#Rugby – Nat / D.Nevers (Albi) : «Le plus dur n’est pas d’être le 1er, c’est d’y rester!»

Le pilier droit du Sporting Club Albigeois, Damien Nevers, que l’on avait quitté juste à la fin de ce championnat, qui s’est conclu bien plus vite qu’on ne l’imaginait, face à Saint-Sulpice-sur-Lèze le 29 Février 2020 nous a accordé un entretien. Pour ce pur produit du rugby bourguignon, après un confinement dans son Digoin natal auprès des siens, il est l’heure de repartir vers de nouveaux horizons avec le club de la préfecture tarnaise et de confirmer sa progression linéaire. Les yeux rivés sur cette nouvelle division nationale, la Pro D2 dans un coin de la tête, Damien Nevers nous narre une reprise des entraînements, les corps furent mis à rude épreuve sous la chaleur albigeoise. Impatient d’en découdre avec la crème de la fédérale 1, l’ex beaunois, n’oublie pas de jeter un regard dans le rétro et nous donne son opinion sur ses anciens clubs (USBPA, USSS et CSB). Rencontre avec un pilier dont les vertus rurales se retrouvent dans un certain art de la gastronomie à la bonne franquette, mais aussi dans les valeurs de combat et d’abnégation qu’il dégage sur une pelouse.

Crédit photo Pierre Bras

Damien, depuis la dernière fois qu’on t’avais interviewé (lors du dernier match avant l’arrêt des compétitions le 29 février 2020) , il y a quand même pas mal d’eau qui a coulé sous les ponts ? 

 

En effet, il y a pas mal d’eau qui a coulé sous les ponts, on recommence une nouvelle saison pour oublier celle qui vient de se dérouler et qui a été inachevée. 

 

En 2019 / 2020, tu avais fait un come-back au Sporting Club Albigeois et on va revenir un peu sur cette saison. Tu es arrivé au début sur la pointe des pieds, tout le monde te présentait comme le 3e pilier droit du Sporting Club Albigeois. Quand on voit tes stats avec 15 matches joués, 9 titularisations, c’est quand même une année réussie car, au fil des matches et de la saison qui se déroulait, tu commençais à monter dans la hiérarchie du Sporting Club Albigeois ? 

 

On rentre dans une rotation, on bénéficie d’un peu de chance car, malheureusement, les blessures des uns font le bonheur des autres. Mais oui, on est arrivé sur la pointe des pieds, c’est un challenge que m’avait proposé Arnaud Méla de revenir dans un club par lequel j’étais déjà passé il y a cinq ans en espoirs où je n’avais pas eu la chance de jouer en Pro D2. Donc, on m’a donné la chance de jouer en Fédérale 1 pour ce club, j’étais revenu avec de l’ambition et un peu le couteau entre les dents en se disant qu’on allait refaire son bout de chemin et montrer que j’aurai peut-être pu espérer mieux plus tôt. Après, chaque chose en son temps, on fait son bout de chemin comme on peut. 

 

L’année dernière, tu as été la bonne surprise au SCA et tu as pris ton envol. Maintenant, le plus dur va être de confirmer, surtout qu’il y a eu du recrutement de fait à ton poste et qu’il y a un nouveau championnat, la Nationale, qui va être très, très épais ? 

 

Oui, comme certains grands joueurs disent  » le plus dur n’est pas d’être le premier ou d’être en haut, le plus dur, c’est d’y rester  » car la descente peut aller aussi vite que la montée. Donc, on va essayer de confirmer cette saison, surtout dans un championnat qui va être super intéressant où on va rencontrer ce qui se fait de mieux dans la Fédérale 1, voire d’un bas / milieu de Pro D2. Ca va permettre aussi de se jauger et de voir les capacités, si on peut encore essayer de grapiller et d’aller un peu plus loin. 

 

En plus, tu vas croiser de vieilles connaissances dans cette Nationale. Dans tes deux clubs formateurs, il y a Albi mais aussi Bourg-en-Bresse, ça va te faire plaisir de retourner à Verchère ? 

 

Oui, ça va me faire plaisir de retourner à Verchère. J’y étais passé il y a très, très longtemps, c’était ma première expérience au niveau Reichel / Espoirs. Ce sont mes 18 ans, lorsque je me suis un peu exilé de la maison et c’était de très belles et très bonnes années là-bas donc, ça va me faire un peu bizarre. Et puis, il y a toujours une ambiance assez particulière à Verchère avec ce nouveau stade et des tribunes à l’anglaise très rapprochées du terrain. Ça va être un match assez chaud bouillant en-dehors et sur le terrain car ils ont aussi une très, très belle équipe. 

 

Pour toi, Bourg-en-Bresse est l’un des favoris déclarés à la Pro D2, il n’y a pas à hésiter ? 

 

Oui, il n’y a pas à hésiter. Cela fait des années qu’ils grappillent, je les suis de loin car j’ai encore des amis qui jouent là-bas. Ils sont sur une progression constante, lente mais constante donc, je pense qu’au bout d’un moment, ils vont arriver à leurs fins. 

 

On va également parler de la façon dont tu as appréhendé le confinement. Pour un sportif de haut-niveau, un tel arrêt des machines de haute-performance que vous êtes, c’est très compliqué pour le corps. Chacun a dû essayer de trouver des outils de substitution pour rester en forme. Toi, tu as trouvé un outil assez spécial car tu as mis les mains, non pas dans le cambouis mais dans la boue en allant aider des voisins et collègues agriculteurs dans tes terres natales de Digoin. Les travaux de la ferme sont aussi une bonne manière pour se tenir en forme ? 

 

Oui, j’ai eu la chance d’être confiné chez moi en Bourgogne dans le Charolais et j’ai pu » bénéficier  » de pouvoir bouger et exercer un peu des activités physiques autres que la course que j’adore et que j’aime plus que tout comme la musculation (rires). Donc, on aide les copains tout en gardant une condition physique en faisant du bois, du vêlage. Et puis, ça se rapproche de la nature et ça fait aussi du bien de déconnecter et de voir d’autres choses. Ça fait vraiment passer le temps et c’est enrichissant. 

 

Crédit photo Pierre Bras

Et puis, même si nous sommes à l’heure actuelle un peu à l’heure du rugby de métropole qui s’installe de plus en plus, que ce soit en Top 14, en Pro D2, voire même en Nationale ou en Fédérale 1, ces valeurs rurales, c’est rugby. C’est aussi l’âme de ce rugby car ce dernier est né dans les territoires ruraux ? 

 

Oui, voilà. Ceux chez qui je vais ne pratiquent pas le rugby mais ça permet de voir ce que j’ai dans l’assiette un peu plus tard, en voyant comment ils sont nés et comment ils sont élevés. 

 

Je vois que tu ne perds pas le nord ! Il y a ce que tu as dans l’assiette mais aussi ce que tu as dans le verre parfois ? 

 

Exactement. En étant dans une très belle région gastronomique, ça permet d’avoir du bon fromage, du bon vin et de la bonne viande. On ne devient pas comme moi en mangeant des concombres et des tomates (rires). 

 

En parlant de gastronomie et de bon vin, tu as été dans un club situé dans la capitale des vins de Bourgogne, le CS Beaune. Qu’as-tu pensé de la saison passée qu’ils ont faite ? Ils étaient à deux doigts d’aller en Du Manoir, ils tenaient la corde pour la qualification. Que penses-tu de ce club de Beaune pour la saison prochaine dans une poule qui va être très serrée mais où ils auront sûrement leur épingle à tirer du jeu ? 

 

Le club de Beaune est sur une progression constante depuis l’arrivée de Sébastien Magnat, que j’ai pu côtoyer pendant deux années. Franchement, ils essaient de structurer un club qui ne l’a jamais trop été, de le faire avancer et de voir jusqu’où ils peuvent aller. Ils étaient sur une constante où nous étions montés en Fédérale 1, nous avions acquis un maintien la première année avant la dernière journée de championnat et l’année passée, ils auraient dû accrocher une 6e place, surtout avec un effectif qui bouge très peu. Ils progressent constamment mais ce n’est même pas progresser car il y a quand même beaucoup d’anciens chalonnais qui ont ont connu le haut-niveau à Chalon avant le dépôt de bilan donc, ça faisait un bon amalgame entre les anciens  » professionnels  » et les nouveaux arrivants qui peuvent profiter de leur expérience. 

 

Tu penses qu’avec ce groupe resté à 80 / 85%, cette équipe de Beaune arrive à maturité cette saison ? 

 

Ça va être la 3e année et demi de Sébastien avec une grosse ossature de joueurs qui est là depuis trois ou quatre ans. Je pense que le plan de jeu est assimilé, ils ont une certaine liberté, les joueurs en prennent aussi conscience donc, ça permet de faire du rugby sans être enfermé dans des schémas prédéfinis. 

 

Quitte à mettre un  regard dans le rétroviseur, on va aussi parler un peu de Saint-Sulpice-sur-Lèze, un club que tu as eu la joie de recroiser cette saison. Mais c’est aussi un club qui a ponctué la saison du Sporting Club Albigeois puisque le dernier match s’est joué le 29 Février face à cette équipe de la Lèze. Que penses-tu de la progression de Saint-Sulpice-sur-Lèze qui, petit à petit, s’inscrit comme une valeur très, très sûre de la Fédérale 1 ? 

 

Ils ont de très, très grosses valeurs de combat, qu’ils avaient déjà lorsque j’ai eu la chance de jouer là-bas. Avec l’arrivée de Victor Labat aux manettes du club, j’échange de temps en temps avec lui, je suis allé le voir parce qu’il a quand même pas mal compté dans ma carrière. Il m’a beaucoup aidé, c’est quelqu’un qui a l’expérience du haut-niveau et qui a de très grosses valeurs humaines et rugbystiques. Ils sont vraiment en train de pas mal se structurer tout en prenant des jeunes de la région qui, je pense, n’auraient jamais connu le  » niveau Fédérale 1  » s’il n’y avait pas eu Saint-Sulpice dans la région. Ils permettent de faire découvrir des joueurs et d’avancer sereinement sur un plan sportif. 

 

Pour eux, cette année va quand même être compliquée parce-que, depuis deux ou trois ans, ils étaient la surprise et le petit village d’Astérix. Maintenant, ils ont la pancarte et sont attendus au coin du bois, il n’y aura plus d’effet de surprise ? 

 

Il n’y aura plus cet effet de surprise mais Victor a aussi amené un certain professionnalisme en instaurant un peu plus de muscu, un peu plus d’entraînements, un peu plus de rigueur au niveau des joueurs donc, c’est aussi pour progresser et aller plus loin. 

 

Crédit photo Pierre Bras

On va revenir sur le Sporting Club Albigeois et cette saison 2020 / 2021 qui a déjà commencé avec la reprise des entraînements et cette préparation physique. Quatre semaines de prépa sous la canicule albigeoise, j’imagine que tu as du en baver ? 

 

Oui, comme on dit,  » sale temps pour les gros  » (rires). On a fait plus que quelques litres d’eau pendant cette prépa où on n’a pas beaucoup touché le ballon mais où nous avons fait du physique sous ces fortes chaleurs. On est obligé d’en passer par là pour pouvoir rivaliser et attaquer cette saison après ces mois de confinement. 

 

Par rapport à l’année dernière en Fédérale 1 où le Sporting Club Albigeois devait monter en puissance et arriver plein fer au mois d’Avril pour les play-offs, là, en Nationale, il va falloir être prêt d’entrée de jeu. Est-ce que la prépa a divergé et n’a pas été du même acabit de l’année dernière ou ça a été la même ? 

 

Non, elle a été beaucoup plus dure et beaucoup plus intensive. Je pense que l’année passée, nous étions plus sur du ballon et faire du physique avec du ballon pour toucher du ballon et faire en sorte que ce soit fait avec du plaisir. Là, surtout sur le mois de Juin, nous étions vraiment sur de la préparation physique pure et dure où il faut faire  » de la caisse  » pour pouvoir ensuite commencer à jouer un peu au ballon et avancer. De toute manière, si on a envie de prendre du plaisir sur le terrain, il faut essayer d’avoir une grosse caisse car, si on est dans la difficulté, on ne prend pas de plaisir et on subit constamment. 

 

Cette prépa t’a aussi permis de découvrir les nouvelles recrues qui arrivent au Sporting Club Albigeois et notamment les quelques gars qui sont arrivés devant. Est-ce que pour toi, il est aussi important que des plus-values aient été amenées à ce pack albigeois ? 

 

Oui, ce sont de très bonnes recrues même si ce n’est pas à moi de juger cela, il y a des coaches et des managers. Pour moi, ce sont des potes et des amis, nous sommes là pour jouer au rugby ensemble. Ce sont des mecs supers, nous avons déjà pu faire une journée de cohésion. 

 

Avec de très jolis déguisements d’ailleurs, très colorés

 

Oui, la vie de groupe se passe très bien et on a eu la chance d’avoir le très beau temps que l’on a en ce moment

 

On se serait cru à Courchevel plutôt qu’à Albi

 

Oui, c’est exact (rires). C’était aussi pour continuer dans la préparation, continuer à suer et à se préparer. 

 

En plus, Arnaud Méla t’a fait un cadeau car, dans le recrutement, il y a deux petits ex-bourguignons qui sont arrivés : Quentin Pilet, qui était à Vannes mais passé par Dijon, et Dimitri Tchapnga qui arrive lui de Dijon. Maintenant, tu as un peu de Bourgogne au SCA ? 

 

Quentin était mon vis à vis en 15 sur un terrain, moi aussi, je joue en 15 (rires)

 

En 15, je vais venir avec la caméra ! Je n’attends que cela, de te voir en 15 avec une belle relance chaloupée

 

(Rires) Ce sont deux anciens bourguignons que je n’ai côtoyés qu’une année en tant qu’adversaires. 

 

On va aussi parler de l’adversité qu’il va y avoir dans cette Nationale, quasiment tous les clubs de cette division ont les dents longues et de grandes ambitions. On entend aussi souvent dire à droite ou à gauche  » Albi ne parle que de Pro D2  » et on a l’impression que le SCA est un peu la bête à abattre pour toutes les autres équipes, que tout le monde a envie de faire chuter  » l’ogre albigeois  » comme vous étiez appelé l’année dernière. Cette année, je pense qu’il n’y aura pas d’ogre mais uniquement des équipes avec de grosses ambitions. Est-ce que le fait que beaucoup d’équipes aient envie de se faire Albi est un levier qui te parle ? 

 

De toute façon, il faut bien se dire que lorsque tu rentres dans une compétition quelle qu’elle soit, tu joues pour gagner tous les matches et tu ne joues jamais pour perdre. Donc, il faut avoir cet esprit de compétition et avoir un objectif à court, moyen et long terme et l’objectif à court terme est quand même d’accéder le plus rapidement possible à la Pro D2 et retrouver la place que n’aurait jamais dû perdre le Sporting Club Albigeois. Il faut bien se dire que tout le monde qui rentre en Nationale n’y joue pas pour jouer le maintien ou la descente, tu joues cette Nationale pour accéder à la Pro D2 ou jouer des matches de très haut-niveau tous les week-ends et pouvoir se jauger pour pouvoir construire sur du long terme. 

 

Rassure-nous quand même : pour qu’une équipe vienne chercher le scalp du SCA au Stadium, il va falloir qu’elle s’y emploie ? 

 

Ah oui, il y a zéro point qui sera donné cette année. Même l’année passée, on ne laissait pas de point à l’adversaire et, comme je le disais, il faut jouer tous les matches pour les gagner. Peu importe la façon ou la manière, seule la victoire est belle. 

 

On va te laisser sur ces paroles emplies de positif et de détermination. On va juste te poser une question bonus : l’année dernière, tu avais fait une préparation  » al dente  » chez Raph Mérancienne. Est-ce que tu y es retourné faire un petit tour pour faire un peu la caisse ou alors, tu en as eu assez avec les 4 semaines que tu viens de vivre au Sporting Club Albigeois et cette préparation sous la canicule ? 

 

Non, il a fallu un peu remettre le facteur sur le vélo pour attaquer la préparation parce-que sinon, je pense que ça aurait été encore, encore plus dur. A la sortie du confinement, j’ai pu appeler Raph et bénéficier de l’accès à la salle pour pouvoir aller m’entraîner. Nous étions quand même quelques rugbymen du Sporting, j’allais souvent m’entraîner avec Arnaud Feltrin, entre copains de la 1ère ligne. 

 

Comme on dit,  » les arrières, ce sont les amis, les avants, c’est la famille  » ? 

 

Tout à fait

 

Un stage à la montagne est prévu à Saint-Lary pour le Sporting Club Albigeois. Dans l’oreillette, on me dit que tu n’as pas trop le pied montagnard. Cette chose ne t’inquiète pas trop ? 

 

On a quand même fait 2 / 3 stages à la montagne avec Saint-Sul et Beaune et ce n’était pas mal. C’est sûr que l’altitude, ça dépend de comment se sont passés les derniers stages (rires). Mais je ne pense pas que celui-là se passe de la même manière. 

 

On te souhaite une bonne oxygénation en montagne mais aussi une bonne rentrée avec ce premier match amical face à Narbonne qui va être un premier juge de paix et un premier petit apéritif sur cette Nationale que nous attendons tous avec impatience. Et on te dit à très bientôt sur les ondes du Mag Sport et de Radio Albigès

 

Merci et à très bientôt autour de la talanquère du stade.

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-4-aout-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Damien Nevers lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 4 août 2020.

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