#Rugby – Fed1 / O.Pujo (Bagnères) : «C’est un bonheur d’aller s’entraîner, un bonheur d’aller jouer!»

Nous sommes allés faire un tour en Fédérale 1, dans le Piémont des Pyrénées, avec quelqu’un qui est inoxydable comme le granit de ses montagnes bigourdanes, le capitaine du Stade Bagnerais, Olivier Pujo. À bientôt 39, le taulier de ce club mythique des Hautes Pyrénées, rempile pour une nouvelle saison sous la tunique noire avec plein d’envie et beaucoup de joie. Grand frère d’un vestiaire la camaraderie et l’esprit de solidarité sont viscérales, Olivier Pujo espère que se levier permettra au « Stade » d’être partie prenante de cette poule 4 « Sud-Ouest/Pyrénées » de fédérale1. Focus sur un homme de devoir, symbole de ce rugby montagnard, dont la modestie est à l’image de son courage sur le pré, et qui croque à pleines dents les derniers tours de piste, d’une belle carrière faite exclusivement aux pieds des cimes Pyrénéennes.

 

Crédit : RB Photo / Rachel Barranco

Au Stade Bagnérais comme chez tout le monde, la saison n’a pas pu aller à son terme. Ça vous a permis de vous sauver même si vous étiez dans les bons clous sportivement pour arriver à vous maintenir une fois de plus en Fédérale 1. Mais, j’imagine que pour toi, ce n’était pas une année pour arrêter ? Tu ne pouvais pas arrêter sur une saison comme ça ? 

 

Non, c’est sûr. La saison s’est arrêtée et oui, ça nous a permis de nous sauver même si nous étions malgré tout 9es avec 6 points d’avance sur Pamiers. Nous avions un peu de marge mais il restait quand même 4 matches et il est certain que tout était encore faisable. Mais c’est vrai qu’il y a un peu un goût d’inachevé puisque tout sportif aime relever des défis et là, nous n’avons pas fini. Si j’avais dû arrêter là, il y en a plein qui aurait fait pareil et ils disent tous qu’ils auraient aimé finir autrement. Moi, j’avais prévu d’en faire une autre. 

 

Quoi qu’il arrive, même s’il n’y avait pas eu le Covid, tu en aurais fait une de plus ? 

 

Oui, j’en aurai sûrement fait une de plus. 

 

Cette année, tu vas avoir 39 ans durant la saison. Tu ne seras pas tenté de pousser jusqu’à 40 ? 

 

Maintenant, à mon âge, on prend les saisons comme elles viennent (rires). On en fait une, on la finit et on voit comment ça se passe donc je vais déjà faire celle-là et après on verra. Ça fait un moment que je dis que ce sera la dernière et chaque année ça va donc, je continue. Au Stade Bagnérais, ça n’est que du bonheur donc on continue tant qu’on peut. Il paraît que, quand on arrête, on est cuit donc, comme ça va pour l’instant, je vais continuer encore un peu (rires). 

 

C’est aussi le fait d’être au Stade Bagnérais, dans ce club famille dans tes Pyrénées natales, qui te permet de garder la flamme dans ce sport ? 

 

Bien sûr. Avant, j’étais à Lannemezan, ce sont des clubs qui se ressemblent, c’est très famille. Mais c’est vrai qu’au Stade Bagnérais, j’y ai passé mon école de rugby, j’habite à 10 minutes, il y a bien sûr des contraintes mais, pour moi, il n’y en a pas beaucoup, c’est surtout pour la famille mais elle est d’accord (rires). Si j’y allais pour ne prendre aucun plaisir, il est sûr que j’aurai arrêté mais là, ce n’est pas le cas. C’est un bonheur d’aller s’entraîner, un bonheur d’aller jouer, il y a une belle bande de copains, de bons jeunes, de bons entraîneurs, un bon staff, de bons dirigeants et on va tous dans le même sens, sans se prendre la tête et en essayant d’aller le plus loin possible. C’est ça qui est bien et, à mon âge, c’est aussi ce que je recherche dans le rugby. 

 

Et c’est ce que tu essaies de transmettre aux plus jeunes en tant que capitaine ? 

 

Oui, plus ou moins. On essaie d’inculquer et de transmettre ce que nous, nous avons reçu quand nous étions jeunes. Après, le temps évolue donc, il faut s’adapter sans arrêt. 

 

Il n’y a pas parfois un petit choc intergénérationnel quand les jeunes arrivent avec les air pods ? 

 

Il y en a eu un peu par moment mais quand chacun met de l’eau dans son vin, on arrive quand même à bien s’entendre. Chacun respectant chacun, ça se passe bien et même très, très bien. 

 

Est-ce que tu commences vraiment à envisager l’après-carrière, même si vous êtes tous pluriactifs à Bagnères-de-Bigorre ? Certains basculent dans le coaching, est-ce que c’est quelque chose qui pourrait t’intéresser de transmettre à des jeunes ou à des seniors ? 

 

C’est vrai qu’il va falloir que j’y songe mais pour l’instant, je n’y pense encore pas trop, on verra bien le moment venu. En plus, j’ai une formation STAPS  » enseignement sportif  » mais on verra bien en temps voulu. Ce n’est pas exclu mais ce n’est pas non plus une priorité. Pour l’instant, je vais finir ma carrière et après, si l’occasion se présente, on verra bien et on étudiera ça en temps voulu. 

 

On parlait de cette nouvelle saison qui s’annonce pour Bagnères où tu nous disais avoir fait ton école de rugby. La poule qui a été conçue en Fédérale 1 doit te rappeler les poules d’enfance ? Lannemezan, Oloron, tout le Piémont des Pyrénées, la Côte Landaise, le Pays Basque, un petit crochet dans le Gers, là, il y a tout qui va bien ? 

 

Oui, c’est une poule excellente, il n’y a pas mieux. En plus, on aime bien ce côté Atlantique, on en discutait un peu et pour tout le monde, joueurs comme supporters, ils préfèrent aller matcher sur la Côte Basque. Donc, c’est une bonne poule, avec des derbys et des déplacements assez courts. Je pense que tout le monde va prendre du plaisir mais ça va être une poule très difficile parce-que je pense qu’elle va être hyper homogène. Il va sans doute y avoir des équipes qui vont se détacher comme Saint-Jean-de-Luz ou sûrement Lannemezan qui se sont équipés mais, je pense que ça va être très, très homogène comme poule. 

 

Le fait qu’il n’y ait plus les gros calibres comme Albi, Tarbes, Blagnac et consorts, est-ce pour toi un regret ou un soulagement ? 

 

Pour moi, c’est un peu un regret. Quand on jouait contre ces équipes, il est sûr que ce n’était pas facile mais c’était aussi sympa de venir à Albi, par exemple, de jouer au Stadium ou dans de jolis stades. C’est vrai que c’était sympa et que pour moi, c’est un peu un regret parce-que ça ne faussait pas le championnat même si ça faisait deux places en moins à coup sûr, comme l’an dernier avec Albi et Blagnac, pour les qualifiés. Toutes les équipes quasiment perdaient contre ces deux équipes donc, cela ne faussait pas plus que cela le championnat. 

 

En clair, c’était des matches de gala ? 

 

C’est ça et ça faisait plaisir de jouer contre ces équipes et même contre Tarbes parce-que, pour nous, c’était un derby. Donc, il y avait du monde et de l’engouement donc oui, pour moi, c’est un peu un regret. 

 

Il vous restera quand même le derby contre Lannemezan ? 

 

Oui, il y aura le derby contre Lannemezan, les derbys contre les Gersois. Nous aurons quand même des derbys et cela fera plaisir. 

 

Ce qui avait aussi fait beaucoup plaisir aux clubs cette saison, c’était de passer à la télé face aux projecteurs et aux caméras de la chaîne l’Equipe. Maintenant que l’on sait qu’il y a la Nationale, tout le monde se dit que les télés vont être happées par ce championnat National entre pros. Vous, dans cette Fédérale 1 qui est amateur / semi-amateur / semi-professionnelle, vous aimeriez que la télévision continue quand même à mettre un petit coup de projecteur sur ce championnat ? 

 

Oui mais je ne pense pas qu’elle le fera, ce sera sans doute porté sur la Nationale. Il est certain que cela fait toujours plaisir de passer un petit coup à la télé et même pour la ville, ça met un coup de pub, ça fait plaisir à tout le monde. On ne joue pas pour ça mais, et nous avons eu la chance d’y passer, ça fait toujours plaisir. 

 

Et puis même toi, le vieux roublard et briscard de Bagnères, lorsque tu es passé à la télé, on t’avait vu non pas déstabilisé mais quand même un brin pris par l’émotion ? 

 

Bien sûr, on n’a pas l’habitude donc il faut aussi s’adapter (rires). C’est vrai que ce sont des moments à vivre, chance que l’on a eue, et ça fait toujours plaisir. 

 

Et pour la famille, ce sont aussi des souvenirs et une part de gloire de voir le fiston, le mari, le cousin passer à la télé ? 

 

C’est certain. On a tous enregistré les matches pour se regarder et les remontrer (rires). 

 

Aux enfants et aux petits-enfants dans les veillées au coin du feu ? 

 

C’est ça (rire). C’est pour la famille, pour les amis et en Bigorre, c’est tout petit donc, on connaît beaucoup de monde. Tous les joueurs sont passés dans beaucoup de clubs et on se connaît tous plus ou moins donc, ça fait plaisir d’y passer un peu, oui. Mais, comme je le dis, on ne joue pas pour ça mais s’ils veulent revenir, ils sont les bienvenus, nous, on ne s’y opposera pas (rires). 

 

Pour toi avec Bagnères-de-Bigorre, quel serait cette année l’objectif légitime ? 

 

Je ne sais pas encore vraiment l’objectif, nous sommes en tout début de saison. On va déjà essayer de faire un meilleur début de saison que l’an passé parce-que ça nous avait un peu plombé jusqu’à Noël donc on va déjà s’attacher à ça. Après, on n’avait pas non plus gagné un derby l’an dernier donc, on va essayer d’en gagner un puis, s’éloigner le plus vite possible de la ligne rouge et après, sans prétention aucune, j’espère que l’on va pouvoir regarder vers le haut  et vers les places qualificatives cette année. J’espère que nous n’en serons pas loin mais, encore une fois, on n’en sait rien à l’heure actuelle et je ne veux pas trop m’avancer ni être trop prétentieux. J’espère que l’on pourra regarder vers les places qualificatives. Nous allons travailler comme il faut mais je pense que toutes les équipes veulent faire ça donc, on va s’accorder à faire un bon début de saison, s’accrocher et donner le meilleur de nous-mêmes chaque week-end pour n’avoir aucun regret. 

 

Pour toi, sur le papier bien sûr puisqu’il n’y a encore eu aucun match amical, quelle serait l’équipe à craindre dans ta poule ? 

 

Comme je te l’ai dit tout à l’heure, c’est homogène mais ça fait quelques années que Saint-Jean-de-Luz est très bien placé et qu’ils font un joli jeu. Mais, il y a des équipes comme Anglet, Lannemezan, Tyrosse, Oloron qui s’est beaucoup renforcé. 

 

Et aussi Mauléon qui a été la surprise de l’année dernière ? 

 

Mauléon et même ceux qui montent car ils ont tous très bien recruté donc là, on ne peut pas dire mais à priori Saint-Jean-de-Luz. 

 

Tu restes prudent sur tes pronostics ? 

 

Oui parce qu’on est en tout début de saison donc, on ne peut pas trop voir et chaque saison est différente. On va déjà s’occuper de nous et essayer d’être le meilleur possible. 

 

De faire votre petit bonhomme de chemin comme on dit ? 

 

Oui, voilà. 

 

Il y a un petit jeune qui s’appelle Théo Vidal qui vient de signer au Sporting Club Albigeois. Est-ce que tu peux nous en parler et aurais-tu à donner à ce petit jeune du Piémont Pyrénéen qui part dans le Tarn ? 

 

C’est bien qu’il vienne à Albi parce qu’il est tout jeune, il a 20 ans ou 21 ans. Franchement, on l’a un peu poussé pour qu’il y aille et qu’il intègre une structure pro. Le conseil, c’est qu’on a rien sans rien, il faut travailler tous les jours; être un minimum sérieux à l’entraînement. Mais il le sait, on lui a dit et puis, c’est un garçon qui écoute, qui est intelligent. S’il a envie, il va se donner les moyens d’arriver, il faut qu’il travaille, qu’il soit patient. 

 

Au vu du temps qu’il passe après les entraînements à s’entraîner encore et encore à buter, je pense qu’il a déjà mis le conseil dans un coin de sa tête

 

Je n’en doutais pas parce qu’il aime tout ça, il est sérieux. Franchement, pour moi et pour tous ceux de Bagnères, c’est une fierté de le voir partir et j’espère qu’il fera des feuilles en première, qu’il s’épanouira et qu’il sera le meilleur possible. 

 

La parole du sage et du grand frère envers le petit jeune qui part à l’aventure hors de Bagnères ? 

 

Oui (rires)

 

Tu es un peu l’une des égéries du rugby bagnérais et bigourdan en étant capitaine du Stade Bagnérais, un club mythique. Pour toi, si tu devais définir le rugby bigourdan moderne, car on connait un peu la définition des valeurs ancestrales de ce rugby mais, comme tous les rugbys, il a évolué, quel serait-il en quelques mots ? 

 

Il est certain que la Fédérale 1 est maintenant un niveau assez intéressant mais, par rapport au rugby bigourdan où le Stado, Bagnères, Lourdes étaient en haut de l’affiche en finale de championnat de France en première division, ça n’a rien à voir. Je pense qu’il a maintenant les mêmes valeurs qui étaient les leurs il y a 30 ans c’est à dire un esprit de convivialité et d’amitié. C’est valable chez nous comme à Lannemezan mais aussi dans tous les clubs que l’on rencontre et même à plus bas niveau, c’est ce qui en ressort. 

 

 C’est un ADN que vous partagez en commun ? 

 

Oui mais je ne pense pas que ce ne soit qu’en Bigorre que ce soit comme ça. Mais c’est vrai que l’on s’y attache, nous n’avons pas des moyens limités mais pas supérieurs par rapport aux autres donc, il faut s’adapter et avoir cet esprit camaraderie sinon ça ne passe pas le dimanche. Je pense que c’est ce qui définit un peu le rugby mais, encore une fois, ce n’est pas propre à la Bigorre. Pour moi, c’est ce qui ressort et c’est ce qui nous fait avancer parce qu’on aime bien boire un petit coup après les matches. On aime bien passer un peu de temps ensemble, ça fait partie du truc (sourire). 

 

Si on résume ton propos, il n’y a peut-être plus les lustres d’antan mais vous êtes les héritiers du temple qui essayez de faire perdurer la flamme du rugby en Bigorre ? 

 

A un autre niveau mais oui, on essaie de continuer tout ça. 

 

Merci et tu sais que le Stade Bagnèrais et toi-même êtes toujours les bienvenus au Mag Sport

 

Merci et bonne saison à Albi 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-24-juillet-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw d’Olivier Pujo lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 24 juillet 2020.

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