#Rugby – Nat / P.Rabadan (Suresnes) : «Ma génération doit être capable d’apporter une vision managériale plus stratégique et évoluée!»

Pierre Rabadan, le quintuple champion de France avec le Stade Français et ex-international, a décidé de relever le défi du club des Hauts de Seine, pensionnaire de la toute nouvelle division Nationale. À Suresnes, au Mont Valérien, le nouveau consultant touche et conquête du RCS compte bien avec Mathieu Blin et Alexandre Compan insuffler un certain esprit de résilience, transmettre son expérience du très haut niveau et aborder le coaching avec un prisme moderne. Mais celui qui est aussi depuis début juillet, le nouvel adjoint aux sports de la ville de Paris en charge de l’organisation des Jeux Olympiques 2024, nous a évoqué longuement cet événement fondateur et fédérateur pour le sport français et la nation au sens large du terme. Entretien avec un retraité hyperactif, qui entre ses missions politiques à la mairie de Paris, et ses engagements médiatiques auprès de canal +, va venir apporter aux suresnois, son sens aiguisé du combat et sa culture invétérée de la gagne .

 

Crédit photo N.G

 

Pierre, vous avez arrêté votre carrière il y a cinq ans à peine. On parle souvent de cet arrêt comme de la  » petite mort  » du sportif. Mais vous, avec l’hyperactivité que vous avez, sachant que vous êtes consultant sur Canal Plus, adjoint à la ville de Paris, vous avez été au cabinet d’Anne Hidalgo et vous êtes aussi maintenant entraîneur de Suresnes. Vous êtes également passé par Provale et par l’organigramme des Barbarians : comment trouvez-vous du temps pour dormir ? 

 

J’en cherche un peu parfois (rires). Effectivement, j’ai toujours eu envie de mener plusieurs projets en parallèle, même quand je jouais puisque j’ai eu plusieurs activités : j’ai fait des études pendant longtemps, j’ai ensuite ouvert une société et j’ai fait pas mal de consulting en entreprises. J’ai toujours eu envie de faire autre chose qu’une simple pratique du rugby, qui prend déjà beaucoup de temps quand on ne fait que ça. Et, lorsque j’ai arrêté, j’ai continué à multiplier les occupations car c’est aussi un peu comme cela que je m’épanouis dans la vie. C’est vrai que, parfois, ce n’est pas toujours simple à concilier mais je crois que j’avais aussi besoin de cela pour évacuer ce passage de la vie d’ancien sportif professionnel qui fait quand même bien sûr du rugby sa principale activité tout le temps et qui vit tout le temps en groupe à une vie un peu différente, dans un cadre un peu différent. Ça m’a aidé à faire cette transition. 

 

On incite souvent la jeune génération à faire des doubles projets, vous, vous êtes dans un triple, voire même un quadruple projet. Quels conseils donneriez-vous à cette nouvelle génération qui arrive dans le rugby professionnel ; d’être vraiment dans ce double projet et de s’y investir ? Parce-que, c’est quand même une planche de salut d’avoir quelque chose derrière dans une carrière qui peut aussi s’arrêter très brutalement ? 

 

Absolument, c’est essentiel. Moi, je dis toujours aux joueurs avec qui je discute de l’après-carrière qu’il faut, tout au long de la carrière, garder un pied dans la vie réelle. Il faut, si possible, continuer ses études le plus tard et le plus loin possible. Personnellement, j’ai pris du temps pour finir mes études parce-que je les ai beaucoup étalées mais ça, ce n’est pas grave. Je pense qu’on peut faire encore plus mais l’important est vraiment d’avoir et de se forger un bagage autre que celui du sportif et du rugby. Parce-que, quand la carrière s’arrête, ça peut être relativement tard comme ça a été le cas pour moi mais pour cause de blessures ou de contre-performances, ça peut aussi aller beaucoup plus vite. Et la vie derrière peut vous aider un peu quand vous avez été joueur mais toutes les portes ne s’ouvrent pas et on ne vous fait pas plus de cadeaux parce-que vous avez été joueur à un moment. Dès que vous ne l’êtes plus, tout devient plus compliqué donc oui, je pense qu’il faut continuer ses études autant que faire se peut ou partir sur un projet professionnel dont on s’occupe sur le temps libre que l’on a, car on en a quand même un petit peu sans pour autant dévaloriser la carrière et l’investissement que l’on y met pour être performant. Je crois que les deux sont conciliables et moi, je suis convaincu que ça permet aussi d’être un meilleur joueur que d’avoir d’autres intérêts que simplement la performance à court terme. Je trouve que, généralement, les gens qui ont d’autres intérêts sont plus performants sur le terrain car ça enlève aussi une certaine forme de pression. C’est quelque chose que je conseille vivement à tous les joueurs, même si c’est parfois très dur parce qu’on a envie de ne faire que le sport qu’on aime, on a envie d’être le plus performant possible et donc, d’y consacrer le plus de temps. Mais ça a aussi beaucoup, beaucoup de vertus et notamment pour le reste de la vie après, d’ouvrir et d’élargir un peu son champ de vision et de compétences. Donc, j’encourage vraiment tout le monde autant que possible à essayer de mener un autre challenge à côté de celui de la carrière, qui est déjà très difficile. 

 

Et en plus, dans la lessiveuse qu’est le rugby professionnel, avoir une pluriactivité permet aussi d’avoir une soupape de décompression et d’ouvrir un peu ses chakras par rapport au rugby ? 

 

Bien sûr, c’est un peu ce que je disais tout à l’heure, je crois que c’est un facteur de la performance. On parle souvent des joueurs de l’hémisphère sud, notamment en Nouvelle-Zélande, où ils sont vraiment sur la formation au-delà du rugby. Je crois que c’est vraiment important et je suis certain que, même si c’est un peu cliché de dire cela, de meilleures personnes sont de meilleurs joueurs. Et je trouve que d’être ouvert sur autre chose et ne pas simplement se centrer sur sa performance et le petit monde assez confortable, même s’il est très dur, du sport professionnel et du rugby pro, permet de ne pas s’enfermer dans une petite bulle qui n’est pas vraiment le meilleur moyen de se remettre en question, d’être performant et de relativiser parfois les bonnes comme les moins bonnes performances. Donc oui, je suis absolument convaincu et un fervent défenseur de la pluriactivité même si je sais, parce-que je l’ai fait moi, qu’il faut évidemment rester très concentré et passer la plupart du temps sur sa performance individuelle. Mais, il y a possibilité de faire d’autres choses à côté. 

 

Quand on parle de Pierre Rabadan, on pense tout de suite rugby francilien et Stade Français, même si vous avez été formé à Aix, il faut le rappeler. Qu’est-ce qui vous a amené à signer chez le petit frère suresnois ? 

 

Comme souvent dans ma vie, ce fut un choix lié à des personnes parce-que je connaissais effectivement le projet de Suresnes, j’en avais entendu parler. Pendant la période du confinement, nous étions un peu tous dans l’expectative : on ne savait pas trop quand nous allions sortir du confinement ni comment ça allait se passer. Et puis, j’ai discuté avec Mathieu Blin, qui est en charge du développement du club qui me demandait à ce moment-là si j’avais déjà eu envie d’essayer d’entraîner, de venir sur le terrain transmettre un peu mon expérience et voir aussi si ça me plaisait. Je lui ai donc demandé quel était un peu le projet du club car, à l’époque, on ne savait pas encore si la Nationale allait être créée. Mais c’est vrai que le fait que Mathieu soit partie prenante du projet et que je connaisse aussi Alexandre Compan, l’entraîneur en chef, ont été des éléments importants. Après, j’ai discuté avec les présidents pour cerner leur projet, j’ai aussi beaucoup échangé avec Joffrey Delacour, l’entraîneur des avants, et tout ça m’a donné envie d’aller essayer de relever ce challenge-là et d’apporter ce que je pouvais apporter à cette équipe, dans le nouveau contexte que l’on connaît qui est celui de la Nationale. Avec un petit travail vraiment performant, des installations assez remarquables et le fait que ce soit en-dehors de Paris, c’était important pour moi car je n’aurai pas pu concilier les deux avec mes fonctions actuelles. Parfois, les planètes s’alignent donc, il ne faut pas trop se poser de questions et là, je suis parti pour faire une mission sur la conquête, la touche et tout le jeu aérien en particulier. On verra ensuite vers quoi ça nous mènera. 

 

On a l’impression que cette génération, née fin 70 / début 80, arrive en poste dans les clubs de rugby. On voit Arnaud Méla à Albi, Fabien Cibray à Aix-en-Provence. C’est l’heure de votre génération des années 80 ? 

 

Je ne sais pas si c’est notre heure mais c’est logique. Lorsque les joueurs arrêtent, certains comme moi sortent du milieu du rugby mais il y en a beaucoup qui y restent. Aujourd’hui, effectivement, beaucoup de joueurs avec qui j’ai joué ou contre qui j’ai joué dans mes années de carrière ont eu une expérience d’entraîneur. Maintenant, ils gravissent les échelons et ils arrivent à des postes à responsabilité, je pense à Julien Dupuy à Toulon et il y en aura sans doute de plus en plus. 

 

Arnaud Mignardi à Dax etc ….

 

Arnaud Mignardi, Arnaud Méla, Fabien Cibray, Pierre-Philippe Lafond à Montpellier et j’en oublie sans doute plein d’autres. Il y en aura de plus en plus qui vont émerger au fur et à mesure des années mais c’est une certaine logique. Comme je l’ai souvent dit, et je l’ai moi-même expérimenté, les très bons joueurs ne sont pas toujours les meilleurs entraîneurs et vice-versa. Chacun peut y trouver sa place, il faut évidemment avoir l’envie de le faire et avoir un certain talent mais aussi une certaine vision du rugby côté technique. Ce que j’espère, c’est que ma génération va être aussi capable d’apporter une vision managériale peut-être un peu plus stratégique et un peu plus évoluée que ce que j’ai connu en tant que joueur. 

 

Et, quand on a arrêté récemment le rugby, on peut également apporter une certaine fraîcheur par rapport à des schémas, à des préceptes qui sont parfois un peu usités ? 

 

Sans doute de la fraîcheur et une vision un peu plus moderne de la pratique du rugby qui évolue très vite. Je le vois, depuis 5 ans que j’ai arrêté, il y a une vraie évolution dans le jeu.  Depuis la Coupe du Monde 2015, on voit les choses changer, les règles évoluent aussi et je pense qu’il faut continuer à avoir des règles, peut-être parfois un peu plus compréhensibles pour le grand public mais qui, surtout, protègent mieux les joueurs et qu’elles permettent de valoriser la vitesse et l’attaque plus que la défense et le jeu lent. Je pense que les gens ont envie de voir du spectacle quand ils vont au stade ou qu’ils regardent la télé donc, tout cela est important et amène de l’évolution donc, il faut être capable de s’adapter. Mais je reste quand même convaincu depuis toujours que, pour avoir une bonne équipe, il faut être bon techniquement. Il faut évidemment avoir du talent chez les joueurs mais il faut surtout être capable de bien manager un groupe et d’en tirer le meilleur. Ça, c’est quelque chose que l’on voit apparaître aujourd’hui progressivement mais, on voit que toutes les équipes qui performent sur la durée ont cette notion-là. Donc, j’espère que ma génération sera capable de le porter aussi. 

 

C’est un rôle qui va maintenant être sur vos épaules. En plus, vous débarquez dans une période assez compliquée : c’est la plus grande pause qu’ait connue le rugby depuis la 2e guerre mondiale. Comment s’est passé la reprise car, ça a dû être difficile de remettre les machines en route ? Il ne faut pas oublier que les joueurs de haut-niveau sont des machines de précision ? 

 

Il est sûr que c’est compliqué pour tout le monde, notamment physiquement. C’est aussi décuplé par une envie et la frustration de tout le confinement qui a arrêté la fin de saison dernière et qui a mis tout le monde au repos. Je pense que pour certains, c’est aussi bénéfique, pas forcément pour les joueurs de Suresnes mais pour les internationaux, les joueurs Top 14 / Pro D2 ou même en Fédérale qui ont enchaîné beaucoup de matches pendant plusieurs saisons. Physiquement, c’est peut-être aussi une pause qui sera salvatrice sur la durée mais c’est compensé par beaucoup d’envie. Maintenant, pour nous à Suresnes, il y a en plus de ce contexte-là l’arrivée en Nationale. Après une très bonne saison l’an passé, ce club va être confronté aujourd’hui à ce qui se fait de mieux dans le niveau fédéral et avec sans doute un niveau beaucoup plus élevé que ce qu’ils ont connu l’année dernière. Donc, le défi est très, très grand mais je crois que tout le monde a aussi conscience de ce que ça implique en termes d’investissement, de travail et de sérieux. Il y a un appétit très, très fort à se mettre au niveau et à répondre présent sur cette poule de Nationale. 

 

Il y a quelques semaines, nous avions Olivier Pouligny en interview. Il nous disait que l’objectif de Suresnes était de s’installer entre la 8e et la 12e place. Je le taquinais en lui disant qu’en allant gratter une ou deux places, il y avait des play-offs au bout et une aventure humaine à aller chercher. J’imagine que le compétiteur que vous êtes, même si vous n’allez pas fanfaronner, être un peu l’outsider qui vient bousculer une hiérarchie établie par les pronostiqueurs et qui n’aura de valeur que si le pré le confirme, aller gratter des play-offs, cela doit quand même vous titiller ? 

 

Toujours ! Je ne démarre jamais un jeu ou une compétition en regardant où est-ce que je pourrai être si la hiérarchie est respectée. Cela fait partie d’une philosophie personnelle mais qui, je pense, est partagée avec beaucoup de gens, notamment à Suresnes. Donc oui, évidemment qu’on ne se privera pas d’aller le plus haut possible mais il faut aussi être conscient des qualités et de la concurrence. Mais, si nous sommes capables d’être performants, de nous mettre dans une dynamique positive et qu’on puisse aller chercher une place qualificative pour les play-offs, il est sûr que l’on ne s’en privera pas. J’ai longtemps évolué dans un club où, même si nous n’avions pas la meilleure équipe ou que nous avions un recrutement très moyen, on nous disait que, si nous étions là, c’était pour briguer la première place. Moi, j’ai cultivé cet esprit-là et je l’ai toujours dans ma vie quotidienne, c’est ce qui me fait avancer. Et d’ailleurs, je pense que c’est ce qui m’a fait devenir joueur de rugby professionnel, cette culture et ce goût de la gagne. Je vais essayer de le transmettre et évidemment qu’on ne se satisfera pas d’être moyen, on essaiera d’amener l’équipe que l’on a au meilleur niveau et si ce meilleur niveau nous permet d’atteindre les play-offs, on ne s’en privera clairement pas. 

 

Et puis, j’imagine qu’une date va être cochée dans la saison : le derby face à Massy ? 

 

Bien sûr, il y en aura deux du coup (rires). Il y aura plein de dates puisque le derby est évidemment toujours quelque chose d’important et qu’il y a eu une histoire récente, notamment entre les deux clubs. Mais je crois qu’avec la qualité et le prestige de certains clubs qui font partie de cette poule Nationale, il y a aura beaucoup de dates à cocher à commencer par le premier match à domicile contre Narbonne. Je crois que, pour Suresnes, c’est déjà génial de pouvoir recevoir ce club historique à Jean Moulin pour le premier match à domicile, c’est un rendez-vous fantastique. Mais, des rendez-vous de haut-niveau, il y en aura beaucoup dans la saison et il faudra être à la hauteur. Nous avons déjà un peu évoqué ce sujet avec les joueurs, ça demandera beaucoup d’implication et de volonté puisque je pense qu’il y aura des moments qui ne seront pas simples dans la saison. Il va falloir qu’ils soient solides donc, nous essayons de les préparer à cela. Mais, bien sûr que le derby sera un moment important aussi parce qu’il y a des histoires personnelles entre les entraîneurs : Joffrey Delacour vient de Massy, nous connaissons très bien leurs entraîneurs entre autres Mathieu Bonello avec qui j’ai fait plusieurs tournées, il y a aussi Jean-Baptiste Di Martino qui est un ami. Tout ça, ce sont des petites histoires, il faudra être bon sur le terrain après mais oui, ce sera certainement un rendez-vous particulier. 

 

Vous nous parliez de Narbonne, qui est l’un des favoris à l’accession en Pro D2. Pour vous, en tant qu’observateur qui était extérieur jusqu’il y a encore quelques semaines et maintenant observateur avisé de l’intérieur, quelles sont les grosses forces en présence pour cette montée en Pro D2 ? 

 

Je pense que Massy en fait partie vu la saison qu’ils ont fait l’année dernière. Il y a bien sûr Narbonne, je pense aussi à Bourg-en-Bresse. Je ne connais pas encore le niveau et le recrutement de chaque équipe ni leur capacité à performer sur l’ensemble du championnat. Mais ces trois-là me semblent déjà bien armés pour envisager la montée, je ne sais pas ce qu’il en sera de Dax. 

 

Ou de Nice, qui fait un recrutement assez XXL et intéressant et qui peut être un joli outsider

 

Il y a beaucoup de recrutements, certains sont plus ou moins clinquants. Après, il faut voir comment cela fonctionne au quotidien et si c’est performant sur la durée. Il y aura sûrement des surprises, dans le bon comme dans le mauvais sens, je ne sais pas non plus quel sera le niveau de Bourgoin, qui sera sans doute aussi un des candidats à la montée et de Blagnac, qui est aussi une belle équipe, pareil pour Albi. Quand je regarde un peu l’ensemble des candidats, je me dis que beaucoup pourraient postuler à la Pro D2, voire peut-être tous. On verra après les disparités et le niveau des uns et des autres au fur et à mesure de la saison mais je crois que c’était aussi le but de créer cette poule Nationale pour avoir des clubs à un niveau un petit peu plus supérieur que ce que pouvait être la Fédérale 1. En tous cas, des clubs qui jouaient le haut de tableau ce qui les prépare aussi à se structurer pour devenir un vrai club professionnel. A Suresnes, nous avons une partie des joueurs qui sont pros, un peu moins de la moitié, et une autre qui sont pluriactifs donc, nous sommes sur un mode d’entraînement qui est encore atypique et qui, je pense, n’est pas celui de la plupart des clubs qui seront en Nationale. Il faut s’entraîner le soir car la moitié des joueurs travaillent la journée, il y a des extras le midi pour certains, les autres rattrapent le soir donc, c’est une gymnastique qui est exigeante mais j’espère qu’ils en feront une force. Quand je suis arrivé en pro au Stade Français, et c’est ce que j’ai dit aux joueurs, nous avions des conditions d’entraînement qui étaient très loin des standards des meilleures équipes françaises ; on ne savait jamais où l’on s’entraînait, on n’arrêtait pas de changer de site et nous avions un certain inconfort dans cet entraînement quotidien. Mais, nous en avons fait une force et j’espère qu’ils seront capables de le faire aussi. 

 

Dans le sport collectif, on parle souvent d’âme et d’identité de club. A Suresnes, il y a quelque chose qui peut aussi être un levier : vous jouez au Mont Valérien, le stade s’appelle Jean Moulin. Cet esprit de résistance et de résilience peut aussi être pris par les joueurs comme un ADN du club ? 

 

Absolument ! J’espère qu’ils s’en infusent et on saura le mettre en avant. En tous cas, je suis persuadé que le coach Alex Compan saura jouer sur ce ressort-là. Il y a effectivement une histoire et une culture à Suresnes, au Mont Valérien et le nom de ce stade. Pour moi, c’est extrêmement inspirant, je suis bien évidemment un peu plus vieux que tous les joueurs maintenant, c’est dans la suite logique des choses (rires). Mais, c’est quelque chose qui me parle beaucoup et sans doute qu’effectivement, si j’avais à remettre les crampons, c’est quelque chose qui m’inspirerait beaucoup. Je ne sais pas quel est le niveau de connaissances de chaque joueur mais nous, le staff, nous nous efforcerons de leur faire comprendre et de leur raconter comment ces noms ou ces lieux doivent être inspirants pour porter haut les couleurs du club. 

 

Quand on parle rugby francilien, on pense souvent au Stade Français, au Racing, à Massy et Suresnes arrive un peu après. Avec Mathieu Blin et vous-mêmes qui arrivez au club, est-ce que, pour commencer, cela va permettre de faire sortir un peu le club de l’ombre, même si avec tout le travail qui a été fait, le club commence à avoir une belle aura médiatique ? Et, est-ce que cela va permettre de faire des passerelles avec le Stade Français ? On sait qu’il y a un Campus à Suresnes et cela pourrait être intéressant que le Stade Français soit aussi un lien avec le RC Suresnes ?

 

Peut-être. Pour l’instant, le fait est qu’il y a un partenariat avec le Racing parce-que les deux clubs se trouvent dans les Hautes-Seine. 

 

Il y a une cohérence géographique ? 

 

Voilà, et le partenariat a été fait comme cela jusqu’à présent. Il y avait aussi qui avait été fait avec certains jeunes du Stade Français qui doit continuer. Mais, je crois que Suresnes, avec beaucoup d’humilité, arrive et a aussi saisi cette opportunité de s’installer en Nationale pour continuer à grandir avec des objectifs que les présidents pourront vous expliquer mieux que moi mais, en gardant effectivement cette volonté de s’implanter localement et d’être une alternative à ce que sont les clubs aujourd’hui en Top 14 du Racing et du Stade Français et à voir ce qui se passera dans l’avenir avec Massy. Mais, de toute façon, il y a largement la place dans le bassin francilien, qui est l’endroit où il y a le plus de licenciés. L’île de France est la région française où il y a le plus de licenciés de rugby donc, il y a la place pour que chacun trouve son espace et sa cohérence en façon des valeurs qu’il veut mettre en avant dans son club. Donc, ça passera effectivement sans doute par des collaborations et par une densité de clubs et de jeu. Tout cela va se monter progressivement avec de l’humilité, parce qu’il faut toujours en avoir, mais je pense que ça marchera très bien et que chacun trouvera sa place au plus haut-niveau qu’il pourra atteindre. Mais en tous cas, il y a de la place pour tout le monde. 

 

On dit souvent que, dans le sport moderne, il y a bien entendu un prisme sportif, un prisme économique mais aussi un prisme politique et médiatique. Avec votre casquette de consultant à Canal Plus, celle d’adjoint au maire à la Ville de Paris et celle d’ancien sportif de haut-niveau et de coach de Suresnes, cela doit quand même vous permettre d’avoir une vision assez élargie sur ce sport moderne ? 

 

Sur la vision politique vous voulez dire ? (rires)

 

Politique et médiatique puisque ce sont maintenant des leviers et des ressorts qui sont prépondérants dans le sport moderne

 

J’ai accepté le challenge avec Suresnes juste avant d’être élu en tant qu’adjoint. Mais, bien sûr, ce sont des milieux qui évoluent ensemble. Même si je suis élu à Paris et que donc, je ne suis pas en lien direct avec Suresnes, ça fait aussi partie de ce que je suis aujourd’hui, ça me définit. Même si je suis vraiment là en tant qu’entraîneur sur le terrain et consultant pour le club de Suresnes, j’ai avec moi l’ensemble de mes activités et je pense que c’est aussi ce qui a plu dans la démarche qui a été faite envers moi. On représente ce qu’on est et c’est très bien, on verra ensuite si ça a une utilité mais en tous cas, côté Suresnes, je suis vraiment là pour amener mon expérience de joueur et de me former moi aussi en tant qu’entraîneur au contact de ce club-là pour les faire progresser. C’est d’ailleurs ce que j’ai dit aux joueurs  » je suis là à votre disposition pour vous rendre performants « . Ça, je pense qu’ils l’ont bien intégré, nous avons beaucoup d’échanges ce qui nécessité, par rapport aux contraires horaires dont je vous parlais tout à l’heure, pas mal d’aménagements et de souplesse, y compris de ma part puisque j’ai diverses contraintes qu’il faut prendre en compte. En tous cas, je crois que nous sommes alignés sur la philosophie, sur la nécessité d’être exigeant les uns envers les autres et nous voulons être performants. Donc, à partir de là, pour être performant, il faut s’en donner les moyens et nous essayons de le faire. 

 

Pour revenir un peu sur votre engagement politique, on dit souvent que dans ce domaine, il faut faire des mêlées, qu’il y a parfois des rucks et qu’il faut même faire des déblayages un peu virils. Est-ce que le côté sportif de haut-niveau vous a servi dans votre engagement politique et dans la campagne électorale, qui est une vraie bataille ? 

 

Sans doute. Ce sont quand même des milieux qui sont foncièrement différents mais le sport de haut-niveau est évidemment ce qui a façonné ma vie depuis que j’ai 18 ans et jusqu’à ce que je rentre dans le milieu politique. C’est ce que je suis en fait, donc, cela m’a forcément façonné et servi pour affronter quelques difficultés et pour me mettre au niveau aussi. Quand je suis arrivé dans l’administration parisienne, j’avais une formation qui n’était pas purement administrative et je ne connaissais pas parfaitement le fonctionnement de la ville donc, il a fallu aussi travailler pour vite se mettre à la hauteur des attentes qui avaient été placées en moi. Donc, tout ça m’a évidemment servi et, même si la performance se mesure différemment que lorsque l’on est joueur, il y a la volonté d’y arriver, de performer et d’être à la hauteur que l’on met en vous. Ça, c’est pareil que quand vous êtes joueur : quand l’entraîneur décide de vous faire jouer, il faut prouver. C’est exactement le même sujet que lorsque j’ai commencé il y a 5 ans et que j’ai maintenant en tant qu’élu, avec les responsabilités qui vont avec. Ça, ça ne me quittera jamais, ça fait partie de mon ADN et, de toute façon, je le cultive parce-que c’est cela qui me plaît dans la vie. 

 

En tant qu’adjoint aux sport et en charge de l’organisation de Paris 2024, j’imagine que vous allez veiller à ce que le rugby et, qui sait, peut-être Suresnes, aient une place de choix dans cet événement qui est une aubaine pour notre pays ? 

 

Ça serait me donner beaucoup d’importance de dire que je vais y veiller car c’est surtout le fait que le rugby revienne aux jeux de Rio, que ça se passe très, très bien, que ça trouve son public. C’est là que l’on a vu que le rugby à 7 avait toute sa place aux Jeux Olympiques. C’est aussi un hommage à rendre à Bernard Lapasset qui avait beaucoup œuvré lorsqu’il était président de World Rugby pour que le rugby revienne aux Jeux et ça a très, très bien marché. Donc, effectivement, nous espérons que l’année prochaine à Tokyo, cela continuera sur cette lancée et qu’à Paris, on verra un tournoi de rugby à 7 masculin et féminin avec toujours autant d’enthousiasme et de spectacle. J’y suis bien évidemment particulièrement attentif de par ma vie passée mais pas que. Je ne me focalise pas uniquement là-dessus mais je sais que le rugby est un sport qui a toutes les qualités pour répondre aux exigences olympiques autant qu’à celles de spectacle donc, ça jouera forcément son rôle. Pour Suresnes, il faudra voir si les infrastructures dans lesquelles ils évoluent pourront servir à certains clubs ce qui, je pense sera le cas puisque c’est déjà le cas pour le tournoi World Series qui a lieu tous les ans à Paris pour le Seven. Peut-être qu’en 2024, il pourra y avoir un petit clin d’œil, un lien entre le Rugby Club de Suresnes,le Stade Jean Moulin et les Jeux Olympiques. Mais, au-delà de cela, toutes les épreuves sont évidemment importantes et tous les sports le sont, même si j’ai bien sûr toujours un regard sur le rugby. Ça, ça ne changera jamais. 

 

On sait que le rugby avait quitté les Jeux Olympiques au début du siècle à Paris, après une finale assez houleuse, assez  » partie de gastouffes  » comme on dit dans le jargon. Le fait qu’en 2024, il y ait une possibilité de vraiment pérenniser le rugby comme sport olympique, ce serait quand même un joli clin d’œil ? 

 

Oui, c’est un joli clin d’œil et je pense que c’est surtout indispensable, notamment pour le développement du rugby. Je suis de ceux qui pensent que le rugby à 7 est complémentaire du rugby à 15 et que ce n’est pas une partie concurrente. Les Jeux Olympiques donnaient aussi cette possibilité-là, ils universalisent la pratique du sport. C’est plus facile de jouer à 7 contre 7 qu’à 15 contre 15 parce qu’on a besoin d’être moins nombreux. Et puis, dans des pays qui n’ont pas une culture du rugby, on vient plus facilement au rugby en jouant à 7 et je pense que c’est un très bon levier de développement pour l’ensemble du rugby, partout dans le monde. Et c’est vrai que si le rugby à 7 se pérennise aux Jeux Olympiques, c’est une opportunité supplémentaire à un levier de développement pour l’ensemble du rugby partout dans le monde. Il y a des pays qui ne se seraient jamais mis au rugby à 15 et qui, aujourd’hui, on des équipes performantes à 7. Donc, j’espère que ce sera la première étape d’un développement et d’une pérennisation du rugby pour le rendre plus universel parce-que ce sport-là en a aussi besoin. On ne peut plus avoir uniquement 8 ou 10 nations qui jouent au rugby à 15, il faut qu’il y ait de nouveaux pays qui émergent. On l’a vu avec le Japon, avec l’Uruguay et évidemment avec l’Argentine il y a déjà quelques années, ça prend du temps à arriver à un niveau satisfaisant et à être capable de battre les meilleurs mais c’est possible. Et je pense que le rugby olympique amène cette dimension-là. 

 

Et puis, comme le rugby s’est décentralisé du Sud-Ouest, ça peut permettre aussi que ces Jeux Olympiques 2024 se décentralisent aussi de Paris en faisant un peu profiter tous les territoires français ? 

 

Oui, c’est de toute façon l’esprit que nous avions en phase de candidature et que l’on a maintenu depuis l’obtention de l’organisation des Jeux. Même si effectivement, c’est Paris qui est la ville hôte des Jeux et si le concept est assez compact pour des raisons budgétaires et écologiques, on a aussi envie d’en faire profiter au maximum l’ensemble des territoires français. Il y a le tournoi de foot olympique qui permet d’aller dans tous les grands stades qui ont été soit construits soit rénovés pour l’Euro 2016 et qui serviront pour les Jeux. Il va y avoir des épreuves de voile à Marseille, il y a le label  » Terre de Jeux  » qui essaie d’associer au maximum les territoires et les villes pour que ce soit vraiment les Jeux Olympiques d’un pays entier. En tous cas, c’est la volonté qui est portée par la ville de Paris et l’ensemble des parties prenantes des Jeux, il n’y a aucun doute là-dessus. Et puis, il y aura aussi ce qu’on appelle les camps de base ou les sites d’entraînement qui ne seront pas basés en région parisienne avec, encore une fois, l’idée d’en faire profiter l’ensemble du territoire pour que tous les français se sentent concernés par cet événement qui est en tous points extraordinaire et exceptionnel. Il faut que ça irrigue et que ça profite au plus grand nombre possible. 

 

Pour clôturer, on va se recentrer sur vous qui commencez une carrière de coach. En quelques mots, quelles seront la patte et la philosophie Pierre Rabadan ? 

 

La philosophie, en tous cas dans le secteur sur lequel je suis, est basée sur beaucoup d’échanges avec les joueurs parce qu’énormément d’exigences. Je vais beaucoup travailler sur les aspects techniques et être très attentif aux détails dans la conquête. En tous cas, je pense que c’est ce qui peut faire la différence donc, c’est vraiment là-dessus que je travaille. En complémentarité avec les deux entraîneurs en chef qui sont là, nous nous attachons à déjà proposer un encadrement aux joueurs qui soit extrêmement rigoureux parce qu’ils n’ont pas toujours connu cela non plus dans leurs expériences passées, que ce soit à Suresnes ou ailleurs. Avec Mathieu Blin, qui tient aussi beaucoup à cela, nous voulons laisser le moins de place possible au hasard. C’est également une culture à imprimer au club de Suresnes et je pense que nous sommes en train de la mettre en place. L’objectif là-dedans est d’être performant sur la durée et de permettre à ce club de s’installer au niveau qui doit être le sien et de se pérenniser avec ce qui a toujours fait sa force : la formation et l’implication des joueurs. Je crois que je peux dire que je me découvre et que je deviens un entraîneur extrêmement méticuleux, pointilleux et assez exigeant. Dans une relation managériale aboutie, parce-que c’est aussi ce que j’ai aimé quand j’étais joueur, moi, j’ai envie de partager avec les joueurs, j’ai envie que l’on soit franc et direct, qu’on se dise quand ils performent mais aussi quand ils ne sont pas bons et que l’on essaie de trouver des ressorts collectifs. Parce-que c’est aussi cela qui m’intéresse et qui m’a toujours intéressé dans le rugby, ce sont les solutions collectives au-delà de la performance individuelle. C’est tout cela que je vais essayer de mettre en place. 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-4-aout-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Pierre Rabadan lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 4 août 2020.

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