#Rugby – Fed1 / P.Arieta (SJLO): «Un club qui véhicule ses couleurs avec fierté!»

Le Saint-Jean-de-Luz Olympique va entamer sa 4ème saison consécutive en fédérale 1, avec une poule très régionale et un format de compétition délesté des entités professionnelles, lui seyant à merveille. L’occasion d’aller à la rencontre de l’un des co-présidents du SJLO, Periko Arieta. Pour cet ancien joueur dont la passion transpire par toutes les pores de sa peau, le club au scapulaire doit cultiver son exception culturelle rugbystique et pérenniser 5 ans de travail axé sur le plaisir et une identité affirmée. Dans la baie de Saint Jean de Luz, après avoir porté haut et fort la contradiction lors de la création par la FFR d’une division nationale (dont ils ont refusé l’invitation), on se prépare dans l’humilité, et dans la continuité de 3 saisons abouties, à aborder cette fédérale1 revenu aux canons économico-sportifs d’antan. Focus sur un club amateur ayant fait trembler nombre de colosses professionnels ces dernières années et qui a l’image de son co-president, vit le rugby avec passion, amour du maillot et une grosse dose d’amitié.

 

 

Periko, vous êtes l’un des trois co-présidents avec Eric Olazabal et Eric Bonachera. Comment marche cet organigramme tricéphale ? 

 

Nous sommes arrivés là un petit peu par hasard il y a de cela cinq ans maintenant. Il y a eu des changements au sein du club et il a fallu trouver d’autres présidents. Eric Olazabal est l’un de mes amis de longue date, nous avons joué au rugby ensemble. Je ne vais pas dire que nous avons été poussés pour nous retrouver là mais on nous a dit qu’on souhaitait qu’on s’y mette un peu. Donc, étant donné que nous étions encore un peu jeunes pour le poste, il a aussi fallu que nous nous fassions aider et nous avons fait appel à Eric Bonachera qui était notre dirigeant lorsque nous étions cadets. Nous le connaissions, c’est un monsieur qui est bien établi dans les affaires, il connaissait la partie administrative et management des gens. Nous nous sommes naturellement tournés vers lui et il a accepté de nous rejoindre et c’est ainsi qu’a été formé le triumvirat. 

 

C’est une histoire d’amitié et d’amour du maillot ? 

 

Exactement. Ce qui nous lie avant tout, c’est l’amour du club. 

 

J’imagine que chacun a un peu sa fonction dans cette présidence à trois. Et, qui dit trois personnes dit trois personnalités bien différentes ? 

 

Si vous me permettez l’expression, nous ne sommes pas des dirigeants de club qui  » se la jouent « . Là aussi, les choses se sont faites naturellement. De toute façon, sur les gros sujets, il y a discussion entre les trois présidents et la décision se prend à trois. Après, effectivement, pour bien s’organiser, chacun, à des moments de la saison, a peut-être un job plus spécifique que le reste mais globalement, nous communiquons sur tout et nous prenons les décisions à trois. 

 

Dans les tribunes, vous avez aussi chacun votre façon de vivre le match. Je l’avais vu quand j’étais venu commenter le match Saint-Jean-de-Luz / Albi, il y en a un des trois qui est un peu plus volubile dans les tribunes. Il me semble que c’était vous le plus passionné ? 

 

Moi, en général, je ne reste pas dans les tribunes, je suis plutôt assez près du terrain (rires). Il est vrai qu’il m’arrive de  » vivre le match  » comme on dit mais c’est quand même toujours dans la retenue. Evidemment, parfois, la passion prend le dessus. 

 

Cette passion, c’est peut-être aussi la beauté du rugby ? 

 

Voilà. En général, Eric Bonachera reste en tribune, cela dépend pour Eric Olazabal et moi, je suis plutôt au niveau des pesages, près de la pelouse (rires). 

 

Quasiment au coeur de l’action

 

C’est ça. 

 

Nous allons parler de ces décisions que vous prenez à trois. Vous avez dû en prendre une grosse au début de l’été à savoir aller ou non en Nationale. J’imagine que c’est une décision qui s’est prise à l’unanimité ? 

 

On va revenir assez rapidement sur cet événement-là. Il faut déjà savoir qu’il y a à peu près six mois, nous étions conviés à Marcoussis avec tous les présidents de Fédérale 1 pour au séminaire ou, au-delà d’autres sujets bien évidemment, il y avait l’éventuelle création de cette poule Nationale. Cela avait été voté contre en majorité. 

 

A une large majorité même 

 

Oui, à une large majorité, on peut le dire. Chacun avait présenté ses arguments et, globalement, il avait été dit que la formule actuelle contentait tout le monde. Si vous me permettez l’expression, tout le monde était dans le même sac au départ et à partir des phases finales, chacun pouvait jouer la phase finale, non pas qu’il désirait, mais qui lui convenait. A partir de là, il y avait une phase finale pour la montée et une autre pour le titre Du Manoir. Là où nous avons été surpris, ça a été de comprendre qu’ils ne tenaient pas compte de l’avis des présidents puisqu’eux-mêmes à la Fédération ont décidé à un moment donné de créer cette poule Elite. Sur un plan personnel, j’avais fait part à mes deux collègues présidents du fait que j’étais déçu et j’avais d’ailleurs fait part de mon intention de ne plus me rendre à Marcoussis. Je ne vais pas perdre deux jours sur mon travail pour donner un avis dont on ne tient pas compte par la suite donc, pour moi, les séminaires, c’est terminé. A partir de là, Bernard Laporte a convaincu plusieurs présidents d’y figurer même si, selon moi, pas mal de clubs se mettent en difficulté en y figurant mais ça, ça les regarde. Moi, j’étais bien conscient qu’il fallait que cette poule Nationale voit le jour à un moment donné mais, aujourd’hui, je ne suis pas persuadé que les 14 clubs qui y sont peuvent bien y figurer et bien y vivre. Donc, quand le fait d’y figurer nous a été proposé, ça a vite été réglé : nous ne sommes pas calibrés pour pouvoir évoluer dans cette division Nationale. 

 

Pourtant, sportivement, on vous a vu faire trembler plus d’un colosse ? Je pense à Albi mais pas que. Vous ne vous échappez pas face aux grosses équipes pros ? 

 

Sportivement, nous avons joué les phases finales du Jean Prat l’année dernière. Bien sûr que sportivement nous y étions mais après, traverser la France tous les 15 jours et aller bosser le lundi matin, à un moment donné, ce n’est pas envisageable. 

 

Du coup, maintenant, vous restez en Fédérale 1 « classique  » et vous avez quand même une pancarte de favori. Avec les résultats sportifs que vous avez depuis deux saisons, tout le monde va vous attendre au coin du bois ? 

 

Je pense mais favori, ce sont les sites et les médias qui le disent. Nous, au jour d’aujourd’hui, nous allons bien évidemment tout faire pour bien figurer dans cette poule mais on ne dit pas haut et fort que nous finirons premier ou dans les deux premiers. Nous nous attendons à de gros matches, nous avons la chance d’avoir une poule très régionale avec plusieurs derbys donc, nous savons que ça va être difficile. Mais, effectivement, nous allons être attendus donc, il faudra répondre présents mais nous avons conscience que ce sera un championnat très compliqué. 

 

Il y aura deux derbys : Saint-Jean-de-Luz / Anglet et Saint-Jean-de-Luz / Mauléon. J’imagine que celui contre Mauléon aura une saveur particulière parce-que ça va être une petite nouveauté ? 

 

Oui, ça fait pas mal de temps que nous n’avons pas rencontré Mauléon et en effet, cela va être un beau derby. 

 

Et puis, c’est une équipe un peu comme Saint-Jean-de-Luz qui a surpris tout son monde la saison dernière et qui, avec un budget qui n’est pas colossal, arrive à faire de très belles choses avec une identité de club, un peu comme vous, et une formation ? 

 

J’ai envie de dire que c’est encore plus marqué chez eux parce qu’ils jouent effectivement avec beaucoup de jeunes issus de leur propre formation, avec également des valeurs et une éducation bien ancrée qui font que n’est pas Mauléon qui veut ai-je envie de dire. Mauléon, c’est quelque chose de particulier, c’est à part et ils s’en sortent grâce à leurs valeurs mais aussi grâce à leurs qualités. Ils arrivent à sortir de très, très bons joueurs, c’est un beau club et on ne peut qu’avoir du respect pour Mauléon. 

 

On va maintenant parler de Saint-Jean-de-Luz qui est aussi un club avec un fort ADN, un ADN basque bien entendu. Comment s’est passé cette intersaison pour s’armer, s’outiller par rapport à cette nouvelle Fédérale 1 ? J’imagine que vous avez continué à piocher dans le vivier basque et dans cette ressource territoriale ? 

 

Tout à fait. De toute façon, et nous sommes d’ailleurs en train d’écrire un projet où tout cela sera mentionné, notre politique est clairement d’essayer de faire figurer la formation locale ou alors, nous essayons de piocher dans les alentours. Nous avons la chance d’être proches de Biarritz et de Bayonne et bien sûr que nous essayons avec les joueurs qui n’arrivent pas à passer le cap pour être professionnels pour en récupérer. 

 

Il y a aussi des joueurs comme Juan-Pablo Pietrelli qui aurait sûrement le niveau pour être professionnel mais qui préfère être dans un club comme Saint-Jean-de-Luz et avoir une autre vision et une autre approche du rugby. C’est aussi l’une de vos forces au SJLO ? 

 

Juan-Pablo est le seul étranger que nous ayons eu ces dernières années. C’est un garçon que nous sommes allés chercher au Pays Basque Sud, à Guernica, à côté de Bilbao. Il s’était engagé avec nous et depuis, il fait sa vie ici, il a un métier et il est bien installé. Malheureusement, on ne l’aura pas cette année parce-que, lors du dernier match avant le confinement, il s’est sérieusement blessé au genou. Mais, j’ai envie de dire que, bien évidemment, Juan-Pablo fait partie des meubles maintenant. 

 

Ça fait aussi partie des alternatives que vous pouvez proposer à certains joueurs qui sont de grandes qualités mais qui veulent vivre une autre vie que celle du rugby professionnel ? 

 

Attention quand même : lorsque nous recevons un joueur, notre discours est plutôt de lui dire qu’ici, il ne  pourra pas vivre que du rugby. Nous sommes assez performants sur le fait d’aider les joueurs qui viennent avec un projet professionnel ou aussi un projet de formation. Nous avons une cellule au club qui fonctionne très, très bien et qui aide les joueurs dans ce sens. 

 

Vous avez aussi un avantage qui est un joli public qui se fédère derrière Saint-Jean-de-Luz, aidé en cela par les dynamiques sportives depuis quelques saisons. J’imagine que vous allez essayer de transformer l’essai de ce public qui est en train de se  » réamouracher  » de ce SJLO ? 

 

Là aussi, dans le futur projet, le fait de pouvoir fédérer encore plus y tient une place importante. C’est vrai qu’en termes d’affluence, il y a certainement mieux ailleurs mais il est assez fréquent de voir 1 000 / 1 200 personnes au stade. C’est un public de connaisseurs, qui s’identifie totalement à ce que l’équipe propose maintenant depuis plusieurs saisons à savoir un jeu de qualité mais aussi au fait que l’équipe a une forte couleur locale. Tout cela fait que nous arrivons à faire venir les gens au Pavillon Bleu. 

 

Est-ce que vous pouvez nous donner un peu l’objectif qu’a fixé Serge Milhas à ses hommes lors de la reprise de l’entraînement ? Ce sera d’aller chercher des play-offs pour une 3 e année consécutive ? 

 

En termes d’objectif à donner, Serge Milhas n’est pas très bavard. Son seul message est de prendre un maximum de plaisir sur le terrain. Dès que le plaisir est présent, j’ai envie de dire que les résultats ne sont pas loin. Donc, cette année encore, nous allons essayer d’être attractifs, de proposer du jeu et, si nous arrivons à gagner des matches, nous verrons après ce à quoi nous pouvons rêver en fin de saison. Bien évidemment que nous aimerions beaucoup jouer encore les phases finales. 

 

Et puis, un titre de champion de France serait la consécration d’un cycle entamé avec Eric Balhadère et qui se terminerait avec Serge Milhas depuis cette montée de Fédérale 2 à Fédérale 1 ? 

 

Tout à fait. Serge Milhas a entamé son cycle avec Saint-Jean-de-Luz en Fédérale 2, en compagnie d’Eric Balhadère. Ça nous avait souri avec un titre de champion de France et il est sûr qu’à un moment donné, un autre titre serait très beau pour le club. Mais, se projeter en disant  » nous voulons être champions de France « , c’est très osé. Bien sûr que cela fait rêver tout le monde mais ce n’est pas d’actualité, l’actualité, c’est déjà reprendre le rugby, être performants toute la saison sur les phases de poule et par la suite, s’il y a des phases finales à jouer … Nous connaissons les phases finales, il y a toujours un parfum particulier avec un peu de folie et beaucoup d’enthousiasme. Vous savez, pour être champion, il faut la qualité. 

 

Une bande de copains aussi ? 

 

Voilà, il faut beaucoup de choses dont également un facteur chance qui n’est pas à négliger. Personnellement, étant ancien joueur, on sait ce que c’est de jouer un match de rugby, on sait que c’est difficile de gagner et d’aller au bout. Donc, dire au jour d’aujourd’hui que nous voulons être champions de France, ne comptez pas sur nous pour déclarer cela haut et fort (rires). 

 

Ce n’est pas à Saint-Jean-de-Luz que l’on fanfaronne comme on dit ? 

 

Je ne pense pas, non. S’il y a une qualité que les trois co-présidents que nous sommes ont, c’est bien celle-là, je pense que nous sommes humbles. 

 

On va être pile dans l’actualité car on voit que la crise du Covid-19 reprend un nouveau tournant qui n’est pas très rose et on voit que ça sert la vis au niveau des restrictions sanitaires. Est-ce qu’à Saint-Jean-de-Luz Olympique, on commence à se demander ou à craindre l’épée de Damoclès d’un report du début de championnat ? 

 

Par rapport à cela, nous avons reçu un mail ces jours-ci où l’on passe en phase 6 ce qui signifie que nous avons l’autorisation de jouer des matches amicaux. C’est vrai que par rapport à tout cela, aux infos que l’on reçoit et à ce que l’on entend, je trouve qu’il y a beaucoup d’incohérences dans tout cela. Nous avons le droit de nous entraîner, de faire faire du contact aux joueurs mais nous n’avons pas le droit de nous doucher ensemble. (Depuis la FFR et le ministère des sports ont donné leur aval).

 

Ou de les mettre côté à côte dans des bus ? 

 

Voilà, allez comprendre quelque chose ! Je n’ai certes pas été très loin dans les études mais j’ai du mal à tout suivre (rires). Je trouve qu’il y a beaucoup d’incohérences mais, ceci étant, là-aussi, par rapport à la crise du Covid pour les trois co-présidents que nous sommes, il a fallu voir très vite tous nos partenaires, savoir comment ça allait se passer. Certains ont souffert de la crise, d’autres moins, nous avons quelques certitudes au jour d’aujourd’hui et nous savons vers quoi nous pouvons aller en termes de budget. 

 

Que représente le SJLO pour Periko Arieta ? En quelques mots, quels sont l’ADN et l’identité de ce club ? 

 

Déjà, c’est un club qui, historiquement, a un passé. A l’époque où la première division était formée d’une soixantaine de clubs, le Saint-Jean-de-Luz Olympique y a figuré. Il a fourni plusieurs internationaux au rugby français notamment dans les années 70, c’est un peu là que s’est forgée la réputation du Saint-Jean-de-Luz Olympique. Par la suite, il y a eu des hauts et des bas mais globalement, c’est quand même un club qui représente quelque chose pour la ville. Ça reste une belle vitrine avec toujours quand même une politique plus ou moins identique même si, aujourd’hui, les trois co-présidents que nous sommes mettent peut-être un peu plus l’accent sur la formation et l’identité. Mais, globalement, c’est toujours un peu un club qui a véhiculé ses couleurs avec fierté. 

 

Et le beau jeu qui va avec, un peu  » la balle à l’aile, la vie est belle  » ? 

 

Oui, toujours avec une certaine idée du jeu et une envie de proposer quelque chose, effectivement. 

 

Merci d’être venu nous parler du SJLO et nous espérons que vos propos auront donné envie à tous les supporters luziens de revenir au Stade Kechiloa

 

Merci à vous, ça a été un plaisir. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-11-aout-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Periko Arieta lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 11 août 2020

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