#Rugby – Fed1 / O.Bonné (Nîmes) : «Nous avons un gros appétit à Nîmes!»

Olivier Bonné, le président Gardois du Rugby Club Nimois, est un président tant inquiet par la situation sanitaire, que plein d’espérances sur les qualités sportives de son groupe, victorieux face a Nuits Saint Georges , Drancy et hier contre le Stade Métropolitain. Dans cette poule 2 de fédérale 1 ultra homogène, les nîmois qui avait souffert la saison dernière dans une « poule de la mort » regroupant Narbonne, Bourg, Bourgoin , Nice ou encore Aubenas, semble s’épanouir malgré deux premières rencontre poussive. Pour celui qui a récupéré un club au fond du précipice en 2012, le long chemin accomplit est une réelle fierté. Focus sur un président qui se bat pour porter haut : les couleurs, les valeurs et les ambitions du RCN.

 

 

Olivier, vous êtes le président du Rugby Club Nîmois, un club qui s’est maintenant installé dans le terre-terre de cette Fédérale 1. Quel est le son de cloche sur ce début de saison à Nîmes qui, j’imagine, n’est pas comme les autres du fait du contexte sanitaire ? 

 

Le début de saison, comme certainement pour tous les clubs de Fédérale, a été compliqué. Pour nous, la préparation a été tronquée, nous n’avons pu faire qu’un match de préparation contre une équipe de Fédérale 2, une équipe vaillante mais de Fédérale 2. Derrière, du fait de joueurs positifs à répétition, dans les équipes adverses ou dans les nôtres, nous n’avons pas pu faire d’autres matches de préparation. Quinze jours avant le championnat, j’ai eu l’excellente idée de faire tester mes joueurs et j’ai eu 15 cas positifs du coup, quatorzaine. Ils sont sortis de la quatorzaine deux jours avant le premier match contre Issoire que l’on a dû décaler. Donc, nous sommes arrivés sur le premier match pas au top. 

 

Sur une patte comme on dit dans le jargon ? 

 

Oui, c’est ça. Donc, nous avons bien vu que les joueurs manquaient de rythme, c’était très clair. Après, le rythme commence à revenir mais nous avons eu des débuts laborieux. 

 

Et puis, l’objectif pour Nîmes est aussi de relancer la dynamique. On se souvient de la magnifique saison qui avait eu lieu il y a deux ans, dans un groupe où il y avait entre autres VRDR et Blagnac, une sorte de poule de la mort. L’année dernière, ça a été un peu plus compliqué avec l’obligation de voir partir Armand Mardon en cours de saison, ce fut une saison un peu galère. Là, cette année va être celle de la résurrection pour Nîmes ? 

 

Ça fait quand même deux saisons que nous sommes dans des poules un peu chaudes parce-que l’an dernier, nous avions quand même 5 équipes qui font partie de la poule Nationale aujourd’hui. Effectivement, il y a eu le départ de Mardon au mois de Décembre donc, ça veut dire que les deux entraîneurs ont dû reprendre la main sur le groupe et puis, il y a eu la pandémie et l’arrêt du championnat.  Cette année, nos objectifs sont en effet de recréer du lien entre les joueurs puisque nous avons gardé à 90 ou 95% l’effectif et d’essayer de rentrer dans les qualifiables, ce qui ne va pas être facile. 

 

Vous parliez de poules costauds sur les deux dernières années. Cette saison, il n’y a pas de grosse armada professionnelle mais cette poule 2 est très homogène ? Identifier un relégable ou un qualifiable dans cette poule, c’est quand même très compliqué

 

Oui, nous venons de jouer Drancy et franchement, ils ne sont pas à leur place. J’ai vu une équipe de Drancy d’abord solide, ils ont 4 ou 5 joueurs qui sont très, très, très solides, peut-être de la banlieue parisienne, je ne sais pas, mais en tous cas … Ils ont aussi des jeunes qui vont à 2 000, aujourd’hui, ils sont derniers et franchement, je trouve que ça ne joue pas mal. Il y a quand même des gros bras dans cette poule,  Mâcon est loin d’être à son niveau aujourd’hui avec, je crois, une équipe qui est 100% professionnelle et qui est  la seule. Nous avons des équipes qui ne sont pas anodines, des Bédarrides, des Vienne, des Stade Métropolitain, Rumilly, c’est quand même chaud pour les bousculer. Et puis, c’est vrai que l’on gagne le match que nous sommes allés faire à Nuits-Saint-Georges mais c’est pareil et vous avez raison, il y a une grosse homogénéité dans cette poule. Et je crois que, bien malin celui qui va pouvoir donner les classements, si d’aventure, nous arrivons à jouer jusqu’au bout. 

 

Pour Nîmes, cette poule 2 est aussi celle des grands voyages. Vous êtes tournés vers l’Est de la France et vous montez jusqu’en Côte d’Or et en Bourgogne. Mais la Fédé vous a quand même laissé un petit bonbon au miel, les derbys face à Châteaurenard et à Bédarrides ? 

 

Un petit bonbon au miel, oui. Je crois que le dernier match l’an passé, on prend une branlée à Châteaurenard, où je n’avais jamais vu mon équipe aussi mal joué et être aussi éteinte. Donc, j’attendais avec impatience le match retour qui va avoir lieu cette année, si on arrive à les jouer, encore une fois. Oui, il va y avoir deux gros derbys mais qu’est-ce que ça veut dire un derby aujourd’hui ? Parce qu’un derby, c’est sympa quand il y a du monde, c’est sympa quand il y a du public, c’est sympa quand il y a deux équipes qui s’affrontent. Et quand il y a un groupe, je pense à Bédarrides, d’un côté et un groupe de l’autre, je pense à Nîmes, c’est génial. Maintenant, avec une jauge à 1 000 places, vous voulez faire quoi ? Un derby, ça n’a plus que la saveur sportive, je ne sais pas si je me fais bien comprendre. 

 

Bien entendu. Malheureusement, il n’y a pas toute la convivialité ni toute la ferveur qu’il peut y avoir dans le Sud-Est autour des derbys ? 

 

Complètement. Après, ça va quand même être 4 confrontations intéressantes parce-que les Nîmes / Bédarrides ou les Nîmes / Châteaurenard, ça fait bien une dizaine d’année que les clubs jouent les uns contre les autres et il y a toujours des petits contentieux, des petites histoires vieilles de je ne sais pas combien d’années. Donc, c’est toujours amusant de voir ces derbys. 

 

Certains petits comptes se règlent sur le terrain comme on dit ? 

 

Exactement. 

 

On va parler aussi du Covid-19 car on a vu sur les supports du Rugby Club Nîmois que vous poussiez un petit coup de gueule sur la situation due au Coronavirus. Vous vous demandez ce que vous allez devenir et comment vous allez survivre ? 

 

Vous savez, les journalistes retranscrivent vos propos comme ils ont envie de le faire. Je n’ai pas dit que le club de Nîmes était à l’agonie financière, j’ai dit que je me faisais beaucoup de souci quant à la suite de notre championnat et je me fais beaucoup de souci pour le rugby de Fédérale 1. Pourquoi ? Parce qu’on me parle en Fédérale 1 de rugby amateur, ça me fait marrer. Excusez-moi mais je pense que la Fédérale 1 est tout sauf un rugby amateur. 

 

On va dire semi-professionnel ? 

 

Moi, j’ai 32 salariés au Rugby Club Nîmois. Quand j’entends les clubs de football, de hand ou de rugby à qui ça ne pose pas trop de problème de jouer à huis-clos parce qu’ils ont des droits TV monstrueux dans toutes ces disciplines, nous, nous avons que dalle. C’est à dire que nous, si nous n’avons plus d’entrée, si nous n’avons plus de buvette, ce sont quand même des ressources hyper importantes pour nous. Aujourd’hui, un club comme Nîmes, c’est grosso modo un peu plus de 500 licenciés, nous avons offert 2 invitations à chacun de nos licenciés ce qui veut dire que, si ils viennent tous, ce qu’ils font d’habitude, nous sommes déjà plein donc, nous avons recette 0 en termes de billetterie puisque nous sommes dans une jauge à 1 000. Ensuite, on nous a fermé les buvettes, allez savoir pourquoi. Nous sommes dans le cadre d’un débit de boissons, avec une licence, nous avons investi et acheté 200 mange-debout avec 350 tabourets pour pouvoir les disposer autour et on nous dit, du jour au lendemain,  » non, tu es une buvette « . Il n’y a aucune logique, à Kaufmann, nous ne sommes pas une buvette en rase campagne avec un comptoir et des mecs qui se bourrent la gueule au bout du comptoir. Les règles sont comme ça et sont différentes, nous avons encore la chance d’avoir des vestiaires mais je vois que dans certaines villes, les municipalités ou les préfets ont interdit les vestiaires. Pour moi, ça aussi, c’est juste une hérésie ! Je ne sais pas s’ils savent ce qu’est le rugby : pendant 80 minutes, les mecs se mettent en tas les uns sur les autres et après, on te dit  » ah non, on vous ferme les vestiaires parce-que vous n’allez pas respecter les gestes barrières à l’intérieur « . C’est hallucinant ! Donc, je me fais beaucoup de souci parce-que, derrière, si on sort évidemment les subventions des villes, des agglos et tout ce que l’on peut avoir, le gros qu’il reste, c’est le partenaire privé et aujourd’hui, toutes les boîtes sont impactées par le Covid. Et donc, je pense que la subvention, l’aide, la publicité qu’ils vont faire autour du terrain, les espaces partenaires et tout le reste, ils vont dire à un moment donné  » écoute, tu es gentil,  je voudrai bien t’aider mais ma boîte passe avant venir voir un match de rugby « . Je pense que oui, nous ne sommes qu’au début de nos difficultés. 

 

J’imagine qu’il doit aussi y avoir un sentiment de frustration de votre part parce-que cela fait quelques années que vous avez repris le club. Quand vous l’avez repris, il était dans une situation périlleuse, on ne va pas se mentir, avec une équipe dirigeante, vous l’avez remonté à bout de bras. Et là, le Covid vient un peu saper tout ce que vous avez fait pendant ces dernières années ? 

 

Oui, quand j’arrive en 2012, le club a des dettes, ils ont 1M2 de dettes. J’arrive, on part sur une logique de redressement judiciaire parce-que j’estimais qu’au-delà des dettes faites par d’autres dirigeants, vous avez des entreprises derrière et derrière les entreprises, il y a des familles alors que nous, notre rôle est de jouer avec un ballon et d’essayer de marquer des points. Donc, il me semblait absolument impensable de faire une liquidation judiciaire, ce que d’autres font allégrement. Nous sommes partis sur un redressement, 1M2, il faut quand même les sortir, et aujourd’hui, nous sommes dans un solde positif de pratiquement 100 000€ donc oui, il a fallu batailler et redresser un club qui était quasiment à l’agonie. Je ne pense pas que le Covid va annihiler tout cela mais c’est vrai que c’est quand même triste de voir tous les gens masqués, vous le voyez bien, l’ambiance n’est pas au beau fixe aujourd’hui.  

 

C’est certain. Nous allons parler de quelque chose d’un peu plus joyeux, ce qui fait aussi l’ADN de ce club. On imagine qu’il a un ADN bien gardois et animé avec de belles bandas ? 

 

C’est quoi l’ADN gardois, parce-que je me méfie. 

 

C’est un ADN bien sudiste, avec un peu de ferveur, un peu de gouaille et beaucoup d’amitié ? 

 

Oui, tout à fait. Ça a été assez différent en fonction des années, il y a eu des années où le Rugby Club Nîmois était un club où les équipes étaient faites de gitans, un peu rugueuses. Et puis, aujourd’hui, je trouve que nous avons une équipe assez homogène avec des jeunes derrière qui vont quand même assez vite et un joli paquet. Aujourd’hui, effectivement, nous essayons d’animer un peu nos matches, même avec cette jauge très, très réduite. On a les bandas, on essaie malgré tout d’avoir les sourires sous le masque. 

 

Question décalée le Mag Sport Radio Albigès : cela nous vous tente pas, un jour, d’aller chatouiller un peu le mythe qu’est Nîmes dans le foot, avec son stade des Costières ? D’aller titiller un peu ce football en montrant que, certes, il y a du foot à Nîmes mais qu’il y a aussi du rugby et que le rugby peut avoir une belle place dans cette ville ? 

 

Je ne m’attendais pas à celle-là ! C’est quand même compliqué parce-que le Nîmes Olympique est quand même une sacré entité à Nîmes. Moi, je voudrai bien aller jouer aux Costières mais, sur un stade de 18 000 places, il faut que l’on fasse plus de 2 000 parce-que sinon, vous faîtes vite rigoler. Vous savez, je crois que pour aller jouer au niveau au-dessus, je ne parle pas de la Nationale même si on pourrait en parler, mais pour aller jouer en Pro D2 ou en Top 14, il faut aujourd’hui des budgets monstrueux. Même si Nîmes est une ville importante, puisque nous avons 160 000 habitants à peu près, nous avons un manque criant d’industries et de mécènes qui ont envie de s’engager. Donc, notre objectif est de structurer le club pour le rendre prêt au cas où nous ayons une entreprise qui s’intéresse à nous et qui nous permette de passer un cap. Mais, ça reste compliqué parce qu’aujourd’hui, vous avez Nîmes Olympique en première division mais aussi l’USAM en première division également. En fait, plus la ville est grosse, plus il y a de clubs qui sollicitent des entreprises et finalement, le gâteau reste le même et se partage de plus en plus en de plus petites parts. Donc, c’est compliqué et puis, nous ne sommes pas dans le Sud-Ouest ni dans cette grande ville d’Albi (rires). Je vous branche. 

 

Je le vois bien ! A Albi, nous avons aussi connu le pain noir avant de connaître le pain blanc

 

Et la Nationale, ça se passe comment pour vous ? 

 

Je pense que ce championnat est maintenant une réussite qui ravit l’ensemble des supporters parce-que c’est un vrai championnat attractif, avec des joutes tous les week-ends

 

Je comprends. Moi, quand Bernard Laporte a proposé cette poule Nationale, je faisais partie des très rares présidents qui ont maintenu leurs votes du 2 Novembre, à savoir que je n’y étais pas favorable, comme Gérard Gabet de l’ASVEL et comme d’autres personnes. Je n’y étais pas favorable parce-que je préférais remplir mon stade en recevant une fois Bourgoin, une fois Narbonne ou d’autres équipes. Sans être du tout prétentieux, il est vrai que quand vous jouez Drancy à Nîmes, ça n’attire pas les foules. Tout à l’heure, je vous ai dit que Drancy était un très belle équipe mais rugbystiquement, ce n’est pas un nom comme Albi, comme Narbonne, comme Tarbes ou ces clubs-là. Après, que toutes ces équipes de Nationale soient quand même très, très, très centralisées sur le Sud-Est, qu’il y en ait plus de la moitié, ça, c’était dommage. Mais, si cette poule Nationale marche bien, peut-être que notre ambition de demain sera de venir voir un peu ce qu’il se passe à cet étage-là. 

 

Comme on dit, l’appétit vient en mangeant ? 

 

Exactement, et nous avons un gros appétit à Nîmes. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-23-octobre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw d’Olivier Bonné, lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 23 octobre 2020.

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