#Rugby – Nat / M.Delpoux (Narbonne) : «Il faut un support économique à cette Nationale!»

Nous sommes allés à la rencontre d’un des co-présidents du RC Narbonne Méditerranée, Marc Delpoux, pour faire un point sur les ambitions des pensionnaires de nationale. Pour l’ex manager de l’UBB et Perpignan, malgré l’étiquette de favori collée par les médias ne veut surtout pas s’emballer et fixe un objectif de qualification avant d’envisager quoique ce soit. Acteur prépondérant concernant la création de la division intermédiaire entre Pro d2 et Fédérale 1, l’ex 3eme ligne appelle de ses vœux à la pérennisation économique à court terme de la Nationale . Entretien avec Co-président qui bien avant d’avoir des cas de Covid19 dans ses rangs, appelait les clubs à aller au delà du protocole FFR, en se dépistant régulièrement.

 

 

Il y a maintenant deux ans, vous avez basculé d’entraîneur à président pour reprendre un club mythique, le RC Narbonne. Quel fut le cheminement dans votre tête pour que vous rejoigniez le rang des présidents ? 

 

C’est simplement qu’au bout d’un moment, nous nous sommes retrouvés entre amis et nous avons fait un constat : il nous semblait que le club ne prenait pas la direction qui devait être la sienne. Et, sans aucune prétention, nous avons décidé d’essayer de relancer la machine. 

 

Nous n’allons pas faire le palmarès de Narbonne qui est long comme une talanquère. Mais, comme le club a-t-il pu arriver en Fédérale 1 alors qu’il y 20 ans, personne n’imaginait Narbonne à ce niveau ? 

 

Je n’en suis pas aussi sûr que vous, il y a une évolution dans le monde du rugby. Aujourd’hui, le rugby professionnel et le rugby d’élite va se concentrer exclusivement sur les grandes villes et dans les villes où il y a un mécène qui assure et assume la continuité. Donc, les petites ou moyennes villes comme Narbonne et d’autres sont, au mieux, vouées à demeurer en Pro D2 ou sinon à dégringoler. Vous savez, chaque année, pour monter des budgets entre 3 et 4M, dans des villes comme Narbonne, c’est compliqué. 

 

C’est la croisée des chemins entre le rugby de province et le rugby de métropole ? 

 

Oui, mais ce n’est pas critiquable. Moi, je ne suis nostalgique de rien, il y a des clubs et des villes qui ont disparu avant nous et personne ne pleurait sur eux. Aujourd’hui, c’est le lot de Tarbes, de Narbonne, de Dax, de Bagnères, de Bourgoin, il n’en manque pas et l’hécatombe n’est pas finie. Aujourd’hui, je pense que la place de Narbonne est en Fédérale 1 Elite ou en Pro D2 si les choses se passent bien. Il y a eu une descente logique et normale, aujourd’hui, c’est digéré, absorbé et assumé. Si on veut créer de la vie ou du rugby à Narbonne, qui a plus de 700 licenciés, c’est parce-que le rugby a lieu de vie à Narbonne. Si on vit bien en Fédérale 1 Elite ou en Pro D2, tant mieux. 

 

L’année dernière, pour votre première année, vous aviez lancé un slogan :  » La révolte « . Cette année, c’est  » notre force sera collective « , on sent que vous êtes en train de remettre le club en dynamique avec en plus un recrutement assez costaud, assez XXL, certains parlent de plus beau recrutement de Nationale. Vous arrivez pour des saisons avec des ambitions certaines de vouloir monter en Pro D2 ? 

 

Non, notre ambition était dès l’an dernier de remettre le club sur de bons rails et au centre du village. Il faut que le club de Narbonne soit le club phare du sport narbonnais, ça, c’est notre première logique et notre première dynamique. Ensuite, et je suis très bien placé pour le savoir, si les résultats sportifs ne vont pas, ça amoindrit souvent les ambitions des joueurs. Oui, on aimerait dans l’absolu se retrouver en Pro D2 mais il faut travailler, faire les fondations et remettre les choses à leur place. Je crois, heureusement et malheureusement, que cette poule de Fédérale 1 Elite propose au moins 6 ou 7 équipes qui auront les mêmes ambitions que Narbonne et que certains ont des moyens nettement plus importants. Donc oui, nous allons nous positionner mais l’objectif de cette première saison d’Élite est de se qualifier. Il est certain que, si on ne se qualifiait pas, ça serait une déception sportive mais nous n’avons pas d’ambition supérieure à cela. Si les choses arrivent bien, nous les prendrons mais sinon, je pense qu’il y a des équipes beaucoup plus en place sportivement et structurellement que nous le sommes aujourd’hui. 

 

En parlant de cette Nationale, vous avez été, avec Bourg-en-Bresse entre autres, des moteurs pour la création de cette division. Au passage, vous vous êtes faits quelques copains puisque vous aviez déclaré que la Fédérale 1 était  » un mouroir  » ce qui avait un peu fait grincer des dents en Fédérale 1. Mais Narbonne fut quand même une rampe de lancement pour cette poule Nationale ? 

 

Sinon, nous serions morts. Nous serions morts comme Tarbes serait mort, comme Dax serait mort. C’était simplement pour expliquer que dans une Fédérale 1 où joue des professionnels contre des amateurs toutes les semaines, c’était dangereux et pour les amateurs, parce qu’on ne peut pas demander à des mecs de faire des kilomètres exorbitants comme ça s’est passé l’an dernier où l’on envoyait le club de Mazamet jouer à Bourgoin et à Bourg-en-Bresse. Je trouvais ça  » mouroir  » et pour Mazamet, et je n’ai rien contre eux, je suis même très pote avec eux, qui malheureusement sportivement a eu du mal. C’était dangereux pour eux et ce n’était pas valorisant non plus pour les Berjalliens qui les années d’avant jouaient contre Perpignan et se retrouvaient avec des confrontations complètement déséquilibrées. Économiquement, des clubs avaient des structures professionnelles comme le sont Bourgoin, Bourg-en-Bresse, Narbonne et d’autres, et je peux vous le dire parce qu’on a les mains dans le cambouis tous les jours, ce n’était pas viable avec la Fédérale 1 comme elle existait. Nous verrons bien comment ça va se passer avec ce type de championnat. 

 

Parce-que, le gros challenge, ça va être de trouver le modèle économique pour la Nationale ? Sportivement, il y a un beau challenge mais, économiquement, il faut qu’il y ait un modèle qui se crée ? 

 

Bien sûr, il faut déjà que la Fédération nous trouve un sponsor national comme il peut y avoir Orange pour d’autres championnats. Il est certain que la Fédérale 1 Elite qui avait déjà été lancée il y a quelques années ne s’était pas maintenue par faute de moyens financiers.  Donc, il faut un support économique à cette Nationale mais, sportivement, c’est quand même plus facile d’aller chercher des sponsors pendant cette période de Covid quand tu proposes 14 équipes, 13 matches à domicile, des Bourg, des Bourgoin, des Massy, des Albi, des Dax, des Nice … 

 

Et des Dijon et consorts

 

Oui, et bien d’autres, que de jouer contre des équipes amateurs où c’est quand même plus compliqué pour faire venir les mecs le dimanche au stade. 

 

Pour, comme vous le dites, faire venir les mecs au stade le dimanche, ça va être un peu plus compliqué cette saison avec la crise du Covid et les restrictions sanitaires

 

Il y a une restriction à 5 000 personnes et 5 000 personnes de moyenne en Fédérale 1 à Narbonne, je pense que ce sera pas mal. 

 

Je parlais aussi des conditions d’accueil qui peuvent restreindre les gens à venir avec, un brin de psychose va-t-on dire

 

Quelle est la solution ? 

 

Je ne sais pas s’il y en a une

 

Voilà donc, on s’adapte. Vous savez, moi, je suis restaurateur et nous avons des contraintes en restauration que nous n’avions pas les années précédentes mais on fait avec. 

 

Au niveau des joueurs, on a vu que vous deviez jouer contre Albi le week-end dernier et qu’il y a eu une annulation à cause de cas de Covid. Est-ce qu’à Narbonne, vous vous testez et est-ce une crainte pour vous de ne pas pouvoir commencer la saison avec une vague de Covid ou une épidémie qui prenne corps dans votre équipe ? 

 

Bien sûr que l’on teste, on teste toutes les semaines. La crainte est bien sûr d’avoir un championnat saucissonné ou même qu’il n’y en ait pas du tout. La crainte est là, la maladie est là, personne n’est à l’abri et il faut faire avec. Donc, on ne va pas commencer à pleurer avant de savoir si on s’arrêtera ou pas, si on jouera ou pas. Ce qui est certain, c’est qu’à Narbonne, nous avons fait tous les tests comme si nous étions en Pro D2, avec tous les étages de 0 à 7 voulus dans le monde professionnel. Nous avons tout suivi de A à Z, aujourd’hui, les joueurs sont testés et nous n’avons pas encore de cas, ce qui ne veut pas dire que nous n’en aurons pas (ITW réalisée avant que des joueurs ne soient testés positifs, entraînant ainsi l’annulation du match contre Aubenas, NDLR). Avant de jouer contre Albi, nous avions 0 cas dans le club. Mais, une fois de plus, ça peut arriver à tout moment et ce n’est pas parce-que vous avez des cas que vous n’avez pas fait les choses comme il faut. 

 

On entend aussi des présidents qui se testent, et qui ont des clubs qui se testent, commencer à dire ‘ on aimerait qu’il y ait une certaine équité et que tous les clubs se testent « . Il y en a même qui disent  » moi, je n’enverrai pas des joueurs face à des équipes qui ne se testent pas « . Quelle est la position de Narbonne sur ce sujet ? 

 

Comme nous n’avons pas joué contre Albi, nous avons des propositions de 5/6 clubs qui veulent jouer contre nous et nous leur avons dit  » si vous êtes testés et que vous nous montrez que vous avez été testé et que vous êtes négatifs, nous jouerons contre vous. Mais, si vous ne vous testez pas, nous ne ferons pas de match amical contre vous « . On ne veut pas prendre de risque. 

 

Et vous, vous pensez que la Fédé doit légiférer avant le début de championnat pour que tous les clubs, a minima de Nationale, puissent se tester ? 

 

 Je ne suis pas là pour légiférer, je suis là pour protéger mes joueurs. Je ne vais pas envoyer mes joueurs jouer contre des gens qui, malheureusement, peuvent avoir été touchés par le virus. Ce n’est pas tant la santé de nos joueurs et encore, je dirai que je ne suis pas toubib, mais chez eux, il y a peut-être des grands-parents et autres et si on leur transmet … 

 

Tout ça n’est pas sain ? 

 

Du moins pour les matches amicaux où on en a la maîtrise, nous avons demandé à ce que les gens avec qui nous avions traité pour ces rencontres soient testés avant de jouer contre nous. 

 

Autre chose qui est important dans l’intersaison de Narbonne, car on ne va pas parler que du Covid, c’est ce fameux mur des supporters. Où en est-on car cette histoire a bien pris ? 

 

La semaine personne, nous avions passé les 1 100 briques. Nous avons beaucoup de demandes, nous sommes en train de vendre les abonnements et avec les abonnements, la brique est aussi proposée en supplément. L’objectif est de 1 500 / 2 000 briques. 

 

Cela représentera combien en numéraire ? 

 

C’est 50€ la brique. 

 

Cela permet quand même d’avoir une belle petite rentrée d’argent. C’est quasiment de l’actionnariat populaire ? 

 

Grâce à Gérard Sutra, nous avions créé une dynamique avec les Socios de Narbonne. Ce sont des gens qui participaient à la vie économique du club mais à un niveau financier qui était plus important. Et là, nous avons dit que nous allions toucher le public dans son ensemble et nous avons un retour populaire extraordinaire, vraiment extraordinaire. 

 

Comme nous sommes un média basé à Albi, nous allons vous poser une question un peu albigeoise. Lors de la saison 2010 / 2011, vous étiez le manager de Bègles, vous allez en finale et vous éliminez Albi pour la montée de Pro D2 à Top 14. Cette année, vous re-signez pour faire le même parcours en Nationale ? 

 

Chaque chose en son temps. Les choses ont complètement changé, les joueurs ont changé, les entraîneurs ont changé, les clubs ont changé, les présidents ont changé. Mais, une fois de plus, nous n’avons pas la pression comme certains l’ont peut-être de l’obligation d’être en Pro D2 l’année prochaine. Nous voulons être en Pro D2 mais à terme. S’il y a une finale d’accession contre Albi, ça sera certainement un grand plaisir pour les deux clubs. 

 

Et si le destin bégaie et se répète, j’imagine que ça ne vous dérangera pas ? 

 

Je vous laisse le choix de la réponse. 

 

Quels seront les mots d’ordre pour cette saison 2020 / 2021 pour le RCN ? 

 

Le mot d’ordre, c’est ce que nous leur avons déjà dit la première année et nous allons le répéter : c’est travail et humilité. S’il y a ces deux choses-là, il y a très souvent des résultats derrière. 

 

On va vous laisser sur ces notes pleines d’optimisme et on vous souhaite une très bonne saison avec le RCN et on vous dit à très bientôt dans le Mag Sport – Radio Albigès

 

Merci

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Marc Delpoux lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 25 août 2020

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