#Rugby – Nat / M.André (Albi) : «Les cartes vont être redistribuées, on repart de zéro.»

Le capitaine du Sporting Club Albigeois. Matthieu André, est revenu avec nous sur l’intersaison des jaunes et noirs. Pour celui qui enchaîne sa 10eme saison dans le club de la préfecture tarnaise, il est l’heure de remettre les compteurs à zéro pour appréhender avec la détermination et l’ambition qu’il se doit : cette nouvelle division nationale. Toujours les yeux rivés sur une Pro D2 qu’ils ont quitté il y a 3 ans de cela, Matthieu André et ses coéquipiers affirment leurs objectifs tout en s’attendant à un véritable parcours du combattant pour rejoindre l’antichambre du Top 14. Entretien avec un joueur qui en une décennie a tout connu avec le SCA (Playoffs Accession Top 14, Pro D2, Fédérale 1 Élite, Fédérale 1 et maintenant Nationale) et qui voit avec joie, l’arrivée d’un partenaire tel que Philippe Ginestet au SCA, gage d’un souffle nouveau et d’un club attractif .

 

 

Depuis Juillet, ça a été l’heure de la reprise pour le Sporting avec une petite coupure d’une semaine. Une reprise qui a été maousse costaud du fait de la Nationale mais aussi des températures caniculaires qu’il y a sur Albi. Ce n’est pas un temps à sortir un trentenaire comme toi dehors ? 

 

(rires). C’est vrai que ces chaleurs nous font souffrir plus que d’habitude mais il faut en passer par là. Je pense que les matches amicaux se joueront aussi sous de fortes chaleurs donc, il faut se préparer à ça même si ce n’est pas le plus évident. 

 

Pour toi, en tant que capitaine, lorsque tu as repris tous les gars lors de la reprise, il y a dû aussi y avoir un travail pour remettre tout le monde en ordre de bataille et en ordre de marche pour se motiver pour cette Nationale qui va être un véritable défi et un véritable challenge ? 

 

Tous les mecs sont plutôt conscients de ce qui nous attend au vu des équipes qui composent la poule. Il y a de grosses, grosses écuries, on sait que le championnat sera beaucoup plus difficile et compliqué que la saison dernière. C’est pour cela aussi que l’on redouble d’efforts pendant cette préparation physique pour arriver prêts pour ce début de championnat qu’il faudra surtout bien réussir. 

 

Les poules sont sorties et vous n’avez même pas le temps d’embrayer car d’entrée, c’est du lourd avec un déplacement à Nice et la réception de Bourgoin puis après, un déplacement à Bourg-en-Bresse pour finir par la réception de Dax. Pour un début, on peut dire que c’est quand même un gros plat de résistance ? 

 

De toute façon, on peut le tourner comme on veut mais, dans cette poule, quand on voit sa densité, ça aurait été compliqué et ce, peu importe qui on aurait pris. Je pense que ce n’est peut-être pas plus mal de se déplacer pour le premier match. 

 

On se rappelle que vous avez connu la Fédérale 1 Elite. Lors de cette dernière, il y avait eu deux matches qui avaient fait figure de traits noirs durant toute la saison : les matches à domicile contre Bourg-en-Bresse et Aix-en-Provence qui avaient été perdus. Ce fut un peu un boulet que vous avez traîné tout au long de cette saison de Poule Elite. Pour tous ceux qui étaient déjà présents au Sporting Club Albigeois il y a trois ans, ça doit être quelque chose qui trotte dans vos têtes, que vous avez en mémoire et que vous n’avez pas envie de rééditer ? 

 

Nous avons beaucoup de choses en mémoire : il y a ces deux matches mais on a d’autres choses bien plus importantes en mémoire, comme ces deux dernières saisons. Je pense que, là où nous allons aller chercher cette motivation, c’est sur notre expérience, sur les moments que nous avons vécus, certains plus difficiles que d’autres et je crois que ça va être notre source, notre puits de motivation cette saison. 

 

On a vu aussi que le groupe est très fédéré. Comme dans tous les clubs, il y a eu des négociations salariales et vous avez un peu détonné par rapport à d’autres clubs car vous avez fait une négociation de groupe où chacun a participé aux négociations. Ça montre là aussi une vraie âme et une vraie identité dans cette équipe ? 

 

Ca dénote bien de l’esprit de ce groupe. Je pense qu’aujourd’hui, la vraie richesse du Sporting Club Albigeois, c’est ce groupe-là et les joueurs qui le composent. Parce-que, lorsque le club a commencé à nous évoquer des baisses salariales, on n’a voulu laissé personne de côté et s’unifier pour faire les choses de façon équilibrées. Et tous les joueurs ont validé le fait que tout le monde devait participer à cet effort. Ça a été validé par l’ensemble du groupe et ça, c’est une bonne chose pour la suite puisqu’on sait que tout le monde part sur le même pied d’égalité. 

 

Le risque, dans ce genre de négociations, c’est que ce soit un peu l’armée mexicaine et que chacun négocie en fonction de lui  » moi, je construis une maison, moi, je vais avoir un enfant, moi ci, moi ça « . Ça aurait été le risque que tout s’éparpille ? 

 

C’est exactement ce que l’on n’a pas voulu, que chacun fasse les négociations de son côté et que, surtout, cela ne soit pas fait dans le même ordre. Disons que nous avons fait une négociation plutôt organisée sur le groupe, que tout le monde sache le pourcentage de baisse, qu’elle soit collective et, comme je le disais avant, qu’elle soit surtout sur le même équilibre et dans la même trame. 

 

On va beaucoup reparler de ce groupe. Dans une vie de groupe, on sait qu’il y a toujours une base et un tronc communs. Elle est restée pour 85% au Sporting Club Albigeois et il y a eu de nouveaux ajouts avec les recrues à chaque mercato. Est-ce que la greffe a bien pris ? 

 

Pour l’instant, la greffe a bien pris et tout se passe bien. Après, on reste sur une période de préparation physique donc, il faut voir comment ça se passe sur les premiers matches amicaux et de championnat mais je n’ai aucun doute. Nous avons recruté des éléments de qualité qui se sont plutôt bien intégrés jusqu’à présent donc, je n’ai aucun souci sur cela. Ils vont nous apporter et, j’espère, nous faire remonter en qualité. 

 

On imagine que, comme tous les joueurs de rugby de Nationale, tu as un peu regardé ce qu’il se passait à côté dans les autres écuries. Il y eu des équipes qui ont eu des recrutements XXL, est-ce qu’il y en a eu une ou deux qui t’ont un peu impressionné dans la façon dont elles se sont armées ? 

 

Impressionné, non, parce-que l’on sait que faire venir des noms et des grands joueurs, c’est une chose mais, créer une osmose, créer un groupe ou une âme, c’est quand même autre chose et c’est bien plus difficile. Comme tout le monde le sait, ce ne sont pas des noms qui forment une équipe de rugby. Nous, comme tu l’as dit, nous avons cette grande chance d’être ensemble depuis trois saisons et d’avoir conservé 85% de l’effectif depuis ces trois saisons. Nous avons la chance et cet atout de se connaître très, très bien et de connaître cette division. Pour moi, c’est un avantage bien plus important que de faire venir des noms. 

 

Sur les réseaux sociaux et dans les articles, on entend aussi beaucoup certains clubs regarder Albi un peu comme  » la bête à abattre  » du fait des objectifs et des ambitions de Pro D2 qui sont largement affichés. Vous êtes conscients que vous allez être attendus au coin du bois à chaque coin de France et de Navarre ? 

 

De toute façon, cela fait trois ans que c’est comme cela. Depuis trois ans que nous sommes redescendus de Pro D2, nous sommes l’équipe qu’il faut battre à chaque déplacement pour réussir la saison. Nous connaissons ce contexte-là, nous savons quand nous allons être reçus donc, nous ne le craignons pas puisque nous y sommes habitués depuis trois ans. 

 

Que répondrais-tu à ceux qui vous font un peu le reproche que vous ne parlez que de Pro D2 et que vous ne pensez pas à la Nationale ? 

 

Que, pour moi, parler de Pro D2 était légitime puisque nous étions la meilleure équipe nationale la saison dernière donc, il était normal pour moi que l’on prétende à cette montée. Maintenant, c’est passé et les cartes vont être redistribuées, on repart de zéro. De toute façon, c’est comme à chaque saison, c’est le terrain qui va valider et remettre tout cela dans l’ordre des performances rugbystiques du terrain. La vérité sera là et elle sera indiscutable. 

 

Le format de ce championnat National avec des play-offs qui ressemblent au Top 14, c’est aussi un petit traquenard parce-que tu peux finir 1er ou 2e de la poule mais tu n’as pas la sécurité de monter en Pro D2. Derrière, il va y avoir des play-offs où les équipes classées de 3es à 6es vont être concernées et, on sait comment ça s’est terminé en Top 14 avec un certain Castres Olympique qui avait fini 6e et qui, au bout du bout, a décroché la timbale. Là, ça va être pareil avec ces play-offs de Nationale qui vont être un grand loto ? 

 

Tout à fait. Je suis un peu mitigé sur ces phases finales parce-que, d’un côté, ça ne récompense quand même pas la régularité d’une saison. C’est dommage parce-que ce sont quand même des championnats qui sont très compliqués, cette année, en termes de longueur et d’intensité, ça va se rapprocher de la Pro D2. Ça ne récompense pas forcément l’équipe la plus régulière de la saison. Mais, d’un autre côté aussi, c’est bien d’avoir une équipe qui finit 3, 4 ou 5e qui puisse finir championne de France. C’est aussi ce qu’on aime dans ce rugby-là et dans ce championnat-là, d’avoir un plus mal classé qui a toutes ses chances de remporter le championnat. C’est ce qui apporte de la valeur et ce piquant aux phases finales. 

 

Un autre des défis qu’il va y avoir à relever sera de se réadapter à un rythme de matches Pro D2. Jusqu’à présent, vous étiez sur des blocs entre un et trois matches en Fédérale 1 tandis que là, ce seront des blocs de 4 ou 5.matches. L’équipe qui arrivera à se réadapter le plus rapidement à ce rythme  » prendra la corde dans le virage  » ? 

 

La difficulté est double : monter le rythme et l’intensité des matches, de se réhabituer à cela et de se préparer pour ça mais sachant aussi que l’on a quand même été en inactivité pendant deux mois, deux mois et demi. Je pense que la différence des équipes va se faire sur la qualité des joueurs et sur comment ils ont vécu le coronavirus. J’entends par là, est-ce que certains clubs ont repris trop tôt et donc, vont avoir beaucoup de blessés pendant la saison ? Est-ce que d’autres ont respecté le protocole Covid et n’auront pas des joueurs assez prêts pour le début de championnat ? On est dans l’expectative de tout cela, on ne sait pas trop comment ça va se passer et je pense que l’une des différences va se faire là, à savoir comment les clubs ont géré cet après-covid. 

 

En parlant du Covid, comment se passe pour toi le rugby de haut-niveau au jour le jour avec ce contexte sanitaire ? 

 

Ce sont des protocoles qui ont été mis en place par le club qui nous changent de notre quotidien mais il faut le respecter. Ça consiste en une prise de température tous les matins, des entraînements avec le groupe qui a été divisé en 6 avec des groupes de 5 ou 6 joueurs qui travaillent indépendamment des autres groupes. Nous savons que nous sommes obligés de nous adapter pour éviter la propagation du virus. 

 

Quand tu vois ce qui se passe au Stade Français, à Provence Rugby ou dans d’autres clubs où il y a des pelletées de cas de Covid qui fleurissent tous les matins, ça ne t’inquiète pas un peu pour la reprise du championnat ?

 

Si, bien sûr, nous sommes tous inquiets parce qu’on voit que tous ces joueurs contaminés fleurissent de jour en jour et qu’il y en a de plus en plus. Effectivement, ça nous inquiète parce qu’on ne sait pas comment ça va se passer, comment tout cela va être géré et si nous allons pouvoir reprendre aux dates indiquées. 

 

Dans tout cela, il y a quand même un petit rayon de soleil. On voit que le Sporting Club Albigeois redevient attractif parce-que, comme nous l’avons annoncé dans le Mag Sport, il y a un nouveau partenaire qui arrive, l’ancien président du RC Strasbourg en foot, Philippe Ginestet. J’imagine que pour vous, les joueurs, c’est une très bonne nouvelle ? 

 

Bien sûr, c’est une excellente nouvelle que ce Mr Ginestet vienne nous aider et nous prêter la main pour atteindre nos objectifs donc, tant mieux. Plus nous serons, plus il y aura de forces au club et mieux ce sera pour nous les joueurs. C’est très bien, nous l’accueillons à bras ouverts et on lui dit merci pour tout ce qu’il a fait, pour tout ce qu’il fait et pour tout ce qu’il va faire. 

 

Et puis, il vous paye une belle dotation, je pense que vous serez l’une des équipes les mieux loties en Nationale. Maintenant, il va falloir s’en montrer digne pour le remercier et, le meilleur remerciement, c’est de gagner des matches ? 

 

C’est ça (rires). Il nous a offert cette dotation, c’est très bien et on l’en remercie encore une fois. Ça va nous permettre d’évoluer et de nous entraîner dans des conditions encore meilleures et c’est très bien pour le groupe, les joueurs, c’est parfait. Maintenant, à nous de redonner tout cela sur le terrain. 

 

Quel sera le mot d’ordre et le cap pour cette saison 2020 / 2021 que tu vas donner à tes gars en tant que capitaine et de vieux grognard du vestiaire ? 

 

On sait le mot d’ordre et l’objectif depuis trois ans mais la difficulté de tout cela va être de se remettre après ce qui est arrivé et ce qu’on a vécu, de se remettre en selle encore une fois. Mais, je pense que la forme de ce championnat sera beaucoup plus intéressante et compliquée et c’est là qu’on va vraiment pouvoir se mesurer et savoir ce qu’on a vraiment dans le ventre face aux meilleures équipes de cette Fédérale 1. Donc, tu l’as compris, ce n’est pas un mot en particulier mais surtout notre curseur de rigueur, d’intensité et d’implication, élever notre niveau. On a besoin que tout le monde se donne à 100% sinon ça ne passera pas, contrairement aux années précédentes. 

 

Lors des saisons précédentes, il y avait le loisir de monter en puissance ? 

 

Oui, on jouait peut-être contre des clubs qui n’étaient pas professionnels mais encore amateurs donc, un peu en-dessous en termes de préparation. Peut-être que pour nous, c’était un peu moins compliqué mais cette année, il y aura beaucoup de clubs professionnels donc, ça sera quand même une intensité autre. Il faut vraiment être prêt à ça et monter dans notre niveau d’exigence. 

 

Question bonus, digne du bac de philo : est-ce qu’il est plus simple de se maintenir en Pro D2 que de monter en Pro D2 via cette Nationale qui est quand même un ruck géant ? Mr André, vous avez quatre heures

 

Je n’ai jamais été très bon en philo (rires). 

 

Non, honnêtement, pour toi, est-ce plus simple actuellement de se maintenir en Pro D2 en sélectionnant ses matches ou de monter en Pro D2 via la Nationale où l’on voit qu’il va quand même y avoir une densité assez épaisse ? 

 

Honnêtement, je ne pourrai pas te répondre de but en blanc. Je pense qu’en Pro D2, si on part dans ce championnat en se disant  » on joue la saison pour se maintenir « , l’objectif est plus accessible. La difficulté de la Pro D2, comme lorsque l’on est descendu, on a attaqué cette saison en se disant « il faut que l’on fasse le meilleur classement possible  » et pas encore cette difficulté arrivée du maintien et là, on n’est pas prêt. Alors que, si on s’y préparait pendant toute la pré-saison et qu’on jouait tous les matches pour se maintenir, je pense que c’est plus simple de l’aborder comme cela. Après, le comparer à une montée en Pro D2, je ne sais pas, je pense que chaque étape a son lot de difficultés. Je ne sais pas, la question est trop compliquée (rires). 

 

On verra au cours de la saison, quand tu auras un peu tâté de la Nationale, si ton point de vue s’est peut-être un peu affiné. Et dans tous les cas, on tenait à te féliciter parce-que tu as réussi à nous envoyer Bastien Dedieu parler 15 minutes et ça, c’est déjà un premier exploit de la saison. Ça augure de bonnes choses

 

Avec plaisir (rires)

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-11-aout-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Matthieu André lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 11 août 2020.

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