#Rugby – Fed1 / P.Caloni (OMR) : «Proposer un jeu chatoyant.»

Dans le Nord de la France, le ballon ovale se développe et l’un des promus en Fédérale 1, l’Olympique Marcquois, compte bien avoir son mot à dire dans le gotha du rugby français dans un futur pas si lointain. Équipe fanion d’un bassin de population considérable, l’OMR se structure tant administrativement, que sportivement, pour tendre vers le professionnalisme avec la division nationale en ligne de mire. Nous sommes donc allés à la rencontre du manager, Philippe Caloni, pour découvrir un club qui, sans griller les étapes et avec l’atout d’un stade digne d’une écurie de Top 14, veut reprendre le flambeau laissé vacant, par feu, le Lille Métropole Rugby. Focus sur le rugby ch’timi, un terroir de solidarité qui veut allier jeu flamboyant et pragmatisme économique.

 

Crédit photo Eric Morelle / 20 minutes

 

Pour l’Olympique Marcquois, c’est une nouvelle marche d’un projet assez ambitieux qui est franchie. Vous comptez normalement devenir professionnels et gravir les échelons pas à pas dans votre club. Il y a déjà un premier défi avec cette Fédérale 1 et j’imagine qu’il y a beaucoup de pain sur la planche ? 

 

Oui, c’est du pain sur la planche mais nous sommes ravis. Après trois ans passés en Fédérale 2, et après avoir pris le temps de structurer le versant sportif et administratif, nous sommes très heureux et satisfaits de découvrir la Fédérale 1 cette saison qui sera l’un des passages obligés vers nos ambitions d’avoir une structure professionnelle ici, dans les années à venir. 

 

Comme je le demande à tous les promus, j’imagine qu’il doit y avoir un brin d’amertume de ne pas avoir gagné cette promotion sur le terrain ? On sait que vous êtes tous des compétiteurs et, même si c’est une joie et un honneur pour vous, il manque la petite cerise sur le gâteau : le sportif ? 

 

Il manque même plus que la cerise sur le gâteau (rires). On attend toujours les phases finales avec impatience, nous n’avions pas pu y participer l’année dernière à cause d’un léger déficit qui datait de la saison d’encore avant et cette année, stop Covid. Il faut savoir prendre les choses avec philosophie, il y a des choses bien plus importantes à ce moment-là. Le fait d’avoir validé le passage en Fédérale 1 est un moindre mal dans notre parcours puisque c’était l’objectif de la saison. Maintenant, il est vrai que la participation aux phases finales nous aurait permis de faire progresser le groupe encore davantage parce-que ce sont quand même de supers matches à jouer. 

 

Et aussi de faire plaisir au trésorier ? 

 

C’est faire plaisir à tout le monde mais oui, en premier lieu, c’est déjà ça. Avec le staff et les joueurs, nous étions sur trois saisons avec un groupe qui avait peu évolué et ça aurait été nos premières phases finales ensemble. Nous étions dans de bonnes dispositions pour les attaquer mais c’est comme ça. Il faut prendre du recul et toucher du bois mais j’espère que nous en aurons d’autres à vivre dans le futur. 

 

Pour une arrivée en Fédérale 1, vous avez hérité d’une poule qui va vous faire voyager et faire des diagonales entre le Nord de la France et le Sud-Ouest ? 

 

De toute façon, qu’on les fasse dans ce sens-là ou vers l’Est, vu notre position, nous sommes  » condamnés  » à voyager, nous le savions à l’avance. C’est vrai que nous étions plutôt enclins à partir sur la Bourgogne et le Lyonnais mais, de découvrir le Sud-Ouest ne sera pas une mauvaise expérience. Pour l’avoir vécu avec Lille, ça avait été l’une de nos meilleures saisons, une très, très bonne saison en termes de souvenirs. Et j’espère que là, on se construira de jolis souvenirs. 

 

Comment allez-vous vous débrouiller pour voyager ? En bus, en train, en avion ? 

 

Nous sommes sur la logistique et on est en train de voir avec l’ensemble des clubs s’ils souhaitent nous recevoir et jouer chez nous le samedi soir ce qui nous permettrait de faire le chemin du retour le dimanche. Comme j’ai plus des 3/4 de mon effectif qui est pluriactif avec des mecs qui bossent le lundi, on aimerait donc jouer le samedi soir. Et, pour répondre à ta question et de mémoire, on doit aller à Rennes en train. Après, pour tout ce qui sera Sud-Ouest, ça devrait être avion jusqu’à Bordeaux puis transferts en bus. Il y a un peu de logistique mais, si on s’organise bien, on devrait bien s’en sortir et surtout, prendre du plaisir et passer de bons moments. 

 

Et puis, à cœur vaillant rien n’est impossible ? 

 

Oui, complètement, les voyages forment la jeunesse aussi, on peut en trouver des verres à moitié pleins (rires). Nous sommes toujours dans le positif de toute façon parce-que, dans notre position, on sait que l’on va voyager quelle que soit la division. Nous aurons des trajets à faire, à nous de nous organiser pour qu’on le fasse dans un certain confort pour les joueurs qui sont pluriactifs. Il faut qu’on soit capable de les mettre dans les meilleures dispositions et pour voyager et pour récupérer. 

 

Pour bien voyager, il faut bien s’équiper. On a vu que le recrutement à Marcq-en-Baroeul avait de la gueule ? 

 

Oui, je pense qu’il est cohérent, il n’est pas clinquant comme on peut le voir ailleurs. J’ai perdu 5 / 6 joueurs de l’équipe une, on en a recruté 7 et 2 sont arrivés par mutations. Cela fait 9 recrues sur 38 joueurs concernés par l’équipe première soit 1/4 de l’effectif qui est renouvelé, ce qui n’est pas immense. Nous avons essayé d’étoffer notre effectif sur certains postes en mélangeant des joueurs avec des profils plutôt jeunes puisque l’on construit un projet à moyen / long terme. Donc, nous avons pas mal de jeunes mais, comme toujours, nous avions aussi besoin de vieux briscards. Ceux-là, nous les avions en magasin donc, nous les avons gardés. 

 

Le recrutement le plus clinquant est peut-être dans le staff ? 

 

Oui, il est dans le staff avec Gurthrö Steenkamp qui nous a donné son accord l’année dernière pour nous donner un coup de main sur la mêlée. Nous essayons de proposer un maximum de compétences autour de nos joueurs : nous sommes plutôt bien staffés sur le médical, sur la prépa physique. Nous avons des infrastructures avec l’utilisation du Stadium Nord de Villeneuve-d’Ascq qui sont des installations de clubs professionnels de Pro D2 ou Top 14 puisqu’il y a un stade de 15 000 places, deux terrains synthétiques, un terrain en herbe à côté, des réceptifs. C’est presque démesuré pour la division mais c’est aussi ce qui nous permet de légitimer le projet puisque nous avons tout ici en termes de structures pour accueillir une équipe pro. Donc, Gurthrö nous rejoint une fois par mois pour nous guider dans l’exercice de la mêlée et sur les joueurs, on en a récupéré 9. C’est hétérogène, nous avons un international philippin qui nous vient du Japon avec qui ça avait bien accroché, Patrice Olivier. Il y a aussi un demi-de-mêlée international espagnol mais je ne vais pas tous les citer. 

 

Il y a de quoi faire ? 

 

Je dirai qu’il y a un potentiel. Je connais les 29 joueurs que j’ai conservés, les 9 qui arrivent sont dans le même moule et sont des mecs motivés avec du potentiel. Maintenant, il est de notre responsabilité en tant que staff de faire en sorte tout d’abord que la mayonnaise prenne puis de les faire progresser pour rentrer dans les standards de la Fédérale 1, le plus vite possible j’espère. Et, dans les mois et les années à venir, les faire progresser pour atteindre le niveau d’entrée dans la division Nationale. 

 

Quel est l’objectif pour cette saison : le maintien, se caler bien au chaud dans le peloton ? 

 

Non, on va les prendre au fur et à mesure. La première, c’est le maintien le plus tôt possible. C’est une division qui est nouvelle pour nous et nous aurons besoin d’un temps d’adaptation. Les objectifs dépendront de ce dernier : si l’on s’adapte vite et que l’on a des résultats assez rapidement, on ne s’interdit pas de viser une qualif. Mais, très honnêtement, ce serait prétentieux de dire que l’on vise autre chose qu’un maintien. Quand on sait la différence qu’il y a entre, par exemple, la poussée en mêlée où là, nous allons tomber sur des poussées illimitées. Il faut également que l’on rebascule sur un système défensif que nous avions perdu l’an dernier avec la Fédérale 2. La saison dernière, nous étions sur des règles de plaquages et là, nous devons rebasculer sur d’autres systèmes. Il y a quand même beaucoup d’adaptation et ce serait prétentieux que de viser autre chose donc, nous allons essayer de nous maintenir le plus tôt possible. Etant dans une poule de 11, nous avons 10 matches aller et nous ferons un premier point en Décembre après la phase aller. Notre premier objectif, c’est celui-là, c’est le maintien. 

 

A quel terme souhaiteriez-vous monter en Nationale ? Vous l’envisagez d’ici 2 à 4 ans ?

 

En fait, nous ne l’envisageons pas en termes d’années mais plutôt déjà en termes de niveau de jeu. Il va falloir le mériter et, pour pouvoir rentrer dans les deux premiers clubs de Fédérale 1, il faut être le 46e club français. Donc, ça demandera une certaine progression en termes de niveau de jeu. Ensuite, en termes d’infrastructures, ça, nous l’avons mais, en termes d’organisation administrative et tout ce qui permet de construire un club, il y a encore des étapes à passer. Mais, petit à petit, lorsqu’on jette un coup d’œil dans le rétro et quand on regarde où l’on était il y a trois ans, ça a bien évolué. Donc, si on continue à évoluer comme on le fait dans les trois ans à venir, avec le même sérieux, la même rigueur et pas à pas, pour reprendre tes mots, on devrait quand même être pas mal d’ici trois ans. 

 

Est-ce que tu sens les joueurs emballés par cette envie d’arriver en Fédérale 1 puis de monter en Nationale à terme ? C’est quelque chose qui les botte, ils sentent qu’ils ont ce défi et cet objectif dans le ventre ? 

 

Oui, tout le monde l’a, les joueurs, le staff, tout le monde l’a dans le ventre et dans les tripes. Encore une fois, nous avons une locomotive qui est le Stadium Lille Métropole et, quand tu as un outil comme ça … 

 

Le plus dur, c’est de le remplir ? 

 

Oui, c’est de le remplir et puis, c’est de structurer, d’avoir 35 joueurs pros, un staff pro. Ça se fait petit à petit, on grandit petit à petit et surtout, ça ne nous interdit pas de rêver. Le cœur du projet est là, j’ai envie de te dire que nous n’avons pas de limite : nous n’allons pas attendre deux ans que la mairie nous construise une salle de muscu ou qu’on nous mette l’éclairage. Là, nous avons un outil qui fait que, si une équipe de Top 14 est là, elle ne manquera de rien. 

 

C’est un outil clé en main comme on dit ? 

 

Oui, c’est cela. Et puis, ce qui est également moteur, c’est de voir que ce n’est pas uniquement le sportif qui se développe mais de voir que nous avons un comité directeur qui est sérieux, qui avance pas à pas et qui nous refuse aussi parfois des choses parce-que nous, sur le sportif, nous voulons aller plus vite que la musique. 

 

On est toujours un peu gourmand du côté sportif ? 

 

C’est toujours pareil, on ne va pas expliquer les choses (rires). Mais, c’est vrai que sur le sportif, on est un peu gourmand, on essaie toujours d’avoir plus et mieux. On sent les choses évoluer dans le bon sens et c’est quand même agréable de se dire que nous avons un filet derrière avec un bon staff administratif, des bénévoles qui sont hyper investis. Pour l’instant, il y a une alchimie qui est très intéressante ici, j’espère qu’elle se ressentira sur le terrain et dans les tribunes. 

 

Dans le Nord, il y a déjà eu du rugby de haut-niveau et de très haut-niveau, tu en as fait partie car tu jouais au Lille Métropole. Est-ce que les leçons du passé ont été retenues et y a-t-il des liens entre l’Olympique Marcquois et feu Lille Métropole ? 

 

Oui, je pense que les leçons ont été retenues puisqu’on construit pas à pas et tout ne va pas dans le sportif. Nous sommes bien conscients que notre structure administrative sera primordiale et sera même aussi importante voire plus importante que notre structure sportive. Ensuite, je crois que le LMR était une super histoire, vraiment une histoire d’hommes pendant 10, 12, 15 ans. C’était un groupe qui avait peu bougé, qui avait été construit pendant 10 ans mais voilà, il est mort et enterré. Et puis là, le projet est reparti avec le club de Marcq, avec le comité directeur de Marcq, les bénévoles de Marcq et ce sont eux qui, en acceptant le projet, nous ont permis de rêver à nouveau à du haut-niveau dans le Nord. Donc, il faut d’abord les remercier et les saluer aussi parce-que c’est énormément de travail en coulisses. On ne s’en rend pas compte quand on est joueur ou spectateur mais, depuis trois ans, le travail qui est réalisé au club par les dirigeants de Marcq-en-Baroeul est tout simplement énorme et époustouflant parce-que le projet dans lequel nous sommes est une très, très, très grosse machine à manœuvrer. C’est un projet qui est nouveau. 

 

Qui a son identité propre ? 

 

Oui, qui a une identité propre, une identité de jeu, une culture particulière. On s’adapte à tout cela mais, jusqu’à présent, je pense que nous sommes sur la bonne voie. 

 

On va donc parler de cette identité. Comment pourrais-tu décrire ce rugby chtimi ? 

 

Le club de Marcq a toujours eu cette image de club qui joue, qui met du mouvement et déplace le ballon. 

 

C’est  » la balle à l’aile, la vie est belle  » ? 

 

Je ne vais pas te dire un rugby de bohème mais d’un rugby qui joue. Du coup, on essaie de coller à cela et nous avons aussi été localement assez marqués par le jeu prôné par Pierre Chadebech quand il était à Lille, Pierre Villepreux était également venu. Tout n’avait pas été a jeter à l’époque du LMR, il y avait eu un énorme travail de formation qui avait été réalisé, notamment par Yann Defives, qui est actuellement sur Roubaix, et par toutes ses équipes. Pierre avait quand même impulsé dans la région cette identité de jeu qui est faite de jeu debout, de déplacements et de mouvements. Donc, ça colle bien avec l’identité du club de Marcq et ça colle aussi avec les profils de joueurs que nous avons ici et nous essayons humblement de rentrer dans cette philosophie-là et de proposer un jeu chatoyant. 

 

Avec un peu de chance, tu te serais retrouvé dans la poule avec Oloron, car vous n’en êtes pas loin. Et, du coup, tu aurais rencontré Pierre Chadebech ? 

 

Ca aurait été cool de le rencontrer. J’espère qu’on se rencontrera en phases finales, ça serait une bonne idée parce qu’on a souvent pris Oloron avec Lille. Oui, ça aurait été chouette d’aller jusqu’à Oloron et puis, j’ai aussi un très bon ami qui entraîne à Saint-Jean-de-Luz et on se branche un petit peu là-dessus. C’est vrai qu’on aurait pu pousser un peu mais c’est déjà pas mal : descendre jusqu’à Trélissac et Périgueux seront déjà de chouettes déplacements à réaliser dans des bastions redoutables et redoutés. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-7-aout-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Phillipe Caloni lors de l’émission  » Le #MagSport – RadioAlbiges » du 7 août 2020

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