#Football – D2F / B.Espié (ASPTT FA) : «Une iniquité et une inégalité entre clubs qui disputent un même championnat!»

Le président de l’ASPTT Football de l’Albigeois , Bernard Espié nous accueilli dans son bureau au complexe de Caussel, pour un grand oral de rentrée. Celui qui préside le club Tarnais depuis plus de 15 ans vit une reprise mouvementée tant par le contexte sanitaire actuel, que par certains coups du sort comme le déclassement à la dernière minute de son équipe seniors garçons, de R3 à D1 pour une sombre embrouille inter-instances. Mais c’est sur le joyaux de la couronne ASPTT Albi, la section féminine, que le président albigeois mets vivement en garde les instances du foot français. Pour ce fin limier du ballon rond, la décision de la LFP de redistribuer de façon disproportionnée les dividendes des droits TV provenant de la Ligue 1 et Ligue 2, aux profits des entités de D1F et D2F adossées au écuries professionnelles, est bigrement mal vécu par le monde amateur. En clair un partage du gâteau droits tv à destination du développement des deux divisions élites chez les filles, très arrangeant pour les antennes féminines « dites pros », le tout dans un championnat « dit amateur » sous l’égide de la… FFF. Cette iniquité rompant l’égalité des chances des clubs suivant leur sociologie, est pour l’homme fort du ballon rond dans la cité épiscopale, un danger de voir les deux mondes s’éloigner (Pro/Amateur). Un entretien où le timonier rouge et jaune évoque les mutations qui attendent l’ASPTT Albi, l’école de foot mais aussi sa joie de voir ses seniors garçons fouler la pelouse de Rigaud. Focus sur un club qui défend son exception culturelle, tout en étant conscient de vivre un carrefour de l’évolution du foot féminin de haut niveau.

 

Bernard, c’est une rentrée dans un contexte vraiment particulier. En 15 ans de mandat, c’est la première fois que ça vous arrive ? 

 

Cette rentrée est en effet un peu agitée. Mais là où c’est aujourd’hui le plus agité pour nous, c’est sur les garçons avec un épisode qui a duré une partie de l’été. Nous étions montés en R3 et puis finalement, la veille du premier match en R3, nous avons été à nouveau relégués en D1 Départementale. 

 

D’où vient cette décision et quelle est la genèse de ce revirement ? Tout le monde comptait sur l’ASPTT en R3 avec un derby face à l’US Albi qui enjaillait déjà tous les supporters. Comment en est-on arrivé à ce déclassement ? 

 

Je vais essayer d’être bref, si possible. Au départ, la Ligue Occitane décide le 16 Mai d’opérer des montées supplémentaires en R3 et parmi celles-ci, nous en faisions partie. C’est à dire qu’ils avaient décidé de faire monter dans tous les districts les deux premiers de chaque district. Derrière, il y a eu des clubs de ces districts qui n’avaient pas eu de montée supplémentaire avec les 3es de district, ont réclamé en disant qu’ils voulaient monter eux-aussi. C’est allé à la Ligue qui les a déboutés et puis, d’appel en appel, c’est remonté à la Fédération. La FFR, lors d’une commission centrale, les a à la fois déboutés en disant que  » non, les 3es ne monteraient pas  » mais également que c’était à tort que la Ligue Occitanie avait procédé à des montées supplémentaires et qu’il n’y avait donc pas lieu que les seconds des districts du Gers, du Tarn et de l’Ariège accèdent à la R3. Nous avons été informés de ceci le 24 Juillet. Entre-temps, bien sûr, nous nous étions préparés, on en avait convaincu certains de nous rejoindre pour évoluer en R3 et, comme tu l’as dit, nous avions fait miroiter ce derby qui était intéressant pour nous. Donc, à partir de cette décision, nous sommes allés devant le Comité Olympique qui nous a déboutés. De là, grâce à l’appui du District du Tarn et de la Ligue Occitanie, nous sommes allés au Tribunal Administratif qui, vendredi dernier, a refusé de statuer en urgence, ce qui était nécessaire pour que nous soyons maintenus en R3, en disant que la décision contestée n’étant pas appliquée par la Ligue d’Occitanie, puisqu’elle nous avait maintenus en R3, il n’y avait pas lieu de statuer en urgence. Et donc, dans la foulée vendredi après-midi, la Ligue Occitanie nous a remis à disposition du district et voilà comment on se retrouve en D1. 

 

Comment cela va t’il maintenant s’organiser en termes de calendrier ? Vous êtes exempts sur la première journée et une poule va ensuite être redessinée ? 

 

C’est ça, nous avons été exempts la première journée en départemental et il y a une poule à 15, le calendrier est sorti, samedi, nous recevons Brassac. Une poule à 15, cela fait 28 matches, 14 déplacements, pour des amateurs, c’est costaud ! Sachant que nous sommes encore qualifiés en Coupe de France et que, par exemple, nous ne pourrons pas faire la prochaine rencontre parce-que nous jouerons en Coupe de France. 

 

Ce parcours en Coupe de France est aussi à l’origine d’une première pour l’ASPTT qui a joué sur le Stade Maurice Rigaud. C’est quelque chose qui peut se pérenniser à l’image des filles qui sont déjà pensionnaires de Rigaud ? 

 

Ça nous a déjà fait plaisir d’évoluer sur le Stade de Rigaud où nous avons justement démontré notre capacité à rivaliser avec une R3  confirmée comme celle de Gaillac. Avant ce match-là, j’avais vu avec le premier adjoint, Michel Franques, la possibilité de continuer, malgré une éventuelle descente en D1, à jouer à Rigaud. Il m’a confirmé qu’en guise de soutien, puisque nous étions  » lésés  » par une décision supérieure, qu’on jouerait bien à Rigaud  Et à travers votre média, je voudrai l’en remercier fortement ainsi que toute la municipalité de nous accorder Rigaud. 

 

A défaut de fusion des deux clubs, il y a déjà fusion d’utilisation des infrastructures ? 

 

Voilà, on l’avait déjà avec la D2 féminine mais le fait de l’avoir désormais avec notre départementale est quelque chose de bien. Et puis, ça continuera d’animer Rigaud puisque l’on a justement vu à l’occasion du match contre Gaillac, où il y avait à peu près 200 personnes, que l’on pouvait faire de l’animation y compris avec notre niveau de football garçons. 

 

Parlons aussi des  » joyaux de la couronne « , la D2 féminine. Il y a eu reprise de la saison avec une victoire 2-0 ramenée du Gard. C’est de bons auspices face à des promus, il faut vite prendre des points ? Et j’imagine que le maintien est toujours l’objectif de l’ASPTT ? 

 

C’est vrai que nous avions un démarrage de calendrier qui était à la fois une bonne opportunité mais aussi un gros risque parce-que nous nous déplaçons d’entrée chez deux des trois promus. C’est donc important de réussir ce début de saison, ce que l’on a bien fait à Nîmes et j’espère qu’on le concrétisera à nouveau au Puy dimanche prochain (Interview réalisé en amont de la victoire 2-0 face à Le Puy Foot 43 lors de la seconde journée D2F). Ce fut un match sérieux et appliqué et malgré encore quelques joueuses blessées, nous avons réussi à maîtriser cette rencontre avec deux buts émanant de deux recrues donc, on peut penser qu’on ne s’est pas trop trompé là-dessus. On va continuer dans ce sens en sachant que derrière, après ces deux rencontres à l’extérieur, nous allons avoir un gros choc, qui sera certes sûrement difficile mais où nous ferons tout pour avoir le gain du match, avec la réception de Saint-Etienne. 

 

Ce gros choc est un match de gala. C’est le top pour réenclencher le foot féminin sur l’Albigeois puisque ce sera la première vraie rencontre officielle de foot féminin en Albigeois. Recevoir Saint-Etienne, candidat à la D1, il n’y a pas mieux pour commencer ? 

 

C’est certain. Le classement le dira à la fin mais Saint-Etienne est bien sûr l’une des équipes les plus armées puisqu’ils pensaient monter en D1, jusqu’à une décision encore récente du tribunal. Ça n’a pas été le cas mais ils avaient l’effectif pour rivaliser en D1 donc, en D2, ce sera sûrement difficile de les rencontrer. 

 

En plus, les filles de l’ASPTT, qui se sont faites un peu secouer par Saint-Etienne en match amical, auront de l’orgueil et envie de montrer un autre visage à Rigaud pour que l’on sache qu’y venir chercher des points sera difficile ? 

 

Oui, je pense que là, nous serons absolument motivés. Le match de préparation est derrière nous, on l’oublie, nous avons pris une fessée mais ça fait partie du sport. Je pense que nous aurons un autre visage à Rigaud et on saura vendre chèrement notre peau. 

 

Un nouveau staff a été mis en place cette année avec Guillaume Balagué en coach principal, Nicolas Castanier en coach adjoint et Hervé Witas en coach des gardiens plus Marion Malabry en préparateur physique. Quelle a été la feuille de route que vous leur avez fixée ? 

 

C’est, si possible, de jouer le premier tiers du tableau. C’est ce que l’on souhaite d’abord par rapport à nos ambitions mais aussi par rapport à tous les partenaires qui nous suivent. C’est éviter d’être sur la corde raide à la fin de la saison, comme nous l’a d’ailleurs dit Michel Franques à la fin de son intervention  » évitez si possible de vous sauver le jour du dernier match « . 

 

Donc, exit le maintien et on repart vers des ambitions plus élevées, plus en adéquation avec le rang qu’a l’ASPTT d’ancien bastion de la D1 ? 

 

Oui, c’est ce que l’on souhaite faire tout en ne se faisant pas non plus d’illusion sur notre capacité à être dans les tous premiers. Mais, avec une volonté d’être dans ce premier tiers et de faire un rang honorable vis à vis de notre situation économique. 

 

Parlons également un peu de sociologie du sport. Au début de cette émission il y a quatre ans, lorsque vous parliez du statut d’amateur de l’ASPTT en D1, il y avait encore 3 ou 4 clubs qui étaient amateurs dans cette division. Aujourd’hui, il y en a beaucoup moins et ça s’est propagé jusqu’à la D2. On a l’impression que l’on est arrivé au même niveau de sociologie qu’en D1 il y a 4 ou 5 ans. Avec Montauban, l’ASPTT reste l’une des rares structures semi amateur / semi-pro ?

 

Aujourd’hui, les clubs professionnels garçons mettent de plus en plus d’argent et investissent de plus en plus dans le football féminin. Donc, de plus en plus de ces équipes féminines montent en D2 puis après, de D2 à D1. A l’heure actuelle, il reste seulement trois clubs purement amateurs et, à la louche, on va dire que 50% des clubs en D2 sont aussi des clubs amateurs dont nous faisons en effet partie avec Montauban. 

 

Comment allez-vous appréhender ce défi et ce virage pour l’ASPTT ? Le professionnalisme est en train de prendre le dessus sur le niveau amateur. Est-ce que vous avez un plan à moyen ou long terme pour essayer de combler ce handicap en essayant, peut-être un jour, de verser dans le professionnalisme à l’ASPTT ? 

 

Professionnalisme mais aujourd’hui, il est sûr qu’en se structurant de plus en plus, on compte sur nos partenaires pour nous aider à franchir un palier. On compte aussi sur des aides indirectes de l’état puisqu’il existe un décret dans le monde du sport qui vient de sortir et qui allège sérieusement les charges patronales. Donc, ça va pousser de plus en plus les clubs à contractualiser vraiment les joueuses et, d’un autre côté, ça va permettre aux joueurs comme aux joueuses de se mettre à l’abri de risques comme l’on a vu la saison précédente où, avec le confinement, il n’y a plus de match, il n’y a plus d’entraînement et donc, plus de ressource pour ces joueurs. Quand les joueurs et joueuses ont un contrat, le chômage partiel, par exemple, leur a permis de continuer à survivre à leurs besoins. 

 

Donc, si l’ASPTT veut rester en D2F ou à haut-niveau, imaginer dans 5 à 10 ans une SASP à l’ASPTT est envisageable ? 

 

Oui, c’est quelque chose que certains clubs purement amateurs commencent aujourd’hui à envisager. Ce sont des choses que nous, nous n’avons pas vraiment creusé parce qu’il faut voir quel est le modèle économique précis d’une SASP, quels en sont les risques et les avantages. Mais, petit à petit, ce sont des choses que l’on voit évoluer et je pense que les clubs professionnels souhaitent que la D1 féminine soit vraiment professionnelle. Ici ou là, il y en a qui commencent à militer pour que la D1 passe sous l’égide de la LFP. On sent bien qu’il y a une évolution qui arrive.

 

En parlant de la LFP, il y a eu une retombée des droits TV pour les clubs de D2 féminine mais, patatras, l’ASPTT n’y a pas eu droit ? 

 

C’est encore un domaine un peu compliqué. Aujourd’hui, parmi le plan de relance, il a été annoncé que la LFP participait à l’aide au football féminin à hauteur de 6M, qui sont extraits des droits TV Ligue 1 / Ligue 2 garçons pour être reversés. La Fédération s’en est faite l’écho mais, malheureusement, il y a eu une contradiction amenée par Nicollin en tant que président d’une association des clubs professionnels qui ont une structure féminine en D1 et en D2 en disant  » non, ce n’est pas pour tout le monde mais uniquement pour nos clubs professionnels  de D1 et de D2 « . Cela veut dire qu’en D1, on se retrouvait avec des clubs qui avaient 500 000€ et trois clubs, nos collègues amateurs,  qui n’avaient rien. Et en D2 féminine, des clubs à structures professionnelles avaient une certaine somme et les clubs amateurs n’avaient rien si ce n’est les 5 000€ qui ont été promis dans le cadre du plan d’aide d’urgence au niveau du Covid. Les clubs amateurs, que ce soit les 3 de D1 et la quinzaine qui sont en D2, militent aujourd’hui pour qu’il y ait une répartition équitable de ces 6M, bien sûr beaucoup plus en D1 qu’en D2, nous sommes bien d’accord, mais pour que tous les clubs aient quelque chose. C’est encore entre les mains de la Fédération et nous attendons une réponse. 

 

Il est quand même incongru que ce soit la Ligue qui décide où va la répartition car la D1F et la D2F sont actuellement sous l’égide de la Fédération ? 

 

Tout à fait, ça fait partie des anomalies. Mais ceci dit, et il faut être clair là-dessus, c’est bien de l’argent lié aux droits TV de la Ligue 1 et de la Ligue 2. Donc, à la limite, les professionnels pourraient en faire  » ce qu’ils veulent  » mais aujourd’hui, comme la Fédération a pris le relais, elle l’inclut dans son plan. Ce qui veut dire que, si ça se faisait en l’état, il y aurait une iniquité et une inégalité entre les clubs qui disputent un même championnat : certains auraient une aide conséquente tandis que d’autres n’auraient rien. 

 

Il y a un certain corporatisme entre professionnels et amateurs. On voit vraiment que l’on est sur une mutation et on a l’impression que les deux pôles se comprennent de moins en moins ? 

 

Oui et ça veut justement dire que les mondes s’éloignent puisque le président Nicollin avait annoncé que, la saison dernière et pour la première année, la D1 féminine lui avait rapporté de l’argent. Jusqu’à présent, il investissait  » à fonds perdus  » mais la D1 féminine commence à rapporter de l’argent. Donc bien sûr, qui dit rapport d’argent dit que les clubs professionnels s’y intéressent de plus en plus. 

 

Si cette somme arrive dans les caisses de l’ASPTT, comment la réutiliseriez-vous ? Parce qu’on sait que les clubs amateurs ne sont pas faits pour thésauriser de l’argent mais pour le réinvestir de suite. Ce serait dans la formation, dans les infrastructures ? 

 

Ce qui est à peu près sûr, c’est que si cette somme arrive, même si on en ignore le montant, la Fédération fera tout pour qu’elle aille vers la structuration du club et les investissements mais en aucun cas pour aller vers des signatures de contrats supplémentaires. Nous, par exemple, nous avons encore des efforts à faire dans le domaine médical, il y a suffisamment de projets qui ne se font pas aujourd’hui faute de finances pour dire qu’on saura utiliser cette somme-là. 

 

Vous parliez du domaine médical. Il faut aussi rappeler que l’ASPTT est l’une des plus grosses écoles de foot labellisée du département, Comment fait-on pour accueillir autant de bambins avec des conditions sanitaires si précaires ? 

 

Il est sûr que c’est difficile mais avec un peu d’ingéniosité et d’habileté, on y arrive. C’est compliqué, on va vers des moments encore plus compliqués puisque, jusqu’à maintenant, c’était simple de ne pas avoir accès aux vestiaires. Il fait beau, on s’entraîne, on rentre à la maison, on se douche, ce n’est pas grave. Maintenant, la compétition ainsi que le mauvais temps arrivent et donc, ça ne sera pas tout à fait la même chose quand on sera bien mouillé et bien boueux si nous n’avons pas accès aux vestiaires. Mais, quoi qu’il arrive, il faudra que l’on fasse avec, la situation aujourd’hui est difficile pour tout le monde, le sport et le foot ne sont pas épargnés et il faudra sûrement faire des efforts et des concessions mais nous sommes prêts à les faire. 

 

Pour conclure, quelle est votre ambition pour les féminines, les garçons et l’école de foot pour cette saison 2020 / 2021 ? 

 

Pour les féminines, c’est finir dans le premier tiers du tableau, pour les garçons, c’est tout faire pour accrocher cette première place synonyme de retour en R3 puisque nous avons un réel projet là-dessus, sur une augmentation de notre niveau garçon. Et pour l’école de foot, que l’on ait autant de jeunes licenciés garçons et filles et qu’ils prennent du plaisir à jouer au foot. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-11-septembre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’entretien avec Bernard Espié, lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges du 11 Septembre 2020.

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