d’autres sports, c’est un peu la même chose dans d’autres sports, ne parlons pas que du rugby, n’évoquons pas le rugby et dépassons la limite de nos compétences donc, derrière, on va leur interdire de se mettre dans un vestiaire ? Ils peuvent rester dehors en plein froid, en plein vent, se mettre à poil ? C’est impensable ! Nous, on demande l’utilisation des vestiaires voire des vestiaires ouverts, des vestiaires avec des courants d’air, qu’ils aillent se doucher 4 par 4 suivant le protocole qui a été mis en place et qui est respecté à peu près par tout le monde, ça serait déjà une belle chose de reconnaissance. Derrière se pose le problème, quand on nous met des huis-clos dans certains départements et pas dans d’autres. Le vestiaire est un côté sportif, c’est un pan de la problématique, l’autre côté, c’est le côté économique. Aujourd’hui, j’ai des clubs qui n’ont pas rentré un centime depuis le 15 Mars : on leur interdit les buvettes, on leur impose des huis-clos, il n’y a plus de convivialité avec les clubs-house. Moi, si on me prouve que nous sommes des dangers publics et qu’il faut vraiment interdire tout cela, je suis un bon français, je vis dans la société qui m’entoure et je ne suis pas un abruti de rugbyman avec les oreilles en chou-fleur et un gros bidon. J’essaie de comprendre le monde qui m’entoure et c’est justement pour cela qu’on s’inquiète. Aujourd’hui, le rugby occitan c’est grosso 70 à 75 000 licenciés puisque nous sommes en progression. Aujourd’hui, ce sont combien de supporters, combien de villes qui s’intéressent ? Je vais aussi mettre en avant le côté économique : si demain nous arrêtons, ce sont combien d’autocaristes qui vont être fragilisés alors qu’ils ont besoin de vivre ? Combien de limonadiers qui ne vont plus vendre de bières ? Combien de traiteurs, de médias comme toi qui n’auront plus rien à faire, de petits commerçants, de gens qui nettoient les maillots, combien de tout ce que tu veux et ce que tu peux imaginer ? Si demain on s’arrête, c’est aussi le rôle éducatif, le rôle social que l’on tient. Par les temps qui courent, qu’il ne m’appartient pas de commenter, ce n’est ni l’endroit, ni le lieu, mais sortir des gamins de la rue la samedi après-midi pour les mettre sur des terrains de rugby avec des éducateurs confirmés, certifiés et responsables, c’est aussi quelque chose qui n’a pas de prix. 

 

C’est la plus belle des missions d’un éducateur de rugby que de socialiser les gamins ?

 

Mais oui ! Aujourd’hui, dans le monde qui nous entoure, on a besoin de l’Education Nationale mais, plus que jamais, si demain, le monde associatif français, qui est assez unique au monde car il verse dans l’éducatif, dans la socialisation, dans tout ce que tu perçois tout autant que moi, ferme parce qu’on n’a plus un rond, qu’on n’a pas de vestiaire pour accueillir ces gamins, qu’on ne peut rien faire, qu’est-ce qu’ils vont faire ces gosses ? Dans ce monde associatif et social auquel nous sommes très attachés, nous n’avons jamais formé autant d’éducateurs. Je te donne un chiffre : La ligue Occitanie, grâce à l’arrivée des CTC, a inscrit 1 500 éducateurs en formation. Jamais nous n’avions atteint un tel chiffre ! 1 500 éducateurs en formation, c’est énorme ! 

 

Ca remplirait quasiment une tribune de Fédérale 1

 

Oui, si on les invitait tous un jour, on verra bien, peut-être qu’on verra ça. Aujourd’hui, si on laisse tomber tout ce pan de notre mission, parce qu’il y le match qui est une chose, ensuite, il y a le côté éducatif et, tu le sais autant que moi, pour t’intéresser au rugby, si demain il n’y a plus de rugby à Briatexte, à Lavaur ou chez moi, à Pouyastruc, la  commune va être triste. Moi, je les appelle  » les vêpres du dimanche « . 

 

Oui, comme on dit, ça va être  » Waterloo morne plaine « 

 

Je le répète, je ne suis pas un terroriste mais je veux qu’on m’explique qu’on met la société française en danger en laissant des gosses se déshabiller derrière un mur plutôt que de l’autre côté du mur. 

 

Et puis, ça crée aussi des tensions parce-que, suivant les territoires ou selon les villes, il y a des mesures qui sont différentes. Ça crée des tensions entre les clubs et tout le monde se regarde un peu en chien de faïence  » pourquoi lui a le droit de faire ça ? Pourquoi lui a le droit de mettre des chaises derrière les talanquères ? Pour moi j’ai le droit de recevoir du public et pas lui ? Pourquoi lui a les douches ouvertes et pas moi ?  » Ça crée quand même des tensions et des jalousies ? 

 

Tu as totalement raison. Aujourd’hui, il y a tellement d’informations, de contre-informations, de désinformations, de tout ce que tu veux que les gens, entre l’ARS, les ministères et tout, et tout, n’y arrivent plus. Nous, la Fédé, nous sommes clairs : nous avons mis un protocole en 7 phases qui s’appliquent avec des contrôles. Les gens s’assurent qu’il n’y a pas de malade, pas de fièvre, de tout ce que tu veux. Dans tous les clubs où je vais, et certainement toi aussi, on a mis des sens de circulation dans les tribunes, dans les buvettes, on rentre d’un côté, on ne stationne pas aux comptoirs, on prend sa mousse et on dégage de l’autre côté. On a des présidents de clubs que j’admire de plus en plus parce-que, tout ce qui leur tombe sur la tête en ce moment, ils le font consciencieusement avec un sens des responsabilités extraordinaire. 

 

Comme on dit dans le jargon, ils se plient en quatre ? 

 

Oui et même en huit je dirai et aujourd’hui, ce sont eux qui me font part de leur exaspération. Les joueurs veulent jouer, et c’est bien, et tant mieux, des gens qui veulent jouer au rugby, tant mieux. Des gamins dans nos écoles de rugby, il n’y en a jamais eu autant, dans le baby-rugby, on progresse partout, c’est quand même assez extraordinaire. Des parents viennent, des supporters demandent à venir et aujourd’hui, les clubs sont dans la souffrance parce qu’ils vendent moins de cartes de membres honoraires car les gens disent  » qu’est-ce que la saison va être ? S’il n’y a pas de match, pourquoi je prendrai la carte ? « . Du coup, ils ne prennent pas la carte, les partenaires, qui ont leurs propres problèmes économiques à gérer, oui, ils aiment bien le don aux clubs de rugby mais aujourd’hui, s’il n’y a plus de portée médiatique, si on n’en parle plus, s’il n’y a plus rien, les dons des partenaires seront moindres. Et tout ça fait qu’aujourd’hui, et je le répète, je ne m’intéresse pas aux autres régions de France car j’ai assez avec la mienne, le rugby occitan est en danger. 

 

Et puis, dans ce genre de situation, il y a toujours les cocus de l’histoire. Lavaur, par exemple, qui, après un épisode de Covid, après une équipe en face qui n’a pas pu les recevoir, après un derby annulé, après une journée exempte, q commencé sa première journée de championnat un 17 Octobre alors que tous les autres ont commencé le 13 Septembre. Il y a quand même une rupture de l’équité sportive ? 

 

Bien sûr, complètement. Tant au niveau de la Ligue sur les séries que la Fédé sur les divisions fédérales, il faudra que l’on prenne des décisions sportives qui s’imposent. Parce qu’aujourd’hui, que les choses soient claires, il est hors de question dans ma tête d’arrêter la compétition. 

 

C’est la crainte suprême que les compétitions soient arrêtées ? 

 

Aujourd’hui, des gens travaillent depuis le mois de Juillet ou le mois d’Août pour se mettre en condition, les joueurs sont là, font des sacrifices, des clubs font des sacrifices, ils font des déplacements en voiture quand ils ne peuvent pas avoir de bus. Les gens se cassent la tête sur des imaginations pas possibles, ils font des murs de supporters pour récupérer 4 ronds. Il n’y a pas que les grands qui le font, même les petits le font, il y a plein de choses qui sont faîtes pour compenser ces repas d’avant-matches qui étaient une aubaine économique et sociale pour nos clubs. Moi, je peux te dire que des petits villages de 1 000 habitants qui font des repas à 200 personnes le dimanche à midi avec les adversaires, dans la bonne humeur et autres, tu sais comme moi que ça a pris une importance énorme dans la vie de nos clubs. Avant, c’était le dimanche soir qu’on se saoulait la gueule après la victoire, là, c’est le dimanche à midi que les festivités ont lieu, avec un autre public mais, économiquement, c’est plus fort pour nos clubs et on a tout arrêté. Je le redis, je ne suis pas un terroriste, je ne suis pas un perturbateur mais je veux qu’on m’explique, que les cartes soit clairement posées sur la table. Pourquoi certaines règles dans le Tarn ? Est-ce que nous sommes plus dangereux dans le Tarn, dans l’Ariège que dans le Gers ou dans le Tarn et Garonne ? Je n’en sais rien, les gens sont faits pareil. Si on me prouve demain que l’on met la société française en danger, on ne jouera plus mais je n’ai pas l’impression que nous soyons plus dangereux que les gens au supermarché ou que les gens dans la rue. 

 

Ou dans le métro ? 

 

Ou dans le métro. Je n’ai pas l’impression que, parce qu’on ferme le vestiaire de L’Isle-sur-Tarn, ça va sauver la nation française, je n’en suis pas persuadé. C’est vrai que les petits ruisseaux font les grandes rivières si tout le monde fait des efforts. Mais nous, des efforts, nous sommes prêts à en faire mais qu’on nous consulte, qu’on nous dise comment utiliser un vestiaire, par paquets de 4, de 5, on laisse les portes et les fenêtres ouvertes pour qu’il y ait des courants d’air, on fout un coup de gel douche et de désinfectant après chaque groupe. On préférerait cette contrainte de travail que cette nébulosité qui nous entoure en ce moment. Les gens sont saturés de devoir appréhender week-end après week-end parce-que la donne change. Ce n’est jamais pareil, un jour, on peut jouer, l’autre on ne peut pas, un jour, on peut aller dans les PO, là, tout est tranquille, c’est bien mais si on va dans le Tarn, attention, on ne peut pas se dépoiler et on ne peut pas se laver. Je demande des éclaircissements sur tout cela, je suis un président de Ligue responsable, je ne suis pas un bandit ni, je le pense, un imbécile. Donc, si on me prouve que nous sommes dangereux, nous tiendrons compte de la dangerosité que l’on amène. Mais aujourd’hui, le Ministère des Sports me dit  » jouez, jouez, jouez « , moi, je suis élu et responsable d’une Ligue pour faire jouer 70 000 gamins au rugby tous les week-ends. C’est ma mission mais qu’on me donne les moyens de la remplir proprement, dans le respect des gens, sans les obliger à se foutre à poil contre un mur alors que, de l’autre côté du mur, ils n’auraient pas été plus dangereux et ils auraient pu se laver. Il y a plein d’autres trucs : que tu ouvres les vestiaires des piscines et que les piscines travaillent, tant mieux mais, tu vas aller en famille à la piscine tout à l’heure, moi, je vais passer derrière toi peut-être dans la même cabine de déshabillage. C’est un public de passage, un public volatile, inidentifiable alors que dans un vestiaire de rugby à l’Isle-sur-Tarn, tu sais que c’est l’équipe première de L’Isle-sur-Tarn qui s’est déshabillée et point barre, de l’autre côté, c’est Rabastens et on n’en parle plus. Ce sont toutes ces aberrations aujourd’hui, que l’on nous prenne pour des enfants que l’on doit mener en permanence, oui, mais pour reparler économie, le budget de nos 400 clubs, de nos comités départementaux, de la Ligue et du reste, ça fait quand même un sacré mouvement commercial et économique dans notre région. 

 

Il y a eu des retours des autorités et des préfets par rapport à cette lettre ouverte ? 

 

Une députée de l’Aude qui a répondu qu’elle allait s’en entretenir avec le Préfet. Pour tout te dire, je ne sais pas les retours que l’on aura, je ne sais pas. J’ai écrit aux Préfets de régions mi-septembre, on m’a renvoyé en tout et pour tout deux circulaires, sans lettre d’accompagnement, sans rien. Je le prends comme ils ont d’autres soucis que de s’occuper du rugby, j’entends bien. Nous ne sommes qu’un jeu, qu’un sport de ballon, il y a d’autres enjeux économiques, sociétaux, sanitaires et tout ce que tu veux dans notre pays en ce moment que les rugbymen. Mais ceci dit, nous méritons, je le dis et je le pense, un minimum de respect et d’attention. 

 

On va  aussi un peu parler des choses positives et on sait qu’il y a quelque chose qui t’enjoue beaucoup, en plus, il y a quatre clubs occitans qui y participent : Blagnac, Tarbes, Narbonne et Albi. C’est la création de cette Nationale ? 

 

Bien sûr. Je fus, il y a quatre ans, candidat à la présidence de la Fédé et ce fut un axe fort de mon programme. Parce-que pour moi, la création de cette Pro D3, telle que je l’appelais à l’époque, qui, soit enchantait les gens soit entraînait beaucoup de critiques de leur part, peu m’importait. Je suis un gars qui avance, il y a des gens contents, d’autres mécontents, c’est la règle de la vie, quand tu ne fais rien, tout le monde est content et on te fout la paix. Mais aujourd’hui, cette Pro D3 qui est devenue la Nationale, moi, j’y tiens depuis cinq ans et j’y tiens dans les deux sens. On ne le voit jamais mais quand des clubs comme Albi, Tarbes, Narbonne, Dax et d’autres, sont descendus de Pro D2, aïe, aïe, aïe. Ils ont un centre de formation, ils ont des contrats, ils ont fait des investissements dans les stades avec des loges ou tout ce que tu voudras et, avec tout le respect et l’amour que je peux porter aux clubs de Fédérale, on les replonge quand même dans un autre monde tout en leur demandant de toujours assumer les contrats, les centres de formation et tout ce qu’il y a derrière. 

 

Et sans droit TV puisque, grosso modo, ils passent de 3M de droits TV à 10 000€

 

Oui donc, pour remonter, ascenseur impossible ou quasiment, après, tu montes un an, tu redescends, etc. Dans un championnat de Fédérale 1 avec des niveaux tellement disparates, tu n’es pas prêt, c’est impossible. Autre point positif pour moi, c’est qu’on redonne aujourd’hui aux clubs de Fédérale 1 la possibilité comme à Lavaur il y a 3 ou 4 ans, quand ils ont été champions de France. Quelle fête ça avait été à Lavaur ! Je leur avais remis le bouclier avec Alexandre Martinez à Auch. 

 

Une magnifique aventure humaine

 

Ah oui, je me rappelle de la pénalité du petit Queheille à la fin, ils avaient battu Trélissac et ça avait été quelque chose d’énorme. Dans la Fédérale 1 que nous avions l’an dernier, ces pauvres gens de Lavaur ne pouvaient rivaliser avec les grosses écuries professionnelles, on était dans un danger permanent. Tu faisais jouer des gosses qui sont instituteurs, plombiers, assureurs contre de vrais pros. On voyait le danger de la catégorie espoirs mais là-aussi, il y avait danger donc, ça a été le côté positif. Après, bien sûr, les clubs moyens et plus modestes de Fédérale 1 se sentent relégués d’une division, on leur enlève une recette potentielle quand ils reçoivent Albi, Narbonne ou Tarbes. C’est vrai mais tu ne peux pas être gagnant partout. 

 

Mais ces mêmes clubs qui, l’année dernière, jouaient le maintien, vont peut-être pouvoir cette année jouer les play-offs en Fédérale 1 ? 

 

Exactement, ce sont des arguments que je tiens. L’an dernier, tu jouais pour ne pas descendre ce qui veut dire que, peu à peu, les gens et tes spectateurs se lassent quand même. Certes, on vient te voir battre l’ogre de la poule à a maison et tu y parviens une fois sur trois mais le reste du temps, tu joues pour accrocher un point de bonus défensif à droite, à gauche. Si l’exploit sportif est d’accrocher un point de bonus défensif de temps en temps, c’est un peu limité. Aujourd’hui, les 48 clubs de Fédérale 1 qu’il y a peuvent quasiment tous prétendre jouer une phase finale qui relance parce-que tu sais autant que moi que, faire une phase finale en 4e série, en Fédérale 1 ou en 3e division, tu réveilles ton village et tes supporters, les gens accrochent. Peut-être qu’ils aimeraient mieux que Bagnères joue potentiellement le titre de Fédérale 1 que de faire le faire-valoir dans une division bâtarde où ils prennent des points à Albi et des points à Dax. Moi, je suis très satisfait de cette création pour synthétiser tout ce qu’on élucubre depuis trois minutes. 

 

Autre sujet de discussion, ce sont les diverses campagnes électorales. Quand une campagne se finit, une autre commence, c’est le jargon en politique mais c’est pareil à la Fédération Française de Rugby. La première campagne qui vient de se finir, c’est celle de l’élection du président de la Fédération Française de Rugby, Bernard Laporte a été réélu avec 51% des voix. J’imagine que pour toi qui l’a soutenu, ça a été un soulagement ? 

 

Oui, parce-que j’étais sur la liste de Bernard Laporte. J’ai été élu dans une minorité puisque, sur ma liste, nous ne sommes que deux élus et il y a deux manières d’aborder une minorité. Soit tu fais du frein systématique, tu votes contre tout, tu t’écartes de tout, rappelle-toi à Clermont-Ferrand, il y avait même des gens qui avaient voté contre les tablettes pour les feuilles de matches. Cette opposition systématique, quel que soit le sujet, ne me convient pas. Je fais ce que je fais parce-que j’aime le rugby, j’aime m’investir et j’aime créer des projets. J’ai travaillé, je me suis peu à peu rapproché de Bernard Laporte, qui m’a fait une grande confiance quand il m’a confié la plus grande Ligue de France, la nôtre en l’occurrence, l’Occitanie, c’est quand même une belle preuve de confiance. Et derrière, j’ai travaillé avec Bernard Laporte, avec qui j’entretiens d’excellents rapports et qu’il soit élu, et nous avec, c’est pour moi une belle satisfaction. Ça a été une campagne très dure, très difficile, il y a ce qu’on en a vu et ce que, candidats, en avons vu par derrière, des choses très compliquées. Et que cette campagne soit finie, c’est un soulagement, pour être très, très franc avec toi. 

 

Maintenant recommence une nouvelle campagne, celle pour la Ligue Occitanie où tu es candidat pour un second mandat. Pourquoi ce choix, pour aller au bout de ton programme et de tes projets pour, comme Bernard Laporte,  » transformer l’essai  » ? (Itw réalisé avant l’annonce de l’invalidation de la candidature de la liste adverse).

 

Un petit peu, oui, plus modestement. Quand nous avons pris en main l’Occitanie, il y avait les 4 anciens comités territoriaux, avec des cultures différentes, des habitudes différentes, des fonctionnements différents. On y a rajouté le Gard, qui venait de Provence, et ça a encore été une autre problématique, la moitié du Lot qui était dans le Limousin. Donc, c’était des tas de cultures à marier et à mettre ensemble et je t’avoue que ça a été une aventure humaine extraordinaire pour moi que de rencontrer des gens du Tarn, des gens de Montauban, des gens d’Albi, d’Alès, des Catalans, des Ariègeois, ça a été une découverte. J’ai l’impression que ces gens, tout comme moi, ont l’impression que la Ligue n’a pas que trois ans mais beaucoup plus d’ancienneté. J’ai l’impression que nous avons réussi à mettre la Ligue dans le paysage du rugby régional et national et que notre mission a été une réussite. A part quelques  » revanchards  » d’un ancien système qui pensent que les comités territoriaux étaient beaucoup mieux, je pense qu’aujourd’hui, ils se trompent. Aujourd’hui, mon axe de développement incontournable et majeur à proximité, au niveau de l’éducatif, au niveau de la formation et autres, c’est le département. Je vais me battre encore plus pour que nos 13 départements, Lozère comprise, prennent encore plus de volume, plus d’ampleur, plus de responsabilités. Alors, bien sûr que nous avons du mal à trouver des bénévoles qui s’impliquent dans la structure départementale parce qu’ils n’ont pas tous encore bien compris l’importance qu’elle doit avoir. Et moi, en Occitanie, je suis en train de gagner, avec le concours de gens comme Alain Rey chez toi, ce combat. Le département prend du volume et pour moi, c’est l’enjeu de ce 2e mandat. Je crois que nous avons gagné l’enjeu des compétitions, que ce soit chez les jeunes ou les seniors régionaux ou les féminines, nous avons gagné ce combat. Le deuxième, avec l’aide des départements, c’est réussir un développement fort autour de la Coupe du Monde qui se profile quand même à l’horizon, du développement des nouvelles pratiques, des améliorations des relations des clubs sur les mégapoles où se trouve la population. C’est là qu’il faut aller chercher les gosses, ce n’est pas forcément au fin fond des vallées pyrénéennes, et mes amis pyrénéens ne m’en voudront pas, que je vais trouver beaucoup plus d’effectifs. Mais peut-être qu’il y en a beaucoup plus à Montpellier, à Toulouse, à Nîmes, à Béziers, c’est peut-être là qu’il faut aller chercher des gamins. 

 

Comme on dit, il y a de nouveaux secteurs à investir ? 

 

Oui, c’est ça, nous devons être missionnaires dans certains quartiers, ce que l’on ne fait pas et ça fait partie de ma politique de la ville. Et dans la politique de la ruralité, il y a des bleds, sans aucune notion péjorative, dans nos départements ou des structures comme les foyers ruraux que je vais aller chercher pour les faire jouer à 5, faire de l’inter-générationnel, des personnes âgées, des gamins, des jeunes filles … et donner de la vie à travers le rugby dans ces foyers ruraux ou d’autres structures. C’est aller chercher du rugby là où on n’a pas les moyens de faire du rugby à 5, dans des villages perdus où jamais on ne ferait de rugby à 15 en leur disant  » avec votre structure, vous pouvez faire du rugby à 5, un petit championnat départemental ou d’arrondissement « . Tout est envisageable mais il faut aller le chercher et avoir envie de creuser, il faut être militant. Et moi, tant que j’aurai un peu de souffle de vie, je serai militant. 

 

Et puis, il faut aussi essayer d’aller chercher un maximum de retombées par rapport à la Coupe du Monde 2023 ? Que l’Occitanie soit arrosée par cet événement ? 

 

Bien sûr ! Si on commence à la vivre en 2023, ça sera un échec. Dès que je serai élu à la tête de l’Occitanie, je lance les projets Coupe du Monde 2023, c’est une évidence. 

 

Question un peu plus locale et tarno-tarnaise : j’ai vu qu’il y avait un illustre Tarnais sur ta liste, il y était déjà la dernière fois, c’est Bernard Vaur, le Docteur Bernard Vaur, ancien joueur du SCA et de Clermont. C’est l’un de tes  fidèles lieutenants à la Ligue Occitane ? 

 

Je connaissais Bernard en tant qu’ancien très grand joueur. J’ai découvert un homme hyper attachant, hyper optimiste, un homme qui compte beaucoup dans mon entourage. Bernard restera le médecin référent de la Ligue Occitanie en charge de tous les dossiers, je vais lui adjoindre un docteur toulousain, Jean Pous, pour s’occuper du développement du rugby santé puisque, par exemple, nous avons la chance d’avoir une antenne sur Lavaur, une autre sur Argelès-Gazost et j’aimerai en avoir une autre. Le rugby santé, ce sont ces dames qui font du rugby à 5, justement, dans un but de guérison ou de mieux vivre leur cancer, tout ça est aussi quelque chose qui m’intéresse au plus haut point. Et Bernard est l’un de mes plus proches, ne serait-ce que pour parfois me remonter le moral quand j’ai des angoisses (rires). 

 

On va te souhaiter une belle et une bonne campagne pour cette Ligue Occitanie

 

On verra ce qu’il en sera, le rugby occitan n’appartient à personne et surtout pas à moi. 

 

On laissera la démocratie parler

 

Complètement

 

On te dit à très bientôt dans les colonnes du Mag Sport

 

Merci à toi, à vous tous et protégez-vous

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-20-octobre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw d’Alain Doucet lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 23 octobre 2020

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