#Rugby – Fed1 / A.Vercruysse (ASBC) : «Garder cette flamme pour que tout cet aspect folklorique perdure à travers le temps!»

A quelques heures du derby provençal , Arnaud Vercruysse le manager de l’ASBC nous a accordé un entretien pour nous éclairer sur cette rencontre. Pour celui qui a joué et entraîné à Châteaurenard, la réception des Buccaux Rhodaniens pour son 1er Match sur le banc de Bedarrides – Chateauneuf du Pape revêtira une symbolique forte . Focus sur un match pas comme les autres, qui enracine la fédérale 1 dans un folklore et une tradition ovalienne, faisant le charme de ce sport.

Arnaud. Malheureusement, à cause du Covid, vous n’avez pas pu jouer la semaine dernière avec Bédarrides. Et là, vous embrayez d’entrée avec un derby et un derby qui, pour toi, doit avoir une saveur assez particulière. Tu as été coach de Châteaurenard, tu es maintenant coach de Bédarrides. J’imagine que quand va approcher l’heure du match, il y a quelques émotions qui vont transpirer ?

Bien évidemment. Mais, je ne fais pas une fixation sur ce match, disons que les émotions seront avec la reprise du terrain suite à une année d’inactivité en terme de direction de club et d’équipe. Donc, c’est plus le fait qu’il y aura de l’excitation et de l’enthousiasme autour d’un début de championnat. Après, bien évidemment que ce match revêt une saveur particulière pour tout l’environnement à la fois vauclusien et bucco-rhodanien néanmoins, ce n’est pas un match qui attache une importance majeure pour moi personnellement. Comme je le disais, ce sont deux équipes qui vont s’affronter, deux équipes qui ont un passé très important, une grande culture de rugby. Il faut entretenir cette tradition de derby, il faut que cela soit pérenne parce-que c’est aussi ce qui attire du monde. Il faut savoir garder cette flamme suffisamment importante pour que tout cet aspect folklorique perdure à travers le temps.

Tu penses que, malgré les contraintes sanitaires qu’il y a actuellement, la flamme du derby va perdurer ? Il y aura toujours la même ou bien le fait que les talanquères soient interdites et le reste vont casser un petit peu du mythe ?

C’est une vraie interrogation, je ne sais pas si nous aurons une affluence importante ou très importante. A mon sens, j’aurai tendance à penser que certaines personnes préfèreront rester à domicile pour éviter d’être en contact direct avec d’autres personnes et s’exposer à une contamination. Nous prendrons le maximum de mesures, comme édicté par les préconisations des différentes autorités sanitaires en place. Mais oui, l’interrogation est bien présente, d’autant plus que notre stade est à la fois grand mais sans grande tribune donc, les gens ont plutôt tendance à s’agglutiner au bord des talanquères et peut-être que cet aspect convivial et de proximité sera un peu moins présent ce week-end.

Quoi qu’il en soit, il y aura une certaine pression populaire, de un parce-que c’est un derby et de deux parce-que pendant l’inter-saison, vous avez fait un mercato qui est très intéressant, qui est épais comme on dit dans le jargon. Ce qui a fait que beaucoup de suiveurs et de pronostiqueurs vous ont collé une étiquette de favoris, de force en présence de la poule 2 ?

On va de suite remettre les choses en perspective. On a fait un recrutement qui est, certes, qualitatif parce qu’il y a certains noms clinquants dans ce recrutement néanmoins, quand on analyse de plus près ce que l’on a fait, il y a beaucoup de paris sur de jeunes joueurs qui ont une marge de progression très importante. Il y a le fait que nous ayons un effectif qui, quantitativement, n’est pas très riche à certains postes. Néanmoins, nous n’allons pas fuir nos responsabilités et on ne va pas minimiser la qualité de l’effectif que nous avons. Je suis très conscient du fait que, premièrement, le travail qui a été commencé il y a quelques années et surtout accentué la saison dernière par le duo des entraîneurs a été prégnant. Et que deuxièmement, les joueurs qui ont rejoint l’effectif , pour certains, apportent déjà une vraie plus-value parce qu’ils se sont fondus très rapidement dans ce collectif et qu’ils vont en plus apporter à la fois leurs caractéristiques personnelles et leurs états d’esprit. On a toutefois un projet de jeu qui est énormément basé sur l’offensive avec une volonté accrue de créer du spectacle et de donner du plaisir, premièrement, que les joueurs en prennent sur le terrain et deuxièmement, qu’ils en communiquent à l’environnement. Donc, il y a cet aspect qui est réellement présent et bien évidemment qu’à ce jour, ça peut être un atout comme un inconvénient compte-tenu des nouvelles directives arbitrales qui pourraient, sous toute réserve, récompenser par moment l’équipe qui défend à celle qui prend l’initiative du jeu. Mais une fois de plus, nous attendons de voir, nous n’avons fait qu’un seul match de préparation. On rentre dans le vif du sujet, nous avons beaucoup de respect pour toutes les équipes que l’on rencontrera mais nous n’avons pas de craintes majeures.

En plus, pour aller dans ton sens, on parle beaucoup des arrivées à Bédarrides mais il y a aussi eu des départs de joueurs cadres. Je pense à Camille Jarraud et à Lucas Damianini qui sont partis à Bourgoin, ce sont des pertes pour le club ?

C’est la vie d’un club, il y a toujours des départs, des arrivées, c’est ce qui fait à la fois le sel de la période de recrutement qui, cette année, a été assez longue puisqu’elle a commencé au mois de Mars et énormément pas vidéo-conférences ou par coups de téléphone. Mais oui, il y a eu beaucoup de départs et pas que ces joueurs bien évidemment de grande qualité que sont Lucas et Camille mais aussi Alexis Renou, Duncan Naude, Romain Barriol, Laurent Aubenas et je suis désolé d’en oublier d’autres parce qu’il y en a eu quand même pas mal. Le but étant de ne pas oublier ce qui a été fait tout en s’inscrivant dans le présent, c’est pour cela que les joueurs qui sont arrivés ont compensé numériquement les départs mais ils apportent aussi leurs cultures d’apprentissage, leurs caractéristiques personnelles et leurs états d’esprit. Donc, aujourd’hui bien entendu, nous sommes encore en phase de découverte, nous n’avons pas de certitude et puis je crois qu’avoir des certitudes aujourd’hui, c’est une limite quand on veut avancer. Comme je le disais, nous avons beaucoup de respect pour tout le monde, pas de crainte majeure, nous essayons de rester dans une zone qui navigue entre la confiance en soi et l’excès de confiance. On ne veut pas être trop confiant mais on ne veut pas non plus être en fragilité émotionnelle. Nous restons sereins par rapport à ce que l’on fait, il y a des choses que l’on ne maîtrise plutôt bien et des choses que l’on ne maîtrise pas encore totalement mais c’est aussi le fait de la découverte qui nous permettra de nous expérimenter et de nous éprouver à des situations dont nous aurons besoin, ce dimanche comme pour tous les autres matches.

Cette pancarte de favoris ou de forces en présence que vous colle vos adversaires, tu la laisses aux autres ?

Bien entendu, je n’ai pas encore vu une feuille de match gagner une autre feuille de match. Donc, ce qui est important, c’est juste de voir ce que l’on est en mesure de faire la semaine aux entraînements et la mise en relation directe le week-end avec des oppositions qui seront différentes et qui nous mettront certainement dans des difficultés relatives pour certaines, à des moments donnés. Qu’on soit favori ou qu’on soit outsider, c’est de la sémantique et ce qu’on sait, nous, c’est que nous aurons une envie importante de satisfaire à deux paramètres. Nous avons un devoir qui est important, c’est de respecter l’emblème que nous avons sur le maillot, ça, c’est non-négociable, et nous aurons une obligation qui sera de prendre du plaisir.

Pour être dans ce registre, et comme on le disait, on sait que ce match fédère tout un territoire, dans le village et aux villages puisque Bédarrides-Châteauneuf du Pape est la fédération de plusieurs villages. Est-ce que tu sens la pression monter et tous les  » cancans  » qui arrivent avant un derby remonter à tes oreilles ?

Elle est bien entendu palpable, la nier serait mentir. Il y a obligatoirement une pression qui s’exerce autour de ce derby et c’est ce que je dis : il faut que cet aspect folklorique soit pérennisé parce-que c’est ce qui fait le sel de notre sport. La volonté d’être dominant sur un territoire, ça revêt les caractéristiques de la performance et c’est ce que recherche un joueur de haut-niveau. Donc, il y a une pression qui s’exerce depuis quelques temps, on sent qu’elle est en train de transpirer petit à petit au sein du groupe. Quand je parle du groupe, ce ne sont pas uniquement que les joueurs, c’est aussi toute l’entité avec les dirigeants, les partenaires, les bénévoles, les supporters et les sympathisants du club. Il y a tout cela qui fait que c’est un match quelque peu particulier, singulier dans son approche mais une fois que le coup de sifflet aura retenti à 15h30 cet après-midi, je crois que les 30 acteurs, à l’instant T, auront à coeur de prendre du plaisir, de montrer que c’est un match et que dans n’importe quel match, il faut savoir donner le maximum de soi-même pour l’emporter.

On sait qu’il y a toujours des anecdotes dans un derby, tu nous parlais de folklore et les anecdotes en font partie. Tu as vécu certains derbys entre Bédarrides et Châto, en étant du côté de la barrière de Châto. Est-ce que tu as une anecdote qui te vient en tête à nous raconter ?

Beaucoup, beaucoup, une particulièrement peut-être pas, en tous cas pas immédiatement. Mais, que ce soit avec Châteaurenard ou avec Aix-en-Provence, où je jouais l’année du titre que nous avions eu, j’ai toujours eu la chance ou l’opportunité de l’emporter aux Verdeaux. J’ai aussi subi des retours délicats, avec des défaites que ce soit à Châteaurenard ou à Aix-en-Provence. Donc, quelques anecdotes, pas plus que ça mais oui, c’était des matches qui étaient haut en couleurs avec des préparations qui étaient organisées autour de l’aspect émotionnel parce-que beaucoup de joueurs étaient issus du sérail. Aujourd’hui, d’un côté comme de l’autre, il y a quand même peu de joueurs qui sont originaires des écoles de rugby vauclusiennes ou bucco-rhodaniennes. Nous sommes quand même rentrés dans l’ère où il y a un mélange important de joueurs et, par rapport à ça, c’est peut-être l’environnement qui garde cette saveur de derby qu’il faut savoir entretenir. Quelques petites anecdotes seront distillées au fur et à mesure parce-que c’est comme tout, l’histoire de la vie nous raconte qu’on a pu mettre une pénalité à 25m face aux poteaux qui nous a fait gagner le match à la dernière minute, dix ans après, la pénalité est de 55m en coin avec le vent de face. C’est comme tout, notre mémoire a la capacité à sélectionner les bons moments, à oublier les mauvais mais surtout à arranger l’histoire.

A les magnifier ?

Oui, c’est ça (rires). On a eu gagné à Bédarrides, notamment une fois, au terme d’une action qui avait duré quelques phases de jeu et au bout du bout du bout, nous l’avions emporté et ça avait été un petit coup de tonnerre pour l’équipe locale. Maintenant, je crois que la plus belle anecdote, c’est celle que l’on peut se créer sous quelque forme que ce soit.

Pour aller dans ce sens, après quel derby Arnaud Vercruysse sera un coach et un entraîneur heureux ? Comment tu aimerais que ce derby tourne et quelle image aimerais-tu en retenir ?

Que les joueurs prennent du plaisir sur le terrain et qu’ils soient heureux quand ils rentrent dans le vestiaire. Le problème d’un coach, d’un manager, de personnes qui composent un staff, c’est que la réalité nous ramène vite à un niveau terre à terre parce-que tu le vis par procuration. Quand tu es joueur, tu es vraiment acteur de ce que tu fais, quand tu es encadrant, tu vis les choses par procuration. Donc, plus la victoire est belle et exacerbée, plus tu peux prendre du plaisir et quand elle est limite, tu prends peu de plaisir. Ce qui est délicat, c’est que, comme disait Churchill,  » la victoire a 100 pères, la défaite est orpheline « , je crois qu’il faut savoir l’adapter en disant que  » la victoire a son père et la défaite est à l’entraîneur « . C’est un rôle qui est quand même assez ingrat parce-que, au niveau du staff, tu es souvent soumis à la critique et très peu souvent aux louanges. Donc, l’important n’est pas là, l’important est vraiment que les joueurs s’éclatent sur le terrain, qu’ils ne soient pas fébriles ni dans la retenue et après, ça n’est que du rugby.

Qui plus est après six mois et demi de pause, la notion de plaisir sera indétrônable ?

Elle est plus que palpable, on voit que les joueurs ont envie de jouer, de saisir le ballon, de le porter, d’aller marquer, de dominer sur les phases de conquête. Bien évidemment, c’est enfoncer des portes ouvertes que de le dire mais je crois que c’est une constante qui est réellement présente chez tous les joueurs après cette période qui a été très compliquée, un avenir un peu incertain, on ne sait pas ce qui va réellement se passer ni vers où on va. Donc, tant qu’à faire, profitons du présent, jouons à fond et prenons du plaisir. Si on prend du plaisir, nous en donnerons naturellement à l’environnement, c’est exactement ce que je dis aux joueurs dans le confins du vestiaire :  » soyez égoïstes pour prendre du plaisir parce-que si vous êtes dans cette optique d’en prendre, vous allez en communiquer. Mais, ne soyez pas égocentriques et ne pensez pas qu’à votre réussite personnelle « . La nuance est quand même importante.

En clair, pour résumer ton propos, la constante sera le plaisir, la variable sera l’émotion ?

Tout à fait, c’est bien résumé et nous sommes quand même en mesure de satisfaire les deux.

Propos recueillis par Loïc Colombié

Retrouvez l’intégralité de l’itw d’Arnaud Vercruysse lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 18 septembre 2020.

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